Mémoires secrets pour servir à l’histoire de Perse





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Julie Anselmini : Le Masque de Fer, de Hugo à Dumas


Communication au Groupe Hugo du 8 décembre 2007.




Je remercie Claude Millet qui m’a suggéré, lors de la soutenance de ma thèse, ce travail visant à confronter le traitement du Masque de fer chez Hugo et Dumas. Je suis heureuse et en même temps intimidée de vous présenter ce travail, qui est celui d’une dumasienne et, bien sûr, d’une hugophile, mais non d’une spécialiste de Hugo. Je commencerai par rappeler brièvement comment s’est formé le mythe du Masque de fer, et par m’interroger sur le succès renouvelé de cette figure après 1830, puis je tâcherai de rétablir les liens qui peuvent intéresser l’histoire littéraire entre l’écriture des Jumeaux en 1839, et celle du Vicomte de Bragelonne, entre 1847 et 1850, mais aussi celle du drame tiré de ce roman, Le Prisonnier de la Bastille, représenté seulement en 1861. J’essaierai enfin d’interpréter les convergences et les écarts poétiques qu’on remarque entre ces différentes œuvres.

 

Généalogie du mythe


La première étape dans la constitution du mythe, ce sont des rumeurs qui, dès le règne de Louis XIV, furent engendrées par le passage en Provence d’un prisonnier masqué, conduit sous escorte exceptionnelle par Saint-Mars, qui fut gouverneur de la prison de Pignerol puis des îles Sainte-Marguerite avant d’être celui de la Bastille. Selon Jean-Christian Petitfils, dernier historien en date à s’être penché sur l’énigme du Masque de fer[1], ces rumeurs auraient été alimentées par Saint-Mars lui-même pour se donner de l’importance.

C’est cependant Voltaire, comme l’écrit Dumas dans Louis XIV et son siècle, qui « sonna la cloche d’éveil à propos de ce prisonnier d’État ». Dès 1745, aux dires du bibliophile Jacob (dont L’Homme au masque de fer, en 1837, a influencé Hugo et Dumas), c’est Voltaire qui aurait fait paraître les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de Perse, parus sans nom d’auteur à Amsterdam, et où, sous le couvert de noms exotiques, il est raconté comment le comte de Vermandois, fils de Louis XIV et de La Vallière, fut emprisonné à vie pour avoir insulté le dauphin. Selon Paul Lacroix Jacob, Voltaire aurait appris l’histoire du Masque de fer du duc de Richelieu, sous le sceau du secret, et il l’aurait mise en circulation par cette voie détournée pour avoir le droit de s’expliquer sur un sujet qu’il n’aurait pas osé aborder en face, si quelqu’un n’en avait pris l’initiative avant lui.

De fait, l’ouvrage connaît un grand succès, et suscite en 1746 un Masque de fer du Chevalier de Mouhy. Puis en 1751, Voltaire insère l’anecdote du Masque dans son Siècle de Louis XIV ; sans se prononcer sur son identité, il souligne l’importance d’un personnage masqué enfermé toute sa vie dans des prisons d’État, à qui on prodiguait les plus grands égards, et qui mourut sans que disparût en Europe de personnage de premier plan.

La célébrité de Voltaire, mais aussi les haines qui l’entourent, vont à partir de ce moment donner une énorme résonance au mystère du Masque de fer. Dans L’Année littéraire de Fréron, paraissent en effet différentes opinions sur le Masque, destinées à dépasser l’incertitude où Voltaire avait laissé son lecteur quant à l’identité du prisonnier masqué : en 1759, Lagrange-Chancel soutient qu’il s’agit du duc de Beaufort ; en 1768, Sainte-Foix se prononce pour le duc de Monmouth, le fils naturel de Charles II. D’autres encore se mêlent de la querelle, comme le père Griffet, un jésuite, qui en 1769 établit historiquement l’existence d’un prisonnier mort à la Bastille en 1703 sous le nom de Marchialy, ou comme le baron d’Heiss, qui, en 1770, affirme dans le Journal encyclopédique que le Masque de fer était un secrétaire du duc de Mantoue.

En 1770, au moment où tout le monde désormais parle du Masque, y compris à la cour, Voltaire se décide enfin à répondre aux critiques dans L’Anecdote sur l’homme au Masque de fer, ajoutée à l’article Ana de la septième édition du Dictionnaire philosophique ; il y réfute les différentes hypothèses énoncées, et finalement, en 1771, dans une addition à une nouvelle édition du Dictionnaire philosophique, il donne sa version du mystère (en affirmant qu’il l’aurait fait plus tôt si la chose ne lui avait pas paru sauter aux yeux) : le Masque serait un frère aîné de Louis XIV, qu’Anne d’Autriche aurait eu d’un amant. Comme l’écrit Paul Lacroix, « [l]e système de Voltaire s’enracina [dès lors] dans les esprits, sans que personne osa songer à le renverser[2] ».

La légende prend un nouvel essor sous la Révolution, puisqu’elle devient entre les mains des révolutionnaires une arme pour combattre la monarchie absolue, assimilée à travers cette fable « à la tyrannie seigneuriale et au despotisme oriental[3] ». De nombreux libelles et pamphlets traitant du Masque circulent à cette époque. Après la prise de la Bastille, on se précipite sur les traces du prisonnier masqué, mais en vain, car même le feuillet correspondant à l’année de son arrivée a été arraché du registre de la Bastille.

Nouvelle étape importante dans la constitution du mythe, puisqu’elle va définitivement assimiler le Masque à un jumeau de Louis XIV : en 1790, dans ses Mémoires apocryphes du maréchal de Richelieu, Soulavie introduit une dissertation sur le Masque de fer, où il raconte comment, après la naissance du futur Louis XIV, Anne d’Autriche accoucha, la nuit, d’un second garçon qui fut immédiatement mis à l’écart pour éviter tout risque de guerre civile, sur le conseil de Richelieu. C’est cette version que retiendront Hugo, Dumas et la plupart des illustrateurs postérieurs du mythe, bien que durant tout le XIXe siècle, la vraisemblance historique fût plutôt du côté d’une hypothèse soutenue en 1795 par Sénac de Meilhan (dans ses Œuvres philosophiques et littéraires), pour qui le Masque était un certain Matthioli, premier ministre du duc de Mantoue.

La légende du Masque continue à courir durant toute la Révolution ; elle donne par exemple lieu en 1791 à une tragédie violemment antimonarchique du député Jérôme Le Grand, Louis XIV et le Masque de fer ou les Princes jumeaux ; et le mystère continuera de passionner la cour impériale, au point que Napoléon diligentera même une enquête – une version du mythe faisant de l’Empereur un descendant du Masque, donc des Bourbons !

Largement concurrencé par la légende impériale, le mythe revient surtout en force sous la Monarchie de Juillet : en 1830, paraît une Histoire authentique du prisonnier d’État connu sous le nom du Masque de fer, traduit d’un opuscule anglais lui-même imité d’une Histoire de l’homme au Masque de fer parue en France en 1825 ; en 1831, Fournier et Arnoult font représenter avec un brillant succès, à l’Odéon, Le Masque de fer ou le Sosie de Louis XIV ; Benoît Quinet, en 1837, publie à Bruxelles un poème dramatique, les Derniers moments de l’homme au masque de Fer, et le bibliophile Jacob fait paraître une dissertation historique, L’Homme au masque de fer.

Enfin, en 1839, Hugo écrit Les Jumeaux, drame en vers qu’il laisse inachevé et ne publiera pas de son vivant. Les sources probables de ce drame sont Voltaire et Soulavie, le bibliophile Jacob, et comme l’a montré Émile Henriot, il comporte aussi des réminiscences de La Prison de Vigny, écrit en 1821 et paru dans Les Poèmes antiques et modernes. Enfin, Hugo a certainement voulu surpasser le mélodrame de Fournier et Arnould, dans lequel avait joué Juliette Drouet (dans le rôle de Marie d’Ostanges). Cette pièce était d’assez médiocre qualité, mais, comme l’écrit Dumas dans ses Mémoires, « Lockroy y avait été magnifique », et elle « [avait fait] de l’argent[4] ».

 

Pourquoi ce renouveau du mythe après 1830 ?

Depuis sa naissance, le mythe du Masque de fer ne s’est jamais vraiment éclipsé, et il continue aujourd’hui encore à faire couler de l’encre. Il offre en effet un parfait cocktail de mystère, de scandale jeté sur la monarchie, de pathétique – il repose comme l’écrit Anne Ubersfeld sur une « double négation de la liberté et de l’identité[5] » – et il superpose en quelque sorte trois figures mythiques : celle du jumeau, qui symbolise selon René Girard[6] l’indissociation et la confusion liées à la violence – d’où le sacrifice d’un jumeau dans de nombreux mythes – ; celle du martyr, ensuite (innocent persécuté par les hommes, le Masque est une figure christique) ; enfin, la figure messianique du Roi caché, telle qu’elle a été analysée par Yves-Marie Bercé[7].

Outre ces raisons anthropologiques, des raisons historiques peuvent expliquer le succès renouvelé du mythe après 1830. On est dans la configuration politique idéale pour qu’un tel mythe ait du succès : la légitimité de la Monarchie de Juillet est fortement contestée, et même pour une partie des monarchistes, la personne du roi n’est désormais plus légitime ; l’idée d’un autre roi caché ayant davantage de légitimité peut donc séduire les imaginations. En outre, la lutte entre les deux branches des Bourbons s’apparente à un conflit fratricide. Par ailleurs, interviennent à cette époque de nombreux débats concernant le régime carcéral, ce qui se traduit par toute une littérature de l’emprisonnement (on pensera, pour nos auteurs, au Dernier Jour d’un condamné et au Comte de Monte-Cristo, où un autre innocent est emprisonné durant quatorze années). Enfin, il y a à cette recrudescence du mythe dans les années 1830 des raisons littéraires, puisque c’est à qui en donnera la plus brillante version.

 

J’en viens justement aux liens qui, du point de vue de la genèse de ces œuvres, peuvent unir Les Jumeaux de Hugo et Le Vicomte de Bragelonne, qui va définitivement ancrer le mythe dans notre imaginaire. Aucun relais littéraire n’existe entre ce roman et Les Jumeaux, on peut donc se demander dans quelle mesure Dumas est redevable à Hugo.
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