Mémoires secrets pour servir à l’histoire de Perse





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Que doivent Le Vicomte de Bragelonne et Le Prisonnier de la Bastille aux Jumeaux ?


Dans ses Propos de table de Victor Hugo parus en 1885, Richard Lesclide raconte comment Hugo avait lu les trois premiers actes de son drame à quelques amis dont Louis Boulanger. Louis Boulanger en aurait ensuite parlé devant un groupe dont faisait partie Dumas. Apprenant cela, Hugo serait entré en fureur et en aurait abandonné Les Jumeaux. Quels arguments peuvent étayer cette version des faits, et prouver une influence directe des Jumeaux sur Le Vicomte de Bragelonne ? D’abord, peut-être, le fait qu’un titre pressenti pour Le Prisonnier de la Bastille avait été Les Jumeaux de la reine. Cependant, on l’a vu, d’autres pièces avant celle de Hugo s’étaient intitulées ainsi, sans grande originalité d’ailleurs. Ensuite, on note certaines similitudes précises entre les deux œuvres. Dans Le Vicomte de Bragelonne, la scène de la libération du prisonnier par Aramis, et la description de ses premiers instants de liberté, ressemblent un peu à la scène des Jumeaux où le prisonnier enlève son masque pour la première fois : « Au moment où il est délivré du masque, le prisonnier reste un moment comme éperdu de bonheur, et semble respirer à l’aise avec une joie immense[8] », lit-on dans les Jumeaux ; « Plus de murs à droite ni à gauche ; le ciel partout, la liberté partout, la vie partout[9] », lit-on dans Le Vicomte de Bragelonne. Surtout, on trouve chez Dumas une confrontation entre Philippe, le jumeau de Louis XIV, et sa mère Anne d’Autriche, qui le prend pour son frère. Or Hugo écrivait à Paul Meurice le 18 mars 1861, quatre jours avant la première du Prisonnier de la Bastille au Théâtre Impérial du Cirque : « en juillet 1839, je lus à divers amis […] les trois premiers actes du drame Les Jumeaux. […] une des principales situations, la principale, peut-être, était la mère, Anne d’Autriche, se trompant entre ses jumeaux, et prenant le Masque de fer pour Louis XIV[10] ».

Mais à l’inverse, de nombreux arguments démentent la thèse d’une influence directe des Jumeaux sur Le Vicomte de Bragelonne. D’abord, Hugo lui-même n’a jamais accusé Dumas de plagiat, et l’on notera que Richard Lesclide a attendu la mort de Dumas pour formuler cette accusation. Ensuite, il s’est écoulé huit ans entre l’écriture des Jumeaux et celle du Vicomte de Bragelonne, ce qui fait bien long pour parler d’une influence directe, si l’on considère que Dumas avait seulement entendu parler de cette pièce par un tiers. Par ailleurs, les sources les plus évidentes de Dumas sont non pas Les Jumeaux, mais d’autres textes bien identifiables. Il s’est manifestement inspiré de Voltaire et de Soulavie, à qui il est bien plus fidèle que Hugo : il reprend à Voltaire de nombreux détails, comme le goût du prisonnier pour le linge d’une finesse extraordinaire, ou l’anecdote du plat d’argent que le prisonnier jette de sa prison des îles Sainte-Marguerite ; et à Soulavie, Dumas emprunte les personnages du gouverneur et de dame Péronnette, la sage-femme qui élève le prisonnier avant de se faire assassiner. En outre, Fournier et Arnould, auteurs du Masque de fer en 1831, avaient été les collaborateurs d’Auguste Maquet pour une Histoire de la Bastille (1844) – Maquet qui fut lui-même le collaborateur de Dumas pour Le Vicomte de Bragelonne. Enfin, le bibliophile Jacob, auteur de L’Homme au masque de fer en 1837, était un grand ami de Guilbert de Pixérécourt et de Charles Nodier, que fréquentait assidûment Dumas, et Dumas lui-même l’appelle « notre ami » dans Une année à Florence.

Tout cela, comme d’ailleurs une simple lecture des deux œuvres, réfute donc totalement l’idée d’un plagiat commis par Dumas à l’égard de Hugo. Néanmoins, il est intéressant de constater que l’intérêt de Dumas pour le Masque de fer semble naître juste après 1839. En 1840, il insère un chapitre consacré à ce sujet dans ses Crimes célèbres ; en 1841, un fragment des Impressions de voyage, Une année à Florence, récapitule de manière détaillée les différents systèmes concernant le Masque ; en 1844, ces systèmes sont à nouveau exposés dans Louis XIV et son siècle. Puis le thème des jumeaux ou des sosies chemine dans l’œuvre de Dumas jusqu’au Vicomte de Bragelonne, avec pour relais, en 1845 (la même année que Monte-Cristo), Les Frères corses, sorte de conte fantastique consacré à des jumeaux, et en 1849-1850, écrit parallèlement au Vicomte de Bragelonne, Le Collier de la reine, où Marie-Antoinette est déstabilisée par un sosie manipulé par Cagliostro. On peut donc penser qu’une certaine émulation entre Hugo et Dumas a pu conduire ce dernier à s’intéresser au Masque de fer, et je rappellerai à ce propos que les relations entre les deux écrivains furent bien celles de frères rivaux.

Nés la même année, tous deux fils d’un général révolutionnaire, Hugo et Dumas furent deux amis proches. Ils se sont rencontrés en 1829, à l’occasion de la première d’Henri III et sa cour de Dumas, et ils furent ensuite des frères d’armes de la révolution romantique au théâtre, Dumas soutenant Hugo lors de la bataille d’Hernani, et Hugo réécrivant, avec Vigny, la pièce Christine de Suède de Dumas (1830). Se traduisant par des lettres où Dumas se proclame le meilleur ami et même le frère de Hugo, l’amitié des deux hommes se manifeste particulièrement lors de leur exil en Belgique en 1851 (l’un pour des raisons purement politiques, l’autre pour des raisons politico-financières, le Théâtre-Historique fondé par Dumas ayant fait faillite, et Dumas étant poursuivi par ses créanciers). Dumas reçoit fréquemment Hugo, et il est le dernier à l’embrasser sur le quai d’Anvers, en 1852. Cette scène donne lieu à un beau poème des Contemplations, « À Alexandre Dumas » (Livre V, pièce XV), où Hugo dresse entre eux un parallèle régi par le contraste entre la lumière et l’ombre, mais aussi entre la dispersion et l’unité : « Tu rentras dans ton œuvre éclatante, innombrable, / Multiple, éblouissante, heureuse, où le jour luit ; / Et moi dans l’unité sinistre de la nuit », écrit-il à Dumas. Rentré en France, celui-ci continue à soutenir son ami exilé à Jersey, en lui rendant hommage dans son journal, Le Mousquetaire, ou en lui dédiant son drame La Conscience, en 1854 – ce qui témoigne d’un vrai courage politique.

La relation entre Hugo et Dumas ressemble donc, comme l’écrit Hugo dans Les Contemplations, à un véritable « échange d’âme », échange qui va, au moins chez Dumas, jusqu’à une sorte d’identification, puisqu’en 1868, sur le livre d’or de la poétesse Amélie Ernst, Dumas, faisant son autoportrait, répond « Hugo » à la question « Si vous n’étiez pas vous qui voudriez vous être ? ». Cette amitié fut cependant ternie à plusieurs moments par la rivalité, notamment vers 1833, alors que Marie Tudor et Angèle se disputaient l’affiche du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, et qu’Ida Ferrier, maîtresse de Dumas, reprenait avec succès le rôle de Jane, où Juliette Drouet avait été sifflée. Ce dialogue entre Hugo et Dumas résume bien aussi cette rivalité de nos deux auteurs à succès. À Hugo lui disant : « Je suis furieux contre Vigny, il raconte partout qu’il a écrit la première pièce romantique », Dumas aurait répondu : « Vous avez raison, c’est insupportable. Tout le monde sait que c’est moi. »

Bien sûr, je n’irai pas jusqu’à affirmer que la fraternité parfois rivale entre Hugo et Dumas ait été figurée par la relation entre Louis XIV et le Masque de fer. Cette métaphore m’a surtout permis de rappeler quelles furent les relations entre les deux écrivains, et de conclure, concernant l’écriture des œuvres qui nous intéressent, à une forme d’émulation qui a pu conduire Dumas à entreprendre Le Vicomte de Bragelonne. C’est maintenant non plus sur le plan de leur genèse, mais sur celui de leurs poétiques, que je voudrais envisager les convergences et les écarts entre les deux œuvres.
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