Bibliographie de l’article «Les généraux commandants d’armée de 1914 à 1918»





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La défense antimissiles en Europe:

un challenge



Par le Général de corps aérien Bernard LIBAT0

et Monsieur Luc DINI0




Cet article, déjà publié dans «La lettre d’information de GUERRELEC» n°32 (octobre 2007) est reproduit ici avec l’aimable autorisation de son Président, coauteur du sujet.

La Rédaction des Cahiers l’en remercie vivement.


La menace «Missile» a fortement évolué durant les dernières 25 années. En effet, pendant la guerre froide, les missiles balistiques étaient avant tout et uniquement considérés comme les armes stratégiques suprêmes de destruction massive et entraient dans le champ de la dissuasion. Nous étions là dans une logique de non-emploi.

Après la guerre froide, la prolifération des missiles, balistiques ou de croisière, a ouvert la porte à la banalisation de l’emploi de telles armes par des États contre des objectifs stratégiques ou des populations. Dans les toutes dernières années, la menace a encore évolué et de nouveaux modes d’action sont apparus. Le 11 septembre 2001, une attaque aérienne terroriste a été menée avec des avions civils contre la population du cœur d’une ville occidentale; le conflit israélo-libanais de l’été 2006 a démontré que des organisations paramilitaires pouvaient réaliser des attaques massives d’armement sol-sol et poser de sérieux problèmes à une puissance militaire solidement établie. Face à cette réalité, la France s’est engagée dans un programme de défense antimissiles destiné à protéger ses troupes déployées sur les théâtres extérieurs, s’en remettant à la dissuasion nucléaire pour la défense antimissiles du territoire national. Mais ne doit-on pas aller plus loin? À l’évidence, une telle perspective ne peut se concevoir hors d’un projet partagé entre nations européennes.
Du lien entre la dissuasion et la défense antimissiles
Les troupes, les populations et les installations stratégiques constituent des cibles sur les théâtres extérieurs mais elles peuvent aussi être menacées sur nos territoires. Si le discours du chef de l’État en janvier 2006 à l’Île Longue consacre la prise en compte de ces nouvelles menaces dans notre concept de dissuasion nucléaire, nous devons néanmoins tout faire pour que l’incertitude demeure résolument du côté des agresseurs potentiels et nous interroger sur l’évolution de l’opinion publique française et européenne face au déploiement de boucliers antimissiles destinés à la protection des États-Unis. On peut donc légitimement se demander si la dissuasion ne devrait pas être renforcée par une défense antimissiles ayant pour objectif de transférer l’incertitude du côté de l’agresseur en l’exposant à un double risque: celui de l’échec potentiel d’une frappe avec des missiles amenés à traverser une ligne de défense antimissiles, et celui de s’exposer à des représailles plus lourdes s’il décidait d’amplifier son attaque pour en augmenter les chances de réussite.
Les programmes en cours de défense antimissiles balistiques de théâtre

De nombreuses nations dont l’Allemagne, la Grèce, la France, l’Italie, les Pays-Bas, les États-Unis ont lancé des programmes terrestres de défense antimissiles de théâtre pour protéger les troupes, les sites et populations localement contre un spectre de menaces aériennes large, balistiques ou non. Les États-Unis ont développé le Patriot qui a été adopté par plusieurs pays et conçoivent maintenant un système nouveau, le MEADS0, dans le cadre d’une coopération trilatérale avec l’Allemagne et l’Italie. En parallèle, la France et l’Italie ont décidé de mettre au point un système de défense antimissiles de théâtre basé sur le SAMP/T0 qui sera opérationnel en 2008. Le SAMP/T français sera combiné à un radar d’alerte de défense aérienne et antimissiles et à un système de commandement et de contrôle0 mobile. D’autres nations développent des systèmes antimissiles navals comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Espagne et les États-Unis. Notamment, les Néerlandais ont expérimenté en décembre 2006 un radar d’alerte0 lors d’essais dans le Pacifique. Les nations, seules ou en coopération, font déjà beaucoup, mais ce n’est pas suffisant car, pour être efficaces et interopérables, ces systèmes doivent être intégrés dans une architecture globale dans le cadre du programme OTAN de défense antimissiles de théâtre ALTBMD0.

Ce programme qui a juste démarré en janvier2007 prévoit actuellement l’intégration d’une «couche basse» de défense réalisée en deux étapes, avec une première architecture dès 2010, puis avec une architecture améliorée en 2012, comportant, notamment, un système d’information et de commandement sol-air0 renforcé par des fonctions antimissiles spécifiques0 Cette «couche basse» devrait intégrer un ensemble complet de systèmes d’alerte navals et terrestres fournis par les pays européens et les États-Unis, incluant en particulier le radar FBXT, que les États-Unis proposent pour le troisième site de défense antimissiles de leur territoire. L’interopérabilité entre l‘ALTBMD et les composantes américaines sera notamment assurée par une interface entre C4I européen et américain.

Cette «couche basse» assurera une protection aussi bien contre des missiles balistiques de portée courte que contre des menaces aériennes classiques ou des missiles de croisière. Elle sera complétée d’ici à 2012-2014 par une «couche haute» d’intercepteurs d’altitude capable de traiter des menaces balistiques intermédiaires, jusqu’à 3.000 km de portée, permettant de disposer ainsi d’une défense multicouche contre un vaste éventail de menaces, balistiques ou non.

Comment, alors, fédérer tous ces projets et programmes dans la perspective d’une défense antimissiles européenne?
La défense antimissiles du territoire, un défi pour l’Europe
Très peu de nations ont lancé des programmes de défense antimissiles du territoire: Israël, le Japon ou encore la Russie (qui a lancé un tel programme depuis plus de 30 ans) et, bien entendu, les États-Unis. Dans tous les cas, ces systèmes, même développés en coopération pour certains, sont destinés à la protection d’un territoire national avec un système d’information et de commandement national et des moyens d’interception à terre ou en mer. Il est à noter que le système antimissiles japonais, en cours de réalisation, combine des systèmes d’origine américaine avec des systèmes complémentaires japonais, dont le réseau de radar de défense aérienne et de commandement améliorés à capacité duale antimissiles balistiques et antiaérienne, ainsi que des satellites de renseignement pour une évaluation nationale et indépendante de la menace.

Les États-Unis ont installé sur leur territoire un système de défense continental développé en national, avec des radars de conduite de bataille (XBR) complétant le réseau d’alerte0, déployé notamment à Thulé (Groënland) et en Écosse (Fylingdales), puis une quinzaine d’intercepteurs0 en silo.

Plus récemment, du fait de la prolifération potentielle des missiles balistiques longue portée, les États-Unis ont décidé d’élargir leur système national à un troisième site déployé en Europe, basé sur le radar «Early Warning» en Écosse (ou sur un radar du type FBXT en position avancée), un radar de conduite de bataille en Tchéquie et un site de dix intercepteurs en Pologne. Sa mission principale serait de détecter et d’intercepter les missiles intercontinentaux0 visant les États-Unis et sa mission secondaire, d’intercepter des missiles balistiques de portée intermédiaire0 qui pourraient menacer l’Europe. L’investissement correspondant est impressionnant, de l’ordre de 5 milliards de dollars, sachant que le programme de développement du système antimissiles balistiques national américain a coûté plus de 100 milliards de dollars, sur plus de 20 ans. L’option consistant à choisir un système américain est donc très attrayante pour l’Europe. Elle pose toutefois des problèmes de souveraineté et de limites de capacité, notamment de couverture, dans sa partie sud, face à des missiles balistiques de portée plus courte ou des missiles de croisière volant plus bas.

L’OTAN, pour sa part, a mené une étude de faisabilité de défense antimissiles du territoire en 2002 qui a débouché sur un concept de défense antimissiles. Aucune décision n’a été prise pour lancer un tel programme, mais l’architecture multicouche ALTBMD pourrait répondre partiellement au besoin face aux missiles balistiques de moins de 3.000 km de portée et aux missiles de croisière. Néanmoins, cela serait probablement insuffisant et une étude complémentaire est envisagée pour analyser les compléments que l’ALTBMD devrait apporter à la couverture du troisième site américain pour qu’elle soit effective.
Et l’Europe?
Le vieux continent a tout intérêt à prendre une décision concertée avec l’OTAN tenant compte de l’évolution de la menace et des efforts réalisés par les États membres. Sauf à ce que les nations européennes souhaitent être protégées partiellement par un bouclier américain qui ne serait pas relié au commandement intégré, elles doivent agir de façon concertée pour traiter ces problèmes et investir en conséquence, en décidant quelles sont les menaces contre lesquelles elles souhaitent se protéger, quels sont les systèmes qu’elles peuvent acquérir en commun, en tenant compte en transparence des besoins des alliés.

Dès lors, plusieurs options principales s’offrent à elles:


  • Développer un système antimissiles balistiques complet et spécifique pour l’OTAN. Ceci est au-delà de ses capacités budgétaires (de l’ordre de 20 Mds de dollars) et ne répond pas à l’intégralité du besoin, car il faut se protéger contre toutes les menaces, pas seulement balistiques, et donc prévoir simultanément le développement d’architectures complémentaires, dont la défense sol-air et la défense antimissiles de croisière. De plus, il serait long à réaliser et mettre en œuvre.

  • Construire une copie du système américain en Europe. Cette option est moins onéreuse que la première solution mais ne traite qu’une partie de la menace, l’Europe étant aussi menacée par des missiles de portée plus courte. Enfin, elle risque de poser des problèmes de souveraineté et de commandement, la couverture étant partielle et le système restant national (États-Unis).

  • Construire un système global de protection de l’espace aérien européen incluant un site européen d’intercepteurs haute altitude similaire au site américain GBI en silo, mais avec des technologies européennes combinées à des technologies d’origine américaine. Cette option serait la plus coûteuse et la plus difficile, du moins techniquement, et elle serait longue à réaliser et mettre en œuvre.

  • Une quatrième option est envisageable: celle d’une approche pragmatique consistant à bâtir une capacité commune à partir de l’existant. Elle consisterait à relier l’architecture ALTBMD en cours de développement (couches basse et haute altitude) au site américain GBI en Europe (dit troisième site) pour fournir une capacité initiale de défense antimissiles du territoire en 2012-2015. Le principal avantage d’une telle approche serait de fournir une capacité de défense basse altitude duale contre les missiles balistiques courte portée et les missiles de croisière grâce aux systèmes basse couche de l’ALTBMD. Ces derniers seraient déployés dans les zones plus exposées à ces menaces tandis que la couche haute apporterait une couverture complémentaire. Le troisième site ne peut, en effet, couvrir toute l’Europe contre les missiles à portée intermédiaire et n’offre aucune protection contre les missiles de portée plus courte ou de croisière. En outre, cette approche permet de renforcer la capacité et l’intégration des systèmes nationaux grâce à un système d’information et de commandement construit à partir de celui de l’ALTBMD permettant l’interfaçage avec le SIC du troisième site. Enfin, cette approche permettrait de renforcer la capacité du troisième site puisque le réseau de senseurs d’alerte de l’ALTBMD fournirait une situation aérienne et antimissiles complète permettant aux systèmes de ce site de concentrer leurs ressources radar sur les missions d’analyse et d’engagement de la menace longue portée par les intercepteurs haute altitude GBI.

Ceci est très proche de l’architecture du système antimissiles japonais qui complète les croiseurs Aegis et radar FBXT, d’origine américaine, par le réseau de défense aérienne/antimissiles japonais, l’ensemble étant, dans ce cas, placé sous commandement japonais, centralisé ou décentralisé.
Ceci ne serait qu’une première étape pour disposer rapidement d’une défense haute altitude limitée, bénéficiant de l’apport du troisième site américain, éventuellement interfaçable, via le C4I de l’OTAN, au C4I d’alerte russe. Ce système pourrait être amélioré par la suite en augmentant la capacité haute altitude par l’ajout de composantes européennes combinées aux composantes d’origine américaine pour les systèmes longue portée (rajout de satellite au réseau de satellites d’alerte « SBIRS »0, rajout de radar longue portée en bande basse, rajout d’intercepteurs haute altitude) à l’horizon 2016-2020. L’avantage d’une telle approche serait ainsi d’éliminer une grande part du malaise ressenti sur cette question stratégique au sein de l’Alliance par manque de transparence sur les capacités, le management du système et les conséquences induites. Cela permettrait également de construire un prolongement à la coopération initialisée entre l’OTAN et la Russie et de fournir une option pour relier, si cela était envisagé, le système d’alerte russe existant à celui de l’OTAN.
En guise de conclusion
L’Europe peut se lancer assez rapidement et à moindre coût dans un projet de défense antimissiles du territoire européen, en précisant immédiatement qu’un tel système ne peut que trouver naturellement sa place au côté des capacités de dissuasion nucléaire dont certains États disposent déjà.

Pour réussir, elle a besoin:

  • d’un effort de développement progressif, commençant par une démarche pragmatique visant à relier les efforts de l’OTAN aux efforts nationaux en cours.

  • d’une vision finale sur la façon d’intégrer ces senseurs et ces systèmes d’armes dans un réseau contribuant finalement à une capacité de protection globale de l’espace aérien européen.

Elle doit, pour ce faire, mettre sur pied une coopération aux niveaux gouvernemental, international (OTAN) et industriel, sachant que la difficulté en Europe est de proposer un système intégré, probablement au travers de l’OTAN, et d’assurer financièrement la participation de l’industrie. La démarche pragmatique proposée ressemble par ailleurs à celle mise en œuvre entre le Japon et les États-Unis, et conduirait à un système intégré sous contrôle OTAN, à une coopération transatlantique et à une montée en puissance progressive de l’industrie européenne, impliquée dès le début. L’industrie est prête à participer à cet effort.

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