Je dédie cet ouvrage à mon fils Rodolphe





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La vie reprend ses droits, mais quelle vie.

Voilà plus d'une année que je suis présent chez lui, le milieu du printemps donne quelques promesses, la maladie s'apaise, sans pour autant devenir plus stable, un mieux s'instaure, l’affection est comme ça, avec ses changements de rythme dans les perceptions négatives, la survie dans une espérance plus que mesurée. Je mise sur ma présence d'une longue période pour avancer par la discussion et en contrepartie, on adopte, ensemble, un plan de réduction progressif de la médication, laquelle me semble trop lourde. Un jugement personnel, car en cas d'insatisfaction des résultats escomptés, la démarche de principe est, à l'inverse, d'accroître la chimie lourde ; la matraque. Je me mêle de tout et j'en suis à l'extrême limite. C'est tellement insupportable de voir son fils se mouvoir avec des réflexes mécaniques, dans un regard figé, de s'imaginer l'état de blocage de son cerveau n'obéissant qu'à ses agressions externes. Pour moi, c'est le préalable et la seule manière d'aborder une communication plus constructive, un meilleur équilibre entre la complémentarité des moyens à mettre en œuvre. En quatre mois, la baisse progressive du traitement sera réduite de moitié par le double jeu de l'espacement et de la diminution des doses injectables d'Haldol. Une modification qu'il faut suivre de très près, l'effet de manque, le sevrage, n'intervient qu'après plusieurs mois, jusqu'à six quelquefois. L'état constaté ne semble pas se dégrader, il y est déjà suffisamment, et paraît convenir avec ses jours variables selon ses impressions extérieures. Le seul défaut de mon fils et commun à cette affection, est de ne pas communiquer, de ne pas faire partager ses angoisses et les intérioriser, car elles sont dans sa logique, toujours dans la normalité ; il est le persécuté et en parler ne sert strictement à rien, c'est sa normale vie. Il faut que je lui demande expressément, en permanence de faire le bilan de sa journée. C'est de cette manière, qu'il m'apprend que le matin, en partant au travail, comme cela s'est déjà passé, il y a peu de temps, que des personnes l'observent à l'arrêt d'un bus, et ce trouble, il le considère comme une surveillance à son égard. Je lui explique, mais il ne peut l'admettre, que les personnes regardent obligatoirement dans sa direction l'arrivée du bus, ils n'ont pas d'autre choix ; regarder le côté opposé serait de le voir repartir. Comme quoi, la logique n'est pas de mise, il est toujours l'Homme choisi, plus près de la case départ que positionné sur le chemin de la réflexion. Cette perturbation profonde, il arrive à l'évacuer dans la journée, soit seul, soit en allant se reposer de courts instants à l'infirmerie du travail. Pour moi, le soir à son retour, cela passe plus ou moins inaperçu, le stress est apaisé. Il faut donc adapter le contexte au coup par coup et le matin, il prendra son Xanax, un peu plus d'une demi-heure avant son départ, le temps que celui-ci devienne efficace et, durant les prochains jours, je l'accompagnerai à son travail. Un changement d'itinéraire, les premiers matins, afin d'effacer le point dur, ce qui nous prend un quart d'heure au lieu des cinq minutes habituelles, le temps nécessaire de revenir à une situation mieux équilibrée. Il faut border de tous les côtés, il en a marre, comme il dit, et les idées de suicide perdurent et je ne peux que lui réitérer ma réflexion. Une réflexion, que mon fils n'avait pas enregistrée et dont actuellement, il ne se souvient plus ; expliquer dans une période d'intenses perturbations est illusoire.

Un matin, je l'ai accompagné à son travail, puis j'en ai profité pour partir faire une grande balade de décontraction. A mon retour, vers midi, je rentre à l'appartement, le téléphone sonnait. C'était ma femme affolée, qui avait reçu un coup de fil de son travail, car personne ne l'avait vu ce jour. La panique, où est-il passé ? Le scénario du suicide m'affole, d'autant plus que si cela était, je me doute la manière de l'exécution de l'acte. Je téléphone à l'infirmerie du travail, pas vu, aux urgences de l'hôpital, pas d'entrée. Etant donné l'heure, c'est durant la coupure de midi, joindre des personnes est une mission impossible. Le mieux, est de se calmer, d'attendre. Je communique rapidement le manque de nouvelles à ma femme pour libérer le téléphone. Puis, vers treize heures trente, le téléphone sonne, c'est son secrétariat, on me rassure, il est retrouvé. Entre le parking, où je l'ai quitté le matin, et l'entrée de son travail, il a rencontré l'une des secrétaires et elle lui a indiqué qu'il pouvait se rendre, malgré son manque d'inscription - et les manques sont choses coutumières - à une réunion prévue sur un autre site de travail. Départ de suite en car. Lorsqu'il est rentré le soir, il m'a dit : Aujourd'hui, j'ai passé une bonne journée.

Bonne écoute, à cet instant, il est profondément recommandé de respirer. Dans quel état j'erre ? - Où cours-je ?
Pour avancer, avant de marcher, il faut d'abord en comprendre l'utilité.

Inquiet de constater que sa réflexion est au point mort, un week-end de fin du mois d'avril - trois ans après la première reconnaissance téléphonique où il m'a annoncé que c'est lui qui merdait, ce qui donne la mesure de l'espace-temps -, je profite de la présence de son frère jumeau et du moment propice de le faire entrer dans la conversation. J'amène son frère à prendre mon relais et de faire prendre conscience, à Rodolphe, que s'il reconnaissait son mal, que toutes ses persécutions provenaient uniquement de son désordre mental, cela devrait lui permettre d'éliminer les anxiétés faites a priori, par sa peur incontrôlable, évitant ainsi de se propulser dans des positions insupportables. Un point positif,, car je suis persuadé qu'il est plus sensible à l'argumentation venant de son frère que de moi-même. Un problème de confiance caché. Fort de sa vérité, Rodolphe ne répondra pas, mais je sais néanmoins que l'enregistrement a été effectif, il en prendra acte comme un argument inutile. Le point dur est toujours là, sa conviction inébranlable qu'il faut lézarder. Pourtant, une fissure, c'est lui qui m'en indiquera une des plus importantes. Au cours de son dernier séjour à l'hôpital, il avait reconnu un homme, en visite, comme étant l'un de ses agresseurs et également, il avait sympathisé avec une fille en traitement, comme lui. Elle l'a invité à déjeuner pour le début de la nouvelle année chez ses parents et, lorsqu'il arrivera à son invitation, il se rendra compte que l'homme en question était son père et de cette méprise, il est bien persuadé avoir commis une erreur d'appréciation. Un point irréfutable à mettre à l'actif du démontage de sa réalité, mais encore irrecevable. Croire en ses hallucinations et rejeter des faits réels, un vrai mystère qui montre, sans contestation, l'importance du poids de la psychose.

Le mercredi, c'est la sortie des nouveaux films. Je vais au cinéma à la séance de onze heures, un moment de rupture avec la réalité. On ne se bouscule pas à l'entrée, un horaire calme avec généralement une salle peu fréquentée en dehors des vacances scolaires. J'ai renoué avec le cinéma, un film pratiquement chaque semaine. Des biens et d'autres, mais rarement déçu, c'est toujours mieux que notre réalité. Durant mon séjour chez mon fils, j'ai vu une soixantaine de films, des films sortis du jour pour la plupart, plus que l'ensemble de ce que j'avais vu auparavant. Dans la gamme de mes utilités, histoire de rester dans l'ambiance, j'ai vu Jeanne d'Arc, pas elle en personne, sa sosie, impressionnante et rayonnante ; un film de Luc Besson. Je n'ai pas oublié d'aller m'informer sur le sixième sens, celui d'après les cinq premiers, le sens qui permet d'entrer dans la quatrième dimension. Un insensé sens qui vous met sens dessus dessous ; en fait, l'unique non-sens qui fonctionne à outrance chez mon fils et se substitue trop souvent aux autres, son essentiel sens, sa tête en ébullition, la cause de la perte de ses repères d'homme libre. J'ai conseillé à Rodolphe d'aller voir ce film, avec Bruce Willis le psychiatre, bien que ce soit une épreuve pour lui de s'enfermer dans l'inconnu. A son retour, il m'a expliqué qu'il était comme le petit garçon, qu'il devait avoir ce sixième sens. Sens qu'il possède par la sensibilité que lui procure son état et qui lui permet de discerner et d'entrevoir des choses invisibles à nous tous ; pauvres ignorants. Il a engrangé le film comme une réalité et s'est conforté dans sa croyance d'être persécuté par le monde extérieur. Ce jour-là, je n'ai pas été très perspicace, j'aurais mieux fait de m'abstenir. Je me rends compte, sans illusion, que dans ce monde hallucinatoire et après bien des années passées difficiles, le déroulement futur y ressemblera à s'y méprendre et qu'il faudra encore du temps, des années, à moins d'une rupture affective, d'un rejet inconditionnel de son mal, avant d'espérer trouver le déclic nécessaire et indispensable à un retournement de ses fausses convictions. La ‘maladie de la persécution’ est intimement fusionnée dans la certitude d'un monde supérieur par un lien organique indestructible. L'ampleur de la tâche à accomplir est à la démesure de cette inaltérable union sacrée.
L'unique voie, la cassure de son illogique logique, le grand démontage des croyances.

Ma grande conviction, permettant un tournant crucial vers une gestion moins contraignante de la maladie, de ne pas replonger dans les intenses phases de désespoirs suicidaires, est que mon fils reconnaisse, sans retour, que son dysfonctionnement est le seul responsable du mécanisme hallucinatoire. Un point incontournable à une avancée décisive vers une meilleure gestion de ses tourments. Le doute cultivé par ses incohérences ne suffit pas, il est dans une dualité et admet qu'il peut se tromper dans certains cas. En fait, selon son état psychique du moment, il ne croit plus, tout en croyant un peu, sans y croire tout à fait, mais en y croyant quand même sans contestation et avec conviction. Je comprends qu'une hallucination visuelle est pour lui une réalité, lorsque l'on voit des personnes ou des choses, on perçoit sans possibilité de remise en cause de sa vérité. Il faut également se rendre à l'évidence, et cela a été pour moi une découverte insoupçonnée, que les hallucinations sont vécues, par le sujet, comme de véritables apparitions mystiques. Un seul choix devient alors indispensable, démonter ce grand butoir, il est de taille, mais il n'y en a qu'un. Démontrer que Là-haut, il n'y a rien que le vide absolu, que ses hallucinations, soient-elles plus vraies que nature, ne peuvent provenir d'un monde inexistant. Cette approche m'apparaît indispensable. Il m'est certain que de tenter de combattre une croyance par des neuroleptiques devient, à terme, une technique en perte d'efficacité ; le relais ne peut passer que par la totale reconnaissance d'un état psychique altéré. Dans cette manière explicative de procéder, de supprimer la possible existence d'un pouvoir supérieur, d'un Dieu et des personnages maléfiques qui l'entourent, est le seul recours lui permettant d'opter à la seule solution restante, celle de l'unique cause de ses perceptions ; sa maladie. Une réelle maladie qu'il ne peut, dans l'état de ses perceptions, ni identifier, ni admettre, ni comprendre. D'être près de mon fils, d'avoir écouté ce qu'il m'a raconté de ses hallucinations, et je me doute qu'il y en ait beaucoup d'autres qu'il ne veut me confier, j'ai compris, intégré et j'en suis convaincu, il n'y a pas de différence entre une hallucination visuelle maladive et une apparition. Ces deux mots tentent de poser une barrière rigide entre deux états, le premier se rapportant à une illusion et le second affirmant une existence passagère d'un fait. Au regard de cette constatation, je refuse de croire et je n'admettrai jamais deux versions différentes et opposées, les personnes ayant des perceptions, des apparitions réalistes, des voix parfaites intimant des ordres clairs, lesquelles sont vénérées par les religions comme des saints, des icônes et, de l'autre côté et bien à l'opposé, nos enfants, qui eux perçoivent des choses identiques et bien plus traumatisantes, de les considérer comme des neuneux. Ne cherchez pas la barrière infranchissable entre les deux appréciations, il n'y en a pas, le phénomène est identique, un dérèglement du système neurologique que l'on appelle la schizophrénie avec pour manifestation son cortège hallucinatoire. Si l'on survole le cas le plus emblématique, celui de Jeanne d'Arc, la plus vénérée, elle a perçu des voix lui intimant des ordres précis et de bonne foi, elle n'est pas allée chez un psychiatre demander un neuroleptique, mais à Reims, une très belle ville ; Elle y a accompagné un sacré Roi, le VIIème des Charles. Quel âge avait-elle ? Un peu en avance sur l'âge généralement requis de tous ceux ou celles en emprise de phénomènes hallucinatoires. Sa vie, dans sa mature précocité, un parcours hors pair brisé par ses pairs dans sa juste vingtième année.

Il est supposé qu’elle était très certainement la fille de Louis d'Orléans, le frère du Roi Charles VI, et de la Reine Isabeau de Bavière, sa belle-sœur. Une histoire de famille. Ce qui est certain le Roi était atteint de schizophrénie d’où la piste héréditaire maladive psychique constructive de Jeanne d’Arc n’est pas à exclure.

Il est clair de remarquer qu'un message venu de l'au-delà ne lui aurait aucunement signifié de placer un Roi sur le trône, mais d'aller de l'avant en créant une république ; ou bien encore l'Europe unie. Bien des morts et des souffrances auraient été épargnés, le grand saut sans révolution, ni guerres. Comme quoi, les messages délivrés ne correspondent qu'aux inquiétudes de l'instant et non à une vision progressiste du monde. Par là même, il ne peut s'agir que d'hallucinations, que de personnelles perceptions. Evoquer l’Europe, cela me fait penser à Maastricht, fief de Saint-Hubert, évêque bien connu, patron des chasseurs qui, vers l’an 727, a épargné un cerf par la vision d'une croix lui ayant apparu entre ses bois ; un événement reconnu dont on ne peut qu'en apprécier l'authenticité. A contrario, à ma connaissance, il n'a jamais été relaté que des cornes soient apparues sur une personne ayant porté une croix en pendentif. Les rois, eux aussi ont toujours été persuadés d’être investis du rôle d’intermédiaire entre le bas peuple et l’être suprême, réglant ainsi la gouvernance de nos vies et de nos pensées. La sobre réalité est de constater que sous la royauté, les sujets s’emmerdent et la monarchie. Tous ceux qui perçoivent l’irréalité sont en totale certitude d’en être les suprêmes représentants. De construction délirante et structurée, leurs propos intangibles deviennent ésotériquement étayés et cette architecture consignée, sans remise en cause profonde, sera suivie à la lettre par les générations de notables adeptés ; c’est toute la réalité de l’irréalité du concept hallucinatoire. Le plus remarquable, un homme né entre ces deux années, celle d’avant et celle d’après, lequel s’est identifié comme étant le fils de Dieu ; Il est celui qui nous a fait opter pour notre calendrier schizophréniquement imprimé dans nos consciences avec pour temps de référence, l’année zéro. Puis dans les siècles qui ont suivi, les croisades et également les missionnaires en position ont bien contribué l’expansion de cette imposture.

Mon évidence peut vous apparaître abrupte, sachez que je ne vous communique pas une aberration, toutes personnes, jeunes, percevant des ordres auditifs ou visuels, sans raison physique apparente, sont en prise avec cette maladie mentale, la schizophrénie granitiquement pure et dure. Il m’est certain que dans tous les cas de perceptions identiques qu'une consultation chez son médecin traitant aboutirait à ce diagnostic sans appel et déboucherait sur une première prescription de quelques gouttes d'Haldol chaque matin. Dans cette logique mystique, il serait également intéressant de connaître sur quelles bases visionnaires, certains jeunes entrent en religion ; de quelle manière ont-ils perçu l'appel de Dieu ? Toujours l'âge en question, un élément déterminant d'interrogation sur la véracité des faits étrangement similaires aux symptômes frôlant un état schizophrénique, tout en sachant bien que les perceptions peuvent être bien ou mal vécues. Un ancien ministre écrivain, fort sympathique, a écrit dans l'un de ses nombreux ouvrages, justement sur Jeanne d'Arc, que les mots ‘voix’ et ‘vocation’ étaient intimement liés. Une association qui me laisse perplexe. Cet homme cultivé, entre aussi dans l'une de mes remarques. Aimant la vie, sa positivité ne peut qu'avoir été un atout essentiel dans le combat gagné contre sa maladie ; un cancer, je crois. Comme quoi, il faut toujours mener la bataille, sans relâche, sans appréhension sur la méthode choisie ; d'autant plus si elle corrobore votre juste appréciation.

Ce qui m'interroge, dans cette approche, c'est le pourquoi de la forme mystique des apparitions et des délires qui en découlent, sachant que la plupart des souffrants, comme mon fils, n'ont reçu aucune formation religieuse. De l'idée générale, qui tend à supposer que le support mystique est le dérivé, le produit généré par l'existence sans équivoque d'un Dieu, je me doute, sans illusion, que dans l'esprit du grand public, tous iront jusqu'à penser que le malade mental en est le dernier sous-produit, telle la marque indélébile d'oblitération du timbré ; les hallucinés étant considérés comme des dingues, des fêlés du ciboulot, des siphonnés de la cafetière, des dérangés de premiers ordres. Ils resteront donc, jusqu'à la nuit des temps, catalogués comme des fous. De mon point de vue, étayé par ce que je perçois au quotidien, de mon interrogation à travers la maladie de mon fils plus ou moins explicité, il m'est apparu clairement que cette appréciation démesurée était hors vérité et j'en suis arrivé à la réflexion inverse. Les religions, les croyances organisées, sont les révélations issues des délires mystiques de personnes en état de schizophrénie. Si vous croyez que Dieu parle toutes les langues, vous faites erreur, car l’homme invisible est bien absent, c’est uniquement et totalement votre schizophrénie positive qui vous parle à la manière de vos rêves et cauchemars de nuit.

Les religions sont la folie créatrice des hommes qui ont généré, selon chaque culture des psychotiques hallucinés, les religions qui y correspondent. Toutes socialement intégrées, bien distinctes et incontestées de leurs fidèles, elles sont des plus prolifiques sur notre planète. De cette déduction et de ce paradoxe sans équivoque, les schizophrènes sont les créateurs, les parents engendreurs des religions et, de ce fait reconnu, les croyances ne sont que des manifestations abouties dans leurs cerveaux fertiles à l'égal d'une vraie visionnaire réalité. La construction des délires mystiques suit d'ailleurs une logique inattaquable. Soumis à des hallucinations répétées de persécutions, les affreux, comme mon fils me le réitère toujours, l'unique logique indiscutable du schizophrène est de conclure qu'il est un personnage important. S'il ne l'était pas, pour quelles raisons serait-il persécuté par toutes ces personnes et en tous lieux de la planète ? Deuxième remarque, les personnalités importantes ne sont pas pour autant persécutées. S'il l'est, c'est donc qu'il est un personnage plus important qu'une personnalité, qu'une haute personnalité et dans notre religion, bien au-dessus de ses représentants légaux sur cette terre. Qui donc peut-il être ? Bien évidemment, l'aide, le bras gauche ou droit de la plus haute sommité régnant sur notre univers, zappant tous les grands dirigeants terriens. Il est l’élu et Dieu lui a donné le pouvoir, lui seul est dans la capacité de reconnaître physiquement les envoyés du Diable et « sa mission » est de les confondre pour purifier le monde. Sa logique est construite sans réserve, sur les faits sans équivoques de sa réalité ; il ne peut donc être que l'adjoint indivisible de Dieu, lui-même en personne, l'Universel. Là, je vous en bouche un coin, moi aussi, je suis anéanti. Je vais m'autoriser cinq minutes de pause, le temps de prendre une douche et d'escalader l'Everest. Eh, oui, maintenant que je connais le créateur du monde en moins d'une semaine.

C'est fait, je suis de retour, je m'en excuse, j'ai dépassé d'une bonne minute mon temps imparti. J'ai trop lambiné sous la douche, il faut dire qu'il fait chaud, la canicule ne recule pas ; il ne s'agit pas seulement de créer dans les plus courts délais, après il faut en assumer la maintenance et au minimum réparer le thermostat défectueux. La glace m'a fait beaucoup de bien. Oui, je le reconnais, j'ai un peu exagéré, après, je suis seulement allé dans le congélateur ; une métaphore. Vous comprenez bien que faire revenir Rodolphe à la réalité sera une lutte feutrée et bien inégale ; avec ou contre moi, son père, l'incroyant, l'incrédule borné.

Une pure logique dont la nécessité aboutit à sa création matérielle, un Dieu régnant sur toute la création. Obligatoirement dans l'esprit profond du schizophrène, il ne peut en être autrement, sinon ses perceptions n'auraient pas de sens ; le sixième, comme de bien entendu. Il n'y a donc pas besoin de certifier son existence par des faits reconnus dans l'histoire, Dieu est sa création supérieure indispensable à la matérialisation de ses perceptions. Dans son schéma de fonctionnement, il est l'incontournable maillon originel à sa chaîne rigoriste de compréhension dont il est le seul élu choisi à le représenter sur cette terre, il voit, il entend, il ressent et il partage sans réserve, c'est la preuve irréfutable de sa vérité. Des schizophrènes qui se considèrent dans cette logique, qui se prennent pour son fils réincarné ou toutes autres définitions farfelues, ils n'en manquent pas, l'actualité nous en révèle à maintes reprises. Ce sont quelquefois des personnes qui vont en entraîner d'autres jusqu'au suicide, le plus généralement par une prédiction illuminée de fin du monde datée proche. Je n'ai pas la moindre idée du positionnement de mon fils dans la hiérarchie supérieure, de sa fictive place, lui-même ne le sait pas exactement tant sa mission est indéfinissable ; d'ailleurs, il n'a reçu aucun courrier sur sa nomination. Je sais qu'il n'est pas dans la logique de la réincarnation de son fils désigné et c'est une chance personnelle ; je lui ai fait remarquer que j'étais son père, rien de plus, et que je n'étais pas dans la menuiserie. Quoi que, de le voir le plus souvent en position repliée, j'ai la grande tentation de lui dire : Lève-toi et marche.

Il m'est certain que durant les phases intenses de crise, il n'est plus sur terre, donc il est ailleurs, il est Là-haut, dans sa tête, peut-être assis à la gauche du Père, l'autre siège de droite est, paraît-il, déjà occupé. Ce qui me console, piètre constatation, c'est qu'il Est, son autre identité, seulement durant ces périodes restreintes, donc pas à plein temps comme l'est l'original. La maladie de la persécution est donc, par production même, indissociable d'un Dieu et de cette constatation, la construction des délires ne peut-être que mystique ; la conséquence d'une tromperie fallacieuse, celle de ne pas comprendre et admettre la responsabilité du dysfonctionnement de son cerveau. S'ils sont partout, les persécuteurs, c'est normal, le persécuté se déplace avec sa propre tête indéboulonnable, celle qui contient tout son univers intériorisé, son authentique monde imaginaire. Faire comprendre cette lapalissade est une mission impossible.

La croyance à un Etre supérieur, le conduit inévitablement à sa construction erronée donnant une cohérence de ce qu'il perçoit, le ciment mystique liant les pierres de ses hallucinations délirantes. Une interrogation : comment le schizophrène peut-il être aussi logique alors que l'on sait que son esprit est brisé et en désordre ? Une logique dans un désordre ; non, en lui, sans dilemme, coexistent ses deux personnalités, l'autre est son identité parallèle. Dans les moments de répit, quand il n'est que lui-même, il construit son monde dans la lucidité, à la lumière de ses éléments objectifs vécus dans ses périodes délirantes, deux impersonnalités qui se complètent et se fusionnent. C'est la matérialisation des hallucinations qui lui ôtent toutes possibilités de discernement, ses délires s'enclenchent en automatique, il endosse son identité parallèle, vit sa construction inaltérable construite dans sa logique. Il prend l'ascenseur des délires et se retrouve au sommet d'une tour, penché sur la rambarde qui surplombe le vide. Un vertige l'envahit, incontrôlable et comme tout vertige, par nature, la raison n'a aucune prise. L'inconscient fonctionne à plein régime donnant à sa tour de Babel un étage supplémentaire. La prise de tête, le tourbillon imaginaire, un emballement du cerveau qui complète sa souffrance psychique par une souffrance physique. En pareil cas, il me répète : J'ai mal, j'ai très mal, comme si on m'enserrait la tête dans un étau.

Dans cette inimaginable souffrance, certains évacueront leur mal en devenant violents, une réaction de défense contre l'insupportable ; une autre variante de la schizophrénie avec une désocialisation toujours présente dans cette affection. J'ai la chance de ne pas être dans ce cas. Indéniablement, les sensations perçues par les schizophrènes sont leurs réalités dans leurs vies quotidiennes et, par leurs certitudes qui en découlent, ils ont un pouvoir de persuasion, d'autant plus que certains sont doués d'intelligence et ont un impact sur une population qui ne peut soupçonner à quel point le cerveau peut produire des images, des sons et autres perturbations plus vraies que nature. Les discours de ces faux visionnaires ont une autorité certaine parmi les humains, des faits qui ne prêtent pas à la contradiction, une population perméable avide de surnaturel et de paranormal à l'écoute de tout ce qui apparaît hors du rationalisme réfléchi. Une insoupçonnable et invisible machination qui va s'inclure naturellement dans le processus physiologique inhérent au besoin fonctionnel du cerveau récepteur. Pourquoi en suis-je arrivé à cette conclusion, les perceptions schizophréniques en étroite relation avec les croyances ? Je ne dois pas être le seul à en conclure, mais c'est certain, la difficulté pour y parvenir est essentiellement de deux ordres. Jamais le ‘malade’ ne confie le contenu de ses hallucinations. Pour moi qui voulais comprendre, j'ai procédé par extirpation insistante, dans des conditions de confiance, permettant à mon fils de se révéler ; le résultat de deux années de mon assistance rapprochée de ma présence chez lui. Egalement, lorsqu'une famille est touchée par son proche, sa descendance, le réflexe, lorsqu'il tente de raconter ses histoires, n'est pas de l'écouter, mais de l'interrompre, le rejeter en lui coupant la parole, consolidant la rupture sociale en lui exprimant expressément : Arrête de nous raconter tes conneries.

L'envie de cette réponse ne me manque pas, la psychose, le summum de l'inimaginable et je n'ai même pas le recours d'aller faire une prière de soutien.

Ce qu’il faut comprendre dans cette relation croyances et schizophrénie est que son moteur, l’inconscient, est une fonction cérébrale et, comme toute fonction, elle a besoin de se nourrir, d’être à son juste niveau en restant dans les limites de plénitude. Tout comme une retenue d’eau. Vidé de son contenu elle n’est d’aucune utilité, il faut donc remplir ce barrage devenu inutile pour lui rendre son statut fonctionnel. Chez le schizophrène, l’alimentation en eau est pléthorique, débordante, le barrage est hors limite et bien dépassée par une crue non maîtrisée, dévastatrice. Les antipsychotiques – neuroleptiques - sont des bloquants et dans les dernières molécules dites ‘modernes’ des régulateurs de ce flot excessif de dopamine et de sérotonine.
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