Je dédie cet ouvrage à mon fils Rodolphe





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La médication apaise le mal, mais n'en résout pas la cause.

Tout semblerait aller pour le mieux, mais rapidement, au travail, je constate que pour mon fils, rien n'est facile, les médicaments semblent efficaces mais handicapants. Il se fatigue vite et surtout sa mémoire défaille et me dit textuellement qu'il a l'impression d'avoir un gruyère dans la tête. Réellement moins oppressé, un peu endormi, ou pas éveillé tout à fait, au fur et à mesure que les mois passent, je ne le reconnais plus tel qu'il était, comme si sa personnalité se transformait lentement. Il vit dans un autre espace qui n'est plus tout à fait le nôtre. Tout ce bouleversement, il est incapable de le percevoir, une réaction, sans doute normale, inhérente à la médication. De l'énergie, il en a, motivé et plein de courage, habitant sur place, proche de son travail, il a du temps de libre et s'inscrit donc pour une année au sport et à la piscine. Deux séances par semaine de musculation, sport qu'il pratiquait depuis quelques années sur du matériel en place à la maison, une démarche en vue de lutter, de résister, d'être en mesure d'avoir l'énergie de se défendre tout en restant dans sa logique d'agressé. La vie tente de reprendre ses droits, et très vite, en quelques mois, le milieu extérieur va de nouveau lui être une contrainte, ses visions répétées réapparaissent, le traitement atténue l'intensité des perceptions, mais ne les suppriment pas en totalité. Les médicaments ne sont qu'une alternative palliative, l'efficacité optimale n'est jamais atteinte. Le second facteur indispensable serait sa reconnaissance totale par sa seule implication dans les perceptions qui le traumatise, une réalité qu'il ne peut admettre, laquelle lui permettrait la compréhension de son mal, de tenter de le gérer. Nous en sommes très loin, les perceptions sont d'une telle réalité qu'il lui est impossible d'admettre cette évidence. Mon fils accepte de prendre sa médication uniquement pour se sentir mieux, restant toujours persuadé d'être l'Homme choisi poursuivi et persécuté mentalement par les forces du mal. Je comprends la difficulté, car la persuasion, la logique objective n'ont aucune chance d'aboutir. Le schizophrène ne peut remettre en cause sa vérité et c'est le lot commun de cette affection. Une vérité qu'il soutient au-delà d'une croyance ; toutes les personnes croyantes souscrivent sans avoir vu, mon fils, lui, ne doit pas croire ce qu'il voit. J'ai intégré sa conviction inébranlable, l'insurmontable bataille indispensable à mener, le verrou inviolable à désintégrer.

La plus grande avancée serait qu'il admette, de lui-même et à partir d'éléments concrets, qu'il auto-génère sa psychose, ce sera, j'ose l'espérer, dans une prochaine étape qui est actuellement hors de sa portée. Il va donc falloir que je trouve la faille, ouvrir la brèche par une première contradiction constatée, introduire un ver dans le fruit vert, pour amorcer la fêlure de son intégriste vérité. Pas de persuasion directe, mais un démontage progressif de son jugement par le doute que je dois lui administrer au goutte-à-goutte. Le premier fait qui me semble concret, j'ai tenté de lui faire comprendre, que contrairement à ce qu'il pense, il n'est pas le seul élu et que la plupart des personnes en soins, à l'hôpital, ont des symptômes similaires. Sa réponse, il en a une, et en aura toujours par la suite, dans sa rigidité de pensée : Les autres sont là parce qu'ils sont dans la folie, moi, je suis l'exception, je ne suis pas malade, je vois avec mes yeux, je suis entré à l'hôpital seulement pour reprendre mes forces et soulager mes angoisses.

La contrainte des médicaments se fait sentir. Le matin, mon fils a du mal à ingurgiter ses pilules, il le fait par obligation et ses explications ne sont pas claires. En décodant, je constate, qu'il ressent des sensations désagréables, un effet de saturation d'un produit qui prend le dessus, insipide lui faisant perdre toute sensibilité au goût. Une explication plus réaliste, j'ai lu, ce qu'il a écrit sur un papier : Mes médicaments sont des faux, on me les donne pour me faire croire que je suis malade.

Démuni face à son argument, je le motive à suivre régulièrement son traitement, car je me doute des réactions provoquées par l'arrêt de la médication. J'ai dû être efficace, apparemment, il reprend le suivi de sa prescription, s'y conforme et sa santé semble s'améliorer, tout au moins en moyenne, avec des variations importantes. Le sport, qu'il pratique, le soir après son travail, est un élément favorable à son fragile équilibre, à sa force d'absorber les contraintes de ses hallucinations, certes en diminution, mais persistantes. Je suis convaincu que l'évolution favorable et stable ne peut que passer par la reconnaissance, sans équivoque, de sa maladie. Il faudra à terme, qu'il comprenne que c'est uniquement son mental qui lui produit des images ; c'est la seule possibilité vers un retour dans une position plus stabilisante. Le but est loin et long à atteindre, je ne suis pas désespéré pour autant, seule la situation est préoccupante, elle n’est pas obligatoirement compromise. Il faudra du temps, beaucoup de temps. Quand il m'arrive de positiver, je me persuade courageusement que lorsque la situation est catastrophique, elle ne peut que s'améliorer et quand elle est meilleure, je dois m'en satisfaire. Le temps est comme celui d'une mauvaise grippe, seulement, il ne faut pas compter en jours, mais en années et sans penser qu'il y ait d'éventuelles rechutes. D'être à ses côtés, j'ai aussi compris, car j'avance dans la réflexion et la méthode dans mon itinéraire parallèle, que lui démontrer qu'il est dans l'erreur et se trompe est la plus mauvaise des réponses qui n'aboutira à aucun résultat, qu'à une confrontation stérile. On ne peut stopper un train en pleine vitesse, il faut le prendre ensemble, le dévier lentement de sa trajectoire pour mieux le ralentir. Bien comprendre son fonctionnement et lui montrer ses contradictions, seule cette méthode permettra de le faire douter de ce qu'il croit solide comme un roc. La première avancée serait d'arriver à ce qu'il admette de lui-même, contrairement à ce qu'il pense, qu'il n'est pas le seul à éprouver des symptômes identiques et je n'ai que cet argument à lui faire valoir. Souvent, je lui redis, que l'Homme choisi par l'instance supérieure n'existe pas et, de ce fait, les médicaments n'ont pas été inventés et fabriqués pour son unique cas personnel. Je viens de me répéter, mais croyez-moi, la discussion avec un schizophrène est répétitive et interminable comme l'est un programme récursif ; un travail sur un système déglingué dans des mécanismes redondants. La quadrature du cercle infernal, un problème irrésolvable et je suis en plein dedans. Des arguments inopérants, qui me sont évidents qui n'atteignent jamais la cible, l'inhibition est trop importante comme l'a souligné la deuxième expertise. Une lutte sans adversaire, des coups de poings explicatifs manqués comme des erreurs de frappe.
Le retour vers l'inacceptable.

L'été approche et juin voit une dégradation de son état mental. Il me dit même, ce dont il ne m'a jamais parlé, qu'il a des envies de mettre fin à ses jours : Le but des persécutions est de se débarrasser de moi, de m'entraîner à aller jusqu'au suicide.

Je suis inquiet, sans excès, car j'ai souvent entendu dire que les personnes ayant des penchants suicidaires en parlent que très rarement, ils passent à l'action. Le fait de l'exprimer est, de mon ressentiment, uniquement un appel au secours. Je demande à Rodolphe de me réserver un entretien avec lui chez sa psychiatre. Le rendez-vous est fixé pour la semaine suivante. A cet entretien, je suis avec mon fils, car tout ce qui le concerne directement doit se dérouler en sa présence. Sa psychiatre me persuade clairement qu'il faut être très attentif aux pulsions de détresse, car il n'est pas rare que certains, bon nombre de ‘malades’, en proie à de fortes oppressions, exécutent leur projet, tant l'état d'intense souffrance est bien au-delà de l'imaginable. Le suicide est une décision qui se concrétise au fil du temps, la suite logique d'une longue période d'usure psychologique, la fin d'un processus qui ne peut plus évoluer, la sensation d'un constat d'échec, l'extrémité de sa raison de vivre. Une détermination mûrement réfléchie, un secret intérieur qui se réalisera par un acte courageux, un jour imprévisible, soit dans la foulée d'un événement mineur jugé inacceptable, soit conjoncturellement par sa faisabilité matérielle immédiate ou préparée. De cette grave constatation, un changement de médication s'impose et le Risperdal, qu'il prend de façon aléatoire, en pointillé avec de grands espaces, sera remplacé par du Solian. La relation entre le médicament et le patient est importante, y compris par sa présentation, sa forme et sa couleur, lesquelles influent sur l'envie de le prendre ou de s'en dispenser. Dans cette affection, où l'inconscient en est le moteur, un médicament ne se réduit donc pas seulement à une chimie active fut-elle efficace, il faut l'ingurgiter chaque jour. Je découvre aussi que Rodolphe a expliqué à sa psychiatre qu'il était investi d'une mission. Dans ses visions, il est l'unique Etre de ce monde contacté par Dieu et celui-ci lui a demandé de l'aider à combattre les forces du mal. Ça, je vous l'ai déjà dit, mais à cette époque, je ne l'avais toujours pas totalement intégré. Pour sa psychiatre, cela n'a pas dû être une révélation, je crois que bon nombre d'hallucinés sont dans l'identique démarche. Une mission inexplicable où elle lui conseille de ne pas faire suite, de n'être que lui-même et c'est déjà beaucoup pour sa personne. L'atmosphère est tendue, je m'adresse à mon fils et je lui dis : Pour cette mission, il me semble que tu n'en as pas les moyens, que le budget tarde à arriver.

Ma réflexion n'améliore pas la pesanteur de la discussion, mais au moins je me sens un peu moins dans l'irréel. Sa psychiatre m'explique également que comme dans une pelote de fils coupés, il faudra en trouver toutes les extrémités, les enlever un à un, ce qui prendra du temps. Je comprends que l'allusion est faite à la désorganisation mentale du patient, avant de remettre le puzzle en place, il faut démonter, classer et comprendre les raisons profondes de ce désordre. La seule question me venant à l'esprit à cet instant est de demander si cela est du domaine possible. La réponse est positive en m'affirmant : Si je vois Rodolphe chaque semaine, c'est que j'ai la conviction de pouvoir le sortir de cette impasse.

Sa psychiatre me rappelle que durant les périodes de lourd stress, Rodolphe est en prise à d'intolérables souffrances. J'ai donc réintégré cette remarque fondamentale et pour le futur, durant les instants difficiles, le mieux n'est pas de discuter, mais de le faire se reposer, le calmer, le rassurer, lui répéter que nous l'aimons et que nous ne pourrions vivre sans lui. De cet entretien, d'une bonne demi-heure, je ressors moins inquiet, c'est l'unique fois, que l'on m'affirme clairement qu'une issue favorable est possible. La seule chose que l'on ne sait pas et qu'aucun docteur ne peut vous assurer, c'est la durée de retour à une vie plus acceptable. Dans mon esprit positif, je pensais que quelques mois suffiraient à libérer Rodolphe de ses fausses contraintes. Des mois qui deviendront des années ajoutées à celles déjà consommées.
Cherchons la faille. D'où vient-elle ? Où est-elle ?

En fait, y en a-t-il une ?

A cet entretien, il m'a aussi été conseillé d'entreprendre une thérapie familiale. Thérapie qui semble nécessaire et permettrait de mettre en évidence un mal de vivre caché, si toutefois, il y en a un, perdu sous les strates invisibles de sa personnalité. Il faut tout faire pour avancer et donc sur le principe, je suis d'accord, une séance par mois, c'est du possible. A la première réunion, nous sommes présents, moi, ma femme, Rodolphe et son frère jumeau qui est venu sans conviction. La thérapie semble débuter normalement en présence de deux psychologues et devant du matériel vidéo, je dis normalement, car je ne sais pas du tout de quoi il retourne. Je pensais que les membres présents de la famille étaient suffisant, mais la réunion a tourné court, car notre troisième fils, plus jeune, n'était pas présent. Pour cette thérapie, nous devions être au grand complet. Faire venir notre troisième fils n'est pas réalisable ; il travaille dans une autre banlieue et, de plus, nous avons essayé de le maintenir, le plus possible, à l'écart de l’affection de son frère. Cette demande m'a été réitérée une autre fois, je sais que ce serait utile, sachant que l'organisation matérielle de ces séances est impossible ; il faudra donc se passer d'elles et néanmoins plus on avance dans le temps, plus je me persuade, qu'une partie de la clé remonte au milieu familial de son enfance. C'est ce que je pensais, il y a quelques années, influencé par la lecture d'articles spécialisés. Actuellement, j'en suis moins sûr, car durant les périodes d'accalmie, la situation redevient rapidement dans sa normalité, avec des désirs de reprendre une vie active, sans faire émerger, a priori, des problèmes familiaux antérieurs.

Afin d'en pallier l'absence, le minimum et le plus simple est de se remémorer les années de son enfance. Les souvenirs datant des très jeunes années de la vie sont, pour nous tous, très restreints et la meilleure manière de recomposer son itinéraire est de le faire à reculons, de noter, année avant année, en remontant le cours des événements qui apparaîtraient comme perturbateurs. Son historique reconstruit de sa situation actuelle, celle d'aujourd'hui, pour remonter les événements au plus loin de son enfance, n'a pas révélé d'accrocs significatifs, aucun accident majeur de parcours, en fait, une vie pas différente de ce qu'elle est généralement pour tant d'autres enfants, même mieux et je le pense. Un vécu des plus normaux. En se remémorant son passé, deux pistes sont redevenues très présentes dans mon esprit et peuvent avoir pesé sur son parcours. Durant ses années d'école primaire, nous nous sommes rapidement aperçus que Rodolphe avait quelques lenteurs dans l'accomplissement de sa réflexion et de ses devoirs. Une visite chez un psychologue a décelé en lui un problème mineur et peu courant. Il fonctionne en latéralité croisée, c'est-à-dire qu'il est droitier de la main et gaucher de l'œil, d'où un temps, de transmission et d'interprétation, accrue entre l'instant de sa vision et de sa gestion matérielle ; une inversion, une gymnastique de remise à l'endroit par son cerveau. Le test simple consiste, à partir d'un tube de carton posé sur une table, de lui demander de le porter rapidement, sans réfléchir, sur l'un de ses deux yeux comme pour viser avec un fusil. La constatation est instantanée, il suffit de constater de quelle main il saisit le rouleau et sur quel œil il le porte. D'après le psychologue, son handicap était bénin. Reconsidéré actuellement, c'est, malgré tout, déjà un état fonctionnel perturbant dont la gestion demande un effort particulier. Deuxième événement, et je ne peux que m'en souvenir, mes jumeaux étaient très jeunes et je me suis retrouvé avec eux deux dans le hall d'une grande gare parisienne, c'était une fin d'après-midi lors d'une grève, une habituelle. Nous étions dans une bousculade générale essayant de nous diriger rapidement vers une accessible issue extérieure, je ne pouvais porter les deux enfants à la fois, la situation était stressante et devait l'être davantage pour mes deux fils. Petits, se sentir entourés par des adultes de grande taille ont dû les marquer inconsciemment. Hormis ces deux points particuliers, rien ne nous est apparu a priori, à moi et à Rodolphe, de trouver des éléments forts, susceptibles d'être la cause de son dérapage incontrôlable, d'autant plus que son itinéraire ressemble, à peu de chose près, à celui de son frère jumeau. Durant sa jeunesse, il a paru être heureux avec son frère, sans contraintes particulières, ni excessives. Dans la suite logique, l'adolescence est survenue, une grande période instable, les premières sorties avec leurs rentrées tardives ou matinales et les attentes inquiètes des parents. Une phase indispensable à chaque individu permettant de prendre ses propres repères et construire les bases de sa vie d'adulte. Le sport fait toujours partie de ses loisirs, l'année de ses seize ans, Rodolphe suivra régulièrement des cours de boxe française, la savate. Je l'accompagne et je le regarde faire, il se débrouille bien dans la technique, mais il est plus défenseur qu'attaquant, c'est dans sa nature. La fin de l'année le récompensera par une coupe obtenue dans un tournoi. Une adolescence de liberté, trop de liberté où les parents se font du souci et dans cette perspective, je m'attendais plutôt à ce qu'ils deviennent des adultes avec du caractère. Au lycée, les études se passent correctement, un petit redoublement comme beaucoup d'autres et déjà dix-neuf ans. Comme deux frères, munis chacun d'un BAC technique en poche, d'un permis de conduire de voiture et de moto, ils optent pour prolonger ce diplôme par un BTS. Tous les ingrédients étaient donc présents pour que la vie familiale se déroule le mieux du monde.

Et cependant tout a basculé, Rodolphe est entré dans une psychose dont le visible sont les hallucinations déstabilisantes d'ordre mystique. Je me suis demandé comment une telle affection aussi perturbante pouvait entrer dans la vie d'une personne, qui de surcroît, me paraît relativement bien construite. L'autre question, qui restera des années sans réponse, est le pourquoi du mysticisme de toutes ses perceptions d'autant que mon fils n'a jamais suivi d'éducation religieuse. Au catéchisme, il n'y est allé que peu de fois, car c'était la famille qui devait assurer, à tour de rôle, l'apprentissage religieux et ce n'était pas notre tasse de thé. Une énigme que je parviendrai à comprendre que très tardivement. Ma seule supposition, à cette époque, est que simplement et probablement, l'enveloppe mystique pouvait provenir du manque inconscient d'un besoin nécessaire non satisfait ; c'était ma seule explication plausible. Ma réflexion viendra plus tardivement et mon analyse est plus subtile et va sans doute surprendre, mais je ne le ferai que plusieurs chapitres plus loin. La logique chronologique explicative prévaut dans ce compliqué méandre.

De cette maladie encore indéfinie, dont, en fait, je ne sais que peu de chose, je découvre, j'essaie de la cerner au fil du temps, avec quelques revues achetées en librairie. La plus grande interrogation réside dans le pourquoi. Quels événements survenus dans sa jeunesse, différents de ceux de son frère jumeau, ont pu le conduire dans cette dérive de persécution ? Jamais je ne lèverai cette énigme, je suis seulement conscient, convaincu qu'il faut l'aider. Mon fils ne peut vivre éternellement dans cette galère ; je viens donc, chaque mercredi soir, dormir chez lui, un soutien psychologique de milieu de semaine, une présence indispensable, mais je ne veux en faire plus, car je tiens à son indépendance. Il vit dans son appartement et se débrouille pour la logistique, les courses, le repas et le ménage. Mon lieu de travail est à mi-distance de notre domicile et de son appartement, ma présence, en milieu de semaine, lui atténue la solitude d'une soirée. D'être près de lui, coupe mes angoisses et me permet de tenter de discuter quelque peu, essayer d'avancer. Les autres jours de la semaine, ma femme ou bien moi, nous lui passons un coup de téléphone et au son de sa voix, nous avons un bon indicateur de son état ponctuel. Le changement de médication améliore son état et sa santé vient se stabiliser à un niveau à peu près satisfaisant. Il est dans son monde, qui provisoirement lui donne l'apparence de vivre sans contraintes excessives. Le Solian n'améliore pas sa personnalité, il est dans un cocon protecteur, aussi, il arrive à gérer sa vie presque normalement dans les limites de ses possibilités. Je redoute les mois qui précèdent l'hiver, il y a un an, il faisait son premier séjour à l'hôpital. En cette période d'automne, la durée de jour est décroissante et débouche sur une recrudescence des déprimes. Cependant, je sais que sa maladie n'a rien à voir avec de la mentale déprime, mais se référant à ce constat, il vaut mieux être prudent.

Excepté nous, parents, tous les proches, y compris dans la famille, ne soupçonnent la gravité et le contenu de sa souffrance. Une maladie qu'ils assimilent à une dépression, un passage difficile sans conséquence, une affection plus connue et plus fréquente. Evidemment, ce sont deux affections bien différentes, d'ailleurs le traitement ne fait pas appel à des antidépresseurs. Les mois passent et après les vacances d'été, dont je n'ai plus de souvenirs, je ne crois pas perdre la mémoire, mais les périodes d'accalmie sont plus naturellement occultées. Donc, en septembre ou octobre, après une reprise des hostilités, son frère a vu une émission à la télévision sur les magnétiseurs, ceux qui règlent vos déboires et guérissent un peu tout. Pourquoi ne pas faire un essai en complément de son traitement ? Il n'y a rien à perdre et sans doute rien à gagner. Après avoir pris les coordonnées, par l'intermédiaire de la chaîne émettrice, le traitement à distance, à partir d'une photo, est effective. Selon le courrier reçu, cinq minutes journalières de ‘passes’ suffisent durant un mois, renouvelable à la demande, pour une somme très raisonnable. Rodolphe, est juste au courant, car, dans sa logique de persécuté, il n'en comprend pas l'utilité, moi, c'est plutôt par curiosité. Je renouvellerai les séances trois mois consécutifs. Curieusement, de novembre à février, j'ai senti mon fils plus calme. Une conséquence, j'en doute, d'autant plus qu'il n'est pas preneur ; une stabilisation par l'efficacité de son nouveau médicament, une résilience passagère de ses perceptions, le tout mêlé à ma vision plus sereine de son état, je le crois plus volontiers. Un trompe-l'œil qui a eu ses bienfaits, quelques mois de répit bienvenus.
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