Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin





télécharger 202.52 Kb.
titreNotes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin
page2/8
date de publication28.10.2017
taille202.52 Kb.
typeNote
h.20-bal.com > droit > Note
1   2   3   4   5   6   7   8

Mesdames Tantes


Les deux vieilles tantes devaient avoir le charisme inné de sauver leur petit neveu.

Dans un recueil de correspondance anonyme des Français, conservé dans la Bibliothèque Impériale de Saint Petersbourg, il y a une lettre datée de Paris du 18 février 1791, où il est écrit: en ville “on rend assez de justice à Madame Victoire: elle passe pour bonne et bienfaisante; mais Madame Adélaïde est hautaine, fière, impérieuse, ambitieuse. Parmi les propos que l’on débite sur leur départ, voici le plus répandu et le plus accrédité. Elles doivent enlever le Dauphin dans un fond de voiture: un autre enfant de son âge, de la même figure et qu’on tient soigneusement caché, lui sera adroitement substitué et sera présenté au public, dans le moment de l’enlevement, comme le véritable Dauphin. Les gens sensés voient bien l’invraisemblance d’un pareil projet, mais le peuple le croit fermement, et c’est ce qu’on veut. Madame Elisabeth doit aussi se rendre dans les Pays Bas, aussitòt que le duc de Saxe - Teschen, son oncle, y sera de retour. Tous ces départs doivent précéder celui du Roi et de la Reine: Mesdames doivent être accompagnées jusqu’aux frontières par deux mille gentilhommes, qui à tout événement leur serviroient d’escorte, ce qui confirme au peuple l’enlèvement du Dauphin.»13 Il est un fait, comme tous savent, que ni Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI, ni le Roi et la Reine ne voulurent fuir à ce moment là, et lorsqu’ils le voulurent ils échouèrent malheureusement.

Pastor, le grand historien des Papes, écrit que Mesdames ont voulu quitter Paris “pour éviter de faire une profession en faveur du schisme costitutionnel»14. Mesdames ont donc quitté Paris le 19 février 1791, toutes les deux, traversé la France au milieu d’une très grande hostilité, ont connu même les dangers physiques d’être arrêtées, ont passé la frontière entre la Savoie et la France dans l’incognito15 qui ne permit pas d’éviter les tintamarres, le 12 Mars elles avaient rejoint Turin où les attendaient plus de mille carrosses et une foule immense, qui les accompagna jusqu’au palais royal. Pastor écrit : «Dès qu’à Rome on connut leur intention de se diriger vers la Ville Eternelle, le Cardinal de Bernis envoya une cordiale lettre d’invitation, dans laquelle il leur offrait son palais comme demeure fixe. Le Pape expédia aux illustres fugitives un courrier approprié en la personne de Bartolomeo Radavero et fit donner des instructions par son secrétariat d’État à tous les fonctionnaires situés sur le parcours, pour qu’ils accordent leur plus grande attention aux deux princesses.»16

Dans le Piémont le prince Charles Felix de Savoie esquissa leur portrait à la pointe de sa plume avec une cruauté soldatesque: «Madame Adelaïde est un peu au-dessous de la moyenne taille, on dit qu’elle a été très jolie, mais pour à présent, elle est affreuse: elle a les yeux hors de la tête, les lèvres fort grosses, le teint gris et l’air fort rude et méchant. Elle avait une robe brune avec un fichu noir noué par derrière à la manière des jeunes femmes; elle était coiffée comme Madame Felicité; elle a cinquante-neuf ans. Madame Victoire est un peu plus grande, fort grosse, un air bon, de beaux yeux, plus blonde, et parait avoir un bon caractère; ell est habillée à peu près comme sa soeur, mais elle avait un grand bonnet et un mantelet noir; elle est agée de près de cinquante-huit ans.» 17.

Le comte de Maurienne les décrivit d’un mode lapidaire: «Adélaïde est horrible, Victoire est grande et grosse.» Méfaits de la vie. Adelaïde avait été très belle: on l’imagine dans son costume de Diane chasseresse, mollement assise pendant qu’elle choisit une flèche à lancer peut-être sur quelque bête, telle une toile sensuelle du Nattier.

Elles partirent de Turin le 26 et, par Tortona, Piacenza et Parme, après un détour à Loreto rejoignirent Rome le 16 avril18. Marie Adelaïde et Victoire Louise furent accueillies devant la Porte du Peuple par une immense multitude de Romains comme dans un triomphe. Le riche et mondain ex ministre plénipotentiaire du roi de France, le cardinal de Bernis, qui se présenta avec son ami diplomate le chevalier don Nicolò de Azara, ambassadeur d’Espagne, était allé les attendre et les saluer à Monterosi, par Viterbe, pour ensuite les accompagner dans cette ville qui était la sienne depuis 1769. Il y avait même le Secrétaire d’État, le cardinal Francesco Saverio Zelada avec le Camérier du Pape, le cardinal Francesco Marie Pignatelli et des représentants de la haute noblesse romaine.19

Le cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis, évêque d’Alby et, depuis 1774, d’Albano, avait devenu très riche et beaucoup le considéraient, non seulement pour ses ressources finacières mais pour son excellent savoir faire, comme le plus grand seigneur de Rome. Pour son domicile et pour l’Ambassade de France il avait loué un palais entier, où il maintenait une suite somptueuse et galonnée de préposés et de domestiques, avec pinacothèque, salons, et un nombre incroyable d’attelages - neuf prestigieux carrosses nommés (L’obscure, Pupazzi, Montmorency, Nepote, De Solis, Gondola et ainsi) dont trois ont été employés par Marie Antoinette lorsqu’elle arriva en France pour se marier20 - de multiples voitures- sans compter d’autres possibilités à Rome et à Albano, où il passait une partie de l’année. De Bernis avait même loué une villa à l’extérieur de Porte Pia, qu’il échangea ensuite avec une villa Benedetti à San Pancrazio. Donc Mesdames descendirent au palais de Carolis via Corso , devenue palais de Bernis, devant l’église de San Marcello dans la paroisse de Santa Maria, via Lata. Au cardinal, en piteux état du fit de son âge, il n’avait pas manqué d’énergie pour faire transformer la pinacothèque et les bureaux du second étage pour les loger dignement, en se réservant pour lui et son personnel le premier étage.21

Pastor écrit: «Le lendemain le Saint Père les reçut au cours d’une audience d’une demie heure. Pie VI dans l’après-midi suivant rendit personnellement la visite aux princes, par un acte paticulièrement inusité, en dehors de toute étiquette. Il célébra la Messe pour elles sur la tombe du Prince des Apôtres, et en cette occasion il leur donna la communion de sa main. La jubilation générale dans la ville et le sentiment de fête dans la haute societé furent encore augmentées par la présence simultanée du roi et de la reine de Naples, qui revenaient de Vienne où avaient eu lieu les noces de leur fille Marie Thérèse avec l’empereur François II.»22 Il est bon de remarquer que Mesdames Tantes ont rencontré le Pape en privé et - fait inhabituel - elles se sont même disputées avec Marie Caroline, soeur de Marie Antoinette: tous ces personnages, par devoir chrétien ou de gratitude ou pour un motif politique ou à cause des liens de sang, pouvaient faire beaucoup pour le sauvetage de la famille royale de France. Aussi le stationnement à Loreto, où se trouvait un leur agent pour y dirigir l’Oeuvre pieuse française de Loreto23, il pouvait faire part d’un plan précis en faveur de la Légitimité.

Un vieux dicton affirme: «Chaque Français trouve à Rome sa patrie»24. Et cela était vrai, comme l’écrit Leone Vicchi, auteur d’un livre classique sur l’émigration française à Rome: «Au milieu de tant de richesses et d’ institutions de Rome catholique, la France, qui s’appelait alors la fille aînée de l’Église, s’était mise en condition de l’emporter absolument sur les autres Ètats. Deux grands palais dans la via del Corso, la plus somptueuse, dont l’un avait été loué pour l’Ambassade et l’autre lui appartenait pour l’Académie; un autre palais pour le Consul et pour la Poste; un appartement splendide pour l’auditeur; un autre pour le clericat national ; une agence-banco dans un lieu très central; deux juridcitions paroissiales; quatre confréries; deux hospices; trois couvents; trois autres fondés sur leur initiative; une chapelle à Saint Pierre au Vatican; des canonicats à Sain-Jean de Latran; des statues au Capitole; des monuments en cent lieux: voilà l’état de la France à Rome en 1791. Aucune autre nation ne pouvait en vanter autant.»25

Le refuge à Rome des princesses avait attiré sous la protection du Pape des foules de fugitifs. «Si en 1792 cela commença avec 200 ecclésiastiques français dans les États de l’Église, dès l’été suivant leur nombre décupla; dans l’automne 1794 il n’y en avait pas moins de 5.000 dans tous les Etats de l’Eglise »26.C’est ce qu’écrit Pastor27.

1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconA spects géNÉriques et sous géNÉriques dans trois I nstitutions du...
«Iacques de la Fons composa un poëme héroïque qu’il distingue par matières et chapitres et le dédia à Monseigneur le Dauphin sous...

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconMesdames, mesdemoiselles et Messieurs

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconBonjour Mesdames & Messieurs de la presse

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconNotes sur la page d’en face

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconCours sur le deuil et les endeuillés notes prises par Maïté Faivre...

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconNotes sur les daza de l'ayer (niger)

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans)
«tout lu», et déjà beaucoup écrit, en dictant d'abord à ses tantes, d'où peut-être son style vocal, le «piétinement de la syntaxe»...

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconNotes de lecture sur quelques vocables modernes du domaine alpin

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconL’invention de l’histoire des femmes et du Genre, animé par Françoise...

Notes romaines sur Mesdames Tantes et le Dauphin iconNotes sur l’alimentation et la reproduction
«habitat» comme un entourage environnemental qui délimite l’aire potentielle de répartition d’une espèce






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com