Les causes de l’expédition de 1830





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Les causes de l’expédition de 1830.

NOUS voici enfin parvenus à l’époque la plus intéressante de notre histoire, la France à son tour, après tant de peuples célèbres, vient imposer ses lois à l’Afrique septentrionale; c’est à elle qu’est dévolue la mission difficile et périlleuse de faire revivre sur cette terre et d’y agrandir encore la civilisation que Rome y avait autrefois déposée. Le dernier gouvernement, l’odjak, eût été impuissant pour accomplir une telle œuvre. L’expédition de lord Exmouth, en 1816, l’avait frappé au cœur; les restrictions sévères apportées à ses courses, en le privant d’une importante source de revenus, lui avaient Ôté tous ses moyens d’action; d’ailleurs l’islamisme, dans sa déplorable caducité, était hors d’état de rien régénérer. Il fallait donc un peuple nouveau, fortement constitué, dominé par des idées généreuses et de grands principes d’humanité, pour faire sortir l’Afrique de l’état d’abrutissement où l’avaient plongée les vingt siècles d’oppression, de guerres, de luttes, d’invasions, qui nous séparent de cette période si belle et si florissante, où nous l’avons vue, sous le patronage de Rome, prendre une large part au mouvement général de la civilisation.

Disons-le, toutefois, dès les premiers temps, l’expédition qui a valu à la France la possession de l’Algérie ne fut pas conçue d’après ces vues larges et sociales, encore moins dans un but d’établissement durable. On ne voulait qu’obtenir la réparation de griefs particuliers, et subsidiairement détruire la piraterie, abolir l’esclavage des chrétiens et faire cesser le honteux tribut que les puissances maritimes de l’Europe payaient à la régence. Ces idées étaient même si vagues, que Charles X et le prince de Polignac, son premier ministre, s’arrêtèrent un instant au projet de confier à Mehemet-Ali le soin de venger notre injure. On avait offert pour cela au pacha d’Égypte dix millions de francs, tous les moyens de transport nécessaires, et quatre vaisseaux de ligne montés et dirigés par des marins français; avec ce secours Mehemet-Ali se chargeait de détruire Alger et d’en extirper la piraterie. M. de Bourmont et plusieurs de ses collègues s’étant refusés à la ratification de ce traité, Charles X revint à des sentiments plus dignes de la France; ses conseillers sentaient d’ailleurs qu’il était important de faire diversion aux embarras de la politique intérieure; que la monarchie, qui commençait à chanceler sous les coups répétés du libéralisme, demandait à être défendue avec énergie, et que l’éclat d’une conquête récente rendrait moins périlleuse une atteinte portée aux libertés publiques. Dans la pensée de Charles X et de son gouvernement, l’expédition d’Alger se trouva donc intimement liée à ces mesures illégales, méditées depuis longtemps, et qui devaient, comme on disait alors, donner à la royauté un nouveau principe de force.

En dehors du gouvernement, et à cause de la désaffection qu’il inspirait aux masses, la conquête de l’Afrique était vue avec indifférence par les uns, avec une sinistre défaveur par les autres. Convaincus que cette fougue guerrière de la royauté cachait une pensée funeste, les divers organes de l’opinion publique mirent tout en œuvre pour effrayer les esprits. L’eau manquait, disait-on, dans les environs d’Alger; la chaleur y était intolérable; on n’y trouverait pas de bois pour les travaux du siége, et l’armée serait détruite avant d’avoir combattu. D’un autre côté, des hommes spéciaux aggravaient ces inquiétudes en annonçant que le débarquement était impossible. Seuls de leur opinion, MM. Dupetit-Thouars et Guy de Taradel, qui avaient fait partie du blocus d’Alger, déclarèrent que le débarquement était non seulement praticable, mais facile. Tels étaient les sentiments divers sous l’influence desquels furent accueillis les premiers projets de notre expédition en Afrique. Examinons maintenant quelles furent les causes de cette expédition.

Les rapports de bonne intelligence qui avaient existé entre la France et la république algérienne, depuis le règne de Louis XIV, la terreur que Napoléon avait inspirée aux régences barbaresques, cessèrent avec la restauration. La politique suivie depuis 1815 par notre représentant à Alger avait un tel caractère de faiblesse, qu’elle ne pouvait commander ni la confiance ni le respect. M. Deval, né dans le Levant, connaissant la langue turque et les usages des Orientaux, fut nommé consul général à cette résidence en 1815. Il avait exercé pendant plusieurs années les fonctions de drogman à Pera, et y avait contracté l’habitude de ces formes souples et obséquieuses que les autorités musulmanes exigent toujours des agents inférieurs. Ainsi, il avait consenti, sans faire d’objections, à ce que la redevance annuelle de la compagnie d’Afrique fût portée de 60,000 à 200,000 francs; il avait laissé imposer à la France la condition de ne construire dans les limites de ses concessions ni fort ni enceinte pourvus d’artillerie, privilège réservé dans les anciens traités.

Enhardi par tant de faiblesse, le dey d’Alger annonça hautement le projet de chasser la compagnie d’Afrique de ses possessions et de détruire ses établissements; il avait violé le privilège de la pêche du corail, en exigeant une redevance énorme; il refusait maintenant de se conformer au droit maritime international; il prétendait continuer son système de piraterie, et commettait sans cesse des infractions aux règlements arrêtés pour la visite des bâtiments en mer; enfin, il autorisait et encourageait, sous divers prétextes, le pillage des bâtiments qui naviguaient sous la protection du pavillon français. Une dernière insulte, faite au représentant de la France, amena une rupture immédiate. M. Deval s’étant présenté, le 27 avril 1827, à l’audience du dey pour le complimenter, selon l’usage, la veille des fêtes du Beyram, Hussein lui demanda s’il n’avait pas reçu une réponse à la lettre qu’il avait écrite au ministre des affaires étrangères; le consul répondit qu’il ne l’avait pas encore; alors le dey le frappa de plusieurs coups de chasse-mouche, et lui ordonna de se retirer. Tel est le récit officiel de notre chancellerie.

D’après le maure Sidi-Hamdam, la réponse de M. Deval fut on ne peut plus insultante. « Mon gouvernement, aurait-il dit, ne daigne pas répondre à un homme comme vous. » Ces paroles, prononcées en présence de toute sa cour, froissèrent tellement l’amour-propre d’Hussein, toujours d’après Sidi-Hamdam, qu’il ne put maîtriser un premier mouvement de colère, et lui donna un coup d’éventail (formé de paille de dattier). Ainsi, en adoptant même celle des deux versions qui est la plus favorable au dey d’Alger, on voit que dans cette rupture de la France avec la régence, les premiers torts viennent du côté du dey. S’il avait à se plaindre du consul, ce que nous ne saurions admettre, il ne devait pas le frapper.

Les réclamations du pacha se rapportaient à une créance due par le gouvernement français à la maison Bacri, d’Alger, qui elle-même était débitrice du gouvernement algérien. Sous la république, le juif Jacob Bacri nous avait fait diverses fournitures de blé. S’il faut en croire M. Labbey de Pompières, la maison Busnach et Bacri vendait à la France des blés qu’elle embarquait en Barbarie sur des bâtiments neutres; des corsaires, prévenus à temps, enlevaient les navires à leur sortie du port, et les ramenaient à Alger ou à Gibraltar. Là, les blés étaient rachetés à bas prix par les Bacri, qui les revendaient à la France; alors ils arrivaient à Toulon tellement avariés qu’on était obligé de les jeter à la mer pendant la nuit. Le 15 février 1798, les Bacri reçurent en paiement du ministre de la marine, M. Pléville de Pelley, une somme de 1,589,748 francs, et, en outre, des munitions navales de toute espèce en grande quantité; mais ce n’était la qu’un faible acompte, car ils portaient le chiffre total de leur créance à 14,000,000 de francs. Les Bacri imaginèrent donc de faire appuyer leurs nouvelles réclamations par un de leurs commis, Simon Aboucaya, qu’ils firent passer pour un ami du dey et pour le frère d’une de ses femmes. Simon Aboucaya avait pris rang parmi les ambassadeurs; il allait chez les ministres, dans leurs bureaux, et menaçait tout le monde de la colère de son prétendu beau-frère, lorsque, reconnu dans le jardin de Tortoni, il fut enfermé au Temple avec Jacob Cohen Bacri, son maître. On les mit quelque temps après en liberté. L’affaire était assoupie, et les demandes parurent abandonnées.

A la chute de l’empire, les Bacri renouvelèrent leurs réclamations; mais le temps n’était pas propice; ils furent encore ajournés. La restauration survint, et les négociations recommencèrent; enfin une convention, passée le 28 octobre 1819 avec les maisons algériennes Bacri et Busnach, approuvée et ratifiée par le dey, arrêta à sept millions de francs le montant des sommes que la France devait à ces maisons. L’article 4 de cette convention donnait aux sujets français qui se trouvaient eux-mêmes créanciers de Bacri et Busnach le droit de mettre opposition au trésor royal sur cette somme pour une valeur équivalente à leurs prétentions, après jugement préalable des Cours royales de Paris ou d’Aix, qui étaient chargées spécialement d’en connaître. Des sujets français ayant fait constater la validité de deux millions et demi de titres, quatre millions et demi furent payés à Bacri, et le reste fut versé à la caisse des dépôts et consignations, en attendant que les tribunaux eussent définitivement prononcé. Les années 1824 et 1825 se passèrent dans l’examen de ces titres; mais le dey, impatient d’encaisser le reste des sept millions, écrivit, en octobre 1826, au ministre des affaires étrangères une lettre par laquelle il le sommait de faire passer immédiatement à Alger les deux millions et demi, prétendant que c’était à lui que les créanciers français devaient justifier de la légalité de leurs réclamations. M. le baron de Damas, alors ministre des affaires étrangères, n’ayant pas jugé à propos de répondre lui-même une lettre si inconvenante, se borna à faire connaître au consul général que la demande du dey était inadmissible, attendu qu’elle était directement contraire à la convention du 28 octobre 1819. De là les récriminations et les insultes.

Le gouvernement français, sans hésitation, prit parti pour son représentant, et le Moniteur du 5 juin 1827 annonça à l’Europe qu’une escadre était partie de Toulon pour tirer satisfaction de l’insulte faite à la France par le dey d’Alger, ainsi que des autres griefs dont on avait à se plaindre.

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