Mission, colonisation, décolonisation : vue d’ensemble





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Mission, colonisation, décolonisation : vue d’ensemble




Missions et colonisation : de la conquête de l’Amérique aux années 1950, quatre siècles et demi d’une histoire complexe, féconde en polémiques et génératrice de traumatismes. Et pourtant une histoire qui, à l’époque contemporaine n’a pas suscité de grand débat dans le christianisme au contraire des efforts de la pensée libérale, puis marxiste (Lénine) pour interpréter et critiquer l’impérialisme (cf. l’étonnante absence d’une encyclique sur la colonisation)
1 : L’expérience fondatrice de la conquête de l’Amérique latine (XVIe s.).
A Elaboration des théologies catholiques modernes de la mission et de la colonisation

Elle se fait avec la conquête de l’Amérique, portugaise et surtout espagnole
B. Constructions de modèles qui resteront des références

  1. La mission alliée à l’Etat colonial. Naissance d’une tradition appelée à durer et se généraliser : la puissance colonisatrice est chargée d’organiser la mission (système du padroado. ou patronage).

La barbarie et l’idolâtrie justifient la tutelle sur les indigènes.

2. Colonisation et mission tendent de se donner une légitimité par un droit international valable partout et pour tous : le théologien dominicain Francisco de Vitoria 1483-1546) critique méthodiquement les motifs avancés jusque là pour justifier la conquête. Il leur substitue deux autres arguments, le droit de mettre en circulation au profit de tous des richesses mal ou pas utilisées par les indigènes ; le respect de la liberté religieuse, c’est-à-dire de permettre aux missionnaires de prêcher le christianisme

3. La mission contre la colonisation : un autre dominicain, Las Casas (1484-1566 ), convaincu par son expérience du caractère incompatible des deux projets, condamne la colonisation et tente d’organiser des missions hors contrôle colonial

Dans cette perspective, les réductions jésuites ambitionnent de former au Paraguay des sociétés chrétiennes autonomes. Le modèle est réactivé à l’époque contemporaine par le biais de villages chrétiens ou de fermes chapelles (Congo)

2 : Missions chrétiennes et colonisation d’Ancien Régime (XVIe-début XIXe) : une alliance de droit ou de fait

A. Espace contrôlé par les monarchies catholiques

1. L’impasse du modèle ibérique du patronage : la mission est subordonnée au pouvoir temporel ou échoue (Chine, Japon)

2. Les progrès du modèle gallican (France) : un compromis ambigu où la papauté abandonne en fait son autorité sur les missions (Québec, Antilles françaises, Bourbon).

3. La quête impossible d’une mission qui serait indépendante des Etats et respecte les coutumes des populations (consignes données en 1659 par la Propaganda fide aux missionnaires qui partent en Indochine)
B. Espace des Etats protestants : émergence tardive de quelques rares missions au XVII et XVIIIe siècle, généralement à l’initiative de cercles piétistes

3 : Eveils, réveils et flux missionnaires à l’heure de l’impérialisme colonial européen (1840 -1939)
A. Coïncidence des phénomènes : les faits
1. Tableau comparatif et cartographie des deux phénomènes

- Les grandes phases de la colonisation européenne

- Les grandes phases de la mission : démarre dans les années 1790 pour l’e protestantisme (Angleterre); redémarre dans les années 1840 pour le catholicisme

- Le cas particulier des Etats-Unis : les missions protestantes américains, en dehors des Philippines et Cuba, n’accompagnent pas une colonisation américaine. Elles suscitent en Afrique la méfiance des puissances coloniales
B. Convergences et collusions : les missions se font auxiliaires du colonisateur et donnent à la colonisation une (bonne) conscience (Angleterre, France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas)

Elles bénéficient de garanties, dans les traités inégaux en Chine comme à la Conférence de Berlin (1884-85) ou au traité de Versailles 1919).

D. Confusion ?

1. Les arguments pour

2. Les raisons qui empêchent une confusion durable et générale

3. Chaque acteur cherche à instrumentaliser l’autre.
Cf. thème 1
4 : Les procès contradictoires contre les missions à l’époque contemporaine
A. Les missions accusées d’en faire trop peu.

Les missions sont accusées d’être inefficaces ou des obstacles à l’expansion coloniale

1. Critique laïque : la colonisation doit s’appuyer sur les religions implantées (islam, religions asiatiques)

2. Critique nationaliste : les missions sont au service d’intérêts étrangers d’où le soupçon d’une cinquième colonne et la revendication de missions à recrutement national.
B. Les missions accusées de collaboration coupable avec la colonisation

1. Critiques socialistes et marxistes

2. Critiques des nationalismes du Tiers-monde
C. Les missions à la recherche d’une doctrine de la colonisation

1. Choisissent de promouvoir une colonisation chrétienne plutôt que mettre en question la colonisation elle-même

2. Emergence d’un débat sur le droit de colonisation et les droits des colonisés entre - les - deux - guerres
D. Essai d’interprétation

1. Logiques coloniales et logiques missionnaires : à terme conflictuelles

2. Logiques protestantes et logiques catholiques : différences de discours, variations des pratiques, analogie des méthodes

3. Le cas particulier des missions américaines : sensibilité anticoloniale (les Etats-Unis sont une ancienne colonie)
5 : Le retournement après la deuxième guerre mondiale
A. Les Eglises se dissocient de la colonisation

1. Le monde a changé

2. Les années 1950 : le basculement

3. Et après ? Changer les relations sans rompre les liens
B. Les interprétations du nouveau positionnement

1. Par adaptation à une nouvelle conjoncture internationale (opportunisme et nécessité : l’intérêt des Eglises et de leur enracinement local)

2  Par la nature supranationale des Eglises qui ne lie à aucune nation

3 .Le résultat du choc de la guerre et de la décolonisation : fin des certitudes, ère du soupçon, rejet du prosélytisme religieux en Europe
C. Quel bilan ?

1. L’impossible bilan comptable

2. Intérêt et limites de la repentance

3. Penser cette histoire comme expérience douloureuse mais fondatrice des rapports entre les sociétés et cultures
Conclusion : une question dépassée ou déplacée ?

* les Eglises face aux nouvelles formes de dépendances postcoloniales

* les Eglises locales face au problème de l’Etat et du pouvoir

GIRARDET Raoul, L'idée coloniale en France, Paris, La Table Ronde, 1972.

MANCERON Gilles, Marianne et les colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de la France, Paris, La Découverte, 200 3

MEYER Jean, THOBIE Jacques et al., Histoire de la France coloniale, 2 tomes, Paris, Armand Colin, 1991.

MARTIN Ramon Hernandez, Francisco de Votoria et la « Leçon sur les Indiens », Paris, Cerf, 1997

MARSEILLE Jacques, Empire colonial et capitalisme français, histoire d'un divorce, Paris, Le Seuil, 1989

PERVILLE Guy, De l’Empire français à la décolonisation, Paris, Carré Hachette, 1991

PRUDHOMME Claude, Missions chrétiennes et colonisation, Paris, Cerf, 1994

Entrée par le Thème 1 : Colonisation et missions chrétiennes
Colonne A : convergences - connivences - collusion

La colonisation et la mission participent à un processus de mise en relations (et en dépendances) au niveau mondial: développement des échanges marchands ; diffusion d’une religion à ambition universelle. Elles mettent en action un enchaînement de changements, pour beaucoup non programmés, dans les pays destinataires et dans les pays de départ. Les modèles culturels exportés se diffusent sans forcément se reproduire à l’identique.

On peut d’abord mettre en évidence les similitudes et les lieux de convergence des deux projets

- en amont : financement, patriotisme, objectifs civilisateurs.

- sur le terrain : liens personnels et institutionnels, solidarité d’expatriés, collaborations.

  • en aval : propagande, expositions, littérature, publicités, B.D. diffusent un même discours et les mêmes représentations

  • Après avoir souvent essayé de placer les premières missions sous l’autorité de pouvoirs locaux, et rêvé de baptiser le chef local, les systèmes missionnaires s’adaptent aisément à une colonisation qui leur garantit la liberté de parole, la liberté de mouvement et la propriété. Voir Document 1

Le Congo belge constitue l’exemple le plus achevé de collaboration entre mission et colonisation.


Colonne B. Différences - divergences – concurrence
Les deux logiques, différentes par le but, sont tôt ou tard concurrentes

Colonisation = Logique économique marchande (capitalisme) et politique (les colonies facteur de puissance pour l’Etat colonisateur)

Mission = Logique religieuse : construire des Eglises autochtones pour donner accès au salut dans l’au-delà. Le missionnaire doit se faire accepter et comprendre des destinataires : la mission impose la négociation

- version catholique >> construire outre-mer une société et une civilisation chrétiennes (Document 2). Cela implique de diffuser le catholicisme dans sa version romaine (importance du pape, liturgie et discipline latines) ; sous l’autorité exclusive de la Congrégation (au sens curial de ministère) pour la Propagation de la foi ou « Propagande », créée en 1622 à Rome. Il s’agit de reprendre la direction des missions, sans intermédiaire, au lieu de les confier à des souverains catholiques. La « Propagande » (mais la traduction, française est malheureuse…) impose trois principes : préparer l’autonomie financière de la mission ; indépendance à l’égard des Etats européen et des autorités civiles indigènes ; priorité à la formation de prêtres autochtones. Principes qui sont partiellement suivis d’effets sur le terrain.

  • version protestante >> se différencie surtout par l’absence d’autorité centrale et unique, l’imprégnation anglo-saxonne du discours (morale), l’importance accordée à l’autonomie des Eglises. La multiplicité des sociétés missionnaires conduit les missions à se concerter et à passer des accords sur le terrain pour ne pas être en concurrence.


>> L’idéal missionnaire est celui d’une société chrétienne indigène protégée mais autonome. Cf. document 3 : Un exemple de micro-société chrétienne missionnaire : la mission de Roma au Lesotho (Basutoland) en 1882

.
L’école est au centre du dispositif mais elle ne comporte pas les mêmes priorités pour tous les acteurs

- Pour le colonisateur, l’école doit former des auxiliaires qui servent de relais à la colonisation.

- Pour le missionnaire, l’école prépare d’abord la société chrétienne du futur, elle forme des auxiliaires du missionnaire mais aussi les agents pastoraux (pasteurs, prêtres) de l’Eglise locale, appelée à devenir indigène.

Dans l’immédiat l’avantage scolaire est aux missionnaires qui ouvrent le plus grand nombre d’écoles, et à moindre coût pour le colonisateur, surtout dans les colonies françaises.

- Pour les élèves, l’école est un moyen d’acquérir le savoir et les clés du pouvoir des colonisateurs. A partir de là tout devient possible, y compris de retourner contre le colonisateur ou le missionnaire les principes philosophiques et religieux dont il se réclame.

Documents



Document 1 La politique coloniale au service de la mission et réciproquement (1887)

L’argumentation développée ici par le journal officieux du Saint-Siège, à l’apogée de l’offensive impérialiste, énonce ce qui sera la principale ligne de conduite jusqu’aux décolonisations. Non pas une légitimation théologique de la colonisation (on ne se pose pas la question dans la deuxième moitié du XIXe siècle : elle va de soi) mais un raisonnement où tout se tient :

  • la colonisation n’a de sens que si elle permet la christianisation des populations

  • la christianisation est nécessaire à la civilisation

chaque Etat colonial a donc tout intérêt a soutenir l’action des mission

- Les missions ont tout intérêt à collaborer avec le colonisateur dans la métropole (soutien de l’opinion publique) et dans les colonies (protection et subventions aux œuvres)

Les missions sont l'auxiliaire indispensable de toute politique coloniale féconde. Les gouvernements, quels qu'ils soient, protestants ou catholiques, ont toujours cherché à s'appuyer sur les missionnaires dans leur œuvre d'expansion nationale. En France, on a vu les hommes d'Etat les moins suspects de tendresse pour l'Eglise, et même des fauteurs du Kulturkampf à l'intérieur soutenir énergiquement à l'étranger le prêtre ou le moine catholique qui se dévoue à l'évangélisation des peuples barbares.

Dernièrement encore, les journaux officiels de Rome annonçaient que le gouvernement italien avait concédé à des missionnaires catholiques une zone de territoire près de la baie d'Assab. Aucune protestation ne s'est élevée contre cet acte du ministère Crispi, même dans la presse la plus anticléricale : preuve évidente que l'utilité nationale des missions est reconnue par les adversaires les plus fanatiques du catholicisme.

En ce moment, nous voyons le gouvernement allemand, dont la politique coloniale est de date toute récente, déployer de gros efforts pour attirer les sociétés des missionnaires catholiques sur ses territoires nouvellement acquis.

Les possessions de l'Allemagne dans l'Afrique orientale ont une immense étendue. Elles forment un territoire deux fois plus considérable que l'Empire allemand actuel et d'une population de 40 millions d'âmes. Jusqu'à ces dernières années, l'évangélisation était uniquement confiée à la congrégation des missionnaires du Saint Esprit. mais l'année dernière, la Propagande1, pour faciliter l'œuvre d'évangélisation, y érigea de nouveaux vicariats qui furent dévolus aux missionnaires français d'Alger.

Voici qu'elle est à peu près l'état des missions dans les possessions allemandes ...

Le fait qu'une partie considérable des territoires allemands est évangélisée par des français, ne pouvait manquer de soulever la question de la nationalité des missionnaires. Au point de vue religieux, cette question ne saurait exister, car les missionnaires, à quelque nation qu'ils appartiennent, sont tous ouvriers de l'Evangile et n'aspirent à d'autres conquêtes que celles des âmes ; mais au point de vue politique, les gouvernements savent que la confiance, l'estime et l'amour dont jouissent les missionnaires, rejaillit sur la nation à laquelle ils appartiennent et apporte à celle-ci un surcroît de prestige et d'influence.

C'est à ce point de vue que l'œuvre des missions est une œuvre essentiellement patriotique et nationale, et que les gouvernements qui comprennent leurs véritables intérêts, devraient favoriser autant qu'il est en eux l'établissement et l'expansion de leurs instituts missionnaires.

Pour sauvegarder autant que possible l'influence allemande, la Société coloniale de l'Afrique orientale a insisté auprès du Saint Père et de la Propagande pour que les territoires allemands de l'Afrique soient autant que possible confiés à des allemands et qu'on y érige une préfecture apostolique allemande. En même temps, une déclaration du R.P. Amrhein, supérieur des missions allemandes en Bavière, nous fait savoir que l'Ostafrikanishe Geselschaft vient de conclure un traité avec les missionnaires français du Vicariat de Zanzibar, d'après lequel ces missionnaires s'engagent à se mettre sous la protection de l'Allemagne et à se servir autant que possible de missionnaires allemands qui répandent la langue et l'influence allemande.

Le fait est digne d'attirer l'attention : il prouve une fois de plus l'immense importance qui pour les gouvernements s'attache au développement et à la protection des missions nationales.

En regard de cette fièvre de colonisation qui s'est emparée de tous les pays, l'œuvre des missionnaires apparaît, pour n'envisager la chose qu'au seul point de vue humain, comme une œuvre civilisatrice et européenne au premier chef. C'est ce qu'a compris Léon XIII et c'est pour cela que, depuis le commencement de son pontificat, il s'est efforcé de donner à cette grande œuvre toute l'impulsion que les besoins nouveaux comportent. En agissant ainsi, Léon XIII ne travaille pas seulement pour la foi et l'Evangile, mais aussi pour les intérêts moraux et matériels des puissances colonisatrices.

(Le Moniteur de Rome, journal officieux du Vatican, 7 octobre 1887).

Document 2 :  Pour les missionnaires, mission et civilisation sont inséparables
Extrait du Mémoire sur les missions des Noirs présenté le 15 août 1846 à la papauté par François Libermann (1802-1852), protagoniste central des nouvelles missions organisées pour les Noirs dans les Caraïbes, dans l’Océan Indien et en Afrique. Rénove la congrégation des spiritains chargée des colonies françaises sous l’Ancien régime.
Marche que nous nous proposons de suivre...

L’ensemble de cette marche repose sur deux principes corrélatifs.
Le 1. Nous croyons que la foi ne pourrait prendre une forme stable parmi ces peuples, ni les Eglises naissantes un avenir assuré, que par le secours de la civilisation perfectionnée jusqu’à un certain point.

De plus il nous semble que la formation et la consolidation de nos Eglises d’Europe sont dues à l’établissement d’une civilisation complette (sic). Nous croyons que nos Eglises auraient été difficilement en état de recevoir, encore moins de conserver l’organisation canonique2 si essentielle à l’Eglise catholique et si nécessaire pour garantir sa perpétuité, sans cette civilisation.

Nous appelons civilisation perfectionnée celle qui a pour fondement, outre la religion, la science et le travail.

La civilisation grossière qui n’apprend qu’à manier médiocrement la bêche et l’outil n’a qu’une très petite portée pour opérer un changement dans les mœurs des peuples, et ne peut être que de courte durée. Il ne suffit donc pas de montrer à ces hommes neufs la pratique du travail, il faut peu à peu leur inculquer les théories des choses, afin de les mettre par là peu à peu en état de n’avoir plus besoin du secours des Missionnaires pour continuer l’œuvre, autrement ces peuples resteront toujours dans l’enfance, et dès que les viendront à leur manquer ils retomberont dans leur barbarie. la foi alors e survivra pas à la civilisation.

Il faudra un temps considérable sans doute pour obtenir le résultat désiré, mais on est sûr de ne l’obtenir jamais, si on n’y vise dès l’origine tout en faisant les choses imparfaitement dans les commencements.

Le 2. principe est que la civilisation est impossible sans la foi. De là c’est la tâche du Missionnaire, c’est un devoir d’y travailler, non seulement dans la partie morale, mais encore dans la partie intellectuelle et physique, c’est-à-dire, dans l’instruction, l’agriculture et les métiers. C’est lui seul qui, par son autorité surnaturelle d’envoyé de Dieu, par sa charité et son zèle sacerdotal, est capable de produire un effet complet, c’est donc sur lui seul que repose l’œuvre.

Document 3 La mission catholique de Roma en 1882 au Basutoland (actuel Lesotho, enclavé dans l’Afrique du sud, à l’ouest du Natal).

Source : Les Missions catholiques, 27 octobre 1882
Ce document illustre la mise en œuvre du programme missionnaire par une congrégation française installée en Afrique du sud. Comme le protestants, arrivés plus tôt, les catholiques avaient choisi une région, le Basutoland, qui échappait à la colonisation. Ils se sont placés sous la protection du roi Moshoeshoe (roi de 1830 à 1870). Il tente de résister à la colonisation boer, puis anglaise, en s’alliant aux missions. Mais les Basutos doivent finalement accepter en 1881 un « protectorat » anglais mal camouflé par un traité censé maintenir l’indépendance.

Roma, nom choisi pour se démarquer des protestants (cf. aussi la statue de Notre-Dame de Lourdes au centre de l’illustration)se veut une micro-société chrétienne entièrement sous contrôle missionnaire (observer la croix au sommet de la colline).

L’action religieuse (Eglise, paroisse, culte) est inséparable d’une action civilisatrice qui s’appuie d’abord sur l’école. Elle comporte un volet modernisateur, entend introduire le progrès dans l’agriculture, l’élevage, les techniques, et même imposer … la ligne droite. Le missionnaire devient ainsi le principal intermédiaire religieux et culturel. Il s’appuie sur les populations ,enseigne la langue locale et l’anglais, loue leurs facultés intellectuelles, mais déplore ensuite leur sauvagerie. Contradiction apparente : la sauvagerie est imputéepar les missionnaires au paganisme des populations, pas à un atavisme racial. L’élève africain, dès lors qu’il est chrétien, se montre l’égal de celui d’Europe, voire moralement supérieur. L’idéal de la chrétienté et du missionnaire qui guide les populations sur les chemins du salut dans le ciel et du progrès sur terre triomphe ici. Roma est aujourd’hui le siège d’une université catholique
3 A. Illustration : La mission de Roma au Basutoland



3 B Lettre accompagnant l’illustration

Le  R. P. Deltour, Oblat de Marie-Immaculée, missionnaire à Natal, nous écrit de Roma :

Permettez-moi de vous parler plus particulièrement de la mission de Roma :

Permettez-moi de vous parler plus particulièrement de la mission de Roma, la première fondée et aussi la moins arriérée grâce à l’influence du roi Moswheswhé qui nous entoura toujours de sa protection…

Roma a trois œuvres principales : deux écoles, une paroisse et une ferme.

1° L’Ecole des filles, tenue par les sœurs de la Saint-Famille de Bordeaux, est une institution que nous pourrions comparer à un orphelinat en France. Toutes les enfants sont catholiques et ont deux heures de classe le matin et autant le soir, pendant lesquelles on apprend la lecture, l’écriture sisoutou et l’anglais, les premiers éléments du calcul et de la géographie, ainsi que l’histoire sainte. En dehors des classes, elles travaillent au jardin ; surtout elles s’occupent à coudre, à filer, à tricoter voire même à tisser au métier, ce qui fait l’admiration de tous lez visiteurs.

L’Ecole des garçons est tenue par deux frères et compte plus de cinquante pensionnaires. Comme intelligence, ils ne le cèdent pas aux Européens et, comme conduite, ils leur sont souvent de beaucoup supérieurs.

Nous leur donnons généralement quatre heures de travail manuel par jour. Ce sont eux qui cultivent nos jardins. Potagers et aussi nos champs de maïs et de mabelé (blé cafre). Les plus grands creusent la mine pour en détacher les rochers qui serviront à nos différentes bâtisses.

2° La paroisse de Roma est à peu près ce qu’est en France une paroisse de cinq cent âmes ; mais le ministère de la confession y est beaucoup plus onéreux. Les Basutu, par caractère, sont essentiellement légers et changeants. De même qu’il faut peu de chose pour décourager un Cafre, il faut souvent peu de choses pour le remettre dans le droit chemin…

La ferme est pour nous une partie essentielle, elle doit, en effet alimenter la mission.

C’est un pénible labeur et une continuelle sollicitude car il faut veiller à tout : bêtes à corne, chevaux, différents troupeaux de moutons et de chèvres.Il faut aussi ensemencer les champs, de blé, de mabelé et d’avoine et ré »parer les brèches faites à nos misérables murs en mottes. Le meilleur système de clôture pour le pays consiste en une espèce de ronces très vivace qui donne en toute saison de jolis bouquets de roses.

Les ouvriers, qu’il nous faut largement rétribuer, ne peuvent être perdus de vue. Nos pauvres sauvages, en effet, ont le cercle dans l’œil ; tout chez eux reçoit cette forme : les enclos, les parcs à bœufs ; les maison même sont toujours circulaires et parfaitement rondes. Aussi sont-ils incapables de tirer un cordeau et vous le placeriez vous-même, leur ligne déviera toujours. C’est pourquoi les Pères ne craignent pas, dans l’occasion, de » manier la bêche, la pioche ou la faucille. La plus belle pièce de la mission, celle aussi qui a le plus coûté est un moulin à eau placé sur une petite rivière, à une quart d’heure des habitations. Depuis qu’il est en jeu, il nous rend les plus grands services…

La ferme est loin d’être bien installée, les troupeaux ne sont pas assez nombreux, les instruments de labour ou de transport sont insuffisants, les bâtisses, étables et granges manquent absolument ou ne sont que provisoires. Espérons que la divine Providence viendra à notre aide. Nous ne pouvons pas négliger, hélas ! le côté matériel, car les Cafres nous mépriseraient.


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