Un prélat comtois oublié : Liebault de Cusance, comte-évêque de Verdun, prince du Saint-Empire, pendant le grand schisme d’occident (1380-1403)





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titreUn prélat comtois oublié : Liebault de Cusance, comte-évêque de Verdun, prince du Saint-Empire, pendant le grand schisme d’occident (1380-1403)
date de publication31.10.2017
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Christian JOUFFROY
Un prélat comtois oublié : Liebault de Cusance, comte-évêque de Verdun, prince du Saint-Empire, pendant le grand schisme d’occident (1380-1403).
franche-bourgogne.fr

2016


On doit à Richard de Wassebourg, archidiacre de la cathédrale de Verdun, la première mention de l’origine bourguignone de Liebault de Cusance dans son ouvrage intitulé « Antiquitez de la Gaule Belgique, Royaulme de France, Austrasie et Lorraine », publié en 1549. Cette origine est reprise au XVII° siècle par l’historien Jules Chifflet dans son manuscrit « Nobiliaire de Franche-Comté » conservé à Besançon (1). Il désigne ainsi un fils de Jean, seigneur de Cusance, bailli du comté de Bourgogne, et d’Isabelle de Belvoir, frère de Vauthier dit Le Petit, héritier testamentaire d’Henri, seigneur de Belvoir, son oncle. Un manuscrit anonyme de la fin du XVII° siècle des archives départementale de Côte-d’Or reprend les mêmes éléments (2). Par contre le mémoire dressé en 1624 par Jean-Baptiste Chappuis tabellion général de Bourgogne résidant à Gray commis à la recherche des titres, concernant les familles de Belvoir et de Cusance est totalement muet sur ce sujet (3). A sa décharge, les titres et archives consultés au château de Belvoir à cette époque ne peuvent être qu’incomplets conséquence de la prise de celui-ci par les troupes française de Charles d’Amboise en mai 1480, suivi de son incendie, de sa destruction partielle, du transport du baillage à Montfaucon et, plus grave encore, de la confiscation des biens de la famille de Cusance au profit de seigneurs français (4). Au XVIII° siècle, Dom Calmet dans son « Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine », reprendra, faute de mieux, la source Wassebourg à son profit pour étayer son propos sur Verdun. Enfin il faudra attendre la fin du XIX° siècle au travers de l’imposant travail et des recherches romaines de Noël Valois sur le grand schisme d’occident pour affirmer son origine comtoise (5).
Wassebourg, qui relate la vie du 73éme évêque de Verdun quelques cent cinquante ans après son décès, écrit que sa haute naissance lui permis de bonnes études après lesquelles il prit l’habit de Saint Benoît au monastère de Luxeuil. Chifflet ajoute qu’il était pourvu dès 1363 du prieuré de Fontaine (les-Luxeuil). C ‘est donc ce personnage docte et savant qui fut remarqué par Philippe le Hardi, fils de roi de France, duc de Bourgogne, et appelé à son service. Liebault de Cusance, docteur en droit canon, jouïssait d’une grande considération. Le roi de France Charles V fit appel à son service pour approcher officiellement Louis de Male, comte de Flandre et beau-père de Philippe de Bourgogne, afin de le convaincre d’opter pour le camp clémentin, mission qui restera infructueuse. Attaché au duc-comte de Bourgogne, Liebault se vit confier plusieurs ambassades auprès de Robert de Genève, évêque de Thérouanne puis de Cambrai, élu pape au conclave de Fondi sous le nom de Clément VII le 30 octobre 1378, par les cardinaux lassés de l’attitude du pape de Rome Urbain VI. Le grand schisme d’occident prenait naissance dans un affrontement où le religieux l‘emportait pour quelque temps sur le politique.

Guy de Roye, évêque titulaire mais totalement absent de Verdun, avait opté pour le camp clémentin. Contrairement aux affirmations de Wassebourg, une pièce des archives vaticanes atteste encore de son état au 21 mai 1379 lorsqu’il prête 526 florins de chambre 16 sols de monnaie de Fondi au pape d’Avignon. Sans doute lassé par les difficultés de sa tâche il remit cette année là sa démission à Clément VI, lequel laissa le libre choix d’un successeur au chapitre.


Philippe le Hardi souhaitant étendre son influence au nord voyait d’un très bon œil la présence d’un bourguignon à la tête de cet évêché à la frontière de l’Empire et ce d’autant qu’Urbain VI poussait son pion en la personne de Rolin de Rodemack, chanoine du chapitre de Verdun, parent de l’empereur Wenceslas et de Béatrix de Bourbon épouse de Jean de Luxembourg, roi de Bohème et de Pologne. Sur la recommandation du duc de Bourgogne et avec les amitiés que le bénédictin de Luxeuil comptait alors parmi les chanoines, le chapitre porta Liebault de Cusance au siège épiscopal en 1380, ce que confirma Clément VII. Rolin s’opposa à cette élection et obtint par Bulle d’Urbain VI les provisions de l’évêché de Verdun. Le chapitre refusa de le recevoir et maintenait sa position malgré les menaces de l’empereur auquel Rolin avait fait appel. La rivalité religieuse fit rapidement place à la lutte politique. La puissante famille de Rodemack pris les armes et dévasta les terres de l’évêché, puis se retourna contre Arnoul de Hornes, évêque de Liège, au motif d’une vieille querelle. Le chapitre en profita pour négocier une paix qui lui coûta seize cents francs, le versement de sa prébende à Rolin avec une pension.
La dualité de Verdun n’est pas une exception: Liège avait été le théâtre de faits similaires dès 1378. Le décès de l’évêque Jean d’Arckel le 1° juillet amena les chanoines de St-Lambert a élire Eustache Persand de Rochefort à qui Clément VII signa les Bulles de confirmation le 8 novembre. Mais suite à une brouille avec son frère Walthère de Rochefort attisée par une révolte populaire, Urbain VI s’empressa de nommer à Liège l’évêque d’Utrecht Arnoul de Hornes, personnage opportuniste dont les intérêts ont pendant un temps vogués d’un pape à l’autre. Eustache de Rochefort perdant la sympathie de la cité et du chapitre, son adversaire mis à profit ces circonstances pour s’imposer (6).
Les troupes liégeoises ayant défait celles des Rodemack, l’évêque urbaniste Arnoul déclara la guerre à Verdun. Ses gens d’armes y causèrent pour sept mille livres de dégâts, après quoi Le chapitre acheta leur départ pour deux mille livres. Mais la guerre de Verdun ne pris pas fin : Béatrix de Bourbon n’admettant pas l’éviction de son parent, demanda et obtint des troupes de l’Empereur Wenceslas afin de détruire l’évêché et le chapitre de Verdun. Elle y favorisa tous les forfaits depuis son château de Damvillers, enclave impériale dans l’évêché, organisant le pillage systématique des grains qu’elle revendait à son profit, ou les extorsions de fonds. La mort de la reine de Bohême en 1383 mit fin à cette bien mauvaise situation.

Liebault de Cusance ne restait pas inactif. Faisant face à l’hostilité du magistrat et des bourgeois qui ne cachaient pas leur attachement à Rolin de Rodemack afin de se rapprocher de la cour impériale, le nouvel évêque su avec beaucoup de diplomatie les ramener dans son giron au point qu’en 1382 ils lui apportèrent leur aide lors du siège du château de Charny qu’utilisait Pierre de Bar pour ses courses dans l’évêché. Un an plus tard il acceptait de le faire démolir au lieu de les contraindre à le remettre en état. Sa sagesse apportait l’apaisement : en 1384 le duc de Bar rendait à Liebaut sous forme d’usufruit, la ville, forteresse, terre et prévôté de Sampigny pour en jouir sa vie durant, Clément VII lui octroyait le prieuré de Clermont en Haute-Marne, puis en 1386 l’abbaye de Faverney en Haute-Saône, en qualité d’administrateur (7). La guerre de Verdun ayant considérablement affaibli les moyens financiers de l’évêché, Liebaut de Cusance obtenait de Clément VII un dédommagement et en 1385 une bulle papale rattachait la « princerie » à la manse capitulaire avec les juridictions temporelle, spirituelle et les revenus. La très riche « princerie » était attachée à un unique chanoine.
Cette disposition souhaitée par le chapitre améliorait son efficacité et ses finances. Cependant en 1387 à la mort du dernier « princier », le chanoine de Boulay obtint la provision d’Urbain VI pour cette dignité. Non seulement il trahissait le pape d’Avignon mais aussi son chapitre. Le refus cinglant de celui-ci engagea de Boulay à faire lever des gens de guerre par son frère le seigneur de Boulay, accompagné de Jean de Voisy et du comte de Deuxponts qui firent tant de dégâts sur les terres de Verdun que le chapitre fut contraint de transiger financièrement une nouvelle fois.
Malgré la présence attestée aux côtés de l’évêque de militaires bourguignons tels que Pierre de Moffans dit Malelance, seigneur fiefé à Moffans, Gouhenans, Accolans et Arcey, la situation ne s’était guère améliorée (8). Liebault de Cusance pris alors la décision de mettre Verdun et ses possessions sous la protection du roi de France, protection dont certains de ses prédécesseurs avaient déjà usé. Le 30 septembre 1389 il signait un accord connu sous le nom de « Pariage » par lequel il transportait à Charles VI la moitié indivise de sa souveraineté temporelle. Qui donc s’attaquerait à Verdun s’attaquerait au roi de France. La réplique de l’empereur fut immédiate et le 5 décembre il défendit au chapitre par décret impérial daté de Prague de ratifier le pariage et invitait le sénéchal et l’engagiste de Luxembourg à châtier l’évêque Liebault. Le 13 février, Alexandre VII approuvait le pariage et le 21 du même mois l’empereur ordonnait la saisie de la seigneurie. Avec l’appui du roi de France et du duc de Bourgogne, Liebauld résista jusqu’au 10 août 1395 date à laquelle il s’obligeait à faire annuler l’accord avec le roi de France et la confirmation du Pape, de leur côté les bourgeois de Verdun s’engageaient à faire révoquer le décret impérial et se soumettaient à sa juridiction temporelle reconnaissant qu’elle était un fief mouvant de l’empire. Charles VI cassa cette association par lettres du 28 juillet 1396 et le 17 octobre pris sous sa protection les habitants de Verdun moyennant cinq cents livres par an. L’évêque assura son confort pour soixante livres (9). La même année il résignait son mandat d’administrateur de l’abbaye de Faverney.

Liebault de Cusance avait enfin les mains libres pour administrer son évêché comme il le souhaitait. Il racheta tous les fonds et biens hypothéqués par ses prédécesseurs et s’entremit afin que les bourgeois participent aux réparations des églises, des monastères, des ornements religieux ou contribuent au soulagement des pauvres. Ce travail porta ses fruits si l’on rappelle l’exemple du doyen de la justice séculière de Verdun, Jehan Valtrac, qui mit sa fortune à la disposition de la cathédrale en payant d’important travaux (les voûtes de la nef) et des fondations de chapelles. L’affection du magistrat et des bourgeois firent rendre à l’évêque plusieurs droits usurpés sous ses prédécesseurs. Le temporel n’était pas laissé de côté : les reprises de fiefs furent exécutées avec la forme et la rigueur qui sied dans ce cas. Le 18 octobre 1399 Liebault se rendit à l’abbaye de Saint-Mihiel accompagné de deux conseillers du duc : Jean de Voy et Clarin de Crespy avec mission de rendre au monastère le caractère religieux qu’il avait perdu (10). En 1401, il autorise l’abbé du monastère de l’Etanche à conserver sans compensation le moulin à écorce qu’il avait construit sans sa permission sur le ruisseau de Rambluzin (11). Proche de l’Etanche, le château d’Hattonchatel était une résidence favorite de l’évêque de Verdun et c’est en cette même année 1401 qu’il y convoqua un synode général au terme duquel il publia des Statuts. Par ce moyen Liebault de Cusance reprenait en main son clergé, lui redonnait le lustre qu’il était en droit d’en attendre et mettait fin aux écarts nombreux et de tous ordres qu’il avait pu constater.
Enfin les gens de sa terre de Rouvroy-sur-Meuse ayant été molestés par des seigneurs voisins il fit appel au roi de France afin de les prendre sous sa protection conformément aux accords passés. Le 18 juillet 1401 Charles VI délivrait des lettres de sauvegarde pour les habitants de la ville. Il est à remarquer qu’il fut un des rares évêque de Verdun à ne pas frapper monnaie.
Liebault de Cusance décédait le 10 mai 1403 après avoir rétabli la grandeur de son évêché, ses finances, son clergé et de saines relations avec ses puissants voisins. Il fut inhumé devant l’autel Notre-Dame de la cathédrale de Verdun, proche du Jubé. Le Nécrologe de la cathédrale en conserve la mémoire :
« Lebaldus de Cusantia natinoe burgundus multa bona fecit redimendo terram ecclisiae ».

Sur sa pierre tombale déjà très effacée Richard de Wassebourg releva au XVI° siècle:
Placidus cunctis Leobaldus

De Cusantia, notus amicitia.

Luxovii pullam qui sumpsit primo cucullam ;

Hinc Claromontis fit prior hic meritis.

Post de…… tandem……praesul

Virdunensis adest  et pia fata subest

Anno milleno quadrageno quoque trino

Luce quidem Maii sub decima proprii.


SCEAU DE LIEBAULT DE CUSANCE - 1394  (moulage ancien, collection particulière):


" Dans une niche principale sous un dais la Vierge couronnée et voilée est assise tenant l'enfant Jésus debout sur ses genoux; dans deux logettes latérales St-Georges et l'Archange St-Michel. Dans une niche inférieure un évêque entre deux écus à l'aigle de Cusance".




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  1. Bibliothèque d’études et de conservation de Besançon, Manuscrits Chifflet 185.

  2. AD Côte d’Or – 1F18

  3. AD Doubs – 1J313

  4. AD Doubs – 2B2305

  5. Noël Valois : « La France et le grand schisme d’occident », 4 tomes- 1896-1902

  1. Karl Hanquet : « Documents relatifs au grand schisme »-Tome I, suppliques de Clément VII, 1378-1379- 1924

  2. Faverney : archives du Vatican, Reg.307 f°581.

  3. BNF -Pontifical d’Autun Ms 951. cf Pellechet Marie et Prinet Max :

« Epitaphe en vers de Pierre de Moffans »- SED 1925.

(9)  BNF collection Lorraine- 1923 /7 et 8.

(10) Annales historiques du Barrois-1867

(11) Charles Emmanuel Dumont : « Histoire du monastère de l’Etanche et de Benoite-Vaux »-

1853.

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