Sujet d’ etude : les lumieres, la revolution et l’europe : les droits de l’homme





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titreSujet d’ etude : les lumieres, la revolution et l’europe : les droits de l’homme
date de publication31.10.2017
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Corpus documentaire réalisé et commenté par Karine Gentil-Perret
Cet atelier a été présenté lors du stage du 26 novembre 2010 consacré au programme de seconde BACPRO : « Les Européens et le monde, XVIè – XVIIIè siècle ». Il concerne plus particulièrement le sujet d’étude « Les Lumières, la Révolution française et l’Europe : les Droits de l’Homme. »
SUJET D’ ETUDE : LES LUMIERES, LA REVOLUTION ET L’EUROPE : LES DROITS DE L’HOMME
Dans le cadre de ce sujet d’étude, il est possible de traiter une situation nouvelle (mais non obligatoire d’après les programmes) : l’esclavage et son traitement durant la période révolutionnaire
Cette situation permet de voir qu’il y a un fossé entre les mesures prises par les révolutionnaires avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article 1 « les hommes naissent libres et égaux en droits ») et l’application réelle de ce principe d’égalité entre les hommes.
1-L’objectif de ce corpus est tout d’abord de montrer le véritable impact de 1789 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France métropolitaine (documents 1 à 4) , mais aussi dans les colonies (document 5)

L’intérêt du document 1 est de montrer la volonté d’améliorer la situation des Noirs mais sans mettre fin à l’esclavage. La fait que Brissot ait créé la Société des Amis des Noirs en France en 1788 (sur le modèle de celle de l’Angleterre fondée en 1787) souligne ce paradoxe.

Le document 4 montre aussi cette ambivalence tandis que le document 3 reflète le courant antiabolitionniste (qui est majoritaire en France).
2-L’objectif de ce corpus documentaire est aussi de montrer que la période 1794/1802 est elle aussi ambiguë

En effet le décret de 1794 abolit l’esclavage (mais pas dans toutes les colonies) : abolition totale en Guyane, en Guadeloupe de façon nuancée, en revanche décret non appliqué volontairement par les gouverneurs à la Réunion. Toutefois, le décret de 1802 remet en vigueur l’esclavage car Napoléon y est favorable

Afin de montrer que 1794 est un tournant on peut utiliser des supports originaux tels que des gravures (présentes dans le site www.cndp.fr/memoire/esclavages), soit par des chansons (document 7)

Période paradoxale car ce décret ne s’applique pas à toutes les colonies. En effet, très rapidement il y a une volonté de la part des révolutionnaires de remettre en cause le décret de 1794, et ce, de la part du ministère du commerce et des colonies dirigé par des personnes appartenant à l’entourage de Napoléon. Ceci aboutira au décret de 1802.

L’intérêt des documents 8, 8bis, 9, 9bis est d’étudier comment est appliqué le décret de 1794 en Guadeloupe et de prendre conscience que ses retombées sont finalement limitées. Utiliser la Guadeloupe comme angle d’approche est une façon plus originale d’aborder ce thème. Victor Hugues est nommé en Guadeloupe pour faire appliquer le décret donnant la liberté aux esclaves .Or il fait une politique de répression (doc 8, 8bis), qui sera renforcée et pérennisée par Richepance (maître officieux de cette colonie, Lacrosse étant le représentant officiel de la métropole dans cette colonie). Dans le document 9, Richepance remet en vigueur, en 1802, l’idée que les hommes sont égaux mais réaffirme la suprématie des Blancs par rapport aux Noirs.  Il étaye ses idées par des arguments que l’on retrouve dans le texte.


Séance : l’esclavage au temps de la période révolutionnaire
Problématique : En quoi la question de l’esclavage est-elle à la fois révélatrice du combat mené par les Révolutionnaires et significatives ou emblématique des limites de l’application des principes d’égalités ?
1 – L’ESCLAVAGE AU REGARD DE LA DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
A - En métropole
1°) Des acteurs importants : d’ardents défenseurs avant le 26 août 1789.
Doc.1 : Texte de Brissot, 24 août 1789, extrait de « Le patriote français n° 24 », in Les voix de la Révolution, de Bosc (Y.), 1789

La société des Amis des Noirs s’est assemblée hier pour la première fois, depuis la Révolution du 13 juillet. Monsieur le marquis de Condorcet la présidait. On y a reçu, avec une satisfaction générale, le célèbre Clarkson*, auteur des meilleurs ouvrages qui aient été publiés en faveur de l’abolition de la Traite des Noirs. Sa présence ne peut être que très utile à cette cause en France, dans un moment où les principes de liberté qui y règnent, ne peuvent manquer de la faire triompher.

Les ennemis des Noirs se plaisent à répandre sur cette Société des bruits extrêmement faux et qu’il importe de dissiper. Ils insinuent que l’objet de la Société est de détruire tout d’un coup l’esclavage, ce qui ruinerait les colonies. Mais ce n’est point là l’intention des Amis des Noirs. Ils ne demandent que l’abolition de la Traite des Noirs parce qu’il en résultera infailliblement que les planteurs, n’espérant plus remettre des Noirs en Afrique, traiteront mieux les leurs. Non seulement la société des Amis des Noirs ne sollicite point en ce moment l’abolition de l’esclavage, mais elle serait affligée qu’elle fût proposée. Les Noirs ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; il faut les y préparer : telle est la doctrine de cette Société.

Si les planteurs entendoient leurs intérêts, ils devraient se réunir à cette Société. Il est impossible qu’un commerce aussi infâme ne soit pas aboli. Il est possible que, s’il ne l’était pas, les Noirs se révoltent. Ce n’est point par la force qu’on les arrêtera ; c’est par un plus doux, c’est par espoir de recouvrer la liberté.

M.Clarkson est venu cimenter de nouveaux liens qui unissent les Sociétés de Londres et de Paris, engager cette dernière à accélérer l’examen de cette cause, et lui offrir, au nom de la Société de Londres, tous les secours possibles, pécuniaires et autres. Ce concours des deux Sociétés doit faire naître les plus grandes espérances.
M.Clarkson est anti-esclavagiste (1760-1846). Il fonde, en Angleterre, la société des Amis des Noirs.

Doc.2 : Texte extrait des cahiers de doléances de Chanpagney (site : http:/hist-geo.acrouen.fr)
Article 29 : Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur en se représentant leurs semblables unis encore à eux par le double lien de la religion être traité plus durement que ne le sont des bêtes de sommes.

Ils ne peuvent se persuader qu’on puisse faire usage des productions desdites colonies si l’on faisait réflexion qu’elles ont été arrosées du sang de leurs semblables.
Ils craignent avec raison que les générations futures plus éclairées et plus philosophes n’accusent les français d’avoir été anthropophages ce qui contraste avec le nom de français et plus encore celui de chrétien.

C’est pourquoi, leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour ces esclaves de faire des sujets utiles au Roy et à la patrie.

2°) Les anti-abolitionistes
Document 3 : Texte de Mosneron de l’Aunay, 26 février 1790, in « Les voix de la Révolution », de Bosc (Y.), 1789

[…]

Il convient, Messieurs, de ne pas perdre un moment pour rassurer les planteurs et pour les ramener aux sentiments d’amour et d’attachement qu’ils doivent à la mère patrie. Il faut ôter tout prétexte aux ennemis étrangers et intérieurs ; il faut donc que l’Assemblée décrète que la traite des Noirs sera continuée comme par le passé.

Ici j’aperçois la Déclaration des Droits de l’homme qui repousse ce décret : cette Déclaration, Messieurs, est un fanal lumineux qui éclairera toutes les décisions de l’Assemblée nationale qui auront la France pour objet ; mais j’aurai le courage de vous dire que c’est un écueil placé dans toutes nos relations extérieures et maritimes. Il est nécessaire de tourner ce danger contre lequel nos navires et la fortune publique se briseront. En renvoyant à la prochaine législature, en ajournant indéfiniment, en disant qu’il y a eu à délibérer, en usant de ces palliatifs, on ne calmerait pas les inquiétudes des ports de mer, on donnerait de nouvelles armes dans les colonies aux ennemis de l’Etat qui interpréteraient défavorablement ce décret. Il faut donc décréter que l’Assemblée nationale n’entend faire aucune application de ses décrets aux colonies et que leur commerce ainsi que toutes les branches qui en dépendent seront exploités comme par le passé, sauf à s’expliquer sur leur régime intérieur et extérieur, quand elles auront manifesté leur vœu.

Ce n’est pas tout, Messieurs : les décrets de l’Assemblée nationale peuvent arriver dans nos colonies au moment où la fermentation sera telle que les bons esprits ne pourront plus la dominer, au moment où les Anglais auront tout disposé pour l’insurrection. Je crois donc nécessaire de pourvoir à ce danger et d’envoyer une escadre capable, non d’arrêter l’organisation intérieure de la colonie, mais d’empêcher que nos ennemis ne la dérangent et ne s’emparent de nos possessions, en augmentant le désordre à dessein.

C’est, Messieurs, au nom des finances que la perte de vos colonies ruinerait dans ses ressources, au nom de six millions d’hommes qui en vivent et que le désespoir porterait à tous les excès, au nom de la mendicité que vous voulez détruire et que vous ne pouvez combattre efficacement que par le travail des ports de mer et des manufactures ; c’est au nom même de votre marine militaire nécessaire à la dignité de l’Empire et à sa conservation dans l’étendue de trois cents lieues de côte, c’est enfin au nom de la Révolution à laquelle vous devez attacher tous les citoyens par les plus puissants intérêts, que je vous conjure de prendre dans la plus prompte et la plus sérieuse considération les divers objets que les députés du commerce, réunis aux citoyens de la Guyane, ont soumis à l’Assemblée nationale. […]

F.A. Aulard, « La société des Jacobins », Paris, 1889-1897, tome 1, pp.15-16
3°) Après 1789, quelle prise de conscience ?
Document 4 : Pétition ampliative en faveur des Blancs et des Noirs et projet d’un traité important pour les colonies et l’Etat, 1791 (même référence que ci-dessus)

[…]

« Que si vous persistez, Français, à avoir des esclaves, hâtez-vous de supprimer la Déclaration des doits de l’homme ; vous pouvez, sans cette Déclaration, être encore, à votre choix, Grecs, Romains ou Français. Tous ces peuples malheureusement et bien d’autres, eurent des esclaves : mais ce qui ne s’est jamais vu, ce qui plongerait une nation dans un abîme de maux, et finalement dans une barbarie dont il n’est point d’exemple, ce serait joindre une Déclaration d’esclavage à une Déclaration des droits de l’homme, de déclarer que tous les hommes sont libres, et que tous les hommes ne sont pas libres. Voilà pourtant, voilà ce que l’on ose proposer au sein de l’Assemblée nationale : cette incroyable question a déjà occupée deux législatures : elle partage députés, tribunes et le corps même de la Nation. »

« Il se pourrait que les autres métropoles européennes reconnussent, sans aucune Déclaration des droits de l’homme, la liberté de leurs nègres, pendant que les Français seront encore à disputer, les Droits de l’homme à la main, sur la liberté des leurs ; et ce qu’il y a de plus déplorable, combien de massacres, d’incendies et d’horreurs cette dispute a-t-elle occasionnés ? Combien de ceux mêmes qui ont juré de sacrifier leur vie pour la défense de la liberté, sont prêts à l’aller sacrifier pour la défense de l’esclavage. » […]

« Mais si les Noirs ne peuvent pas plus que les Blancs être aujourd’hui esclaves sur aucun point de la domination française, il ne s’ensuit pas, comme quelques-uns le prétendent, qu’ils doivent acquérir la qualité de citoyens français ; mille raisons politiques, civiles et morales s’opposent à cette incorporation, ou, pour mieux dire, à cette transformation des colonies françaises en colonies nègres. »

« En politique, si vous attribuez le droit de citoyen à la généralité des habitants des colonies, dont les dix-neuf vingtièmes sont nègres, ces nègres forment dès lors la masse du peuple de ces colonies. Voilà, selon les principes consacrés dans le nouvel ordre des choses, le souverain ; or, combien serait funeste pour tous, l’exercice de ces nouveaux droits ? Ce serait, à en juger seulement par les désastres et les horreurs qui ont déjà eu lieu, jeter une nouvelle pomme de discorde qui causerait l’embrasement général et la destruction totale des colonies. »

B – L’impact des principes de 1789 dans les colonies
Doc.5 : Texte de l’intendant de Martinique Foulon d’Ecotier (20 novembre 1789), in BANGOU (H.), La Révolution et l’esclavage à la Guadeloupe (1789-1802), l’Hartamann, 2002
L’intendant Foulon atteste aussi la revendication des esclaves à la liberté à propos des récents événements : « Les exemples qui ont été faits des coupables avaient semblé détruire entièrement l’esprit de révolte qui les avait animés ; mais c’est un feu qui couve toujours sous la cendre et qui de temps en temps laisse entrevoir des étincelles et finit par produire des explosions.

Aucune rumeur dans les quartiers éloignés des villes de Saint-Pierre et du Fort-Royal mais la lecture faite imprudemment au prône des paroisses du décret de l’Assemblée nationale du mois de septembre dans lequel le mot liberté est plusieurs fois énoncé a paru aux esclaves les concerner ; il ont cru que le souverain et la nation étaient d’accord pour les assimiler aux Blancs. »

[…]

« Tous les écrits en faveurs de la libertés des Noirs, répandus depuis quelques temps en Europe sont venus jusqu’à nous ; les maîtres en ont parlé avec indiscrétion devant les esclaves, ceux-ci en ont recueilli le sens, l’ont communiqué à leurs camarades, voilà l’origine de la fermentation …Il se sont persuadés que Monsieur de Viomenil (le gouverneur) avait ordre du roi de leur annoncer cette liberté et qu’il n’était retenu que pour les sollicitations de propriétaires, de là des projets de vengeance, des lettres anonymes… Enfin une conspiration conçue dans le silence et qui heureusement a éclaté avant qu’elle ait mûri et avant que les esclaves de toute la colonie eussent pu y prendre part. »

II – 1794-1802 : UNE PERIODE AMBIGUË
A – 1794 : Un tournant
Doc.6 : Deux gravures de 1794 (extrait du site : www.crdp;fr/memoire/esclavage/collège)

Doc.7 : Texte : La liberté des nègres, 1794, paroles de Chavalier Pierre-Augustin de Piis (source : http://abolition.free.fr)


Le saviez-vous, Républicains,

Quel sort était le sort des nègres,

Qu’à son rang parmi les humains

Un sage décret réintègre ?

Il était esclave en naissant,

Point de mort, pour un seul geste…

On vendait jusqu’à son enfant.

Le sucre était teint de son sang.

Daignez m’épargner tout le reste … (bis)
De vrais bourreaux, altérés d’or,

Promettant d’alléger ses chaînes,

Faisaient pour les serrer encor,

Des tentatives inhumaines.

Mais, contre leurs complots pervers,

C’est la nature qui proteste

Et deux peuples, brisant leurs fers,

Ont, malgré la distance des mers,

Finit par s’entendre de reste. (bis)
Qu’ont dit les députés des noirs

A notre Sénat respectable,

Quand ils ont eu de leurs pouvoirs

Donné la preuve indubitable :

Nous n’avons plus de poudre, hélas !

Mais nous brûlons d’un feu céleste,

Aidez nos trois cent mille bras,

A conserver dans nos climats

Un bien plus cher que tout le reste. (bis)
Soudain, à l’unanimité :

Déclarez à vos colonies,

Qu’au désir de l’humanité,

Elles sont par vous affranchies.

Et si des peuples oppresseurs

Contre un tel vœu se manifestent,

Pour amis et défenseurs,

Enfin, pour colons de nos cœurs,

Songez que les Français vous restent. (bis)
Ces Romains, jadis si fameux

Ont été bien puissants, bien braves.

Mais ces Romains, libres chez eux,

Conservaient au loin des esclaves.

C’est une affreuse vérité,

Que leur histoire nous atteste,

Puisqu’avec nous, d’humanité,

Déjà les Romains sont en reste. (bis)


Tendez vos arcs, nègres marron.

Nous portons la flamme à nos mèches.

Comme elle part de nos canons,

Que la mort vole avec nos flèches.

Si des royalistes impurs,

Chez nous, chez vous, portent la peste.

Vous dans vos bois, nous dans nos murs.

Cernons ces ennemis obscurs,

Et nous en détruirons le reste. (bis)
Quand dans votre sol échauffé,

Il leur a semblé bon de naître,

La canne à sucre et le café

N’ont choisi ni gérant, ni maître.

Cette mine est dans votre champ,

Nul aujourd’hui ne le conteste.

Plus vous peinez en l’exploitant,

Plus il est juste, assurément,

Que le produit net vous en reste. (bis)
Doux plaisir de maternité,

Devenir plus cher à négresse ;

Et sans nuire à fécondité,

Prendre une teinte de sagesse.

Zizi, toi n’étais, sur ma foi,

Trop fidèle, ni trop modeste ;

Mais toi, t’en fera double loi.

Si petite famille à toi

Dans case à moi, près de toi reste. (bis)
Américains, l’égalité

Vous proclame aujourd’hui nos frères.

Vous aviez à la liberté

Les mêmes droits héréditaires.

Vous êtes noirs, mais le bon sens

Repousse un préjugé funeste…

Seriez-vous moins intéressants

Aux yeux de Républicains blancs ?

La couleur tombe, et l’homme reste ! (bis)



B - Des conséquences limitées. Etude de cas : la Guadeloupe
Doc. 8 : Texte de Victor Hugues, 30 prairial an II, 1794, in http://abolitions.free.fr
Proclamation du 30 prairial, an II

La convention nationale, par son décret du 4 février dernier, vous a accordé le plus grand des biens : la liberté. Elle nous a confié l’exécution de cette loi. Son intention, en brisant vos fers, a été de vous procurer une plus grande somme de bonheur, en vous faisant jouir de vos droits. Nous serions responsables envers la nation et l’humanité, si nous ne prévenions pas les désordres dont la malveillance des ennemis de la chose publique veut nous rendre victimes.

Nous avons appris avec douleur qu’il s’était commis quelques déprédations dans les campagnes ; qu’on y avait coupé des maniocs, enlevé des bananes, sans nécessité, dans la vue seulement de faire du mal et de nuire aux propriétaires. Nous avons peine à croire à ces dénonciations ; mais comme, dans les circonstances où se trouve la colonie, il est nécessaire de pourvoir à la conservation des vivres de toutes espèces, faisons expressément défense à tout citoyen quelconque, et de quelque couleur qu’il soit, de toucher aux vivres des habitations, tels que manioc, bananes, maïs, etc. …, à peine par les contrevenants d’être livrés à toute la rigueur des lois ; et dans le cas où ils arracheraient lesdits vivres par malveillance, ils seront mis hors de la loi et punis de mort, comme d’intelligence avec les ennemis de la République.

Victor Hugues, commissaire de la République
Doc.8 bis (même référence que ci-dessus)

Ordre de travail
Cinq heures et demie du matin – la cloche avertira les citoyens et citoyennes de se réunir dans un lieu quelconque indiqué par le principal chef de l’habitation.
Cinq heures trois quarts – le chef entonnera un des couplets de l’hymne républicain, terminé par le c ri de : Vive la République ! Il sera strict à l’heure et prendra l’habitude de n’attendre personne. Ensuite il fera l’appel nominal et pointera les absents.
Ces mesures remplies, les citoyens se rendront de suite à l’ouvrage avec leur conducteur, toujours en chantant, et avec cette gaîté simple et vive qui doit animer le bon enfant de la patrie.
Le principal chef se transportera de son côté dans toutes les cases des citoyens ; il interrogera ceux qui s’y trouveront, et leur demandera pourquoi ils ne sont pas avec les autres au travail ; il écoutera leurs excuses, examinera si elles sont légitimes ou non, et prendra des notes.
Tous les chefs communiqueront au moins une fois par décade avec le commissaire délégué, ou avec la municipalité ou avec ceux préposés pour recevoir le détail des travaux et de la conduite des citoyens pendant la décade.
A huit heures, le déjeuner, pris sur le terrain, à l’exemple des sans-culottes cultivateurs en France.

A huit heures et demie, on reprend le travail qui cessera à onze heures et demie
A deux heures, après dîner, la cloche annonce partout la fin du repos. Les citoyens et citoyennes se rendront alors comme le matin au lieu indiqué. Le chef fera l’appel nominal, et répétera généralement le soir les mesures prises le matin.

Le travail cessera à la nuit*.

Malgré cet ordre, lorsque le bien de l’habitation demandera, dans certains temps, que les citoyens et citoyennes donnent quelques heures de plus au travail, qu’ils fassent le quart lorsque le moulin marchera, sous sommes persuadés que tous s’y prêteront en vrais républicains.

Les chefs auront soin de remarquer fidèlement ceux-là qui montrent partout la meilleure volonté.

*Il faut préciser que la nuit tropicale tombe entre 18 et 18 heures !

Doc. 9 : Texte de Richepance, 17 juillet 1802, extrait de « Histoire de la Guadeloupe », tome 2, Basse-terre et du site : http://abolitions.free.fr/spip
[…]

Considérant que par l’effet de la Révolution et d’une guerre extraordinaire, il s’est introduit dans les noms et les choses de ce pays des abus subversifs de la sûreté  et de la prospérité d’une colonie ;

Considérant que les colonies ne sont autre chose que des établissements formés par les Européens, qui y ont amené des noirs comme les seuls individus propres à l’exploitation de ces pays ; qu’entre ces deux classes fondamentales des colons et de leurs noirs, se sont formées des races de sang-mêlé toujours distinctes des blancs, qui ont formé les établissements ;

Considérant que ceux-ci seuls sont les indigènes de la nation française et doivent en exercer les prérogatives ;

Considérant que les bienfaits accordés par la mère patrie, en atténuant les principes essentiels de ces établissements, n’ont servi qu’à dénaturer tous les éléments de leur existence, et à amener progressivement cette conspiration générale, qui a éclaté dans cette colonie contre les blancs et les troupes envoyées sous les ordres du général par le gouvernement consulaire, tandis que les autres colonies soumises à un régime domestique et paternel, offrent le tableau de l’aisance de toutes les classes d’hommes en contraste avec le vagabondage, la paresse, la misère et tous les maux qui ont accablé cette colonie, et particulièrement les noirs livrés à eux-mêmes ;

De sorte que la justice nationale et l’humanité commandent autant que la politique le retour des vrais principes sur lesquels reposent la sécurité et les succès des établissements formés par les Français en cette colonie, en même temps que le gouvernement proscrira avec ardeur les abus et les excès qui s’étaient manifesté anciennement et qui pourraient se remontrer encore.

[…] (les considérants sont suivis de 19 articles formant un nouveau code).
Jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté dans l’étendue de cette colonie et dépendances que par les blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre ni exercer les fonctions qui y sont attachées. […]

Doc.9 : Texte de Lacrosse, Contre-amiral, Capitaine général de la Guadeloupe et dépendances, au citoyen Arnauld (même référence que ci-dessus)
L’objet principal, citoyen président, de la création du tribunal spécial, qui doit siéger à Sainte-Anne, est la punition des auteurs et complices des assassinats commis dans la nuit du 6 au 7 ;

En conséquence, vous y ferez traduire tout individu qui, d’après vos présomptions, serait prévenu d’y avoir participé directement ou indirectement.

Et comme les colonies doivent être régis par des lois spéciales, on ne peut, dans les circonstances extraordinaires où se trouve particulièrement la Guadeloupe, se dispenser de lui appliquer la rigueur de ce système et des principes qui la justifient.
Ainsi le genre de supplice à exercer contre les scélérats qui ont trempé dans le massacre de Sainte-Anne, doit offrir aux malintentionnés l’exemple le plus terrible.

Vous penserez donc comme moi, Citoyen, que le supplice de la potence, n’expiant pas assez le crime de ceux des assassins que la loi condamne à la peine de mort, ils doivent être rompus vifs et expirer sur la roue.

Dans ce nouveau genre de supplice  à exercer contre les grands coupables, il sera nécessaire que les jugements du tribunal soient précédés de considérants conformes à ceux qui ont motivé mon arrêté. Les geôles de Pointe-à-Pitre et du Moule sont déjà encombrées : il faut les déblayer le plus tôt possible.
Texte supplémentaire pouvant être utilisé : extrait de Schmitt (N.), Abolition de l’esclavage, Fayard, 2005
La loi du 30 floréal, an X (20 mai 1802) était rédigée en quatre articles :
« Article 1er – Dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d’Amiens du 6 germinal an X, l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 ».
« Article 2 – Il en sera de même dans les autres colonies françaises au-delà du cap de Bonne-Espérance ».
« Article 3 – La traite des Noirs et leur importation dans lesdites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existants avant ladite époque de 1789 ».
« Article 4 – Nonobstant toutes les lois antérieures, le régime des colonies est soumis pendant dix ans aux règlements qui seront faits par le gouvernement. »

CHRONOLOGIE (les informations mises en italique concernent uniquement la Guadeloupe).

Dates

Caraïbes

1794

4 février
16/20 avril
6 mai


8 juin
Fin juillet
17 octobre


Décret du 16 pluviose An II abolissant l’esclavage en France
Les Anglais deviennent les maîtres de la Guadeloupe
Victor Hugues (émissaire de la Convention chargé d’appliquer le décret sur l’abolition de l’esclavage, datant de 1794) débarque en Guadeloupe et découvre que l’île est aux mains des Anglais.
Les nouveaux citoyens sont invités à s’enrôler dans l’armée
Les Anglais sont chassés de la Guadeloupe par l’armée commandée par V.Hugues
Réquisition en Guadeloupe des cultivateurs pour récolter le café.

1795

28 août


2ème réquisition en Guadeloupe auprès des cultivateurs pour récolter le café

1801

29 mai
Octobre / novembre


Lacrosse, (représentant de Napoléon) arrive en Guadeloupe
L’attitude humiliante de Lacrosse à l’égard des gens de couleur et des troupes armées noires le fait suspecter. Considéré comme un mauvais représentant de la République, il est renvoyé de Guadeloupe et remplacé par un ancien esclave Magloire PELAGE

1802

9 septembre

6/7 octobre

13 octobre


En Guadeloupe, pour pouvoir appartenir à la classe juridique des libres de couleur, il faut désormais justifier d’un titre de liberté antérieur à 1789
Soulèvement de Ste Anne (en Guadeloupe) = Révolte dirigée par des Blancs et des hommes de couleur ; des dizaines de Blancs sont massacrés
Les libres de couleur doivent obligatoirement se munir d’une carte de sûreté pour circuler dans l’île




Dates

Europe

Amérique

1803

1er janvier


Interdiction de la traite négrière par le Danemark




1806

23 mai

La Grande Bretagne interdit la pratique de la traite négrière aux sujets britanniques




1807

2 mars
25 mars


La Grande Bretagne interdit la traite négrière sur les côtes d’Afrique


Interdiction de l’importation de captifs et d’esclaves par les Etats-Unis

1808

1er janvier




Les Etats-Unis interdisent la traite négrière

1814

Interdiction de la traite négrière par les Pays-Bas




1815

8 février


Les puissances européennes s’engagent à interdirent la traite négrière au Congrès de Vienne (Grande-Bretagne, France, Autriche, Russie, Prusse, Suède, Portugal). Mais la traite négrière persiste malgré les décisions de 1815. De plus, à aucun moment, dans les comptes-rendus de séances, n’apparaît la mention de l’abolition de l’esclavage.




BIBLIOGRAPHIE SUR LA REVOLUTION
I – Généralités
1 – Manuels essentiels :
FURET (F.), OZOUF (M.), Dictionnaire critique de la Révolution française, 1988, articles courts sur de nombreux aspects de la Révolution Française.

BOURDIN, Révolte et Révolution, collection CNED Sedes.

CLEMENT (J.M.) Doc. Photo n° 8054, 2006.

VOVELLE (M.), La Révolution française, Colin, Cursus, 2003.

MUCHEMBLED (R.), le 18ème siècle, collection Grand Amphi

L’essentiel (p.122, un chapitre sur les Lumières, p.280, la Révolution française + des documents)

MONNIER (M.), Révoltes et Révolutions en Europe et en Amérique, Ellipses, 2004, (Très Bien).

BENOIST (P.), Révoltes et Révolutions, collection Atlande, 2004 : (un Tome où il y a l’essentiel sur les Révolutions en France, en Europe, aux Etats-Unis, un chapitre sur les femmes, sur les colonies sous la révolte. Synthèse facile et détaillée, une chronologie et des biographies) et un Tome où il n’y a que des documents.
2 – Sitographie
Enseigner la Révolution française, http://pedagogie.ac-amiens.fr/histoiregeo.ic/spi.php Rubrique 269

www.histoire-image.org (Présence de tableaux entre 1789 et 1939, des images et leurs explications).

http:/ihrf.univ-paris1.fr (Institut d’histoire de la Révolution française dirigé par Jean-Clément M ARTIN) CRDP de Paris

CRDP de l’Académie de Nice www.crdp.nice.net

Educasources http:/educasources.education.fr

www.crdp:fr/memoire/esclavages/college-lycee (Très Bien) (Ressources audiovisuelles, documents)
3 – Revue
L’Histoire n° 113, 125, 170, 303 et 317

Les collections de l’Histoire, la Liberté et la terreur, la Révolution française, octobre-décembre 2004, n°25
4 – Documents pédagogiques
BAECQ (A.) Pour ou contre la Révolution, collection Bayard Compact (que des textes sur la liberté – p.1 à 45 ; sur la citoyenneté, sur DDHC)

BOSC (Y.), Les voix de la Révolution française, éditions Documentation française, 1990 : Très Bien, des textes sur les femmes, les esclaves, notion de citoyenneté.

Documentation photographique n° 8054, 2006

1789, Recueil de textes et documents du XVIIIè siècle à nos jours, CNDP, Ministère de l’Education nationale de la jeunesse et des sports : textes sur l’Encyclopédie, les philosophes des Lumières, la liberté, l’égalité, des témoignages d’auteurs contemporains de la Révolution française sur cette période.
II – Thèmes étudiés
1 – Nuit du 4 août 1789

HIRSCH (JP), La nuit du 4 août, collection Archives, 1978 (livre essentiel, simple, rempli de documents)
2 - Les femmes

DUHET (P.M.), Les femmes et la Révolution de 1789-1794, collection Archives (Très Bien car des documents – Facile d’accès)

Les collections de l’Histoire n° 34, p.62 à 65

DUBY (G.) et PERROT (M.), Histoire des femmes, Tome 4 et 5, Plon, (ouvrage essentiel).
3 – L’esclavage

SCHMIDT (N.), L’abolition de l’esclavage, Fayard, 2005, (simple, complet, la spécialiste de la question)

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