Territoires et nations en europe





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de facto internationales. Seul le non respect de la Constitution yougoslave par les dirigeants serbes va conduire à la guerre européenne la plus meurtrière depuis 1945.
Récapitulons :
- le 3 octobre 1990, la RDA et la RFA s’unissent au sein de la République Fédérale Allemande;
- l’URSS éclate et les républiques passées sous le joug soviétique en 1940 (les trois pays baltes) retrouvent leur indépendance (en août 1991), de même que les autres RSS. C’est aussi le signal du début d’affrontements entre anciennes RSS nouvellement indépendantes (la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie au sujet du territoire arménien du Haut-Karabagh enclavé en Azerbaïdjan), mais aussi entre populations d’anciennes RSSA ou RA désireuses d’acquérir leur indépendance ou du moins une plus large autonomie face aux nouveaux États (soulèvement ossète en Géorgie contre la georgianisation du pays, soulèvement tchetchène en Russie de 1994 à 1996 avec reprise des combats en 1999-2000).

- La fédération yougoslave implose et la Slovénie, la république à la population la plus homogène (90% de Slovènes) acquiert pour la première fois dans l’Histoire son indépendance le 25 juin 1991, une indépendance qui n’est pas remise en cause par le court affrontement armé qui oppose les forces armées slovènes à l’armée fédérale yougoslave dirigée par les Serbes. Le même jour la Croatie proclame elle aussi son indépendance, mais la présence non négligeable de Serbes sur son territoire (11% de la population totale, contre 75% de Croates) entraîne un conflit avec la Serbie, qui va durer six mois. Cependant le conflit le plus terrible qu’ait connu l’Europe depuis 1945 se déroule en Bosnie-Herzégovine. Cette république, qui a pour particularité de réunir sur son territoire des Serbes, des Croates et des Slaves convertis à l’Islam lors de l’occupation turque, ces «Musulmans» érigés en nation par Tito, proclame son indépendance le 1er mars 1992. Pendant trois ans et demi les combats feront rage entre Musulmans bosniaques, Serbes et Croates, jusqu’aux accords de Dayton du 21 novembre 1995 qui mettent fin au conflit en entérinant la partition du territoire entre la République serbe de Bosnie (49% du territoire) et la Fédération croato-musulmane de Bosnie (51% du territoire), même si la Bosnie reste, pour le moment et en théorie, indivise, avec pour unique capitale Sarajevo. Tout laisse pourtant à penser que les accords de Dayton resteront à terme lettre morte et que la partition de la Bosnie n’est plus qu’une affaire d’années sinon de mois, comme le laisse supposer le récent accord entre la Serbie et la République des Serbes de Bosnie, signé le 28 février 1997, établissant des relations spéciales entre les deux pouvoirs, qui nient de fait l’intégrité territoriale de la Bosnie. Le départ des derniers soldats de l’O.T.A.N. devrait sonner le glas de la république de Bosnie-Herzégovine. Une quatrième république, la Macédoine obtient quant à elle son indépendance en 1991, à la grande ire de la Grèce pour qui il n’y a pas d’autre Macédoine que grecque. Après bien des tergiversations européennes pour ne pas trop heurter les Grecs, la république est enfin reconnue sous ce nom en 1996, après la levée du veto grec. Mais la Bulgarie considère toujours que ce territoire est sien depuis les guerres balkaniques de 1912-1913. Enfin, la Serbie, avec les territoires «autonomes» du Voïvodine (Hongrois et Tsiganes) et du Kosovo (Albanais) et le Monténégro, mais peut-être plus pour longtemps pour ce dernier, si l’on en juge par les récents résultats de l’élection présidentielle monténégrine, restent unis au sein d’une fédération yougoslave fort rétrécie. Quatre ans et demi de guerre auront fait au moins 200 000 morts et entraîné le déplacement de près de 2,5 millions de personnes.
- le 1er janvier 1993, intervient la partition en douceur de la Tchécoslovaquie, devenue à l’Ouest la République tchèque (capitale Prague) et à l’Est la République slovaque (capitale Bratislava), partition qui pourrait bien être remise en cause d’ici peu, tant elle semble peu satisfaisante aux deux parties.
- par ailleurs, on peut se demander combien de temps la Belgique pourra résister à la partition, alors que certains en appellent au rattachement de la Wallonie à la France.
- à l’inverse, la Biélorussie, à l’initiative autoritaire de son président Loukhatchenko, semble se diriger vers un retour au sein du giron russe.
- un dernier problème, original en cette période de morcellisation de l’Europe, celui de la Hongrie, qui n’a jamais vraiment digéré le traité du Trianon, et qui voit aujourd’hui encore plusieurs millions de Hongrois vivre dans les états limitrophes (en Voïvodine, en Transylvanie, dans le Burgenland et en Slovaquie). Le récent traité conclut, en mars 1995, à Paris, entre la Slovaquie et la Hongrie devrait permettre de résoudre les difficultés générées par cette situation. Un accord analogue a depuis d’ailleurs été conclu entre Budapest et Bucarest.
2- une autre Europe : la question de la supranationalité
L’Europe des années 90 est à un nouveau tournant de son histoire. Car depuis 1957, une nouvelle Europe se dessine, tant bien que mal, à l’Ouest du continent. Une Communauté Économique Européenne à Six, puis à Neuf, à Dix, à Douze enfin, qui laisse place à l’heure actuelle à une Union Européenne à Quinze, sans oublier les six États admis à négocier à partir de 1998 leur entrée future dans l’U.E., à l’horizon 2005, c’est-à-dire Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovénie. Lorsque cette construction sera achevée, une nouvelle forme de nation existera.
Mais on peut se demander quel visage pourra avoir cette nouvelle Europe :
S’agira-t-il d’une Europe fédérale telle que rêvée par Jean Monnet?
La question de la supranationalité de l’Europe communautaire est au centre du débat politique depuis plusieurs années. A y regarder de près, le traité de Maastricht confirme la construction d’une Europe fédérale en matière économique et monétaire, avec délégation voire abandon du pouvoir de décision au profit d’une autorité supérieure, en l’occurrence la Commission de Bruxelles, mais aussi bientôt la Banque centrale européenne de Francfort; cependant, en matière politique, il ne bâtit qu’une coopération inter-étatique.

S’agira-t-il d’une Europe des nations telle qu’envisagée par le Général de Gaulle et François Mitterrand?
Il est clair qu’un pays comme la France -ne parlons pas du Royaume-Uni- affirme sans cesse l’impossibilité de déléguer à un organisme supranational (Commission de Bruxelles ou autre) la souveraineté nationale. La voie à adopter serait alors une Confédération au sein de laquelle plusieurs unités politiques se partageraient le pouvoir (un Conseil européen réformé, en quelque sorte).
Ou bien se dirige-t-on vers une Europe des régions comme l’évolution interne des États de l’Europe occidentale pourrait le laisser entrevoir?
En effet, on assiste depuis quelques années à la résurgence de micro-nationalismes ou de régionalismes au sein des États-Nations (basque, corse, lombard, écossais, gallois, catalan, etc.), qui expriment tous une velléité de détachement du pouvoir central, que cela s’exprime par des actions violentes (corse, basque), des tentatives politiques (la Padanie de la Ligue du Nord de Bossi, la Catalogne davantage tournée vers l’Europe que vers Madrid la Castillane), ou des réalités économiques. Plusieurs pays d’Europe occidentale sont déjà des fédérations (Allemagne, Belgique, Suisse), d’autres sont en passe de le devenir de droit sinon de fait (Italie, Espagne), tandis qu’en France la loi de décentralisation de 1982 a redonné vie aux régions. Même si le découpage administratif de 1964 est parfois à revoir sinon à construire, force est de reconnaître que certaines régions sont désormais plus tournées vers leurs voisines européennes que vers Paris : la région Midi -Pyrénées fait plus d’affaires avec la Catalogne qu’avec le reste de la France et l’axe Toulouse-Barcelone, qui laisse totalement en retrait une ville comme Perpignan et qui remet en cause l’existence d’un Roussillon français uni au Languedoc, est l’un des points forts de l’Europe de demain; la région Rhône-Alpes ne cesse de développer ses relations avec la Lombardie et l’Alsace et la Lorraine sont davantage intéressées par le développement de la coopération entre pays rhénans (l’entité SAR-LOR-LUX) qu’avec Paris (il n’y a toujours pas de TGV Paris-Strasbourg).

CONCLUSION
La situation est donc bien complexe, pour ne pas dire inextricable, si l’on en reste à la notion de souveraineté nationale ou d’États-Nations. Si ce modèle peut perdurer dans certains pays d’Europe occidentale ou de Scandinavie, d’autres sont soumis à des forces centrifuges (Espagne, Royaume-Uni) et l’imbrication des peuples dans les États d’Europe centrale est telle qu’un redécoupage semble impossible sauf à faire saigner l’Europe encore davantage. La solution réside bien dans une union de l’Europe, selon une forme qui n’est pas encore clairement définie. Mais il est certain que plus les idées, les hommes, les biens et les capitaux franchiront aisément ces frontières inter-étatiques, moins elles auront de raison d’exister, quelles qu’elles soient.
Il me paraît alors nécessaire de faire suivre ce cours sur «Territoires et Nations» par le cours de géographie sur «L’Europe» où l’on s’attachera dans un premier temps à tenter de définir ce qu’est l’Europe, ce qui n’est pas forcément évident (Europe géographique : quelle limite à l’Est?; Europe culturelle : des langues, des religions?; Europe politique : avec la Russie, la Turquie et Israël?; Europe militaire : celle de l’O.T.A.N. avec les États-Unis et le Canada? Europe de la coopération: celle de la C.S.C.E. (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe), avec les républiques d’Asie centrale, les États-Unis et le Canada?), avant de développer la séquence sur les espaces européens.

PROBLÉMATIQUES
Le sujet d’étude sur «Territoires et nations du milieu du XIXè s. à nos jours» est fondamental parce qu’il place au centre de la réflexion deux notions majeures, le territoire et la nation. Il concerne tout à la fois l’Histoire, la Géographie et l’Éducation civique. Mais il est très touffu et complexe, d’autant que son étude est conditionnée par un élément nouveau, celui d’un temps que j’appellerai «long», même si un siècle et demi peut paraître bien court en histoire.
Tout le programme d’histoire de Bac Pro est bâti sur la période qui s’étend de 1850 à nos jours et est sous-tendu par une idée : la formation à la citoyenneté (voir les notions-clés mises en avant dans le programme).
Je crois qu’il faut en préambule affirmer ou réaffirmer que tout souci d’exhaustivité est à bannir et que de ce fait, la gestion du temps en classe s’en trouve facilitée d’autant que l’on travaillera avec nos élèves sur des sujets d’étude et non des questions de programme.
Alors, que dire à nos élèves et comment le dire?
Je crois qu’il y a plusieurs traitements possible, cinq au moins, sur le sujet qui nous occupe ici, des traitements aisément transposables sur les autres sujets d’étude du programme.
Premièrement, on peut s’appuyer sur trois moments forts (crises, ruptures) de la période pour en tirer des informations et des réflexions permettant de comprendre les notions et les événements mis en exergue dans le sujet :

ex. les unités nationales 1860-1870;

les décompositions/recompositions 1919-1923;

les transformations 1989-1997.
Deuxièmement, on peut isoler un fil rouge sur la période et suivre son évolution en y rattachant certains éléments connexes qui l’éclaireront tout en permettant de mieux saisir l’ensemble: ex. la Pologne et les Polonais de 1850 à nos jours.
Troisièmement, on peut étudier une situation-problème dont la richesse propre amènera à envisager progressivement les principales notions à retenir sur le sujet : ex. la guerre en Yougoslavie.
Quatrièmement, on peut entrer dans le sujet en observant les évolutions par le jeu de comparaisons pour construire petit à petit les notions-clés : ex. le modelage de l’Europe contemporaine à travers les 6 cartes énoncées dans le programme. Ce qui pourrait donner, en trois ou quatre séances :
1-Comment les nationalismes ont-ils fait passer l’Europe de 15 à 50 États en deux siècles?

2-Pourquoi le nationalisme a-t-il connu tant de succès depuis deux siècles?

3-Qu’est-ce qu’une nation?

avec une séance facultative quoique intéressante,

4-Un État multinational est-il viable (exemple : la Yougoslavie)?
Enfin, cinquièmement, on peut inverser la quatrième proposition en essayant d’abord de cerner au préalable une ou deux notions-clés -en se servant, et là je profite de notre bivalence, d’une heure de «lettres» mise au service de l’«histoire»-, pour en suivre l’évolution sur le dernier siècle et demi. La séquence précédente s’articulerait alors ainsi :
1-Qu’est-ce qu’une nation?

2-Pourquoi le nationalisme a-t-il connu tant de succès depuis deux siècles?

3-Comment les nationalismes ont-ils fait passer l’Europe de 15 à 50 États en deux siècles?

avec une séance toujours aussi facultative quoique toujours aussi intéressante,

4-Un État multinational est-il viable (exemple : la Yougoslavie)?


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