RÉsumé L’État social est traditionnellement lu comme une réponse à la «question sociale»





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Congrès Marx International VI

Université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

22 - 25 SEPTEMBRE 2010

L’État social : autour mais aussi au-delà du salariat

La lutte des classes n’explique pas tout…

Christophe RAMAUX1


RÉSUMÉ
L’État social est traditionnellement lu comme une réponse à la « question sociale » entendue comme « question autour du travail salarié ». On invite à s’écarter de cette réduction. Si l’État social a à voir avec la « question sociale », il importe de ne pas l’y réduire. Il met en jeu le fonctionnement d’ensemble de la société et de son économie, de sorte que nous ne vivons pas à proprement parler dans des économies de marché, mais dans des économies mixtes. Alors que la portée de l’État social est considérable, on ne dispose toujours pas de sa théorie. Après avoir cherché à expliquer ce paradoxe, on indique qu’il importe de penser ses articulations avec l’intérêt général et la démocratie.

1. Introduction

D’un point de vue historique, les articulations entre État social et travail sont incontestables. La question du travail et, plus précisément, celle de la protection des travailleurs salariés a été au cœur de la plupart des premiers développements de l’État social. En France, deux événements ont joué un rôle majeur en ce sens : la loi sur les accidents du travail de 1898 (Hatzfeld, 1971 ; Ewald, 1986) et l’« invention » concomitante de la catégorie moderne de chômage (Salais, Baverez et Reynaud, 1986 ; Topalov, 1994).

Né, pour une large part de la reconnaissance du travail comme « objet social » irréductible à une simple marchandise, l’État social l’a en retour profondément socialisé à l’instar de l’espace dans lequel il se déploie, l’entreprise. Les manifestations de cette socialisation sont multiples. Celle portée par le droit du travail et à la négociation collective a fait l’objet de nombreux travaux (cf. notamment Supiot, 1994, et Morin, 1994), de même que celle portée par la protection sociale, particulièrement prégnante lorsque son financement est assuré par cotisation sociale (Friot, 1998 et 1999). Par quelques bouts qu’on prenne le sujet, il y a bien un lien étroit entre l’État social et le « travail ». Ce qui vaut pour hier, vaut pour aujourd’hui. La remise en cause de l’État social se traduit ainsi par un mouvement de désocialisation, de privatisation, du travail et de l’entreprise.

Reste néanmoins une question : la « question sociale » entendue traditionnellement comme « question autour du travail salarié » – et c’est en ce sens que cette notion sera utilisée ici – épuise-t-elle la lecture des fondements de l’État social ? L’approche marxiste incite à le penser, trouvant par là confirmation que la lutte des classes surdétermine la totalité sociale. Au-delà de cette approche, on retrouve cette réduction de l’État à la « question sociale » dans la plupart des travaux sur le sujet. On songe notamment à l’œuvre de référence de R. Castel (1995), Les métamorphoses de la question sociale, dont le sous-titre s’intitule, fort éloquemment, Une chronique du salariat.

On invite à s’écarter de cette réduction. Si l’État social a bien à voir avec la « question sociale », a fortiori du point de vue historique, il importe de ne pas l’y réduire. Sa genèse historique ne doit pas être confondue avec sa généalogie, avec la mise à jour de ses fondements théoriques les plus profonds.

Précisons d’emblée le propos : si l’État social doit évidemment être lu comme étant aussi un instrument visant à rétablir une certaine symétrie dans le rapport inégalitaire entre travail et capital, il n’est pas que cela. Sa vocation déborde cette mission. Ce qu’il met en jeu est le « social » en général, ou si l’on veut la « question sociale » mais entendue cette fois au sens large de fonctionnement d’ensemble de la société et de son économie. Au final, il aboutit au fait que nous ne vivons pas à proprement parler dans des économies de marché, mais dans des économies avec du marché et de l’intervention publique.

Sous un angle complémentaire, on peut soutenir que si l’État social a à voir avec la lutte des classes, il a plus à voir encore avec la démocratie, laquelle offre d’ailleurs à la première à la fois son principal support – n’est-ce pas l’égalité placée au cœur de l’idéal démocratique qui la légitime ? – et un débouché – avec l’idée que la démocratie doit primer dans le fonctionnement des sociétés.

Afin d’étayer cette lecture, on montre, dans un premier temps, que la réduction de l’État social à la « question sociale » conduit nécessairement à en retenir une définition étroite centrée sur la protection sociale et le droit du travail. On invite, au contraire, à retenir une acception large qui intègre aussi les services publics et les politiques économiques. Cette acception a un double avantage. Elle permet de saisir la portée de la rupture introduite dans la régulation d’ensemble de nos sociétés (1.). Elle permet simultanément d’exhiber qu’on ne dispose pas à proprement parler d’une théorie de l’État social. Afin de progresser en sens, on invite, ce qui suppose à nouveau de s’écarter de l’idée selon laquelle l’accumulation du capital surdétermine la totalité sociale, à penser les liens entre État social, intérêt général et démocratie (2.).


2. Pour une apprehension large de l’État social
2.1. L’acception étroite de l’État social
Qu’entend-on par État social ?

Le plus souvent, c’est une acception étroite qui en est retenue avec une analyse centrée sur la protection sociale, parfois élargie au droit du travail.

L’ouvrage de référence de F. Ewald (1986), L’État providence, porte sur la seule protection sociale, à l’instar de celui de F.-X. Merrien, R. Parchet et A. Kernen (2005), L’État social. Une perspective internationale2.

G. Esping-Andersen (1990), dans son ouvrage désormais classique The Three Worlds of Welfare Capitalism, pointe la différence entre les travaux qui retiennent une définition étroite de l’État-providence – en « s’intéressant avant tout aux transferts sociaux, aux services sociaux » – et ceux qui « optent pour une problématique large ». Dans cette seconde optique, « les questions de chômage et de l’emploi, des salaires et de la gouvernance macro-économique sont considérées comme des composantes essentielles de l’État-providence » (p. 16). De prime abord, il indique : « dans cet ouvrage, nous nous inscrivons dans la perspective large » (p. 17). L’ambition affichée n’est-elle pas de fournir « une reconceptualisation et une nouvelle théorisation des États providence » (p. 18) ? Mais son analyse, porte ensuite essentiellement, à l’instar de ses travaux ultérieurs, sur la protection sociale. Le degré de démarchandisation, concept clef de son analyse, est construit autour de trois principaux domaines : retraite, santé et chômage, l’analyse étant ensuite élargie à l’éducation et aux incidences de l’État providence, ainsi conçu, sur le fonctionnement du marché du travail. La gestion de la demande globale de même que la politique industrielle ne sont évoquées que fort incidemment. Les « politiques de stabilisation macroéconomiques » et « l’État providence » (p. 227) sont finalement considérés comme deux choses séparées3. De même, les services publics ne sont que très marginalement mentionnés, l’auteur précisant que ce n’est pas « le secteur public en tant que tel qui nous intéresse ici » (p. 192), mais son poids dans le « secteur social (santé, éducation et service de protection sociale) » (p. 192).

R. Castel (1995, 2001, 2003, 2009), pour sa part, ne cantonne pas l’analyse de l’État social à la seule protection sociale. Il l’étend, pour l’essentiel, au droit du travail4. L’État social ainsi conçu est lu comme une forme de propriété sociale. Sa thèse est la suivante : l’individu, qui est au cœur de la modernité, ne peut exister sans support. Ce support peut être offert par la propriété privée du capital. Mais le XIXe siècle a marqué la vacuité du projet de l’étendre à tous. Le paupérisme est venu briser le rêve d’une République de petits propriétaires. D’où la constitution progressive de l’État social : « il a consisté à attacher des protections au travail lui-même. On peut appeler propriété sociale ces nouvelles garanties associées à la condition salariale. À défaut d’être propriétaire de biens, le travailleur devient propriétaires de droits » (2009, p. 416) ».

Selon M. Gauchet (2007a et b), on revient sur cette question essentielle ensuite, la démocratie repose sur deux pôles : celui, libéral, de la liberté des individus posés comme égaux en droits, mais aussi celui qui met en jeu une certaine définition du collectif, de l’État et de la formation de l’intérêt général, ce qui permet de saisir en quoi elle est aussi l’outil par lequel la majorité impose, de façon jugée légitime (puisque cela est établie à la suite d’élections) ses vues à la minorité. R. Castel, à bien des égards, se réfère plus au premier pôle qu’au second. L’État social est référé à la propriété sociale, qui elle-même est pensée comme un substitut à la propriété privée, l’une et l’autre devant permettre à chacun d’être propriétaire de soi.

Simultanément, il y a bien réduction de l’État social à la « question sociale ». R. Castel (2009, p. 417) indique en ce sens : « le noyau de cette propriété sociale s’est construit à partir de ce qu’on peut appeler des institutions du travail qui ont consolidé la condition salariale en l’entourant de protections : droit du travail, protection sociale, garanties rattachées à l’emploi ».
2.2. Pour une acception large de l’État social
Selon l’acception large que l’on propose de retenir, l’État social comprend quatre piliers : la protection sociale et les régulations du travail et de l’emploi (droit du travail, négociation collective, politiques de l’emploi, etc.), mais aussi les services publics et les politiques économiques (budgétaire, fiscale, monétaire, commerciale, industrielle, des revenus, etc.) de soutien à l’activité et à l’emploi.

Une telle lecture présente un double avantage.

En premier lieu, elle permet de saisir la portée de la rupture intervenue au XXe siècle en termes de régulation économique et sociale. La notion d’économie de marché traditionnellement mobilisée afin de rendre compte du fonctionnement de nos économies doit en ce sens être contestée. Par construction, elle suggère que l’État social est second et, pour tout dire, subordonné aux relations marchandes ou aux mouvements de l’accumulation du capital. A contrario on peut soutenir que la rupture introduite par l’État social est telle que nous ne vivons plus à proprement parler dans des économies de marché – si tant est que celles-ci aient jamais existé5 – mais dans des économies avec du marché, du capital – ces deux termes devant être distingués (le capital préfère a priori le monopole comme on le sait au moins depuis A. Smith) –, de l’intervention publique et de l’économie sociale (associations, mutuelles, coopératives, etc.).

On peut, partant de là, pointer une limite des typologies usuelles qui opposent économies libérales de marché et économies (plus) administrées de marché (Hall et Soskice, 2001). Selon des formes et des configurations institutionnelles certes extrêmement variées, les quatre piliers de l’État social existent dans la quasi-totalité des pays du monde, y compris dans les moins développés. Leur puissance et, partant, le degré de socialisation de l’économie varient certes considérablement. Il y a bien matière, en ce sens, à opposer, par exemple, le modèle social-démocrate au modèle libéral. Encore faut-il ne pas surcharger de signification ces notions. Le Royaume-Uni est l’un des pays au monde ou la santé est la plus socialisée. La gestion de l’eau n’est pas déléguée au privé aux États-Unis, à l’inverse de ce qui prévaut en France, de même que la retraite publique, financée par cotisation, y existe et occupe un rôle non négligeable. Ces deux pays ont, à l’inverse de la zone euro, mobilisé fortement les politiques macroéconomiques ces vingt dernières années6, et ce contraste se retrouve dans l’ampleur très différente des plans de relance actuels. Caractériser, en bloc, les États-Unis ou le Royaume-Uni d’économies libérales de marché tend, par construction, à écraser la portée des débats qui s’y déploient quant à la nécessité (ou non) d’une plus ample intervention publique, alors même qu’ils y sont extrêmement vifs. Plus fondamentalement encore, on ne peut manquer de souligner que la prise en compte des quatre piliers de l’État social conduirait sans aucun doute à réviser drastiquement certaine typologie. Le caractère corporatiste de la France et universaliste des pays nordiques, pour utiliser les termes de la typologie d’Esping-Andersen, ne résiste guère, par exemple, à la prise en compte d’autres piliers que la protection sociale. Pour la plupart des services publics et pour la régulation des rapports de travail et d’emploi, c’est l’État, et moins la négociation collective, qui joue, en effet, un rôle majeur en en France.

Les sociétés modernes ont, en partie, à répondre à un défi commun : celui de l’arbitrage à opérer entre marché, capital, intervention publique et économie sociale,

La réhabilitation de la notion d’économie mixte serait sans conteste judicieuse pour rendre compte de la transformation portée par l’État social. Elle permet, en effet, d’exhiber que nos sociétés ne sont pas « mono-capitalistes »7. Les rapports capitalistes dominent à de nombreux égards. Il est légitime en ce sens de parler d’économie capitaliste. Mais ils ne structurent pas l’ensemble de la société. Pour ne prendre qu’une illustration, un peu plus de 50 % des emplois, en France, sont des salariés au sein d’entreprises capitalistes, en France. Il s’agit bien de la majorité. Mais près d’une autre moitié ne le sont pas, ce qui n’est tout de même pas rien8.

Prendre la question sous cet angle suppose de s’éloigner de la pensée marxiste selon laquelle l’État est, en dernier ressort, un dispositif fonctionnel de régulation du capitalisme. Ce à quoi il est possible de rétorquer que s’il est évidemment aussi cela, il n’y est pas réductible. Il a simultanément une dimension non seulement anti-libérale, mais proprement a-capitaliste, pour ne pas dire anti-capitaliste. Par lui, des sphères entières d’activité (services publics, protection sociale, etc.) n’échappent-elles pas largement au capital ? Ce qui vaut pour l’État social, ne vaut-il pas d’ailleurs pour l’économie sociale ? Le capital qui s’emploie à récupérer les activités de l’un et l’autre ne l’a-t-il pas, pour sa part, compris ?

En prolongeant le propos, on peut souligner que l’acception large de l’État social permet, c’est son second avantage, d’insister sur le fait qu’on ne dispose pas d’une théorie de l’État social9. Esping-Andersen (1990) pointait lui-même la « sous-théorisation de l’État-providence » (p. 133).

Dans La crise de l’État providence (1981), P. Rosanvallon ne prétend pas livrer une telle théorie. Dans un ouvrage ultérieur, L’État en France de 1789 à nos jours (1990), a priori plus ambitieux, il pointe le décalage entre la vigueur des jugements qui s’expriment à propos de l’État et le peu de travaux à son sujet : « il est peu de domaines dans lesquels le déséquilibre entre la masse des prises de position et la minceur des travaux érudits soient aussi frappants » (p. 9). Il souligne que s’il importe, d’un point de vue théorique, de déglobaliser l’analyse de l’État, il importe tout autant de coupler cet impératif à un impératif de totalisation. On ne peut, en effet, se satisfaire d’une histoire par tranches (l’étude des différents piliers de l’État social) : « ces histoires sectorielles ne prennent sens que si elles sont restituées dans une histoire d’ensemble » (p. 14). Partant de là, P. Rosanvallon (1990) présente cependant – de façon fort inédite si on se réfère à ses autres travaux – un ouvrage aux chapitres étonnement courts, au style souvent télégraphique, où les développements théoriques sont extrêmement limités. Bref, une « sorte de guide provisoire » (p. 10) comme il l’admet lui-même, agrémentée d’une volumineuse bibliographie thématique10, mais point de théorie.

Autre illustration en ce sens : les travaux de K. Polanyi. On trouve certes dans ceux-ci une critique incisive du mythe du marché autorégulateur et de sa prétention à réduire la terre, la monnaie et le travail au rang de simples marchandises. Mais cette critique ne s’accompagne pas d’une théorie, en positif, de l’intervention publique. Dans La Grande Transformation, ouvrage étonnement surestimé pour le coup, on trouve des intuitions, des prolégomènes. Mais guère plus. N’y est-il pas incidemment indiqué que le « rôle » de l’État, « consiste souvent à modifier le rythme du changement, en l’accélérant ou en le ralentissant » (p. 64), soit décidément bien peu11 ?

Au final des linéaments précieux existent certes12, mais pas à proprement parler de théorie, ce qui permet, au passage, d’expliquer le contraste saisissant entre la profusion de travaux sur chacun des piliers et le faible nombre de ceux portant sur l’État social en général.

3. Quelle théorie pour l’État social ? La « lutte des classes » n’explique pas tout
Comment expliquer qu’on ne dispose pas d’une théorie de l’État social ? pour ce qui concerne le champ de la théorie économique, plusieurs explications peuvent être avancées.

Il faut prendre tout d’abord la mesure du fait que la théorie néo-classique dominante ne peut, par construction, délivrer une telle théorie. Avec le programme néo-keynésien, les néo-classiques disposent certes d’un cadre théorique leur permettant de penser l’intervention publique. Au risque d’en rester à une analyse où le contresens le disputerait à la superficialité, on ne peut cependant en rester là. Il convient, en effet, d’interroger le sens précis qu’y prend cette intervention. Ce sens peut être résumé comme suit : l’intervention publique n’est admise, pensée, qu’à l’aune du marché et cela du double point de vue de sa justification (l’existence d’imperfections sur les marchés et non du marché comme système) et de sa finalité (se rapprocher – optimum de second rang – des résultats obtenus en concurrence parfaite).

Les différentes théories hétérodoxes sont cependant aussi en cause : elles offrent des linéaments, mais pas à proprement parler de théorie de l’État social (3.1.). Ce constat étant posé, on suggère que progresser en ce sens suppose de s’interroger sur les articulations entre État social, intérêt général et démocratie (3.2.).
3.1. De Marx aux linéaments keynésiens
3.1.1. État social et rapports de classe
L’incapacité de la principale théorie critique du capitalisme, le marxisme, à penser l’État et, au-delà, le caractère irréductible du champ du politique, explique, pour une large part, l’absence de théorie de l’État social. Marx et les marxistes à sa suite admettent certes que certains rapports échappent au capitalisme. Mais ils s’empressent d’ajouter que ce n’est que pour partie, le capital et ses contradictions surdéterminant la totalité sociale en dernière instance. On conçoit ainsi qu’ils aient souvent été en peine de saisir la portée de l’État social et plus encore de le théoriser.

Selon Marx, « c'est toujours dans le rapport immédiat entre le propriétaire des moyens de production et le producteur direct [...] qu'il faut chercher le secret le plus profond, le fondement caché de tout l'édifice social et par conséquent de la forme politique que prend le rapport de souveraineté et de dépendance, bref, la base de la forme spécifique que revêt l'État à une période donnée » (éd. 1970, p. 172). Les thèses dérivationnistes (cf. notamment Vincent, éd, 1975 ; Mathias et Salama, 1984) ne dérogent pas fondamentalement à cette lecture13. Comme le souligne B. Théret (1992a), elles admettent certes que l’État n’est pas un simple instrument de domination de classe, qu’il puisse même agir partiellement contre les intérêts du capital. Mais, en dernier ressort, sa fonction est bien de reproduire les rapports sociaux dominants. Plus précisément : pour être autonome, l’État – et avec lui le champ du politique – est néanmoins toujours rabattu in fine sur le champ des rapports sociaux de travail.

Les thèses régulationnistes, peut-on juger, ne dérogent pas à ce travers. À la suite de N. Poulantzas (1976 et 1978), elles appréhendent certes plutôt l’État comme un produit des rapports de forces entre classes, qu’il contribue, en retour, à réguler : « l’État apparaît comme la totalisation, souvent contradictoire, d’un ensemble de compromis institutionnalisés » (Boyer, 1986, p. 52). À ce titre, l’État n’est pas entièrement et en permanence fonctionnel pour l’accumulation du capital14. Comme le souligne B. Théret (1992a), la réduction n’en est pas moins là : « bien qu’elle cherche à rendre compte de la complexité observable des interventions publiques sans réduire l’État à un acteur plus ou moins manipulé ou à un appareillage fonctionnel, cette approche, en proposant une conception de l’État comme produit de classes sociales constituées sur la base de rapports strictement économiques, ne permet pas de saisir sa place dans la constitution même de ces classes. En cantonnant l’État dans la superstructure institutionnelle, elle conduit également à oublier de rendre compte de sa matérialité et de son économie propre » (p. 43)15.

On peut de surcroît reprocher à ce qui fut longtemps le concept phare de la Théorie de la régulation, celui de fordisme, de véhiculer une représentation où le modèle fordien d’organisation du travail, le plein-emploi, la stabilité de l’emploi et, plus fondamentalement encore, l’État social, forme une sorte de paquet cadeau, où la fin du premier terme suffit à emporter tous les autres. Aux antipodes de cette représentation, il est possible, au contraire, d’insister sur l’actualité maintenue de l’Etat social (Ramaux, 2006), et cela pour au moins deux raisons : il est « toujours là »16 et le bilan même des réformes néolibérales le réhabilite en creux, le cataclysme économique ouvert par la crise des subprimes en 2007 confortant, bien entendu, ce double diagnostic.

Afin de penser l’État, B. Théret (1992a) invite, pour sa part, à distinguer clairement deux ordres de pratiques sociales : l’économique, appréhendé comme l’ordre du capital, et le politique, comme celui de l’État. Dans le premier, la fin est l’argent et le pouvoir sur les hommes un moyen. C’est l’inverse dans le second : le pouvoir sur les hommes est sa propre fin et l’argent n’est qu’un moyen pour y parvenir. Outre qu’elle permet d’insister, à la suite de nombreux travaux, dont ceux de Bourdieu, sur l'existence de logiques d’accumulation irréductibles à la seule logique d'accumulation économique (monétaire) analysée par le marxisme, la construction proposée par B. Théret offre l'occasion de penser l'État comme un objet, qui, pour être en situation d'interdépendance avec l'ordre économique ne s’y réduit pas. Analyser l'État comme un invariant, au même titre que le capital, « c'est aussi renoncer à le définir a priori par des fonctions sociales vis-à-vis d'un extérieur à lui-même de telle sorte qu'il ne soit pas [...] réduit à une “ superstructure ”. C'est, au contraire, lui conférer le même statut conceptuel qu'au capital dans la théorie marxienne et le voir comme un rapport selon lequel s'affrontent des agents sociaux (hommes et groupes) dans le cadre d'un certain (ensemble de) procès de “ travail politique ” (de domination) [...] où se joue l'appropriation/expropriation des moyens politiques de la reproduction sociale » (B. Théret, 1992a, p. 35).

L'État cesse donc, dans cette optique, et ce n'est pas le moindre intérêt de la thèse proposée, d'être pensé comme un simple adjuvant fonctionnel de l'accumulation du capital.

Reste, pour notre propos, une difficulté que les précisions apportées par B. Théret dès son ouvrage (1992a), et dans ses autres publications17, ne permettent pas de dissiper totalement : la prémisse qui consiste à assimiler l’ordre de l’économique à l’ordre du capital, quand ce n’est pas aux relations marchandes, est coûteuse. Il est, en effet, difficile, sur cette base, de donner un authentique statut pour l’État social, i.e. à la structuration de l’économique par l’intervention publique. La prémisse oblige, en quelque sorte, à réinjecter sans cesse ce qui est initialement posé comme conceptuellement séparé, sans pouvoir, pour cette raison même, y parvenir pleinement18.

La façon dont B. Théret (1999) évoque la politique économique est assez symptomatique de cette difficulté : il invite « à relativiser […] la portée régulatrice a priori de toute politique économique : l’autonomie relative du politique à l’égard de l’économique […] réduit à néant les possibilités d’intervention politique directe dans l’économie […]. La politique économique, même conçue dans un sens plus large que la manipulation à court terme des paramètres budgétaires et monétaires de la politique macroéconomique, n’apparaît plus que comme une opération interne à l’ordre politique dont les effets de perturbation de son environnement économique, domestique et international sont du point de vue de la rationalité politique aléatoires » (p. 146). Juste après, il est fait référence au « bruit que la politique économique produit dans la société » (p. 146).

L’illustration n’est pas choisie au hasard : il faudrait reconstituer l’archéologie du rendez-vous largement manqué de la Théorie de la régulation avec la politique économique19 et avec la théorie post-keynésienne. Non que certains travaux – on songe en particulier à ceux de M. Aglietta et de J. Mazier – ne contiennent pas de développements en la matière. Mais force est de constater qu’il s’agissait, jusqu’à une période récente, de plus en plus d’exceptions20. Les travaux de R. Boyer, par exemple, sont à présent fréquemment exempts de toute considération en la matière21. De même, l’étude sur la variété des capitalismes proposée par B. Amable (2005), évacue largement cette dimension.

Il ne s’agit certes pas de faire sienne une foi naïve dans l’efficacité de ces politiques. L’économie n’est pas un système hydraulique dans lequel il suffirait d’ouvrir les vannes de la dépense publique ou de la baisse des taux d’intérêt pour que surgissent spontanément croissance et plein emploi. Il y a bien des médiations extrêmement puissantes qui interfèrent entre les choix de politique économique et leurs effets concrets. Ces précautions étant posées, on peut suggérer qu’il y a cependant lieu de ne pas fermer a priori l’espace des représentations, des référentiels, en évacuant a priori, ou en réduisant à un simple « bruit », ces effets. Ne serait-ce que pour une raison : à ne pas prendre en considération ces politiques, on s’expose assez spontanément à considérer que l’emploi est déterminé sur le seul marché du travail et, dépend, en conséquence, négativement du coût du travail22.

Au final, on peut juger que les régulationnistes sont, dans leur analyse de l’État social, et dans ce qu’il faut bien nommer leur prévention à l’égard de l’État en général et de la politique économique en particulier, restés finalement largement prisonniers de l’analyse marxiste dont ils ont souhaité par ailleurs s’émanciper.
3.1.2. Les linéaments keynésiens
La théorie keynésienne, pour sa part, invite à penser la positivité propre de l’intervention publique. En son cœur, se trouve la thèse – partagée par Marx même si c’est selon une autre optique – selon laquelle le capitalisme libéral n’a pas l’efficacité qu’il prétend avoir. Le problème, pour Keynes, et ce point mérite d’être souligné à l’encontre des relectures néo-classiques qui en sont faites, n’est donc pas un problème d’imperfections. C’est la concurrence parfaite laissée à elle-même qui a toutes les chances de se traduire par une insuffisance de l’activité et donc par du chômage de masse. L’intervention publique sous forme de politique budgétaire, de politique monétaire ou bien encore de redistribution des revenus est donc nécessaire. Nécessaire, pour suppléer aux imperfections non pas sur les marchés, mais du marché lui-même, comme système incapable de satisfaire une série de besoins sociaux (le plein emploi notamment) que le marché, laissé à lui-même, ne peut réaliser.

Avec Keynes, et ses successeurs post-keynésiens (Lavoie, 2004), l’État a donc commencé à recevoir sa positivité propre dans le champ de la théorie et de la politique économique. Mais ce ne sont que des linéaments, en particulier pour une raison : Keynes et ses successeurs, en se focalisant sur le soutien public à l’investissement privé en capital – le plus souvent en fait sur la seule politique monétaire –, ne se sont pas autorisés à systématiser l’analyse de cette positivité propre.

Keynes avait de grandes préventions, c’est un euphémisme, à l’égard de l’anticapitalisme. L’histoire tragique du communisme ne lui a pas donné tort. L’anticapitalisme, à l’évidence, n’est pas en soi un gage d’émancipation. Plus positivement, il considérait, après bien d’autres, que le capital – et non pas simplement le marché –, recelait une puissance d’innovation, dont il serait vain de vouloir se priver. Penser l’actualité de l’État social n’interdit pas de penser cela, même si on peut ensuite s’interroger sur l’espace et le statut à accorder aux différents pôles de l’économie mixte : intervention publique (décentralisée ou non), entreprises capitalisteséconomie sociale, etc.

Quoi qu’il en soit, il n’est donc pas anodin que Keynes se soit focalisé sur l’un des quatre piliers de l’État social, les politiques macroéconomiques, au détriment des trois autres. Ces derniers – les services publics, la protection sociale et le droit du travail – ont en effet d’emblée une dimension anti-capitaliste que n’ont pas nécessairement les politiques macro-économiques, même si l’on doit doublement nuancer le propos. En premier lieu, car ces politiques peuvent aussi avoir une dimension a-capitaliste, voire anti-capitaliste. C’est le cas, par exemple, lorsque la politique fiscale ou de redistribution des revenus réduit les revenus du capital, ou bien encore lorsque les politiques budgétaires, monétaires ou industrielles ont pour vocation de soutenir prioritairement le développement du secteur public ou de la protection sociale. En second lieu, car la politique macro-économique est bien analytiquement première, si du moins on accepte de considérer que le tout, en l’occurrence la régulation macro-économique d’ensemble, prime sur le jeu des parties (les dynamiques d’entreprises, etc.). Plus précisément encore, si on retient que la monnaie n’est pas neutre, que la question du financement initial des activités est première, dans le sens où c’est la dépense monétaire initiale qui détermine les flux de production, de revenus, de consommation et d’épargne, bref que c’est la dépense monétaire qui crée l’offre et non l’inverse, on doit alors admettre que la pensée keynésienne et post-keynésienne a finalement une portée théorique bien plus radicale – au sens étymologique « d’aller à la racine » – que la pensée marxiste qui n’a fait qu’effleurer ces questions. Plus radicale, dans le sens où elle livre une représentation alternative du fonctionnement global, macro-économique, des économies monétaires de production (Van de Velde, 2005), là où l’analyse marxiste livre peut-être avant tout une analyse micro-économique du rapport d’exploitation salariale23.

Le fait que l’État social ait plutôt puisé de ce côté théorique pour légitimer son développement n’est pas anodin : c’est sans aucun doute dans le référentiel keynésien que l’on trouve, à défaut de sa théorie, les linéaments les plus précieux pour le penser.
3.2. État social, économie mixte, intérêt général et démocratie
L’intervention publique est nécessaire au marché à la fois parce que celui-ci n’est ni auto-institué, ni auto-suffisant, et parce que certaines imperfections, comme le soulignent les néo-classiques eux-mêmes, appellent cette intervention. Mais, et c’est ce qui importe pour notre propos, l’intervention publique ne se réduit pas à cela. Elle a sa positivité propre.

Sans prétendre par là épuiser le sujet, on peut soutenir que pour penser celle-ci, il convient de saisir les articulations entre État social, intérêt général et démocratie.
3.2.1. État social et intérêt général
L’intérêt général est une notion éminemment problématique. Il n’est jamais donné naturellement et il importe de ne pas l’absolutiser. En l’indexant à cette notion, il convient, par exemple, de prendre garde à ne pas faire sienne une représentation naïve de l’État, où celui-ci serait spontanément social et bienfaiteur. L’État en général, l’État social en particulier, et de même pour chacun de ses piliers, sont les produits de compromis institutionnalisés, dans lesquels pèse tout le poids des conflits d’intérêts et des rapports de force. L’intérêt des travaux de la political economy, tout comme de nombreuses analyses sociologiques ou politistes de l’action publique est ici évident : si on entend saisir les ressorts les plus profonds de son intervention, l’État, du point de l’analyse, doit aussi être déconstruit.

Faut-il pour autant, comme y invitent B. Amable et S. Palombarini (2005), conclure à la « non pertinence du concept d’intérêt général » (p. 163)24 ?

Le problème est qu’en l’espèce les trois grandes théories libérales en économie (classique, néo-classique et hayekienne) ne sont pas, pour leur part, aphones. On peut même soutenir que si elles sont divisées sur à peu près tout par ailleurs (hypothèses, méthodes, objets d’étude, etc.), elles se rejoignent néanmoins autour d’un résultat : l’intérêt général peut, du point de vue de l’analyse, être réduit au jeu des intérêts particuliers. N’est-ce pas d’ailleurs là l’argument majeur qu’elles opposent à l’État social ?

A contrario, on peut soutenir que ce dernier puise sa justification ultime, et donc son noyau théorique, dans l’idée que l’intérêt général n’est pas réductible au jeu des intérêts particuliers. Le marché a d’indéniables qualités. Sa pertinence est cependant relative : outre qu’il est, lui-même, supporté par une série de règles et d’institutions, on ne peut lui confier ce qui n’est pas de sa compétence. Il n’a pas, et le jeu des relations contractuelles avec lui, la cohérence systémique pour satisfaire une série de besoins sociaux (plein emploi, réduction des inégalités, besoins collectifs comme la retraite ou la santé, développement durable, etc.). Le tout n’est pas réductible au jeu des parties, ce qui explique d’ailleurs que la macroécconomie ne soit pas soluble dans des « fondements microéconomiques ».

L’intérêt général, dans cette optique, met en jeu le collectif. Il ne doit pas être confondu avec l’intérêt de tous, lequel se réfère aux individus. Il opère toujours concrètement contre certains intérêts. Le critère de Pareto, pour toutes ces raisons, est totalement inutile pour l’appréhender.

L’État, on l’a dit, doit en permanence être déconstruit du point de vue de l’analyse. Cette opération faite, il n’en continue pas moins d’exister. Il en va de même pour l’intérêt général. Que celui-ci soit une construction sociale où œuvrent intérêts privés, catégoriels, et rapports domination, qu’il doive lui aussi être déconstruit, n’enlèvent rien à sa pertinence.

Mais quel est son contenu ? En démocratie, peut-on soutenir, celui-ci est fondamentalement donné par la démocratie elle-même, à la fois fin et moyen donc. C’est, au fond, la loi, votée par les représentants du peuple élus démocratiquement, qui fixe le contenu de l’intérêt général. Un contenu à certains égards fragile et précaire puisque ce qu’une loi a fait une autre peut le défaire. Un contenu qui existe pourtant : n’est-ce pas d’ailleurs au nom de l’intérêt général qu’est prise la loi ? N’est-ce pas aussi pour cela que si chacun peut légitimement recourir à des formes complémentaires de démocratie – manifestation, pétition, etc. – pour contester une loi, la plupart ont néanmoins, au fond d’eux, la conviction que ce n’est pas la rue qui fait la loi et qu’il est sage de considérer, à l’aune des expériences tragiques du XXe siècle, que le principe électif, la démocratie représentative, doit finalement primer.

3.2.2. État social et démocratie
L’utilisation des notions d’économie de marché ou de société capitaliste tend, par construction, à relativiser la portée de la rupture introduite par l’État social à partir de la fin du XIXe siècle. Elle tend aussi à relativiser la portée de la rupture démocratique. La pensée marxiste, à nouveau, est en cause. La réduction qu’elle opère pour l’État, vaut aussi pour la démocratie. On le conçoit : si le capital, en dernière instance, impose sa marque à l’ensemble des relations sociales, celle-ci ne peut y échapper. Peu nombreux sont certes ceux qui continuent à parler de démocratie bourgeoise. Le parfum est cependant toujours là, à travers, par exemple, l’utilisation de la notion de démocratie formelle.

M. Gauchet (2007a et b) pointe, à ce propos, l’étonnante convergence de points de vue entre les pensées libérale et marxiste. Le libéralisme prétend que la société n’a pas besoin du politique, du pouvoir, pour se former : elle lui préexiste et peut le réduire à sa volonté. Or, la pensée marxiste ne dit pas fondamentalement autre chose : elle soutient que la société – même si elle insiste plus sur la lutte des classes que sur les rapports interindividuels – prime, et finalement structure, le politique ?

Pas plus que l’État social ou l’intérêt général, la démocratie ne doit être absolutisée. Elle est susceptible de recevoir, et a reçu, des déclinaisons extrêmement variées à travers le temps et l’espace, dont témoignent, dès l’origine, les contrastes, mais aussi les traits communs, entre les révolutions américaine et française. Elle n’est pas pour autant, peut-on soutenir, ni bourgeoise, ni formelle. On peut, à bon droit, la juger trop restreinte, entravée par les rapports capitalistes (cf. la démocratie confinée aux portes de l’entreprise)25, mais aussi par d’autres rapports de pouvoir. Elle n’en est pas moins réelle.

État social et démocratie : les deux termes se tiennent donc. L’État social trouve son fondement proprement politique dans la démocratie26. Les formes extrêmement variées qu’à pu prendre celle-ci à travers le temps et l’espace ne sont ainsi pas pour rien dans les formes tout aussi variées qu’a pu prendre celui-ci. La notion de république sociale (Borghetto et Lafore, 2000) témoigne de cette articulation entre l’État social et son fondement politique, tout comme elle témoigne, à sa façon, du caractère à bien des égards inachevé de la République elle-même. À la frontière de la political economy et des sciences politiques, il conviendrait d’ailleurs de se demander à quel titre et dans quelle mesure le schème républicain a historiquement supporté la genèse puis le déploiement de l’État social, mais aussi comment, en retour, la construction de ce dernier a contribué à le redéfinir.

Au final et pour rassembler les différentes pièces du puzzle, on peut suggérer qu’un détour par les travaux de M. Gauchet (2007a et b) est précieux. En substance, la thèse qu’il présente est la suivante : la démocratie, constitutive de nos sociétés modernes relève d’un régime mixte soutenu par trois pôles : celui de l’individu, de sa liberté et du droit conçu pour la protéger ; celui du collectif, du politique, de l’État et de la nation, entendue comme forme de communauté politique permettant à la démocratie de se déployer ; celui de l’histoire par laquelle les sociétés modernes, à l’inverse de ce qui prévalait sociétés de religion, se proposent de maîtriser leur avenir.

La crise en cours, souligne M. Gauchet, est celle du libéralisme. Un libéralisme qui joue contre la démocratie en niant la spécificité, l’irréductibilité du politique et de l’État, comme si le tout pouvait être résumé au jeu des parties.

Même si ce n’est pas le cœur de son propos, M. Gauchet, ici et là, rabat l’économie sur le marché. On peut, au contraire, en systématisant en quelque sorte sa pensée contre lui-même soutenir que l’économie, à l’instar de la société dans son ensemble, relève, elle aussi, d’un régime mixte. Nous ne vivons pas dans des économies de marché dans laquelle l’État ne serait qu’une béquille de l’accumulation du capital. Nous vivons d’ores et déjà – et la crise en cours nous le rappelle avec force – dans des économies mixtes.

IV. Conclusion
G. Stedman Jones (2004) critique la lecture traditionnelle qui voit dans l’émergence de l’État social une réponse à la question sociale. Son fondement, souligne-t-il, n’est pas à chercher d’abord dans le registre économique des dégâts portés par la révolution industrielle, mais dans le registre proprement politique. L’État social est d’abord l’instrument par lequel est susceptible de se construire une société d’égaux sans laquelle la démocratie n’est pas concevable. Son ambition première, pour les premiers réformateurs – l’auteur évoquant en particulier Condorcet et Paine –, est de réaliser les conditions de la démocratie. G. Stedman Jones insiste, en ce sens, sur l’influence de la révolution française, mais aussi et surtout de celle qui l’a précédée, la révolution américaine, si souvent négligée dans les lectures hexagonales
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