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Moi aussi, je dois raconter,… feuilleter mon livre de souvenirs ; en vrac comme on le vit dans le désordre de son cœur, comme des histoires qu’on se raconte ou que l’on raconte le soir, entre amis, et qui vous reviennent au fil du souvenir…

« Tiens, je me souviens… »

Les dates et la façon de revivre mes propres événements tels que je me rappelle les avoir vécus avec mes parents…la mémoire peut être très sélective mais bon….essayons !



Je me souviens …de la villa que nous occupions à la centrale, je revois mes parents, la place près de cette usine où nous attendions le car pour aller à l’école à Béchar. J’avais 6 ans et demi et il était temps de commencer l’école.

Au début j’étais impressionné puis avec l’habitude…

Je me souviens …du jour où j’avais été puni (avec bonnet d’âne) ; les plus grands étaient venus me chercher car le bus ne pouvait plus attendre…Quelques années plus tard, au lieu d’attendre le bus à la centrale nous courrions le prendre à son point de départ de l’après midi à bidon 2. Il nous fallait pour cela courir avant son départ, de la centrale à bidon2. Nous faisions cela en douce, sans que nos parents le sachent…

Jacques travaillait au Ponts et Chaussées et partait la semaine en Jeep pour Abadla. C’est à cette époque qu’il a appris à piloter les avions et principalement le tiger moos (bi plans). C’est aussi à cette époque qu’il a récupéré une hélice brisée.

Je me souviens des tempêtes de sable et principalement du jour où en pleine tempête un avion de type « Junker » volait lentement en crabe lutant contre le vent tempétueux. C’est aussi à cette époque que notre chien Négus est mort et que Patau est arrivé.

Mon frère Jacques était très doué en dessin, c’est lui qui illustrait mes récitations. Il faisait aussi des affiches pour le bal de l’aéroclub. Mes parents étaient amis avec un instructeur et son épouse qui venaient à la maison. Ils étaient originaires de Roubaix. Par la suite, Jacques ou mon père a acheté une moto à un ancien légionnaire. Dans le réservoir de la motobécane Jacques a trouvé un certain nombre de billets. La question s’est posait de savoir ce que nous allions en faire la somme n’était pas faramineuse.

Je me souviens …qu’à partir du mois de mai nous dormions sur le toit de la maison pour bénéficier d’un peu de fraicheur. Ceci était prévu ; un escalier extérieur existait.

Je jouais avec les enfants Baranco ; nous pissions dans le sable pour en faire un agglomérat et nous les lancer, comme projectiles…,.. nous jouions aussi à la guerre près de fils barbelés et c’est là que j’ai gagné sept agrafes à la jambe gauche.

Pour cela, il fallut m’amener d’urgence à bidon 2 pour me faire soigner à l’infirmerie des houillères. L’infirmier, d’origine allemande me dit qu’il ne ferait pas mal…j’ai eu un mal de chien mais plus encore lors du retrait des agrafes.

J’ai également le souvenir des salves de canon, la journée mais surtout la nuit lorsque nous dormions à la belle étoile. C’était impressionnant et rassurant….(…)

Je fus baptisé à l’âge de 6 ans dans notre maison (baptême remis en raison du décès du parrain ou de la marraine pressentie) Le prêtre qui avait officié est mort par la suite lors d’un accident de circulation lors d’une tempête de sable près de la ferme « cheuvau »

Ma marraine était Bernadette Fouquet et mon parrain Jean Claude. Ce fut une franche rigolade mais je ne me souviens plus pourquoi ???

L’invasion périodique des sauterelles m’a marqué également. Les arabes allumaient des feux dans leur jardin collectif pour faire de la fumée qui les repoussait. Je revois aussi des personnes en blanc sur des camions qui pulvérisaient de la poudre DDT.

De mémoire voici un croquis du village.



Je me souviens que nous sommes restés à la centrale jusqu’en 1959, puis nous sommes partis pour Colomb Béchard. Mon père avait été embauché aux ponts et chaussés. Il dû partir par la suite puisque se posait un problème de réquisition. Mon père soutenait qu’elle était illégale puisque nous n’étions pas en guerre. Derrière la maison, il y avait un stade et une salle communale où nous aidions un prêtre à sortir le journal paroissial. Nous tournions la manivelle de la machine…

Nous habitions aussi à proximité de militaires et notamment d’un groupe d’artillerie. Parfois la nuit toute la maisonnée était debout pour voir les départs des 105 ou 155mm de la batterie. C’était spectaculaire. Cela durait, de mémoire, d’un quart d’heure à une demi-heure.

Nous avions parfois à la maison la visite de camarades de mon père qui étaient la plupart des anciens de la légion étrangère. Ils venaient à la maison boire l’apéritif et en profitaient pour faire des tours (aiguilles enfoncées dans la chair ; magie…)

Ces supplétifs avaient été embauchés par les Ponts et Chaussés pour ouvrir les routes le matin. Ils procédaient en fait au déminage des routes à la baïonnette et circulaient en camions blindés. Parfois aussi certains de ces camions revenaient en piteux état.

Il me semble que cette année là n’a pas été bénéfique pour moi au niveau scolaire.

Un matin sur les bas côté de la route et à proximité de notre villa s’est installé un régiment de parachutistes. Tous les matins à partir de 6 heures et demi tous faisaient de la gymnastique torse nu et tous les chefs en tête. Mon père nous a dit que c’était les parachutistes de Bigeard…

Jean Claude faisait les courses pour maman. Il taxait la maisonnée d’un petit illustré chaque fois. Mais ce qui me passionnait le plus était le fusil que mon père avait eu avec une caisse de cartouches et des grenades (A cette époque, il avait été décidé d’armer les civils…) Mais, je n’ai jamais pu m’en approcher…

Après un procès avec les houillères, perdu ; nous dûmes déménager à bidon 2. Un logement ayant été attribué à mon père dans ce village. Mon père a réintégré les houillères et a été affecté à Kenadsa. Mon frère Jacques de retour de l’armée de l’air a été embauché aux houillères, au bureau d’études, où, il a appris le métier de dessinateur. Mon père et mon frère faisaient la route en moto. Ce n’est que plus tard que mon père a acheté une voiture à un ami de sa connaissance (Jaquet). C’est cette voiture, une Versailles immatriculée 140 E8B, qui est revenue en France en franchise de taxes. Elle disposait d’un moteur V8 et consommait …mais l’essence était de l’ordre de 20 centimes c’était super….

Nous, les enfants allions à l’école. Cette année là j’allais à l’école à Bidon 2, mes parents n’ayant pas voulu qu’on me mette en fin d’études. C’était une classe double, CM1 et CM2 et j’ai particulièrement bien travaillé, car l’année suivante j’ai pu aller en 6ième à Béchard. Mais, une dispense a été nécessaire qui se justifiait par le fait que j’étais rentré à l’école à 6 ans et demi puisque j’étais né en février. L’instituteur était un militaire du contingent car l’institutrice était malade.

Nous jouions aussi beaucoup car avec la chaleur nos vacances commençaient fin mai jusque mi septembre. Au foot nous avions formé une équipe et nos maillots étaient vert clair. Nous allions à la piscine l’été, et l’hiver on se contentait de faire des bêtises en douce.

Ma mère, possédait des médailles militaires (médaille militaire et la grande croix 14-18) et parfois, nous nous amusions à les mettre….Jacques est rentré du service militaire avec une caisse de livres, nous avons beaucoup lu. Nous avions le choix. J’aimais beaucoup Montherlant pour ces récits très réalistes…

Je me souviens des copains de mon frère Jean Claude et notamment de Segara. Le soir après le diner, celui qui avait été au cinéma (et c’était souvent lui) racontait le film aux autres. Parfois, j’allais leur chercher des cigarettes et rarement j’en avais droit à une.

Je jouais avec les copains toujours à la guerre …et j’étais « le vengeur solitaire » Blec le Roc….Je jouais aussi avec le fils du directeur des houillères chez lui ou chez nous.

Chez lui nous jouions à faire sauter des bouteilles de Perrier après avoir introduit du carbure et de l’eau ; c’étais très impressionnant, mais nous jouions également avec le piano de sa mère….c’était très bruyant. A la maison nous faisions du vélo surtout dans le jardin. Ainsi un jour où nous tournions autour de notre petite piscine (parfois comblée de sable et de feuilles car nous avions des eucalyptus) Ainsi une fois, j’ai loupé le virage et je me suis écrasé sur le rebord, le menton en premier.

Mon copain est parti chercher l’ambulance, j’ai été à l’infirmerie et je suis revenu avec trois agrafes au menton. Ma mère n’a connu cette péripétie au retour.

Parfois nous voyions arriver une tempête de sable ; dans ce cas là, nous courrions chez nos parents pour les avertir; nous fermions tout et cela durait deux ou trois jours, c’était épuisant…car nous étions cloîtrés. Par contre quand il pleuvait nous courrions sous la pluie …c’était formidable de voir une telle chose.

Parfois mes parents invitaient deux jeunes officiers à prendre l’apéritif à la maison avec leur épouse qui habitaient près de chez nous. J’avais aussi comme copain le fils d’un colonel qui habitait la villa mitoyenne.

C’est l’année où j’ai eu le droit d’aller au grand bain à la piscine. Le surveillant, un arabe d’un certain âge blessé de guerre, nous faisait passer une épreuve qui consistait à faire une largeur au trois mètres sans mettre les mains au bord et sous sa surveillance. En cas de réussite, plus de problème, le droit était acquis. Ceci était très important et faisait passer à un stade supplémentaire ; celui de grand…qui permettait de participer à d’autres jeux.

Un jour par semaine, en fin de semaine nous allions en famille au cinéma. A bidon 2 nous allions au cinéma chez les militaires dans leur foyer l’hiver, et en plein air l’été.

L’été il fallait venir avec sa chaise et attendre la fin du jour. Dans leur camp une automitrailleuse blindée (12.7mm) prenait position sur le côté. Ceci indiquait le prochain démarrage du film. Souvent il s’agissait de films de cow-boy ; et, un jour, des coups de feu ont eu lieu en plein film qui a été interrompu le temps des contrôles utiles. Nous n’avions pas peur, et notre quotidien ne nous traumatisait pas.

Parfois nous assistions en direct à des interventions militaires et quand des événements graves se passaient (attentat par exemple) la légion intervenait et procédait à un quadrillage. Nous assistions à cela avec fierté et nous ne doutions pas de son efficacité. C’était le cas en général. Pour nous, enfants, c’était un immense terrain de jeu puisque nous n’en subissions pas les effets directs. Un terrain sans limite et sans aucune arrière pensée de la part de nos parents. Ceci était simple, naturel et vivant…

Le plan de mémoire (qui reste)



Mais mon père ayant eu un logement à Kenadsa, plus près de son travail nous avons déménagé..

A Kenadsa, la villa était plus belle que ce que nous avions auparavant, elle était entourée de roseaux qui formaient une haie. Pour aller à l’école nous prenions le car matin et soir.

A midi le car nous amenait à la centrale pour déjeuner puis nous reprenait pour l’école en début d’après midi. Mme Fouquet, veuve d’un collègue de mon père tenait le restaurant des houillères où nous mangions. L’ambiance était très familiale.

C’est ces années là que j’ai suivi les cours de 6ième et de 5ième. Comme ailleurs, dans d’autres collèges, nous avions des inters cours d’une heure libre. Nous nous mettions, avec l’autorisation du professeur, au fond de la classe pour travailler. Faire nos devoirs et/ou apprendre un cours. Mon frère Jean Claude m’avait souvent parlé de M. Sanchez professeur d’anglais. J’aimais bien aller dans sa classe. Je me souviens qu’il laissait faire du chahut pendant un quart d’heure, puis le cours se déroulait dans un calme absolu.

A la fin du cours, il citait les élèves qui auraient pour le cours prochains une ou plusieurs listes de verbes irréguliers à copier. Tels était la contrepartie du chahut qui était accepté. Tous les punis rendaient leur(s) punition(s)

Quand l’après midi, nous n’avions pas cours, nous avions la possibilité de prendre le bus des mineurs en début d’après midi. Ce bus transportait les mineurs de Kenadsa à bidon 2 et retour car tous les puits de mine n’étaient plus ouverts. Les bus étaient équipés de bancs en bois et les mineurs passaient à la douche qu’à Kenadsa. Tout le monde était gentil avec nous. Parfois aussi, quand l’école se terminait avant midi, je prenais un taxi collectif. C’était soit des tractions avant avec strapontins soit des Peugeot familiales. Le taxi n’était pas cher mais nous partions quand il était rempli. Parfois, pour ne pas perdre de place je voyageais temporairement sur les genoux d’une arabe. Les odeurs étaient fortes…

Je n’étais pas très fort en français, je prenais des cours supplémentaires…

Mon père venait, quand il le pouvait, me chercher pour m’éviter de trop longues attentes. Il disposait d’une land rover et j’étais très fier de pouvoir repartir avec lui.

Mon frère Jean Claude suivait des cours par correspondance avec l’école universelle. Il ne pouvait pas aller à Oran au Lycée. Il faisait l’admiration de tous par sa volonté et son opiniâtreté. Il n’avait plus de copains malheureusement. Ce n’était pas mon cas.

Nous allions à la piscine quasiment toute la journée, nous jouions à tout ce qui était jouable dans l’eau. C’est à cette époque que j’ai eu mal aux oreilles….Nous faisions aussi du vélo tout terrain ; nous traversions les barbelais ; nous allions dans les collines de sable chercher des serpents ou des scorpions car nous les étudions à l’école.

Nous faisions surtout ce qui était interdit et notre seule hantise était que les parents le sachent. Nous étions, parfois rappelés à l’ordre par les militaires…Nous allions aussi chercher des racines de réglisse. Grâce à Jacques qui maintenant travaillait sur place, nous avions chaque semaine Spirou et une revue qui s’appelait « lecture pour tous » ainsi qu’historia. C’est cela qui m’a donné le goût de la lecture, mes parents lisaient également. Surtout ma mère (Autan en emporte le vent). Toutes les semaines, nous allions aussi au cinéma « latitude 31 » Nous réservions une table et en plein air nous regardions un film en dégustant une boisson. Ce cinéma était près de chez nous, ce qui nous évitait des trajets qui auraient pu se révéler dangereux. Parfois, le film était interdit pour les enfants…mais comme les parents y allaient, nous étions libres. Derrière le cinéma, il y avait des arbres, aussi on essayait d’y grimper afin de voir le film interdit. C’est ainsi que j’ai vu « la jument verte » avec Bourville.

J’allais aussi en colonie de vacances près d’Alger à Ain Taïa, mon frère Jacques était moniteur. Pour la dernière année en 1961, mon père était le Directeur de la colonie et Jacques toujours moniteur. Les locaux de la colonie avaient été réquisitionnés pour l’armée et occupés par un régiment de parachutistes. Nous vivions avec eux, mais ils étaient peu nombreux car très souvent en opérations. Par contre, c’est là que j’ai pu voir des scooters équipés de canons sans recul. Ils disposaient également de chiens de guerre auxquels ils donnaient du sang à boire et de la viande encore chaude à manger. Ils me paraissaient très dangereux, ce qu’ils étaient surement…d’après ce que mon père disait De plus à certains endroits, il y avait de grandes quantités de cartouches en vrac 7.6mm ; 9mm et 12.7mm.

Nous nous amusions à enlever la balle et à extraire la poudre pour la faire brûler. Nous nous faisions « engueuler… » et mon frère Jacques récupérait tout ce qu’il pouvait pour le jeter à la mer…Nous partions souvent en excursion dans les environs avec pique nique ; nous allions aussi au port de Lapérouse nous baigner. C’était pour moi le meilleur endroit, l’eau était magnifique et on pouvait plonger.

Pour aller à la colonie nous prenions le car. C’était assez folklorique car il y avait 1000km à parcourir entre Béchar et Alger. A mi-chemin environ, nous faisions une halte et nous dormions dans des wagons qui étaient mis à notre disposition….l’ambiance était géniale pour les enfants. Nous dormions peu.

Puis un jour, il a été question de partir, tout c’est accéléré….mes parents et Jacques, ont pris les choses en mains et tout à été vite réglé. Jean Claude participait aussi mais pas le petit dernier…Mon père est allé chercher les documents nécessaires pour le transport des personnes, du matériel et du mobilier. Des amis arabes de mon père étaient venus le persuader de rester pour vivre avec eux. Mon père a refusé cette éventualité car disait-il : « moi je vous connais et vous me connaissez mais ce n’est pas le cas de ceux qui vont arriver… » Je pense après coup que mon père avait raison.

Jacques est parti quelques jours après nous par la route via le Maroc, puis l’Espagne et la France enfin. Il était accompagné d’un espagnol qui venait d’être amnistié et qui revenait au pays après avoir été condamné pendant la guerre civile espagnole. Il était aussi accompagné de notre chien, un berger allemand.

Auparavant, Jacques nous avait conduits en voiture à l’aérodrome militaire de Colomb Béchar d’où nous devions partir pour Paris, en vol direct avec une caravelle. Nous n’avions pas de billets, car les départs avaient lieu que s’il y avait un avion. Mon père a réglé le prix du transport à l’arrivée.

Déjà, pour moi ce fut un traumatisme…j’ai été comme tous, fouillé de la tête au pied par des CRS …je ne comprenais pas pourquoi…moi qui avait 14 ans et qui était encore de petite taille…

Nous fûmes très bien accueillis dans notre famille et un peu plus tard Jacques est arrivé avec notre chien à AUPPEGARD…une page venait de se tourner ; une autre exaltante pour moi s’ouvrait.

J’avais 14 ans en 1962….je voyais d’immense étendues vertes1. Il est difficile de se rendre compte de l’effet produit, moi….qui n’avait connu que les cailloux, le sable, le charbon et les immensités vides. Je trouvais tout fabuleux…comme la pluie qui tombait.

Un appartement nous avait été réservé à Annappes, l’immeuble s’intitulait « résidence », il était neuf. La construction venait de s’achever.

Petit à petit l’immeuble s’est rempli et je me suis fait des copains, principalement trois frères (Marcel, André et Robert) d’une même famille de neuf personnes avec les parents. Nous construisions des cabanes avec les briques qui n’avaient pas été utilisées et jetées aux gravats. C’était magnifique. En septembre avant la rentrée nous ramassions, des pommes de terre pour la ferme qui était près des immeubles. Après, pour notre propre compte, nous glanions les restes de pommes de terre…ceci était nouveau et formidable. Notre appartement était grand et confortable. Nous, avions trois chambres. Mon père cherchait du travail et nous attendions nos meubles (cf péripétie de la 3ième partie).

Jacques a travaillé rapidement chez Wauquier comme il avait été convenu lors d’un voyage initial de mon père. Il était content de son travail. Jean Claude est entré à la préfecture de Lille au service des rapatriés. Mes frères prenaient le train pour aller travailler. J’allais à l’école à Hellemmes. Je disposais d’un solex que mon père a utilisé également pendant un bref moment. Je me suis bien amusé avec. Mais c’était dangereux car les voies étaient pavées et les rails du tramway étaient un piège pour les roues. Le tramway devait être doublé à droite…

A l’école, j’ai eu des difficultés (en français) à cause d’un imbécile de professeur qui faisait histoire géo et français. J’étais sa bête noire et il faisait tout pour m’enfoncer ; ce qu’il a parfaitement réussi. Je n’ai pas eu mon brevet…C’est dire que l’imbécillité d’un peut détruire une vie. C’est à cette époque que je souhaitais arrêter l’école…mon père m’a trouvé un travail en or à la brasserie « La Semeuse » à Hellemmes.

De 8h à midi puis de 14h à 18h ; il fallait charger des semi-remorques la majeure partie de la journée. Aux premières heures de la matinée, il fallait préparer les petits camions pour les tournées. En fin de journée, c’était le plus difficile « la chaine de mise en bouteille et d’emballage » car la chaine allait vite, très vite. A l’époque les bouteilles étaient réutilisables.

Il fallait aussi faire attention aux bouteilles qui explosaient lorsqu’elles se présentaient mal sur la chaîne. Et quand, il n’y a pas de camion à charger, il y a des caves à nettoyer dans une odeur insupportable…

En septembre après cette expérience, j’ai demandé à mon père de reprendre l’école. Il n’y a eu aucun problème…

J’étais excellent en math…M. Masse, professeur de mathématique, est intervenu pour que je rentre en seconde à Lille ; ce qui s’est fait. Je suis donc allé à Lille sud à proximité de Faidherbe et je suis devenu un bon élève…dans toutes les matières mais, un peu moins en rédaction puisqu’il n’y avait plus de dictée ( rappel : 5 fautes = 0) J’avais d’autres professeurs plus intelligents peut être, et qui ne tenait pas compte de mon origine. J’obtenais le bac en 1967 ; un diplôme universitaire de technologie en 1969, année pendant laquelle je présidais la revue de la promotion qui a été présenté au rectorat de Lille. Sortie major de la promotion, j’ai bénéficié d’une équivalence de deux années, ce qui m’a permis de d’obtenir la licence es-sciences économiques en 1971. Cette même année, avec mon copain Hernu nous avons passé le concours d’inspecteur du trésor que nous avons réussi. Je ne souhaitais pas être fonctionnaire mais l’argument financier était fort tant pour lui (père métayer herbager) que pour moi.

En 1963, mon père fut embauché chez un sous traitant de l’entreprise de Fives Lille Caille. Il n’y est pas resté longtemps. Cet hiver là, très froid, nous l’attendions en regardant du balcon de notre appartement, une immense plaine blanche qui s’étendait jusqu’à la brasserie Coq Hardi avant le pont de chemin de fer. Ses horaires étaient durs, longs et surement pénibles…Puis mon père a trouvé un autre emploi dans la teinturerie Sonneville à Annappes, où il est resté jusqu’à son licenciement économique. A son âge, il était dur de repartir à zéro, et puis il y avait ce rein qui le faisait souffrir de plus en plus souvent.

J’allais le voir de temps en temps à son travail, il aimait ce qu’il faisait ….Il entretenait le parc de camionnettes Citroën qui disposaient de moteur diesel Indénor et s’occupait de la chaufferie qui fournissait de la vapeur à la blanchisserie industrielle.

Entre temps, il avait changé de voiture, pris une 2CV à la place de la Versailles, c’était un sacré changement mais bon…Nous aimions bien démonter le moteur et je faisais office d’aide mécanicien en nettoyant les pièces à l’essence. C’est aussi à cette époque que je souhaitais être mécanicien de moteur d’avion. J’aurais pu être pris puisque les tests médicaux passés à Cambrai (base d’aviation) étaient favorables. Ils avaient duré trois jours plein. Mais bon…

Nous allions aussi en Belgique chercher du tabac à Tournai et c’est là qu’un jour j’ai eu le droit d’acheter un paquet de cigarette st Michel et de ce fait de fumer officiellement.

Jacques est parti de la maison assez rapidement. Il s’est marié avec Claude Martinache et nous étions très heureux pour eux. Ils ont vécu un temps chez ses parents à Ronchin, puis le couple s’est installé aux « Biscottes » à Lille. Ensuite, ils ont loué une maison à Fives-Lille.

Jean Claude a réussi à un concours de la SNCF et après une attente a obtenu un poste au magasin général à Hellemmes. C’est à ce moment là, qu’il a acheté une quatre chevaux de 1949, qui était très capricieuse au démarrage jusqu’à ce que mon père tire un nouveau fil électrique pour le démarreur. Avec Jean Claude nous allions voir parfois un collègue Raoul à la cité de la SNCF pour les célibataires ou chez ses parents dans les mines. J’étais parfois convié à fêter avec ses collègues la St Eloi…De la bibliothèque Jean Claude ramenait en nombre des Agatha Christie. C’était passionnant. Mon père, Jean Claude et moi, faisions le dimanche un grand tour dans les environs et nous buvions un apéritif avant de rentrer. L’après-midi, nous allions Jean Claude et moi au cinéma. Il va sans dire que je ne payais rien puisque, je n’avais rien…

Le samedi en fin d’après-midi, nous allions voir Jacques à Fives et les trois frères allaient au tabac de la douane où nous payions chacun notre coup (en ce qui me concerne quand j’ai eu un salaire) C’est dans le grenier de cette maison avec mon frère Jacques, nous avons construit la bibliothèque que je possède toujours. Je me suis aperçu très vite que je n’étais pas très manuel et que je devais faire de gros efforts et m’appliquer notamment à scier droit….J’ai toujours la même difficulté, cela est surement dû à mon impatience…

Parfois, mon cousin Patrick venait à la maison pendant les vacances d’été et restait avec nous. J’essayé de l’aider en math lorsque je restais chez mon oncle à mon tour. Ceci n’était pas très efficace…

Un été, Jean Claude, Patrick et moi avons visité la Bretagne en 4 CV et nous avons eu parfois du mal à trouver de l’huile pour la voiture (elle en consommait beaucoup…si je me souviens bien) Ensuite Jean Claude a eu une FIAT 700. Une année, nous sommes partis en vacances en Savoie à Verrier du Lac. Puis nous sommes descendus près de Fréjus dans un camping réservé aux agents de la SNCF.

Puis Jean Claude s’est marié, aussi, avec Danny ACKET et je suis resté le seul à la maison………

Mes parents étaient très contents pour Jacques et Jean Claude. Mon père restait très préoccupé par son travail. Ma mère après avoir pris quelques petits travaux, a été embauché par la mairie d’Annappes pour faire le ménage dans les écoles près de chez nous. Ceci lui aller bien car, elle n’y allait qu’en début et fin de journée.

Mais, ces horaires de travail n’ont pas duré. Son salaire a été augmenté mais, elle devait faire plus d’heures …Durant la période estivale, elle devait également nettoyer les classes à fond ainsi que tous les carreaux à l’intérieur et à l’extérieur. J’allais sans déplaisir l’aider d’autan que cela lui évitait beaucoup de fatigues. En fait, elle aimait assez ce travail, et participait avec plaisir aux réunions des employés de la mairie, il en était de même pour mon père bien que plus difficile à sortir….Elle était fière d’apporter sa contribution à la vie de ce foyer.

Après, le bac, pour aller à l’école, je prenais le train de 7h02. C’était une machine à vapeur, ce train transportait aussi tous les frontaliers belges. C’était assez folklorique tous se connaissaient et chacun avait une place attitrée. Je retrouvais mes copains qui arrivaient d’Orchies. Nous formions une bonne équipe et les inter-cours se passaient à « la petite vitesse » boulevard des écoles où les tenanciers avaient une fille qui nous plaisait bien…Nous étions comme chez nous…parfois on oubliait de payer…en septembre on nous embauchait pour la braderie. Nous étions heureux de vivre ….

Après avoir réussi au concours du trésor, Paul et moi avons été en fac d’abord rue P. Duez à Lille pour la troisième année puis à Villeneuve d’Ascq pour la 4ième année. Pour nous la vie en fac était très facile car nos horaires de travail étaient énormes auparavant. Ce qui nous laissait pas mal de temps libre. Jean Claude m’avait offert un vélo qui présentait la particularité de freiner en retro pédalage. Il était très lourd mais utile pour mes participations aux « Zinzins » Je revenais parfois tôt le matin et c’est à cette époque que mon père m’a adressé un ultimatum. Soit resté à la maison avec des horaires raisonnables soit chercher ailleurs un logement…j’ai choisi la première solution.

En janvier 1971, je devenais aide temporaire en surnombre au Trésor. J’étais payé pour aller en fac mais pendant les vacances, je devais rejoindre les services du trésor pour aider..J’ai ainsi connu les perceptions de Chéreng, de Ronchin, et les services de la caisse des dépôts et des consignations, du recouvrement et le budget départemental à la trésorerie générale de Lille. Tous étaient très sympathiques. Le seul problème s’est présenté au budget départemental. Le chef de service (M. Bordereau) m’obligeait à arriver à l’heure. Pour moi cela était impossible. Après une dernière engueulade, je suis toujours arrivée à l’heure mais je ne faisais rien officiellement (c’est ce que je lui avais dit), je lisais ostensiblement un journal ou un livre lorsqu’il me surveillait. Mais avec les agents, je leur prenais en douce du travail. Mon responsable au trésor M. Bown que j’avais informé m’avait fait savoir que compte tenu de la notoriété du chef de service mon attitude n’aurait pas de conséquence. Ce qui a été le cas, car par la suite en qualité d’inspecteur titulaire, j’ai été choisi par lui pour entrer dans son équipe, il m’a aussi demandé de lui succéder à l’université de Lille pour assurer un cours de finances publiques en doctorat de spécialisation. C’est ce que j’ai fait de 1977 à 1980.

Pour mes parents, le fait d’avoir réussi au concours du trésor a été aussi une joie immense car, j’étais désormais capable de me financer. Après avoir fait quelques économies, une collègue de travail a fait en sorte que je puisse prendre mes leçons de conduite le matin vers 7h30 avec son époux qui dirigeait une auto école à Chéreng. Ainsi, je conduisais le matin d’Annappes au 32 rue basse à Lille. En 1971, j’ai eu mon permis et j’ai acheté sur les conseils de mon père une 204 Peugeot. Plusieurs fois, nous sommes partis en vacances avec mes parents. En Normandie, en Bretagne et dans le centre de la France du côté de la Chaise Dieu…

Mais la santé de mon père n’allait pas bien. Son problème aux reins s’aggravait, il se faisait beaucoup de soucis d’autan qu’il était au chômage et qu’il avait plus de 58 ans.

Il devait rester dans cette situation jusqu’à sa mise en retraite anticipée.

Etant le plus jeune des enfants, nous avions avec mon père des discussions à la cuisine en écoutant la radio et en buvant une bière …et parfois je percevais une certaine amertume face à son âge et à ses problèmes de santé. Ma mère aimait beaucoup écouter et regarder la télévision. Mes parents ont été heureux quand j’ai cessé d’être à leur charge mais aussi lorsqu’ils ont pu, grâce à Jean Claude, disposer d’une petite maison…à Fâches Thumesnils.

En janvier 1972, licence en poche, je suis parti pour une année de formation à Paris, rue Ordener dans le 18ième arrondissement. Ce fût facile mais éreintant. Nous prenions le train de Lille vers 7h pour arriver juste à temps pour les cours qui débutaient à 9h. Nous avions un abonnement peu cher (peuchère…) qui nous permettait des allez retours, si le cours ne nous plaisait pas. Dans le même temps j’ai suivi les cours de doctorat en sciences économiques et passé le dernier degré en comptabilité privée.

Nous étions deux étudiants au départ à Lille, les autres à Arras pour un total de 6 réguliers. C’est là que j’ai appris à jouer au tarot. C’est aussi à partir de ce moment que j’ai peu à peu quitté mes parents avec tout ce qui s’est passé par la suite, la maladie de ma mère ; celle de mon père…puis ..puis.. puis…..mais ceci est une autre histoire…

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Nb voir les sites « becharcolombbechar une vidéo une musique » dailymotion Voyage dans le passé ; aussi Béchar ma jeunesse à colomb bechard youtube avec sur le même site d’autres vidéos historiques (voyage de Lacoste ; la foire internationale…) et peut être aussi Sud Oranais.voila.net

A mon père.

Parler de son père n’est pas facile car tout est sentiment et que sentiment…mais….il aimait rappeler qu’il ne fallait rien attendre de lui que ce qu’il nous avait donné.

Que la seule chose s’il ne fallait pas perdre c’était l’honneur, car quand on l’avait perdu on avait tout perdu. C’était la seule chose qui valait la peine d’être défendue. Son corolaire l’honnêteté allait de soit.

Il aimait dire aussi que la vie c’était le courage, le courage de l’affronter, le courage qui est un don qui se mérite. Il doit conduire à l’action même si le but fixé est difficile, sinon impossible à atteindre. Tout vaut la peine d’essayer.

Par contre il avait une sainte horreur de l’injustice qui le mettait hors de lui et lui donner la force de tout faire pour la faire cesser. « Je suis disposer à mourir pour rien surtout si cela présente beaucoup à mes yeux »

Mais l’action collective pouvait lui déplaire car elle pouvait être source de profits individuels et d’avantages particuliers immérités.

C’est pour cela qu’il allait jusqu’au bout de ce qu’il croyait, ce que nous, enfants, nous appelions la chicailla ;… nous aimions en rigoler entre nous mais tellement gentiment….

Tel était mon père.

« L’homme est un levier dont la longueur et la puissance ne sauraient être déterminées que par lui « (Donald Crowhurst dans l’étrange voyage de Donald Crowhurst de N. Tomalin et R. Hall)

Photothèque. Quelques repères.


Mes parents lors de leur mariage



et au mien en 1973



Fernand Autin en Marin



Ma première année d’école. Jean Claude, notre chien Négus et moi. Avant mon départ pour l’école avec mon cartable qui était rouge mat avec une gazelle blanche.



Ici avec mes parents avant mon départ pour l’école. La blouse était obligatoire à l’époque.



Lors d’un voyage en France en 1954 je pense. Nous visitions le château de Versailles.



Photos de classe dans les années 1959



Lors de mon service militaire à Orléans à l’école des officiers de réserve. Je suis photographié au retour de vacances de mes beaux-parents.



Lors de notre mariage civil en 1973, le 14 septembre à 11h, à Lille avec nos témoins : mon frère Jacques près de moi, le cousin de véronique Jacky. Les autres en attente sont des futurs mariés. Les mariages étaient célébrés en série.

Une partie de la famille AUTIN, frères ; oncles ; neveux et nièces.



M. de La Moissonnière lors d'une cérémonie mais laquelle ?



2 frères Maurice et Fernand Autin


Mes parents sont morts !...

Je ne les verrai plus jamais ; je ne les entendrai plus nous appeler comme ils le faisaient autrefois, en se trompant sur nos prénoms… .Je ne sentirai plus ce parfum qui vous habilliez si bien. Je ne pourrai plus partager avec vous les joies, les chagrins.

Nous nous ne raconterons plus rien…

Maman, tu n’arrangeras plus les fleurs dans la salle à manger que tu coupais ou que nous t’offrions ; papa tu ne fumeras plus la pipe en écume qui avait une odeur si particulière et forte….Vous êtes partis, vous nous avez laissé et jamais de notre vie, nous nous sommes sentis si seul. Mais toi Jacques, ce fut pire….

Jamais, nous n’avons cessé de penser à vous, vous êtes présents à chaque instant de notre vie….et il m’arrive encore de parler à vos ombres…

Fernand

1 Une émotion semblable est décrite dans « Terres des hommes » St Exupéry chVI 4 désert

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