Le gendarme qui me précédait a ouvert une petite porte. Nous sommes entrés dans une sorte de grange assez vaste, longue, bien éclairée, poussiéreuse





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(CEUX DE LA GLOIRE -juillet 1944)
Le ciel a dû se couvrir brusquement car il a fallu allumer.

Éclairés en dessous par de petites lampes vertes, les juges engoncés dans leur robe noire prenaient l'allure irréelle de personnages de cire, disposés pour le jeu de massacre.

Le temps était lourd et les jurés se tournaient sur leur chaise, impatientés par cette séance qui n'en finissait pas.

Je me sentais pesant, mal dans ma peau au milieu des gens déçus par mon attitude.

Le défilé des témoins traînait dans l'indifférence. Tous ceux que j'avais connus déposaient gauchement, répétant des phrases banales, inutiles. Ils ne correspondaient plus au souvenir qu'ils m'avaient laissé. Repris par leur vie, ils projetaient leur petite personnalité médiocre sur ce que le Président qualifiait de « malheureuse affaire ». Je découvrais avec stupéfaction que ni les jurés, ni le Président, ni les autres ne réaliseraient jamais ce qu'avait pu être l'énormité de l'été 44. Ils rétrécissaient tout avec leurs témoignages contradictoires, leur bonne volonté maladroite, à vouloir à chaque fois expliquer mon cas par des déductions simples et logiques. Ils faussaient tout en reprenant les faits de leur point de vue qui n'avait plus aucun rapport avec l'épanouissement de mon adolescence.

Progressivement, j'ai renoncé à réagir. Mon comportement brillant et malheureux du premier jour a fait place à un découragement et une apathie que je ne cherchais plus à surmonter.
*****

Quand le Président a appelé Pierre Fromentin, je n'ai pas réalisé tout de suite qu'il s'agissait de Pierre le Grand.

Je l'ai reconnu après. Son costume bleu était défraîchi. Il était mal rasé, un peu sale, l'air étrange. Il a commencé sa déposition avec la même voix rauque qu'il prenait pour ses appels devant le front des troupes.

« Monsieur le Président, il est nécessaire que je rappelle — c'est un devoir envers mes camarades tombés à l'ennemi — la principale faiblesse de la Résistance et en même temps sa grandeur : la mentalité de révoltés de beaucoup de mes gars du maquis. Nous étions des rebelles, nous sommes restés des rebelles. »

Puis, se tournant vers moi :

« Toi, Veuillot, comme moi. »

Brusquement, je me suis senti vidé, tiré en arrière. C'était le seul qui dans cette salle parlait comme j'avais pensé qu'on aurait dû parler. Cramponné à l'immense révélation de l'été 44, Pierre le Grand en était resté là. Je restais pétrifié, repris par le charme.

« Il est bien évident que nous avons eu tort, nous les rebelles, de ne pas nous opposer avec assez d'énergie à cette marée de boue qui a corrompu les plus purs défenseurs de la liberté. Veuillot fut parmi les purs, lui qui, avec ses camarades de combat, a eu toutes les audaces dans la nuit de l'oppression ; une fois au grand jour, il perdit le contrôle de lui-même, resta ébloui, désadapté. »

Dans la salle, ils ne pouvaient pas savoir. Ils chuchotaient entre eux, sensibles au ridicule des morceaux de bravoure de Pierre le Grand. Moi je comprenais. C'est parce qu'il était grotesque, parce qu'il n'avait pas de pli à son pantalon, parce qu'il avait une barbe de deux jours qu'il ne verrait jamais le bout du tunnel. Éternellement déçu, aigri, il se heurterait aux gens en place qui seraient progressivement plus distants, plus fermés. Ils oublieraient ses états de service, ses décorations, lui prodigueraient des conseils d'apaisement.

Le Président tortillait son crayon, agacé, ennuyé par les discours de Pierre le Grand.

Bien lancé, il continuait imperturbable :

« Charles de Gaulle, chef rebelle, et vous les Compagnons de la Libération, René Pleven, qui semblez tellement près de nous et qui avez montré la voie de l'Union, Provincial des Carmes, Amiral d'Argenlieu, Philippe de Hautecloque, Général Leclerc, héros de Bir-Hakeim, Général Koenig, Général de Larminat, c'est vous qui , écartant les misérables ou les incapables qui vous entourent et vous déshonorent, passionnément unis avec la Résistance qui elle aussi devra se purifier, ferez la révolution.

« Sentez autour de vous ce désir infini de pureté, cette ferveur qui furent la raison de notre lutte, cet amour plus fort que la mort ! « 

La salle rigolait franchement.

Le Président tapota sur son bureau, impatient puis sévère.

« Je n'admettrai pas qu'on se moque de ceux qui ont fait à la patrie le sacrifice suprême ! Au moindre incident, je fais évacuer la salle. »

Puis, compréhensif, s'adressant à Pierre le Grand décontenancé :

« Monsieur Fromentin, nous sommes beaucoup ici qui connaissons votre courage. Je crains cependant que vous mêliez des considérations politiques à un triste fait-divers. Je comprends votre inquiétude. » — condescendant — « Je la partage d'ailleurs. J'aimerais seulement que vous en veniez au fait, que vous nous parliez de Veuillot que vous avez eu sous vos ordres.

Pierre le Grand se passa la main dans les cheveux, hésita :

« Mais, Monsieur le Président, justement j'essayais de vous expliquer.

Je sais, mon ami, je sais. »

Très à l'aise, le Président l’interrompait, ayant repris l'avantage. Pierre le Grand sentit qu'il y avait quelque chose de fêlé. Il fut généreux, forçant la note, vantant son héroïsme, ne trouvant plus que des mots de réunion publique quand il aurait été si simple de parler des jours monotones enfouis dans la peur.

Repris par la salle, par la vie moyenne qu'il devait vivre maintenant, Pierre le Grand tournait en rond dans mon cas, cherchant lui aussi l'explication logique.

« J'aurais dû essayer de le comprendre, Monsieur le Président. J'étais son chef et celui qui a le sens des responsabilités devant ses hommes doit rester à leur portée. Harcelé par les Allemands, je ne pouvais m'occuper de chacun de mes gars. Ils étaient livrés à eux-mêmes comme des gosses, Monsieur le Président, comme des scouts qui auraient perdu leur guide spirituel. »

Trop généreux, il entassait les lieux communs. Personne n'était dupe de son désarroi ; pour la première fois je sentais le vide effrayant de Pierre le Grand et en même temps le désir immense qu'il avait de me sauver.

S'il avait été tué, son souvenir aurait été transfiguré. Comme la mort de Ted, comme la mort de Beaudricourt, bien réelles, bien médiocres... Il ne comprenait même plus que sa présence me faisait mal.
*****

Pataugeant dans la boue, Ted se mit à réciter pour se donner du cœur au ventre : Nom de Dieu fit la comtesse en mettant la main droite dans la braguette du duc...

Bernard enchaîna : « Attiré, le comte posa son râtelier avec un bruit sec et métallique sur le coin gauche du piano.

— Jacques, sors ! », fis-je machinalement pour rester fidèle au rite.

Une douce rigolade nous secoua. Il fallait pourtant de la bonne volonté. Une sale petite pluie fine s’était mise à tomber depuis le début de l'après-midi et, lourdement chargés des tommy-guns, nous glissions en maugréant dans le petit chemin forestier menant à la Pierre Turquoise.

« Tu parles d'un bordel. J'aimais bien Valentin mais pour une fois que je m'étais mis Régence la flotte ne nous lâche plus. »

Enfoncé sous son poncho de cycliste, Ted se vantait un peu en qualifiant son costume de Régence. Sa chemise était tout juste propre, son short mal recousu, sa gueule fraîchement débroussaillée.

Georges avait esquivé la corvée et nous avait envoyé planquer les armes.

Les bois étaient calmes et les types en civil qui tournaient autour du Moulin n'avaient pas réapparu.

« Laissons ce chemin et coupons à travers bois. »

Ted s'enfonça le premier, les branches nous fouettaient le visage. Maladroits, nous ne pouvions éviter les orties trop hautes.

« Où les planque-t-on, se demanda Bernard.

— Le mieux est de retrouver la petite grotte où nous avons dormi. C'est abrité, peu fréquenté, facile à retrouver. »

Remontant à flanc de coteau, Ted dégageait les ronces. Le jour était incertain, la lumière glauque d'un jaune sale rendait encore plus lugubre le décor noyé sous la pluie.

« J'en ai marre.

  • Ne nous emmerde pas avec ses états d'âme. »

Ted reprit : « Comme dirait Tolstoï, rien ne vaut l'amour bien fait sur un canapé.

— Tu mélanges, fit Bernard, c'est de Victor Hugo.

  • Victor Hugo de mon cul, c'est de Tolstoï. »

Le rite nous reprit un instant. Le jargon étudiant et les plaisanteries des Beaux-Arts de Ted étaient notre langage. Régence, bordel, les « comme dirait Victor Hugo, rien n'est plus pur que le fond de mon cœur » étaient une sorte de code bien à nous, un langage chiffré dont nous connaissions seuls la clé. La contagion avait pourtant gagné le groupe Beaudricourt qui nous sortait froidement nos pseudo-citations de Shakespeare et de Tolstoï.

Je marchais péniblement, attentif à ne pas glisser sur les herbes mouillées. Le froid humide tombait sur nos épaules, empêtrés que nous étions avec les tommy-guns ; Ted se repérait mal : « Il me semble que c'est plutôt par là. Et cette vache d'étoile polaire qui n'est pas là. Pourtant Pierre le Grand était formel. »

On erra pendant quelque temps. Nous étions trop las pour songer à nous cacher, à nous fondre dans le décor. Ted retrouva le chemin et nous ramena à l'entrée de la grotte. Mes chaussures ne tenaient pas le coup : mes pieds nageaient dans un liquide froid, pénible. Si ma mère me voyait, elle qui s'affolait dès que mes chaussures prenaient l'eau.

« Que fait-on ?

— Pas trente-six solutions. Enveloppons les tommy-guns dans nos ponchos et enfouissons-le tout sous les gravats.

  • Mais qu'est-ce qu'on mettra pour rentrer ? »

Je râlais à la pensée de marcher grelottant sous la pluie qui continuait désespérément.

« Rien.

— On va attraper un rhume.

  • Tant pis. Ce sera pour la patrie, Jeanne d'Arc et les éternels principes. »

Pour les mêmes principes, il fallut coltiner des pierres. Petit, court et musclé, Ted avait une certaine aisance dans ce travail de terrassier. Gauches, peu athlétiques, Bernard et moi suions à grosses gouttes en charriant maladroitement les blocs de grès friable qui nous paraissait anormalement lourds. Au bout d'une heure, les tommy-guns étaient enterrés.

Épuisés, nous restions à l'entrée de la grotte, confondus dans le même désarroi.

« Ça finira jamais ce temps de putain.

— Les Allemands sont aussi emmerdés que nous. C'est la seule consolation.

  • Ils ont des bottes, eux au moins. »

Ted alluma une cigarette. « Vous, vous regagnez Paris. La bagarre sera peut-être moins vaine qu'ici. »

Ted nous regarda, l'air dur, un peu satisfait : « Vous en bavez, hein? »

Bernard se rebiffa : « Y a pas de quoi être fier, tu sais. En baver pour en baver, ça ne m'a jamais paru une condition enviable. Tu raisonnes comme mon père. Il me dit toujours : à dix-huit ans, il faut manger de la vache enragée ; plus tard tu me remercieras.

Le remercier ? Je ne sais pas ce que je penserai quand j'aurai quarante ans mais tu peux être sûr que je n'ai pas rompu avec la famille de gaîté de cœur.

— Je te demande pardon. Moi, mon père a toujours été chic pour moi. Ce n'est pas un esprit génial mais il m'a fait confiance. Ma mère me consolait quand j'étais môme. En Corse, c'était magnifique. Je traînais des journées et des journées dans la nature et personne ne me disait rien. »

Ils discutaient maintenant comme des copains. Quand elle n'écoutait pas la radio, ma mère me traînait le dimanche chez de vagues cousines emmerdantes dont le salon suait l'ennui. Les fauteuils avaient des housses qu'on enlevait seulement pour le premier janvier. J'avais toujours un col trop petit et des gants. On me donnait une praline moisie que je suçotais par politesse pour la remettre dans la boite dès que ma mère et les cousines avaient le dos tourné.

Mon départ n'avait pas été aussi tumultueux que celui de Bernard. J'étais parti crispé, exaspéré, sans vouloir réfléchir, sans vouloir justifier quoi que ce soit. J'avais eu peur de raisonner, peur de céder, sachant que si je ne partais pas pour la Résistance je ne partirais jamais plus. Je craignais trop ma faiblesse pour céder.

Allongé sur le rebord de la grotte, Ted regardait la nuit pensivement.

« Je sais que pour moi ce fut plus facile. Mes parents ne m'ont pas demandé d'explications. Mon départ a été aussi naturel que si j'avais annoncé mon mariage ou une bêtise de gosse.

— Peut-être est-ce parce que tu es plus vieux que nous.

— Oh, ce n'est pas parce que j'ai trois ou quatre ans de plus. Georges part aussi avec la bénédiction de sa famille.

— Sa famille fait de la Résistance comme une chose normale, quotidienne, sans histoire.

— Non, ce n'est pas une question de faire de la Résistance. Ils font de la Résistance comme ils feraient n'importe quoi. C'est quelque chose de banal, de normal dans la famille. D'ailleurs, Jacques n'a pas une famille héroïque et il part tout de même sans histoires.

— Si son père avait froncé les sourcils il n'aurait pas bougé.

— C'est possible.

— Son père l'a envoyé défendre l'honneur de la France comme lui l'avait défendu à la bataille de la Marne.

— Je me fous de ses motifs. Je sais simplement que lui peut se bagarrer avec la famille dans le dos. C'est plus facile. »

Surpris moi-même de mon âpreté, je me tus brusquement.

Et puis que dire ? Nous étions trois gosses perdus dans la nuit. Vivre, solliciter la bénédiction avant le grand départ, tout cela restait du domaine de la Comtesse de Ségur, les bons enfants, le bon petit diable, le mauvais génie. C'était plus simple de rester bien au chaud dans ses souvenirs d'enfance.

Après l'affaire de Vaudremont le climat a brusquement changé. Nous avions beau éviter les routes, monter les gardes de nuit, de drôles de types en salopette tournaient autour du moulin.

Georges était parti avec le petit Pierre jusqu'à Maffliers. Comme dans les grandes circonstances, Jacques se débattait avec ses rustines, sa chambre à air toujours aussi mystérieusement dégonflée.

Nous le laissions derrière nous. Ted, Bernard et moi emportions Joséphine, le ravitaillement, les grenades et nos sacs de montagne bourrés à craquer.

Ted ne se sentait plus.

« Événement sensationnel. Mieux que la retraite des dix mille. Remarquez, Mesdames et Messieurs, pour la première fois dans l'histoire, la génération qui n'a pas connu la défaite, qui n'a pas connu la honte de l'armistice doit glorieusement lâcher pied dans un combat inégal.

Nos ancêtres ont pu faire la course à pied des Ardennes aux Pyrénées, plus modestes, nous nous contentons de filer de Prairiel à Maffliers. Évidemment, nous ne sommes pas battus, nous les invaincus, les durs de la clandestinité. Écrasés sous le nombre nous cédons le terrain pied à pied dans une retraite minutieusement préparée à l'avance.

  • Ta gueule », fit Bernard ulcéré.

Sur la Nationale I nous avions croisé les deux types aux allures suspectes qui traînaient autour du camp de Valentin et du moulin de Béhu. Ils nous avaient regardés passer avec indifférence.
*****

Les pères ne savent pas grand-chose dans cette affaire. Le père de Varlot est apparu sous l'aspect d'un homme court, sanguin, le teint couperosé. Il voulut lui aussi donner son interprétation de l'affaire.

« C'étaient des gamins, Monsieur le Président ! Si j'avais su que derrière toute cette panoplie patriotique, il y avait des histoires sordides, de fric, d'exaltation de gosse, je lui aurai donné une volée à Joseph et tout aurait été dit.

C'était un bon petit. Il faisait toujours des confidences à sa mère. Bien élevé avec ça. Ah, je l'avais éduqué ! Jamais un mot plus haut que l'autre. Je l'avais habitué à filer doux, Monsieur le Président. »

Sa déposition continue sur ce ton sans que le Président intervienne. Brusquement le témoin quitte le ton monocorde qu'il avait adopté jusqu'à maintenant et en arrive à ceux qui ont sali l'honneur de familles irréprochables. Il éclate en reproches contre ceux qui ont gonflé cette affaire. Il a la bouche mauvaise et le poing menaçant en regardant le banc de la presse mais lui pour sa part ne sait rien de ce qu'il appelle « ce grand malheur ».

« Tout ce qu'on m'a dit c'est qu'il fallait se battre contre les Allemands et pour cela, Monsieur le Président, depuis le Chemin des Dames, j'ai toujours répondu présent. »

(LE GLOBE – 13 mai 1947)
Le Commandant Meursault qui nous hébergeait à Maffliers était d'un style nouveau.

Légionnaire en retraite, le teint cuit et la moustache broussailleuse, il en était resté à la ligne bleue des Vosges, aux pèlerinages à la statue de Strasbourg et aux combats dans le bled contre les Salopards.

Il hébergeait avec nous l'Armée Française de demain.

« Alors mon petit, faisait-il à Ted, vous en avez bousillé beaucoup de Boches ?

— Euh...

— Vous verrez ça quand les Alliés seront là avec leurs tanks et leur artillerie. Ils ne résisteront pas longtemps, ces salopards. Ils foutront le camp comme des lapins. Vous vous engagerez dans l'Armée Française et vous leur flanquerez une de ces tripotées... Seulement, cette fois, il ne faudra plus s'arrêter au Rhin.

Ah, si on avait écouté Foch les troupes françaises auraient défilé sous la porte de Brandebourg. Ce sont ces salopards de parlementaires et les Anglais qui nous ont mis là où nous sommes. »
Le Commandant Meursault se retrouvait avec Jacques dans les perspectives militaires et longuement, dans le sable des allées du jardin, il mijotait des mouvements tournants qui auraient déjà permis à Eisenhower d'enfoncer le centre, de déborder les ailes, de réaliser des avancées foudroyantes sur les arrières de l'Allemand.

Meursault en était resté aux marches harassantes sous le soleil, aux effets de fantasia. Il ignorait froidement les attaques de chars et les bombardements en piqué.
*****

Nous avions repris nos tours de garde et nous attendions les ordres de Valentin.

Je traînais le soir avec Ted qui prenait la première veille. Passant du lycée à la Résistance, du scoutisme à la clandestinité, nous n'avions connu ni les petits matins frais ni les bistrots dans la vapeur chaude du percolateur, ni les croissants qu'on enfourne accoudé au zinc.

Les femmes étaient pour nous des compagnes mystiques qui ne servaient qu'à faire des enfants tout en ayant la même éducation tranquillement bourgeoise et conforme. Avec les rouges, les ivrognes et les pédérastes (nous ne savions pas ce que c'était) s'étendait le monde louche des femmes de mauvaise vie. Cet univers défendu dont nous rêvions avec nostalgie, avec des pudeurs érotiques d'adolescent, Ted le traversait avec aisance.

« Des femmes, on en trouve toujours qui ne demandent pas mieux. Une femme sert à faire l'amour.

— Évidement, mais ce sont des putains.

— Pas du tout. Des étudiantes bien roulées qui ont de la technique et qui ne font pas de chichis.

  • Elles font ça pour rien ? demanda Jacques ahuri.


Aimer ce n'est pas une histoire de cinéma mais une réalité transformante. C'est se mériter l'un l'autre. C'est se forger une âme pour être digne de vivre à deux la Grande Aventure du Foyer. C'est se préparer pour les Enfants qui naîtront un jour. L'un sur l'autre appuyés, c'est regarder en face l'avenir afin de n'être point surpris quoi qu'il arrive.

Ce que le pays de France attend de ses garçons, ce n'est pas qu'ils sachent conter fleurette. Mais qu'ils se fassent des âmes de Chefs, des âmes délicates et fortes, des âmes capables d'inspirer et de mériter confiance. Ce qu'il attend de ses filles, ce n'est pas qu'elles soient expertes en fanfreluches et habiles à effeuiller la marguerite. Mais qu'elles soient la Compagne, qui fait face dans les coups durs, le Cœur fidèle et tout donné, la Maman courageuse et souriante, élevant sa belle nichée d'Enfants.

Et je crois que cela, le Christ aussi l'attend...
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