L’Europe dans tous ses états : réflexions sur l’histoire des transitions politique en Europe avant 1945





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date de publication03.11.2017
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L’Europe dans tous ses états : réflexions sur l’histoire des transitions politique en Europe avant 1945


MARIE-FRANCE BRUN


Il est intéressant, à l'heure de l'Union européenne, de la construction démocratique et volontaire d'une Europe supra-étatique, de regarder en arrière, de remonter jusqu'à la chute de l'Empire romain d'occident du Vème siècle, pour retracer le long chemin " plein de bruits et de fureurs " qu'a parcouru l'Europe, et de s'interroger sur l'existence d'un destin commun au-dessus de la diversité des peuples, des langues, des religions.

Je retracerai les grandes étapes : l'Europe chrétienne (VIIème - XVème) puis l'Europe de la raison d'Etat (XVème - XVIIIème), l'Europe française unifiée par la force et par le Code civil (1792-1815), le retour de la vieille Europe (Europe du Congrès de Vienne 1814 - 1860) et l'Europe des nationalités et des nationalismes.

Aujourd'hui on appelle " Europe " le territoire qui s'étend de l'Atlantique à l'Oural. Les limites géographiques du continent européen suscitent peu de contestations (bien que les limites Asie/Europe ne soient pas tranchées de manière incontestable). En revanche s'interroger sur l'existence d'une " communauté supérieure " au-dessus de la diversité des peuples, des langues, des religions apparaît moins évident.

Cette histoire politique commune débute au Vème siècle, plus exactement en 476, avec l'effondrement de l'Empire romain d'occident provoqué par les invasions germaniques. Cet Empire essentiellement méditerranéen va léguer à l'occident le concept d'Etat et de Droit (laïcisé) qui sera retrouvé seulement au XVème siècle.

L'Europe chrétienne (VIIème - XVème)

Entre le Vème et le XVème siècle sur les ruines de l'Empire romain apparaît un nouveau type d'organisation politique, une société anarchique, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire sans pouvoir politique centralisé et unique. Ce lien abstrait d'autorité qui liait le citoyen à l'Etat romain est remplacé par un lien contractuel, un serment de fidélité entre hommes libres. A cela s'ajoute l'appropriation privée des prérogatives régaliennes qui entraîne la dispersion du pouvoir politique entre des autorités nombreuses et concurrentes.

Cette anarchie politique favorise le développement de l'influence de l'Eglise de Rome, promue médiatrice entre le monde romain et le monde germanique. L'Eglise " universelle " transcende le morcellement politique. Mais la prise de conscience politique d'une solidarité européenne sera provoquée par les conquêtes arabes, plus exactement leur reflux de la bataille de Poitiers (732) à la reconquista espagnole achevée en 1492 (chute de Cordoue - capitulation du dernier Etat musulman d'Espagne).

La lutte contre les arabes donne son identité à l'Europe. Partagés entre des centaines de rois et de seigneurs tous les peuples de l'Europe occidentale formaient néanmoins un seul peuple : le peuple chrétien. Au IXème siècle avec le St Empire romain de Charlemagne l'Europe connaîtra pour la première fois une unité politique coïncidant avec la sphère d'influence de l'Eglise.

Mais les fils et petits-fils de Charlemagne se partageront l'Empire. Le Traité de Verdun de 843 mettra fin à l'unité européenne (Francie occidentalis, Francie orientalis, Lotharingie). Toutefois, la chrétienté, l'universalisme chrétien se maintiendra. Les peuples chrétiens se groupaient pour la croisade et l'Eglise dominait tout (la science, l'art). Pendant tout le reste du Moyen-Age persistera le rêve d'unifier l'Europe sous la direction soit de l'Empereur d'Allemagne, soit du Pape.

Une période de transition du XIIIème au XVème marquée par le déclin de l'influence de l'Eglise annonce les Etats modernes (XVème - XVIIème).

L'Europe de la raison d'Etat (XVème - XVIIIème)

Le tournant du XVème siècle avec l'apparition d'Etats modernes structurés écarte toute idée d'unité politique. Le cadre de la chrétienté craque de toute part sous l'effet des grandes découvertes (l'imprimerie, l'Amérique), de l'humanisme de la Renaissance (révolution intellectuelle), de la prise de Constantinople par les Turcs (1453) et enfin la Réforme protestante divise la chrétienté entre catholiques et protestants. La réforme détruit le dernier principe d'union : l'unité de croyance.

La raison d'Etat guide la politique des puissances européennes. Les monarques légitimés par le droit divin estiment que leurs intérêts supérieurs exigent une balance, un équilibre des forces entre les différents royaumes : au XVIème lutte entre les maisons d'Autriche (Charles Quint) et de France, XVIIème avant Louis XIV (1643), 5 grandes puissances : France, Autriche, Espagne, Suède, Turquie sur la scène européenne. A la mort de Louis XIV (1715) seules la France et l'Autriche comptent encore, mais on voit apparaître la Prusse, la Russie. Traité de Westphalie : 1648. Traité des Pyrénées : 1659. Théorie des frontières naturelles. Fin de la guerre de 30 ans.

A partir du milieu du XVIIIème l'Europe des Lumières matrice de la Révolution française de 1789 annonce une nouvelle période : l'Europe française unifiée par la force (1792 - 1815).

L'Europe française unifiée par la force (1792 - 1815) et par le Code civil (1804)

Les révolutionnaires de la Convention, puis du Directoire contrairement aux principes qu'ils proclamaient mènent une politique d'annexion. La guerre apparut d'abord comme une croisade pour la libération des peuples, mais très rapidement on passe à la conquête. A peine le territoire français libéré, après Valmy, par la retraite des prussiens les Français prirent l'offensive sur toutes les frontières.

Au moment du coup d'Etat de Bonaparte le 18 Brumaire an XVIII (1799) la France est beaucoup plus étendue qu'elle ne l'était en 1789. Bonaparte continua la guerre. En 1803 il impose une Constitution fédérale à la Suisse dont il devient le médiateur. Entre 1805 et 1807 se forme progressivement le Grand Empire (victoire sur l'Autriche à Austerlitz 1805, sur la Prusse à Iena 1806, la Russie après Friedland 1807). Le Grand Empire regroupe autour de la France l'Italie, la Hollande, l'Allemagne du Sud. Bonaparte chasse les Bourbons de Naples.

Il place à la tête du royaume de Hollande son frère Louis ; en juillet 1806 il crée la Confédération du Rhin et s'en déclare le protecteur. Alors prit fin le St Empire romain germanique d'Othon le Grand (962). François de Habsbourg renonça à son titre d'Empereur. Napoléon utilise l'arme économique (blocus). Le blocus entraîne de nouvelles conquêtes : l'Espagne. Mariage autrichien en 1810 - Roi de Rome 1811. Grand Empire 1807 - 1811.

En 1811 si l'on excepte la Suède, le Danemark, la Prusse et les trois Empires : autrichien, russe, turc, toute l'Europe obéissait officiellement à Napoléon (sauf Sardaigne, Sicile). Système européen fondé sur des liens familiaux et vassaliques. Toutefois en 1807 s'esquissait une communauté politique européenne où le Code civil serait devenu le fondement de la nouvelle Société continentale et la départementalisation le modèle.

L'Empereur aurait déclaré en 1811 : " Je veux achever ce qui est ébauché ; il faut que je fasse de tous les peuples d'Europe un même peuple. Il nous faut un Code européen, une Cour de cassation européenne, une même monnaie… ".

On peut dire que le Grand Empire a ébranlé l'Ancien Régime, a favorisé la modernisation de l'Europe. Napoléon a introduit en Europe les principes de 1789 en essayant de faire adopter le Code civil par tous les Etats du Grand Empire. Il voulait étendre à toute l'Europe l'organisation administrative et sociale qu'il avait donné à la France (disparition du servage, des privilèges, égalité civile, religieuse, successorale ; influence de l'Armée napoléonienne ; français langue officielle, transfert des archives de l'Europe à Paris). Pour Metternich Napoléon était un " Robespierre à cheval ".

La pesanteur de la domination Napoléonienne va susciter en réaction le nationalisme des peuples soumis. Dans toute l'Europe : Espagne (1806), Italie, Allemagne (Fichte), Russie, l'idée nationale et patriotique se dresse contre Napoléon. Les princes de la vieille Europe vont récupérer ces mouvements nationaux qui provoqueront la chute du Grand Empire (1811 - 1814). La guerre des peuples allait permettre la coalition des monarques.

Le retour de la vieille Europe ou l'Europe du Congrès de Vienne (novembre 1814 - juin 1815) et de Metternich (1814 - 1860)

L'effondrement de l'Empire napoléonien ouvre la période ; abdication de Napoléon en 1814. Un Congrès allait s'ouvrir à Vienne pour régler le nouveau statut de l'Europe. Il s'agissait pour les alliés (G.B. ; Russie ; Prusse ; Autriche) de répartir les dépouilles du Grand Empire et créer un système continental qui puisse éviter le retour des guerres. Mais les vainqueurs n'avaient pas de vues générales, seulement des intérêts.

Tous les Etats d'Europe sont convoqués à l'exception de la Turquie ; 140 souverains présents ou représentés. Mais il n'y a eu aucune réunion plénière, tout se discute entre les quatre alliés. Pour eux le Congrès est un moyen d'imposer leurs décisions à l'Europe.

Le Congrès établit un équilibre européen fondé sur la balance des forces. Le nouveau partage territorial ignore totalement la volonté des peuples. L'Europe serait partagée sans être consultée. Pour remanier la carte de l'Europe les quatre grands se réfèrent à la situation territoriale existant en 1792, et mettent en œuvre deux principes : c'est le retour des monarques de l'Ancien Régime corrigé par le principe de l'équilibre des forces. L'Italie se retrouve aussi morcelée qu'avant 1792. L'Italie n'existe pas au sens politique du terme. Selon la formule de Metternich, " l'Italie n'est qu'une simple expression géographique ".

La Prusse rhénane apparaît aux frontières de la France. L'axe de l'Autriche s'est déporté vers l'Italie. Au sein de la Confédération germanique l'Autriche et la Prusse ne voient que la satisfaction de leurs intérêts particuliers.

Pour assurer la pérennité du nouvel ordre européen contre un éventuel retour de l'impérialisme français les alliés signent le Traité de la Ste Alliance proposé par le Tsar Alexandre Ier, mais remanié par le Chancellier Metternich (1815). Il semble qu'Alexandre Ier ait voulu s'appuyer sur le caractère universaliste du christianisme pour mettre sur pied une organisation internationale qui grouperait toutes les puissances continentales et maritimes.

Metternich va utiliser la Ste Alliance pour faire " la police internationale " contre la Révolution. Il estime que les souverains réunis en Congrès sont légitimement habilités à intervenir en Europe pour rétablir l'ordre menacé par les mouvements nationaux et libéraux ; en Allemagne, en Italie, en Espagne… Mais cette solidarité entre grandes puissances conservatrices va être mise en échec par les actions nationales et libérales (insurrection grecque).

L'Europe de 1815 construite contre l'hégémonie française n'a pas résisté longtemps aux mouvements des nationalistes.

La nouvelle Europe ; l'Europe des nationalités et des nationalismes (1859 - 1914)

Le renversement de Charles X en France (1830) est le signal d'une agitation libérale et nationale qui gagne toute l'Europe. Les Révolutions de 1830 annoncent une nouvelle Europe tantôt fragmentée, tantôt unifiée par la poussée du principe des nationalités.

Le principe des nationalités peut se révéler destructeur lorsqu'il pousse toute une série de peuples à revendiquer leur indépendance au sein de l'Etat auquel ils sont rattachés. C'est le cas des tchèques, lombards, vénitiens rattachés à l'Autriche ; des grecs, des roumains, des serbes rattachés à la Turquie ; des belges rattachés au royaume de Hollande ; des irlandais rattachés à la G.B. et enfin des polonais rattachés à la Russie, la Prusse et l'Autriche.

En revanche le même principe des nationalités peut être facteur d'unité dans les pays où les habitants d'une même nationalité sont partagés entre plusieurs Etats distincts : c'est le cas de l'Allemagne, de l'Italie. Principe d'unité ou de destruction, le principe des nationalités peut également pousser à la conquête. Le principe des nationalités est révolutionnaire ; il ne pouvait se réaliser que par le bouleversement de l'Europe de Vienne. Les révolutions de 1830, puis de 1848 seront étouffées par les puissances conservatrices (en 1849). L'arrivée au pouvoir en France de Napoléon III, défenseur du principe des nationalités va favoriser l'unité italienne, et involontairement et indirectement l'unité allemande.

Napoléon et Bismark à partir de 1862 vont ensemble bouleverser l'Europe qui se donne un nouveau statut territorial fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. A partir du Traité de Francfort de 1871, l'antagonisme franco-allemand empêcha cette paix réelle en Europe de 1871 à 1914. L'Europe se divise en deux blocs de 1871 à 1890. Bismark réussit à établir la prépondérance allemande en Europe en isolant la France par un système d'alliances complexe. Après la chute de Bismark la France sort de son isolement. Elle s'allia à la Russie (1893), conclut avec la G.B. une entente et l'alliance franco-russe, rapprocha l'Angleterre de la Russie avec lesquelles elle forma la triple entente (1907). De 1905 à 1913 : succession de crises. Le vieux continent est à feu et à sang ; l'Europe était à refaire.

En conclusion, après la seconde guerre mondiale, pour de nombreux intellectuels et les politiques, le salut passe par une Union européenne (A. Briand en 1929 parle d'Etats-Unis d'Europe, mais l'avènement d'Hitler anéantit tous ces efforts). En 1945 après la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie l'Europe était ruinée, dévastée (aide américaine : plan Marshall) et divisée en deux blocs par le rideau de fer. L'idée vient naturellement d'unir les Etats d'Europe. C'est une démarche consensuelle, volontaire.

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