«Le stade de l'expérience : une incertaine science communale et la question de l'institutionnalisation disciplinaire des savoirs urbains»





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PAYRE, Renaud (2005).

« Le stade de l'expérience : une incertaine science communale et la question de l'institutionnalisation disciplinaire des savoirs urbains ».

Revue d'histoire des sciences humaines. N° 12. P. 97-116.
Au cours de la séance de clôture de la conférence internationale des villes, organisée en 1934, à Lyon et portant sur l’élaboration d’une « science communale », un professeur de la Faculté de droit de Strasbourg, Marcel Prélot (1898-1972), relève la fragilité de cette science encore balbutiante. Le directeur des études de l’École pratique d’administration, destinée à la formation du personnel municipal, souligne le caractère incertain de ce qui n’est encore qu’un projet « scientifique ».

« En ce qui regarde la "science communale", celle-ci est encore à se chercher. Nous en demeurons au stade de l’expérience. Il s’agit beaucoup plus de susciter la vie, de provoquer des initiatives, de stimuler les recherches, que d’unifier, de coordonner et de centraliser ce qui n’existe pas encore ou ce qui n’a actuellement qu’une forme provisoire et incertaine. »1

De fait la « science communale » ne s’est pas institutionnalisée. Il n’y a pas eu de collaboration et d’unification des lieux d’élaboration et de diffusion de savoirs portant sur l’administration et la politique des villes. Cette unité a pourtant été entrevue à plusieurs reprises dans l’entre-deux-guerres par des institutions nationales ou internationales au premier rang desquelles figure l’Union internationale des villes. Elle a néanmoins été refusée. Les propos qui vont suivre s’intéressent à cette science oubliée, ceux qui l’ont promue n’ayant pu ou ne s’étant pas préoccupés de trouver les voies de son institutionnalisation comme discipline. Certains seraient tentés de présenter a posteriori cette science comme un échec scientifique en pointant son incapacité à s’imposer comme discipline institutionnalisée2. La « science communale » figure bien sur la longue liste des sciences improbables qui peuplent l’histoire des sciences et notamment des sciences sociales3.

La « science communale », savoir urbain dédié au gouvernement des villes, a davantage consisté en une science possible qu’en un échec disciplinaire. Cette nuance est-elle une simple coquetterie rhétorique ? Non, c’est une conception de l’élaboration des sciences qui est ici en jeu. Longtemps l’institutionnalisation disciplinaire a été envisagée par les sociologues des sciences comme la seule consécration des projets scientifique, le degré suprême de la scientificité. Dans le cadre du séminaire que Robert Merton et Paul Lazarsfeld proposent sur l’histoire de la recherche sociologique empirique à l’Université de Columbia à partir de 1963, certains jeunes chercheurs se penchent sur des cas d’échecs scientifiques. Ainsi Stephen Cole étudie le cas de la science sociale britannique4. Les recherches empiriques produites dans l’Angleterre victorienne ont eu des visées réformatrices5, visées qui sont considérées par Cole comme autant de freins à leur institutionnalisation. L’auteur en vient ainsi à énumérer les facteurs de ladite institutionnalisation scientifique : il retient à côté du rejet des préoccupations non scientifiques, l’existence de problèmes et d’outils communs, le développement de statuts accompagnant la professionnalisation, de lieux de socialisation, la publication de manuels, la formation de canaux de communication (comme les revues) et enfin la nécessité d’une continuité scientifique visible en partie dans les notes de bas de page. Mais une telle approche institutionnelle des sciences en pointant les degrés de développement des disciplines tend à ne pas prendre au sérieux les simples projets. Projets qui présentent sinon des contradictions du moins une certaine hétérogénéité dans les visées et les objets du savoir en voie de constitution. Projets sans nom attesté ou au contraire affublés de nombreux noms qui empêchent alors une désignation de ces savoirs. Mieux encore, il existe des savoirs qui ne donnent pas naissance à des disciplines non pas parce que leur promoteurs n’y sont pas parvenus mais tout simplement parce qu’ils résistent à l’homogénéisation que la mise en discipline suppose. Ce sont des savoirs non « disciplinarisés » ou pour le dire plus simplement des savoirs contre les disciplines. C’est le cas des « matières municipales » et du projet d’élaboration d’une science de gouvernement municipal urbain dans la France des premières décennies du vingtième siècle. Nous allons nous intéresser à cette « science communale » en reprenant ainsi le terme qui désigne provisoirement en 1934 ces expériences de science des villes. Une science voulue par des militants d’une forte organisation municipale urbaine et élaborés pour gouverner les villes mais une science envisagée dans un pays et une conjoncture où les Universités d’État s’imposent comme les lieux quasi monopolistes de consécration scientifique.
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