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Un discours « social » auquel il ne renoncera pas sans de solides raisons
Dans le schéma le plus fréquent, le mouvement xénophobe procède par un échange quasiment explicite : la droite de gouvernement applique des mesures xénophobes-sécuritaires (qui sont importantes pour les droites populistes xénophobes) contre un soutien aux aspects politiques et économiques de son gouvernement libéral-conservateur. Chacun « achète » le soutien de l’autre aux

mesures qui lui semblent essentielles.

Dans le cas du Front national, le discours social n’est pas un simple « plus » auquel il pourrait renoncer, même en échange de la mise en application de mesures xénophobes.

D’une part, le FN veut une mutation nationaliste autoritaire plus radicale que ce que peut entreprendre un gouvernement conservateur. D’autre part, ces thématiques ont tissé un lien de plus de deux décennies entre le FN et son électorat populaire. Enfin, les aspects les plus radicaux, sociaux, antilibéraux des propositions du FN lui permettent de maintenir une distance avec la droite, de signaler que la droite défend des intérêts politiques et sociaux opposés à ceux des couches populaires. Ces propositions deviennent une assurance pour éviter que cet électorat populaire conquis par la droite radicale revienne vers la droite conservatrice. Ce programme social est une digue, un verrou pour interdire ou limiter la circulation des électorats, le Front national n’a plus besoin de croire à son

programme « social » pour avoir intérêt à le défendre.

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27 Projet économique du Front national (avril 2011), p. 22

Mais le programme antilibéral du FN, qui le distingue de nombre des autres mouvements populistes xénophobes européens (mais le rapproche du NPD allemand), n’est pas pour autant un programme de gauche ou socialiste. Le Front national, qui est un courant de la droite radicale, n’a aucune raison de se laisser absorber par la droite classique. Modernisé, présentable tout en cultivant l’aspect social qui sert de cliquet, et vertébré par une solide culture de droite révolutionnaire, il est, malgré la faiblesse de son appareil, une des plus solides formations européennes de droite radicale. Le socle du FN est constitué par des couches sociales qui vivent la crise (qu’elles la comprennent ou l’analysent mal est très secondaire). Elles vivent, au-delà de la crise économique, une crise de civilisation, crise du sens, crise des perspectives, crises de la démocratie.

L’antilibéralisme et les emprunts à la gauche trouvent leur limite dans l’abstention de toute critique du capitalisme, du rapport salarial, de la propriété privée. La même configuration se remarque dans les programmes des droites radicales d’entre deux guerres, pour la même raison fondamentale 28. C’est que l’ethnique ou national absorbe le social.

Ainsi le programme du FN entre en contradiction avec la pratique du mouvement ouvrier quand il prône la préférence nationale contre la défense de tous (toutes) les salarié-e-s. Ce n’est pas l’exploitation patronale qui est contestée, mais les droits d’une partie des salarié-e-s. Les aspects sociaux du programme du FN constituent donc un leurre, une impasse contre-productive, car la solution proposée est la « préférence nationale », une forme d’apartheid propre à affaiblir la position de tous les salariés face au patronat. Le FN veut institutionnaliser les mesures créant deux marchés du

travail, favorisant la coexistence d’une population sans droits qui, inévitablement, serait utilisée comme levier contre les droits de tous, en particulier des « nationaux ».

Mais le programme du FN se livre au même type d’occultation dans ses propositions utilisant des formules « de gauche » en matière économique et industrielle. En effet, en dénonçant la mondialisation libérale et les délocalisations, le FN peint un tableau dans lequel l’économie nationale est en prise aux attaques déloyales des;économies émergentes, avec la complicité des autorités européennes. Or la désindustrialisation d’un pays comme la France est due à plusieurs facteurs, mais les délocalisations qui ont lieu sont toujours des décisions des patrons des entreprises ou du groupe dont fait partie le site délocalisé. C’est toujours la recherche du plus grand profit par la direction des entreprises qui est en cause. De ce fait, la dénonciation des méchants Chinois est un leurre qui détourne la colère des salariés des vrais responsables. Et les mesures protectionnistes (qui peuvent être utiles) sont moins efficaces que d’obliger, par la loi et le rapport de force social, les entreprises européennes à renoncer à toute forme de dumping social. Ici le « national » imaginé vient encore masquer, voiler le social réel.
Le Front national peut avoir un bel avenir devant lui
Les droites populistes xénophobes européennes prospèrent dans un espace politique continental créé par l’incapacité de l’Europe à se construire en tant que puissance reposant sur un modèle social attractif. L’avenir du FN dépend donc en dernière analyse de la persistance ou de la fermeture de l’espace politique européen dans lequel prospèrent les droites populistes et xénophobes et des paniques identitaires.

Cet espace se dissoudra avec l’apaisement des paniques identitaires et avec des solutions à la crise multiforme que connaît le continent européen.

Point n’est besoin que tous les problèmes soient résolus, mais il faut que des courants politiques proposant des solutions socialement crédibles existent. Car les discours moralisateurs ne sont pas pertinents ni efficaces pour contrer les mouvements qui exploitent les paniques xénophobes, et encore moins ceux de droite radicale.
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28 De ce point de vue, l’édition en 2012 de la première traduction française de textes de Gottfried Feder (le rédacteur du programme économique du NSDAP) par Pierre Vial, un des responsables du tournant « social » du FN dans les années 1990, recueil préfacé par Roland Wuttke, un responsable du NPD, est emblématique.
À la configuration opposant un parti ni républicain ni vraiment démocratique aux autres courants du champ politique traditionnel se substitue un combat aux multiples acteurs dans lequel la gauche radicale va se battre contre les droites radicales avec ses propres arguments. Car, au plan économique sur lequel le FN s’est délibérément placé il n’existe pas d’équivalent aux valeurs consensuelles républicaines, liberté, égalité, fraternité, il n’existe pas de minimum démocratique commun

Il s’agit de construire une autre Europe, ni Europe libérale, ni Europe forteresse, s’appuyant sur des acteurs politiques et sociaux continentaux, autour de perspectives sociales et politiques européennes (ne serait-ce qu’une protection sociale européenne, des services publics européens), une Europe capable enfin de jouer un rôle positif effectif dans les relations internationales.

Pareil projet est un projet en rupture, suppose de gagner de vraies épreuves de force politiques et sociales, et donc de construire les acteurs politiques capables de les mener à bien. La remise en cause du traité de Maastricht, qui scelle dans le marbre le caractère libéral de la communauté, suscitera par exemple des résistances acharnées.

Le temps des larges coalitions contre l’extrême droite est révolu. Le relatif confort d’une opposition bipolaire entre les droites radicales et tous les autres aussi. L’illusion de combats sur des valeurs morales s’évanouit. Le Front national est un des plus coriaces représentants d’un courant politique européen qui traduit à sa façon une demande de politique. Il ne pourra être contré que par des réponses politiques, par des acteurs proposant d’autres voies de sortie de la crise.
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