Le Xviiie siècle : éveil protestant et déclin catholique ?





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Le XVIIIe siècle : éveil protestant et déclin catholique ?

Si l’on se place au début du XVIIIe siècle pour établir un bilan comparé des missions catholiques et protestantes, le contraste apparaît saisissant. D’un côté, les missionnaires catholiques ont sillonné tout le monde connu et, si leurs efforts n’ont pas toujours été couronnés de succès, notamment en Afrique et en Asie, du moins ont-ils tenté de proclamer partout l’Évangile. De l’autre, le protestantisme s’est caractérisé par une « abstention missionnaire » remarquable : quelques tentatives terminées par un échec au XVIe siècle1 (Brésil2, Floride3), à peine plus au XVIIe (Brésil à nouveau4, Ceylan, Batavia, Taïwan, Surinam, Curaçao5, Nouvelle-Angleterre6, Gambie, Côte de l’Or7) et sans grands résultats. Or la fin du XVIIIe siècle présente un bilan très différent : les missions catholiques n’ont guère fait de progrès et ont même dû abandonner certains territoires, la Chine étant le plus connu, alors qu’on trouve des missionnaires protestants au Groenland8, à Tranquebar en Inde9, aux Antilles10, en Amérique du Nord11, sur la Côte de l’Or et en Afrique australe12 ; si l’on est encore loin du grand élan missionnaire du XIXe siècle, il faut avouer que le protestantisme semble commencer à être touché par le désir missionnaire.

Comment alors expliquer ces changements ? Pour tenter de répondre à cette question, nous allons procéder en plusieurs temps. Tout d’abord un état des lieux des missions effectuées au XVIIIe siècle devrait nous permettre de repérer quels sont les milieux missionnaires. Nous pourrons ensuite nous demander pourquoi ils le sont, en s’intéressant aussi bien à leur pensée qu’aux conditions matérielles et politiques qui les favorisent ou handicapent leur action. C’est alors, dans un troisième temps, qu’il sera possible de formuler des hypothèses sur les facteurs qui peuvent ou non favoriser les missions.
L’essor des missions protestantes au XVIIIe siècle
Les principaux lieux de mission viennent d’être énumérés. On peut revenir brièvement sur chacun d’entre eux, pour mieux les définir.

Le terrain de mission défriché au XVIIIe siècle sans doute le plus surprenant est le Groenland. L’île est alors peu connue et est surtout une zone de pêche à la baleine pour les marins danois et hollandais. En 1710 Hans Egede (1686-1758)13, pasteur luthérien de Waagen, marqué par ses lectures sur le pays, par les discussions à la Cour de Copenhague autour de l’idée de mission et par ses relations avec Thomas von Westen qui, à la même époque, évangélise les Lapons, établit un plan pour la conversion et l’instruction des Groenlandais. Les difficultés politiques, les réticences des évêques et les problèmes familiaux font qu’il n’embarque, avec sa femme et ses quatre enfants, en compagnie de quarante-six personnes, qu’en mai 1721. Il atteint l’île d’Imeriksok, sur la côte Ouest du Groenland, le 3 juillet 1721 et y fonde la colonie de Godthåb. La rencontre avec les Eskimos est difficile mais la langue est apprise peu à peu grâce à son fils Paul, né en 1708, qui joue avec les petits eskimos. Le premier baptême a lieu en 1724.

D’autres missionnaires viennent l’aider : Albert Top en 1723, Ole Lange et Heinrich Milzoug en 1725. Un deuxième poste de mission est ouvert en 1724 sur l’île de Nepisene, mais il est abandonné très vite à la suite d’une attaque des Hollandais. En 1728, Godthåb est transféré sur la terre ferme, ce qui est d’autant plus nécessaire que les eskimos, méfiants devant l’arrivée de nouveaux colons, sont partis plus au nord. En 1730 le roi Christian VI, trouvant la colonie peu productive, fait rapatrier les colons. Seuls restent quelques missionnaires comme Top et Egede. Ce dernier ne rentre en Europe qu’en 1736, après la mort des eskimos de Godthåb en 1734 et de sa femme en 1735, à la suite d’une épidémie de petite vérole. Hans Egede se consacre désormais à faire connaître le Groenland. Il traduit des psaumes en groenlandais, publie un catéchisme. Il fonde en 1737 le Seminarium Groenlandicum pour former des missionnaires et il devient en 1740 superintendant de l’église missionnaire du Groenland. Son fils Paul lui succède en 1747 à la tête du séminaire. Il traduit les évangiles en 1744 et l’ensemble du Nouveau Testament en 1766.

Mais à la mission luthérienne s’est ajoutée une mission morave. Les cousins Christian et Matthias Stach et Christian David ont débarqué au Groenland en 1733 et se sont établis un peu au Sud de Godthåb, suivis peu après par Beck et Böhnisch14. Après plusieurs années infructueuses, les missionnaires moraves réussissent à convertir un chef eskimo, Kajarnak (29 mars 1739) ; cela marque le début des conversions. À la mort de Zinzendorf (1760), ils ont deux stations, Neu-Herrnhut et Lichtenfels. En 1793 Jens Brodersen installe la première imprimerie. Les impressions locales peuvent ainsi s’ajouter aux très nombreux envois de livres (au moins 21000 pour la période 1791-1850), ce qui explique le surprenant haut niveau d’alphabétisation relevé en 180015.

Proche de la mission au Groenland, au moins par le climat, sont les missions des moraves Grassmann et Schneider auprès des Samoyèdes, sur les bords de la mer de Kara (1738), de Haven en Labrador (1771), d’autres frères en Mongolie (1768)16.

L’Amérique est un champ de mission bien plus important. Les protestants sont très peu présents en Amérique du Sud, presque entièrement dominée par l’Espagne et le Portugal. Des moraves peuvent néanmoins s’établir au Surinam (1742). Les missionnaires sont surtout présents auprès des Indiens Arawaks. Salomon Schumann fonde le village de Pilgerhut où Indiens et missionnaires vivent en communauté ; mais en 1753 on ne compte encore que 260 baptêmes. D’autre missionnaires pénètrent à Curaçao (1757)17. Mais ces missions sont mal vues des autorités, qui privilégient le commerce.

Aux Antilles la première place est également prise par les moraves. À Saint-Thomas (Îles Vierges, appartenant au Danemark), Leonard Dober (1706-1766) et David Nitschmann (1696-1772) débarquent en décembre 1732. Dix-huit nouveaux missionnaires sont présents dans l’île voisine de Saint-Croix en 1734, dont Tobias Leupold. En 1735 arrive Frédéric Martin (1704-1750) qui prêche avec succès en créole aux esclaves, s’opposant ainsi aux planteurs qui le font emprisonner ; il ne doit sa libération qu’à une intervention de Zinzendorf. Mais les planteurs se rendent vite compte que les esclaves convertis se conduisent mieux et prennent ainsi de la valeur, ce qui permet à Martin de prêcher jusqu’à sa mort en 1750. En 1757 un premier bilan peut être fait : 92 missionnaires ont été envoyés aux Antilles danoises, dont 30 femmes ; 54 sont morts pendant le voyage ou sur place. 1400 esclaves ont été baptisés. Les moraves possèdent plusieurs plantations et chapelles. En 1832 on comptera 31310 baptêmes18.

Les moraves pénètrent aux Antilles anglaises à partir de 1755. Ils sont en Jamaïque et dans les îles voisines. En Jamaïque, Christian Heinrich Rauch obtient quelques succès19. À Antigua, les débuts sont particulièrement difficiles, avec seulement quatorze baptêmes en treize ans. Cela s’accélère avec Peter Braun qui arrive en 1769 et baptise 7400 personnes jusqu’à sa mort, en 1791 ; en 1788 le culte rassemblait plus de 6000 chrétiens20. À la Barbade des frères arrivent en 1765 mais la communauté est détruite en 1780 à la suite d’une tempête. À Tobago, la mission commence en 179021. Dans ces îles, l’événement décisif est en réalité la venue en Jamaïque, en 1783, de George Liele (1750-1828), un esclave noir de Virginie baptisé dix ans auparavant par un pasteur baptiste ; c’est le début, aux Antilles, de l’évangélisation des noirs par les noirs22. D’autres églises noires sont fondées par des missionnaires méthodistes.

L’Amérique du Nord est la seule région où il y a vraiment eu des missions protestantes au XVIIe siècle, grâce à John Eliot. La Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts (SPG), fondée en 1701, envoie 300 missionnaires en 75 ans dans les 13 colonies américaines, auprès des Amérindiens comme auprès des esclaves noirs. Mais ces efforts restent dispersés. Thomas Mayhew (1621-1657) avait installé une église chez les Indiens Wampanoags de l’île de Vineyard et sa famille continue à la desservir. Ailleurs, la SPG est active surtout parmi les Mohawks et en Caroline du Sud. David Brainerd (1718-1747), un Américain touché par le Grand Réveil, se met au service de la Society in Scotland for Propagating Christian Knowledge et s’établit à l’Est de l’Hudson, puis près des fleuves Delaware et Susquehanna. Les premières conversions ont lieu le 25 août 1745. Jonathan Edwards (1703-1758), le principal artisan du Grand Réveil, auteur de An Humble Attempt to Promote an Explicit Agreement and Visible Union of God’s People (1748), a une activité importante auprès des Indiens Housatonic. On trouve également des missionnaires méthodistes : si le séjour des frères Wesley en Amérique se solde par un échec et si George Whitefield prêche surtout aux colons, en revanche Richard Boardman et Joseph Pilmoor missionnent en Amérique du Nord à partir de 1769 à l’initiative de John Wesley. Ils sont rejoints par Francis Asbury (1745-1816) qui devient le véritable chef des missions méthodistes. En 1784 arrive Thomas Coke (1747-1814), qui fonde la Mission méthodiste des Indes Occidentales, à l’origine de l’African Methodist Episcopal Church (1787) et de l’African Methodist Episcopal Zion Church (1796)23.

Les baptistes sont également actifs, avec William Byrd qui fonde la première église noire à Bluestone River (1758), puis George Liele, déjà mentionné pour son activité en Jamaïque, fondateur de communautés baptistes noires en Caroline du Sud (1773) et à Savannah (1777)24.

De leur côté, les moraves s’installent en Pennsylvanie en 1734 avec August Gottlieb Spangenberg (1704-1792), ils y fondent les villages de Bethlehem et de Nazareth. Ils ont des rapports amicaux avec les Indiens. Le premier missionnaire est Rauch, qui arrive à New York en 1740 ; il évangélise les Mohicans à Shekomedo. Zinzendorf lui-même fait une tournée chez les Schawanoses (1742-1744). Le principal acteur des missions moraves, à partir de 1749, est David Zeisberger (1721-1808), qui vit parmi les Indiens Mohawks, Iroquois et Delaware. Les résultats restent modestes : des milliers d’Indiens adoptent des pratiques chrétiennes, mais beaucoup moins ressentent la « seconde naissance » piétiste25.

Les tentatives missionnaires sont également rares en Afrique. Georg Schmid (1709-1785) arrive au Cap en juillet 1737 puis cherche à évangéliser les Khois (Hottentots) ; il réussit à en baptiser, mais il est chassé d’Afrique par les planteurs hollandais (1744) ; les moraves ne pourront revenir au Cap qu’en 179226. Sur la Côte de l’Or (Ghana), un missionnaire de la SPG, Thomas Thompson, prêche auprès des indigènes de 1751 à 1756. Cette mission est suivie de celle de Philip Quaque, un Fetou envoyé à Londres pour devenir pasteur et qui rentre dans son pays en 176627.

En Guinée, la mission est surtout le fait des moraves, à la suite d’une rencontre entre Zinzendorf et Christian Protten (1715-1769), héritier d’un chef de Petit Poto. En 1737, Protten et un morave, Heinrich Huckoff, débarquent à Al-Mina. Mais Huckhoff meurt au bout d’un mois et Protten repart en 1740 vers les Antilles, à cause de la guerre qui sévit entre les Provinces-Unies et le Dahomey. Il y avait eu auparavant une tentative hollandaise avec l’ancien esclave Jacobus Eliza Joannes Capiten, formé à l’université de Leyde et qui avait ouvert à son retour à Al-Mina une école pour les indigènes28 ; mais il est mal accueilli par les colons. On retrouve Protten bien plus tard sur la Côte de l’Or, au fort danois de Ningo, où il accueille, en 1768, cinq moraves, dont Jacob Mader. D’autres frères, dont Westmann, arrivent en 1770, mais meurent au bout de quelques mois. La mission morave en Côte de l’Or est ainsi brutalement interrompue29.

La mission protestante la plus célèbre du XVIIIe siècle est celle de Tranquebar, comptoir danois en Inde. Deux piétistes, étudiants de Halle, Bartholomée Ziegenbalg (1683-1719) et Henri Plütschau (1677-1746), y débarquent en mai 1706. Mal reçus par le gouverneur, mal vus par la Compagnie des Indes danoise, ils s’installent dans le quartier indigène et apprennent le tamoul. Ziegenbalg traduit le Catéchisme de Luther puis, en 1708, le Nouveau Testament ; il écrit un recueil de proverbes malabars expliqués selon un sens chrétien (1708) et un traité sur Le paganisme malabar (1711). Une chapelle est construite, des écoles sont ouvertes. Plütschau, malade, rentre en Europe en 1711. Ziegenbalg, après un séjour en Europe de 1714 à 1716, revient à Tranquebar et commence la traduction de l’Ancien Testament, tâche interrompue par sa mort, le 23 février 1719. La traduction de la Bible est achevée par Benjamin Schultze (1689-1760), qui traduit également des cantiques piétistes. Il se consacre surtout à l’évangélisation des musulmans.

Dès 1725 la mission déborde du territoire danois et collabore avec la Society for Promoting Christian Knowledge ; les écoles et les chapelles se multiplient, des médecins sont présents à partir de 1730, un premier pasteur tamoul est ordonné en 1733. On compte jusqu’à cinquante-six missionnaires royaux danois. Johann Philipp Fabricius (1711-1791) réalise une nouvelle traduction de la Bible en tamoul et effectue de nombreux travaux linguistiques ; vivant à Madras, il est en butte aux persécutions des autorités et est allé plusieurs fois en prison. Le principal missionnaire, dans la deuxième moitié du siècle, est Christian Frédéric Schwartz (1726-1798) ; il évangélise les environs de Tranquebar, va jusqu’à Colombo. Il s’installe en 1762 dans une ville de l’intérieur, Trichinopoli, puis à Tanjore en 1772. Il est aumônier auprès de la Compagnie des Indes anglaise et le sultan de Tanjore en fait le tuteur de son fils. En 1800 la mission aurait 20000 convertis. Mais l’ère moderne des missions protestantes en Inde débute avec l’arrivée, en 1793, du baptiste anglais William Carey (1761-1834) qui proclame la nécessité du devoir missionnaire et dont l’exemple va susciter la naissance de nombreuses sociétés missionnaires.

Plus à l’Est, aux Indes néerlandaises, les missions sont plus difficiles car, pendant longtemps, seule l’église réformée néerlandaise est autorisée. Les pasteurs enregistrent des conversions à Ceylan à partir des années 1640, mais généralement d’indigènes déjà catholiques ; on arrivera tout de même à un total de 300000 convertis en 180030. Les frères moraves Nitschmann et Christian Friedrich Eller arrivent à Ceylan en 1738 ; mais ils sont chassés par les pasteurs au service des planteurs31. En Indonésie, on recense 43748 baptêmes d’indigènes de 1708 à 1771 auprès des pasteurs et des prédicateurs de la VOC (Verenigde Oostindische Compagnie) ; c’est surtout la population parlant malais qui est concernée, le Nouveau Testament ayant été traduit en malais dès 166832. Des frères moraves sont à Batavia à partir de 1746, d’autres à Nicobar (près de Sumatra), de 1768 à 1788.

À ce vaste tour d’horizon des missions protestantes, on peut ajouter quelques autres entreprises des frères moraves. Certains s’établissent, à la demande de Catherine II, à Sarepta, sur le cours supérieur de la Volga33. On en trouve également à Alger (1740), en Perse (1747-1750), en Égypte (1752-1783), etc.

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