Résumé Depuis «2000 ans»





télécharger 91.61 Kb.
titreRésumé Depuis «2000 ans»
page4/6
date de publication07.11.2017
taille91.61 Kb.
typeRésumé
h.20-bal.com > droit > Résumé
1   2   3   4   5   6

De l’État messianique à la nation de nations


11Les constitutions éthiopiennes de 1987 et de 1995 ne mentionnent plus la descendance salomonienne. La célébration du bimillénaire insiste avant tout sur la longue indépendance sans égale en Afrique (hormis l’Égypte) et dans le monde (hormis la Chine). Le mythe fondateur messianique est-il tombé en désuétude depuis la sénescence et la déposition du dernier negus ? Est-il ravalé à un accessoire folklorique ou a-t-il contribué à la pérennité de l’État éthiopien ? La république fédérale d’Éthiopie n’est-elle qu’un avatar de l’Éthiopie « éternelle » mal dissimulée sous les oripeaux fédéraux ou, au contraire, une survivance dont la sécession érythréenne annonce la prochaine disparition ? Les Éthiopiens sont-ils toujours orphelins comme l’avancent ces deux auteurs reflétant une opinion commune : « La structure fédérale n’a toujours pas réussi à produire un imaginaire national viable pour les populations éthiopiennes » (Barnes & Osmond, 2005, p. 17).

Le fédéralisme : oublier Salomon


12Les promoteurs du fédéralisme affirment pourtant la rupture totale d’avec la centralisation instaurée par Menilek et Haylä Sellasé et exacerbée par les militaires. La constitution reconnaît le droit à la sécession des peuples [hezb], nations [bahér] et nationalités [bahéräsab] d’Éthiopie dont la liste officielle fut établie à partir des travaux de l’Institut des nationalités fondé par Mängestu. Les critères choisis s’inspiraient du rapport sur les nationalités commandé à Staline par Lénine, basé sur les langues et traduit en amharique. Cependant, la terminologie est empruntée à des racines et des constructions sémitiques qui excluent toute référence explicite à une dimension ethnique ou religieuse. De très larges compétences sont dévolues à seulement 8 régions-États [kellel] et 3 villes fédérales à partir de 75 nationalités reconnues. Des peuples, nations et nationalités sont donc regroupés, notamment dans le kellel Sud.

Locuteurs des langues administratives et officielles par kellel (fig. 6)

http://espacepolitique.revues.org/docannexe/image/1257/img-6-small444.pnggrandir

13Le critère de la langue a présidé au découpage de plus de la moitié des circonscriptions : 6 des régions-États (avec la capitale) affichent une homogénéité certaine. Dans les 5 autres, aucune langue ne domine et la solution, sauf à Harär, est le recours à l’amharique, la langue nationale de Yohannes iv à 1991. En 1975, la Révolution avait reconnu l’égalité et la pluralité des cultures et encouragé leur écriture pourvu que ce fût avec le syllabaire guèze. Au grand scandale de l’Église et des Amhara (et sans doute des Tegréens), les Afar, les Somali et les Oromo écrivent leurs langues, jusque là non-écrites, avec l’alphabet latin. On y voit un encouragement aux tendances séparatistes en Oromiyaa quand le recensement de 1994 y révéla le succès du protestantisme et du pentecôtisme (Gascon, 2005). Les statistiques linguistiques montrent que le kellel Amhara ne regroupe que 25 % de la population, mais si on y ajoute les habitants du Sud, d’Addis Abäba et des petites régions, les locuteurs de l’amharique dépassent les 50 % en Éthiopie. L’ex-langue nationale, la seule qui ait des locuteurs réguliers hors de son kellel, progresse avec l’urbanisation. En dehors de l’Amhara, à la demande des parents, des écoles créent des classes d’amharique en ville afin d’ouvrir le marché de l’emploi aux élèves. Le séparatisme est un épouvantail : jusqu’à présent, aucune des 75 nationalités n’a fait jouer son droit à la sécession. Des négociations, des troubles et des consultations ont entraîné de nombreuses variations des limites illustrant les difficultés à découper un territoire selon des isoglosses. La continuité entre les deux régimes républicains et la monarchie est d’ailleurs dénoncée par une partie de l’opinion.

Fig. 6 : Les régions-États (kellel) de la République fédérale et démocratique d’Éthiopie (après 1991) NB : Oromiyaa=Oromia=Oromie

http://espacepolitique.revues.org/docannexe/image/1257/img-7-small444.pnggrandir

  • 12 . Moa Anbäsa : « lion conquérant », début de la titulature officielle, en guèze, du roi des rois.(...)

14Comme le montre avec éclat la célébration du bimilléraire, le régime actuel, surtout depuis le conflit avec l’Érythrée, revendique l’héritage de toute l’Éthiopie : « C’est bien une guérilla de culture marxiste qui, après avoir redécouvert les comportements politiques de ses anciens rois des rois, s’est fixé le devoir de mener l’Éthiopie sur la voie du libéralisme, de la modernité et, peut-être, de la démocratie » (Fontrier, 1999, p. 220). Il a autorisé la célébration des obsèques religieuses, quasi-officielles, de Haylä Sellasé en présence du son petit-fils, exilé aux États-Unis, le prince héritier Zärä Yaeqob. Partout, les portraits du dernier negus réapparaissent et un parti politique, minoritaire, regroupe les monarchistes12. Contrairement à Mängestu, le Premier ministre, Mälläs Zénawi, a compris qu’il fallait se référer à la tradition pour lancer l’innovation. Le fédéralisme est d’autant plus accepté qu’il rétablit des corps intermédiaires qui, comme par le passé, font écran entre le pouvoir central et les simples Éthiopiens. En revanche, le colonel-président, comme Mussolini, les a écrasés, laminés.

15La puissance explicative du mythe fondateur demeure intacte : il donne un éclairage, toujours actuel, sur la répartition des peuples et des cultures et des religions et la formation des identités dans la Corne de l’Afrique. Il fournit toujours une grille de lecture et d’interprétation de l’histoire de l’Éthiopie, de l’Érythrée et même du monde. Aux yeux des Éthiopiens, la faillite du Panzersozialismus de Mängestu (1977-1991) démontre l’impuissance d’un régime athée qui persécuta les populations accablées par les famines et les guerres civiles en quête d’un espoir, d’une explication et de principes d’action face aux catastrophes. Le mythe salomonien, ancré dans la Bible (et le Coran), a, à son actif, 2000 ou 3000 ans de survie à travers l’histoire. Il apporte, par sa simplicité, sa force, son ancienneté et sa dimension identitaire, plus qu’un « supplément d’âme » : il donne un sens à la vie de la nation, des peuples, des groupes et des individus.
1   2   3   4   5   6

similaire:

Résumé Depuis «2000 ans» iconLe Vendredi 17 novembre 2000, M6 avait eu une idée assez originale...
«nominés» (désignés par un sondage de l'ifop, réalisé du 16 au 23 août auprès d'un échantillon représentatif de 824 personnes agées...

Résumé Depuis «2000 ans» icon* 2000 ans d’histoire de France (indice : 94)

Résumé Depuis «2000 ans» iconRésumé Dans le monde de la corrida en France, Alain Montcouquiol...

Résumé Depuis «2000 ans» iconRésumé Les salles de concerts ont énormément évolué depuis 20 ans...

Résumé Depuis «2000 ans» iconEvolution de la bande dessinee depuis 10 ans

Résumé Depuis «2000 ans» iconRésumé La montée en puissance d’Internet comme outil de communication...

Résumé Depuis «2000 ans» iconSaviez-vous que le cerf-volant existe depuis plus de 2500 ans ?

Résumé Depuis «2000 ans» iconBibliographie (février 2015) Inventaires des "papiers Granvelle"
«Le Cardinal de Granvelle et la Franche-Comté : la correspondance comme instrument de gouvernement» : [résumé de thèse], dans : Positions...

Résumé Depuis «2000 ans» iconRésumé : Depuis quelques années, les initiatives en faveur de la...

Résumé Depuis «2000 ans» iconLa Fête de l’Histoire Déploiement tactique à la Neuville sur Essonne...
«trait d’union» entre les générations. IL contribue au devoir de mémoire en rappelant les sacrifices de nos aînés pour notre prospérité,...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com