Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage





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3-LE VOCALISME DU GASCON « NOIR » 

TENTATIVES D’INTERPRÉTATIONS 87



3-1-Les réalisations labiopalatales en dehors du gascon « noir »  87
3-1-1-Les voyelles toniques  87
3-1-1-1-Le français  87
3-1-1-2-L’occitan septentrional  87
3-1-1-3-L’occitan méridional  88
3-1-1-4-Le gascon  89
3-1-1-4-1-Le cas particulier du « semi-noir » médoquin  90
3-1-1-5-Le cas du vocalisme en catalan oriental (Baléares)  93
3-1-1-6-L’italoroman  93
3-1-2-Les voyelles prétoniques 94
3-1-3-Les voyelles posttoniques  94
3-2-Les traits majeurs et spécifiques  94
3-2-1-L’inexistence de l’opposition ~  95
3-2-2-La labialisation  >   97
3-2-3-Le phénomène de l’homotonie 97
3-3-Le gascon « noir » : Quelle genèse ?  98
3-3-1-Quelques rappels historiques  98
3-3-1-1-L’Aquitaine préromaine et la conquête 98
3-3-1-2-La Novempopulanie  100
3-3-1-3-La romanisation  102
3-3-1-4-Les invasions  105
3-3-1-5-Les Vascons  105
3-3-1-6-Le morcellement féodal et la fin de la principauté de

Gascogne  106
3-3-2-Le vocalisme du gascon « noir » à la lumière des textes anciens 106
3-3-3-Du latin aux langues de l’ensemble occitanoroman,

chronologie de l’évolution  109
3-4-Hypothèses  110
3-4-1-La date du changement  110
3-4-2-Un changement structural  112
3-4-2-1-L’hypothèse du changement structural spontané  113
3-4-2-2-L’hypothèse de l’archaïsme en régression  114
CONCLUSION  124
ANNEXES 125
Annexe 1 : Liste et nom des communes du gascon occidental, d’après l’A.L.G. 125
Annexe 2 : Abréviations et signes conventionnels, d’après l’A.L.G. 125
Annexe 3 : Système de transcription des voyelles (A.P.I.) 126
Annexe 4 : Textes anciens 126
Annexe 5 : Les limites du gascon 146
Annexe 6 : Version de la « Parabole de l’enfant prodigue » 149
Annexe 7 : Enregistrement d’une locutrice naturelle du gascon « noir »(hors texte) 150
TABLE DES CARTES 151

BIBLIOGRAPHIE 152



INTRODUCTION :
À l’extrême ouest du domaine linguistique occitanoroman, assurément l’un des plus importants de la Romania, le gascon maritime, ou « noir », occupe ce finis terrae qu’est la façade atlantique, entre le Bassin d’Arcachon et le Pays Basque. Depuis Diez, les romanistes ne s’étaient guère intéressés au gascon, qu’ils considéraient a priori comme une variété peu ou mal caractérisée du « provençal ». Cependant, lors de sa leçon d’ouverture à la faculté des lettres de Montpellier, le 7 janvier 1879, Camille Chabaneau le présenta comme un idiome parfaitement individualisé1. Mais c’est en 1877, à Bordeaux, qu’Achille Luchaire avait porté la philologie proprement gasconne sur les fonds baptismaux. À partir des ouvrages de ce précurseur, notre idiome si particulier commença à faire l’objet d’études précises de la part des romanistes, auxquels le maître bordelais avait ouvert la voie qui devait mener à la réalisation de l’inestimable Atlas Linguistique et Ethnographique de la Gascogne2, sous la direction de Jean Séguy. Cependant, depuis cette époque, très peu se sont véritablement penchés sur la question du vocalisme landais, dont Édouard Bourciez disait qu’elle est une des plus délicates du vocalisme gascon. Les publications ne sont en effet pas nombreuses et le sujet fut rarement abordé en tant que tel. Nous avons donc pensé qu’un travail de cette nature pourrait intéresser ceux qui étudient le domaine d’oc en général et gascon en particulier.
Originaire d’une petite cité du littoral des Landes de Gascogne, nous avons toujours manifesté un grand intérêt pour ce dialecte maritime qui nous fut transmis par les anciens et que nous apprîmes à aimer grâce à l’œuvre de Félix Arnaudin. En effet, la totalité de la réédition des années soixante trônait dans la bibliothèque familiale, après que notre père l’eût acquise grâce à la visite du regretté Pierre Méaule. Cet amour pour la langue fit qu’entre novembre 1990 et janvier 1992 nous parcourûmes, stylo en main, le nord des Landes et le sud de la Gironde. Notre but était de recueillir un corpus composé des réponses à un questionnaire proposé à une centaine de locuteurs naturels (dont beaucoup sont malheureusement décédés aujourd’hui), répartis sur une vaste zone composée de cinquante trois communes des Landes de Gascogne. Notre but était de constater, après en avoir défini les limites avec précision, l’existence ou l’absence de dialectes distincts à l’intérieur de ce qu’on appelle généralement « parler noir ». Les résultats de cette enquête de terrain nous permirent de mettre en forme un Petit Atlas Linguistique de la Grande Lande, non publié à ce jour, constitué de cent seize cartes linguistiques qui présentent une série de faits lexicaux, phonétiques, syntaxiques et grammaticaux. Nous complétâmes cet atlas par des cartes traitant plus précisément du verbe landais, réalisées à partir de l’enquête qu’Édouard Bourciez avait entreprise entre octobre 1894 et mars 1895 et intitulée Recueil des Idiomes de la Région Gasconne. Les manuscrits originaux de cette enquête sont conservés à la bibliothèque universitaire de Bordeaux. Notre petit atlas ne concernait que la partie septentrionale du gascon « noir », entre Le Barp (canton de Belin-Beliet, Gironde) et Lévignacq (canton de Castets, Landes), puis entre l’océan et Captieux (chef lieu de canton, Gironde).
En 1998, nous entreprîmes un travail de cartographie qui nous permit d’étudier à nouveau l’enquête de Bourciez dont nous pûmes, grâce à Alain Viaut, consulter l’exemplaire original. Il s’agissait de réaliser une carte linguistique de la Gascogne présentant la frontière, aussi précise que possible, entre les dialectes gascons et les dialectes saintongeais au nord ou languedocien à l’est. L’envie nous vint alors de réaliser une étude plus complète et approfondie du gascon « noir ». Une première étape consista en la réalisation d’un dossier de linguistique synchronique, présenté en 1999 dans le cadre d’une licence d’occitan à l’Université Paul Valéry de Montpellier. Nous étudiâmes à cette occasion les limites méridionales du gascon « noir » et présentâmes un travail plus précisément consacré à son vocalisme si particulier et réalisé à partir de l’enregistrement, sur bande sonore, d’une locutrice naturelle de la commune de Parentis-en-Born (chef lieu de canton, Landes). Nous en présentons une version audiovisuelle en annexe. Le présent travail est donc dans la droite ligne de ce que nous entreprîmes il y a presque quinze ans.
Le gascon « noir » est ainsi nommé du fait de son phonétisme vocalique très particulier et même aberrant dans le contexte des langues de la Romania occidentale. Il s’agit d’un phénomène assez isolé qui ne concerne aujourd’hui que la façade maritime sud-occidentale de la Gascogne, sur près de cent cinquante kilomètres du nord au sud et une cinquantaine de kilomètres d’ouest en est. Là est le cœur forestier des Landes de Gascogne et la population y fut et y est toujours assez clairsemée. Il n’en demeure pas moins que la frontière du gascon « noir » est d’une remarquable netteté, d’un village à l’autre, d’une ferme à l’autre et même, comme l’avait observé l’abbé Théobald Lalanne lors de ses enquêtes pour l’A.L.G., de chaque côté de l’âtre d’une même maison.
Notre but est donc d’essayer de savoir si ce vocalisme « noir » est un simple déplacement, une espèce de translation spontanée du système vocalique roman commun (et occitanoroman commun) ou bien s’il s’agit d’une réorganisation plus profonde. Si c’est le cas, nous essaierons de savoir quelle est son origine et s’il est possible de l’expliquer. En cela la simple étude des sons et des phonèmes ne permet pas d’envisager une conclusion. Ce phénomène entre en effet dans le champ d’une réflexion plus large et plus générale sur l’économie des systèmes vocaliques et leur capacité, ou non, à se déformer sans changer profondément de fonctionnement. On peut par exemple parler du passage de  à  dans quelques langues romanes. Le gascon « noir » est un phénomène de cette espèce. Ces évolutions semblent être encore en cours et seront malheureusement interrompues par la mort des derniers locuteurs naturels, unilingues à l’origine, et qui dépassent presque tous l’âge de quatre-vingts ans.
Pour commencer, nous devrons replacer le gascon dans l’ensemble occitanoroman. Dans ce but, nous présenterons sommairement les systèmes vocaliques des langues et dialectes voisins. Nous n'oublierons pas le latin, à la base du système roman, ni les dialectes basques, essentiels en ce qui concerne la bonne compréhension du fait gascon. Nous procéderons ensuite à une rapide présentation du gascon à l’intérieur du groupe occitanoroman et soulignerons la partition de cet idiome en deux variétés orientale et occidentale. Ce dernier fait, point d’orgue de notre travail, est essentiel à la bonne compréhension de cet exposé.
La seconde partie envisagera le vocalisme du gascon « noir » sous tous ses aspects. Nous étudierons donc les voyelles antérieures et postérieures dans leurs positions toniques, prétoniques et posttoniques mais aussi dans différents contextes consonantiques. Cette étude détaillée des phonèmes vocaliques du gascon « noir » nous donnera l’occasion de travailler en diachronie aussi bien qu’en synchronie et nous essaierons de ne rien négliger du système étudié. Nous devrons bien entendu faire de fréquentes allusions à l’occitan et au gascon oriental, ou occidental « clair ».
La troisième partie sera une tentative d’interprétation et d’explication des faits étudiés. Nous chercherons tout d’abord à savoir si la spécificité du gascon « noir » est bien réelle ou bien si des phénomènes comparables existent ailleurs dans la Romania. Nous caractériserons ensuite les traits majeurs qui lui sont vraiment spécifiques et essaierons de comprendre sa genèse à l’aide d’un bref rappel historique. Nous présenterons alors l’analyse d’un corpus de textes médiévaux et procéderons, avec les réserves qui s’imposent, à l’étude de leur vocalisme. Les derniers paragraphes de notre étude seront consacrés aux hypothèses concernant la date et l’origine du changement qui a, semble-t-il, bouleversé le système vocalique du latin tardif et du proto-roman.

1-LE GASCON DANS LA ROMANIA OCCIDENTALE :
1-1-Les langues et dialectes voisins et leurs systèmes vocaliques :
Nous adoptons ici la classification présentée par Pierre Bec, qui reprend la division classique de la Romania en deux parties occidentale et orientale3. Nous ne pouvons cependant pas passer sous silence le système vocalique latin qui est à l’origine du système d’oc en général et gascon en particulier. Mais nous ferons également un rappel concernant les systèmes vocaliques des langues voisines du gascon afin d’en tirer d’éventuels enseignements pour la suite de notre exposé.
1-1-1-Romania occidentale et Romania orientale :
Selon Bourciez, la différence entre la Romania occidentale et la Romania orientale tient au fait que les langues du premier groupe sont « paroxytoniques » quand celles du second sont « proparoxytoniques »4. Wartburg nous donne cependant plus de précisions quant à la fragmentation de la Romania dont le partage se fait le long de la ligne La Spezzia-Rimini5. Selon lui, la différence vient surtout du fait que l’est a été latinisé par les couches inférieures de la population alors que l’ouest l’a été par les couches supérieures. Mais ces deux critères ne sont pas à placer sur le même plan, le premier étant descriptif et le second explicatif.
Viennent ensuite les faits de phonétique. D’abord le traitement de l’-s final dont l’orient ne garde pas de traces quand l’occident le conserve, puis la sonorisation des occlusives sourdes intervocaliques qui s’opère à l’ouest et pas à l’est. Pour illustrer son propos, Wartburg présente deux cartes de la Romania : la première en donne un panorama au IIIe siècle et la seconde nous montre la situation actuelle6. Le critère de l’-s final est plutôt morphonologique dans la mesure où l’absence d’-s s’accompagne de, ou accompagne une réorganisation de la morphologie nominale en particulier.
1-1-2-Le latin :
Le latin possédait cinq timbres , , , ,  mais usait en fait de dix voyelles ă, ā, ĕ, ē, ĭ, ī, ŏ, ō, ŭ, ū7. En effet, il opposait les voyelles brève et les voyelles longues. Les premières, lors de la mutation vocalique du IIIe siècle8, se sont ouvertes sous l’accent alors que les secondes se fermaient. Ronjat écrit que le timbre ouvert ou fermé a seul subsisté quand les différences de quantité ont disparu en latin « vulgaire »9. En termes phonologiques on suppose un basculement :
-Phase A : longueur seulement : [a:] vs [a] ; et  vs [e:] etc…
-Phase B : une différence d’aperture ou de tension s’ajoute à l’opposition de longueur pour certaines voyelles dont : [a:] vs [a] ; [ε:] vs [ε] etc… L’aperture ou la tension est redondante et la longueur distinctive.
-Phase C : l’aperture ou la tension (quand elle est présente) porte la distinction (la longueur n’est plus distinctive).
Allières et Banniard préfèrent le terme de latin tardif, ou parlé, qui nous paraissent également plus appropriés10. Il s’agissait d’un système à trois degrés d’aperture et deux lieux d’articulation. Le passage du latin classique au latin tardif s’est opéré entre le IVe et le Ve siècle11. Cependant, au début du Ve siècle, il offrait encore un assez grand degré d’unité, et ce malgré la distinction établie entre latine et vulgo. On admet couramment que ce sont les grandes invasions qui conditionnèrent les évolutions linguistiques. Les différences déjà en germe s’accentuèrent alors et donnèrent naissance à des idiomes distincts12.
Le système vocalique du latin classique13


Positions

ANTÉRIEURES

POSTÉRIEURES

Labialité

Aperture

Étirées

Arrondies

Étirées

Arrondies


1 Fermées
2 Semi-fermées
Moyennes
3 Semi-ouvertes



ī ĭ
ē ĕ







ū ŭ
ō ŏ

4 Ouvertes

ā ă


Le nouveau système vocalique à quatre degrés d’aperture et deux lieux d’articulation, qui fit suite à la mutation vocalique, est à la base du système roman occidental14. Ce vocalisme est également celui du proto-roman et de l’occitan archaïque15 et il appartient à la famille des systèmes triangulaires au sein desquels les phonèmes vocaliques ont des particularités distinctives de degré d’aperture, également appelées degrés de plénitude vocale par Troubetzkoy et des particularités distinctives de localisation pour chaque voyelle, sauf la plus ouverte  qui est en dehors des oppositions de localisation. Elle est parfois définie comme postérieure non arrondie16 mais il n’est pas certain que  soit vraiment postérieure. D'autre part l' analyse des voyelles moyennes en termes d’aperture n’est pas la seule possible17.

Le système vocalique du latin tardif18


Positions

ANTÉRIEURES

POSTÉRIEURES

Labialité

Aperture

Étirées

Arrondies

Étirée

Arrondies


1 Fermées
2 Semi-fermées
Moyennes
3 Semi-ouvertes


























4 Ouvertes




1-1-3-La variation initiale du galloroman :
Les habitants de la Gaule se sont séparés de bonne heure, au VIIIe siècle, en deux groupes. La caractéristique principale de cette séparation est la conservation du A libre latin accentué au sud et son passage à E au nord. Mais les variétés du sud ont également conservé les occlusives sonores intervocaliques qui se sont amuïes au nord19.
1-1-4-Le cas du domaine d’oc :
À l’intérieur même des pays d’oc, une autre fragmentation s’est opérée qui a séparé l’occitan septentrional de l’occitan méridional et du gascon. Il s’agit essentiellement de la palatalisation, « de type oïlique », de CA et GA latin en  et . Ce phénomène « justifie à lui seul l’existence d’un nord-occitan20».
1-1-5-Le français :
Il appartient à la Romania occidentale et plus précisément au galloroman « français » ou d’oïl. Son système vocalique21 compte onze voyelles orales sur quatre degrés d’aperture, quatre voyelles nasales , , ,  et une voyelle neutre , issue dans la plupart des cas de –A atone final ou -A- intertonique et apparue entre le XIVe et le XVIe siècle pour ensuite s’amuïr vers le XVIIe siècle22. Cet amuissement s’est peut-être produit bien plus tôt avec, bien entendu, des variations dialectales : il y a beaucoup de « e » muets non réalisés au début du XIIe siècle, notamment dans La chanson de Roland. Les premières attestations écrites du français datent du IXe siècle. Son histoire est marquée par d’importantes évolutions, y compris du point de vue vocalique, qui font apparaître trois époques distinctes allant de l’ancien français (jusqu’au XIVe siècle) au français moderne (après le XVIe siècle), en passant par le moyen français des XVe et XVIe siècles23. Son système vocalique est donc d’une grande richesse qui possède quatre degrés d’aperture et trois classes de localisation.
Le système vocalique du français (voyelles orales)


Positions

ANTÉRIEURES

POSTÉRIEURES

Labialité

Aperture

Étirées

Arrondies

Étirées

Arrondies




1 Fermées
2 Semi-fermées
Moyennes
3 Semi-ouvertes
4 Ouvertes































1-1-6-Le groupe occitanoroman :
Toujours à l’intérieur du galloroman, Bec caractérise l’occitan (ou langue d’oc), qu’après Alibert24 il appelle aussi occitanoroman, terme que, comme lui, nous privilégierons. Ce groupe occitanoroman est constitué de l’occitan « classique », du gascon25 et du catalan. Bec note cependant que le gascon et le catalan tendent vers l’ibéroroman mais semble hésiter à leur attribuer le titre de « langues ». Cette hésitation se retrouve d’ailleurs dans le Manuel pratique d’occitan moderne où le gascon est tour à tour un dialecte  de l’occitan26 et une des trois langues du groupe occitanoroman, telles que présentées dans La langue occitane, au même titre que le catalan27. Cette position ne semble pas démentie dans le Manuel de philologie romane de 1970-71 qui définit le même groupe occitanoroman28 et consacre un chapitre à chacune des trois langues : occitan, gascon et catalan. Dans un article de 1988, Allières écrit du gascon que «[…] si la plupart en font aujourd’hui une variante de la langue occitane, bien d’autres le considèrent comme une langue autonome, langue-pont occidentale entre Gallo-romania et Ibéro-romania, avec le même statut linguistique que le catalan, langue-pont orientale29». La plupart des linguistes notent d’ailleurs la spécificité gasconne30 qui, selon Chambon et Greub31, est « un véritable topos de la romanistique». Certains, tels

Baldinger, affirment sans ambages l’indépendance du gascon32. La carte n° 1 présente ce groupe occitanoroman que nous venons de redéfinir à la suite de Bec33.


Mais Bec propose également une autre classification, interne aux pays d’oc, qui distingue un complexus aquitano-pyrénéen et un complexus alverno-méditerranéen34. Entre les deux se place le languedocien, également présenté comme occitan « standard » ou « central » et qui, selon lui, a vocation de langue de référence pour tous les pays d’oc, comme l’est le provençal rhodanien pour les félibres fidèles à Mistral. C’est cette thèse qui est suivie par bon nombre de militants occitanistes qui parlent d’ « occitan référentiel »35. Il faut cependant préciser que la notion d’occitan central est descriptive, c’est un fait géographique puisque le languedocien est au centre du domaine occitanoroman. La notion d’occitan référentiel est plutôt de nature normative. Bec, s’il a proposé et pratiqué le languedocien comme langue de référence pour certains usages, a travaillé à codifier un gascon normé. Pour lui, ceci ne semble pas être en contradiction avec ses choix occitanistes.
1-1-6-1-L’occitan :
Bec le nomme « occitan classique » et aussi « occitan commun » dans le manuel de 1972, ce qui suppose que tous les « occitans » l’auraient en commun en plus de leur « patois ». Il s’agit de l’occitan septentrional et de l’occitan méridional, subdivisés respectivement en limousin, auvergnat, vivaro-alpin ou provençal-alpin d’une part, languedocien36 et provençal d’autre part. Allières37 dit des dialectes septentrionaux et du provençal qu’ils partagent des traits avec les parlers d’oïl et que ce dernier a subi une grave usure phonétique depuis le XIVe siècle. Le système vocalique de l’occitan38 est constitué de sept unités distinctives dont sept toniques, cinq prétoniques et

quatre, ou seulement trois, posttoniques39. Ses premières attestations datent des XIe et XIIe siècles40.

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