Cours d’histoire des idees politiques avant 1789





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§3 L’état corporatif et fédéraliste d’Althusius
Il est né en 1557 à Diedenshausen (Rhénanie-Westphalie), mort 12.8.1638 à Emden (Basse-Saxe), c’est un protestant calviniste.

Ce juriste allemand étudia à Marbourg (dès 1578), Genève (chez Denis Godefroy) et Bâle (chez Basile Amerbach le Jeune), où il soutint en 1586 sa thèse de doctorat De successione ab intestato. Son ouvrage De arte Jurisprudentiae Romanae methodice digestae libri II, application de la méthode dichotomique de l'humaniste français Pierre de la Ramée, le recommanda à une chaire de droit à l'académie de Herborn (Hesse).

En présentant dans son oeuvre maîtresse, Politica methodice digesta (1614), une théorie de la répartition verticale des pouvoirs fondée sur l'exemple des républiques de Genève et de Bâle, Althusius peut être considéré comme le "père du fédéralisme".

Maire de la ville calviniste d'Emden dès 1604, il défendit l'autonomie de la cité contre les prétentions absolutistes

Althusius parle peu de l’industrie, des peuples, il ne parle que de « groupes humains »

Sa pensée fédéraliste se déploie dans un cadre non démocratique.
§4 Spinoza, le modèle de l’homme libre grâce à la pensée.




C’est un grand penseur politique. (le prof aime bien)

Spinoza (1632-1677) c’est l’expression type du grand rationalisme.

C’est un juif hollandais polisseur de verre pour lunettes qui écrit des ouvrages philosophiques. Il est rejeté par la communauté juive car il fréquente peu la synagogue. Il a écrit :
 1663 Les principes de la philosophie de Descartes, suivis des pensées métaphysiques

 1670 Traité théologico-politique (ce qui intéresse le prof)

 1677 œuvres posthumes: Ethique  

 Traité de la réforme de l'entendement    Traité politique. (incomplet)

Ayant reçu une double formation, hébraïque (le Talmud) et latine (la philosophie et la science cartésienne), Spinoza fréquenta les milieux libéraux les plus éclairés.

Il fut l'ami de Simon de Vries et des frères de Witt qui gouvernaient la Hollande de l’époque. Exclu de la communauté juive dès 1656 (excommunication majeure par la synagogue d'Amsterdam), sans attache institutionnelle ni religieuse, il mena dès lors l'existence d'un homme libre, mêlant les travaux d'artisanat optique, par lesquels il gagnait sa vie, et la spéculation intellectuelle, par laquelle il voulut la sauver.

On sait l’importance qu’a eue la réflexion théologico-politique de Spinoza à la fois dans sa propre philosophie, dans l’histoire de la pensée politique (notamment dans celle de l’idée de démocratie), ainsi que dans la conception du rapport de la religion avec la philosophie d'une part, et la politique d'autre part.

Nous aborderons cette réflexion dans l'ouvrage principal qu'il lui a consacré, le Traité théologico-politique, afin de comprendre la nature du rapport entre la philosophie, la politique et la religion.

Nous aborderons la critique de la religion et de la théologie, avec leurs prétentions à la vérité, en examinant la valeur que peuvent avoir à ce sujet les idées de révélation, de prophétie, de miracle.

Nous verrons quelle est la conception spécifique de la politique de Spinoza, et pour cela, nous analyserons comment cette conception trouve sa justification dans sa philosophie, et comment s’y définissent et y trouvent leur sens les notions fondamentales de la politique, telles que le droit, la justice, le pouvoir, la légitimité, le peuple, la raison politique.

Nous chercherons à comprendre aussi comment s'ordonnent dans le spinozisme les diverses puissances de la philosophie, de la politique et de la religion.

Dans le Traité de la réforme de l'entendement, laissé inachevé, Spinoza notait déjà que «toute notre félicité et notre misère ne résident qu'en un seul point: à quelle sorte d'objet sommes-nous attachés par l'amour?». Et il ajoutait que seul «l'amour allant à une chose éternelle et infinie repaît l'âme d'une joie pure, d'une joie exempte de toute tristesse». Telle est la sagesse: il s'agit de tout aimer, non dans le détail fugitif des événements, mais dans l'éternelle nécessité de ce tout qui est Dieu.

C'est ce que Spinoza appelle «amour intellectuel de Dieu», qui n'est pas autre chose que la joie de connaître (par le troisième genre de connaissance) et, puisque toute vérité est éternelle, l'éternité de cette joie.

Telle est la béatitude, laquelle «n'est pas le prix de la vertu mais la vertu elle-même» et l'unique salut.  
«La fin de l'Etat est en réalité la liberté»

Dans le Traité Théologico-Politique, œuvre majeure publiée de son vivant, il montre combien nombre d'assertions théologiques des églises et religions, sont en fait des prises de positions politiques qui n'ont rien à voir avec le texte biblique. Il reprend intégralement la lecture de la Bible, pour laquelle il propose une nouvelle méthode de lecture, littérale, qui demande à suivre ce principe que le texte ne soit expliqué que par le texte lui-même, sans lui substituer des interprétations plus ou moins "libres" .
Si le texte de la Bible ne peut que s'accorder avec la raison, ses obscurités et contradictions doivent se dissiper par une étude minutieuse et une lecture attentive du texte qui s'interdira de le transformer en l'interprétant, qui s'interdira donc de le réinventer selon les besoins du moment.

Spinoza, comme Hobbes avant lui, se livre à une démonstration critique des méfaits de l'utilisation de la religion, c'est-à-dire de la croyance des hommes par les pouvoirs politiques, qui ainsi mènent leurs sujets à suivre docilement leurs décisions et accomplir leurs projets, même les pires. La religion - la croyance religieuse - est ainsi le moyen le plus sûr et le plus aisé de faire faire aux hommes ce qui convient au pouvoir, quand bien même il s'agit du plus nuisible pour eux-mêmes et du plus honteux.
Mais ils ne s'en aperçoivent pas, et croyant faire le bien et contribuer au salut de leur âme ils font exactement le contraire, trompés qu'ils sont par des discours politiques qui prennent la forme d'injonctions religieuses et de promesses.

Après cette théorie de l'illusion religieuse et de l'intérêt qu'a tout pouvoir à la maintenir, Spinoza complète l'analyse du théologique par une analyse du politique, expliquant les principes de l'organisation politique bonne et les rapports que doivent entretenir la religion et le politique afin de permettre la paix.
Comme l'avait déjà théorisé avant lui Hobbes, dans le Léviathan, la religion doit être soumise aux lois communes, qui s'appliquent à elle comme à tous, soumise à l'État et au pouvoir politique, et ne doit s'occuper que du gouvernement des âmes et d'enseigner le bien et la morale.

Alors, il peut développer, ce qui est le but de l'ouvrage, une théorie politique de la liberté, montrant en quoi celle-ci est cadrée par les lois ; puis en quoi la liberté de pensée et d'opinion est entièrement bonne et doit être entièrement reconnue par l'État.

D'abord, la reconnaissance de la liberté de croire et penser librement accordée à chacun est la condition de la fin des conflits religieux.

Ensuite, cette liberté est entièrement bonne et non susceptible de nuire à l'État – si le juste partage des tâches est réalisé entre les autorités religieuse et politiques –, liberté qui peut être accordée sans restriction aucune, sauf pour ce qui relève de l'incitation à la haine et serait donc susceptible de nuire à l'État. La liberté de pensée doit être protégée par l'État, comme condition de la paix civile. La liberté accordée ne peut nuire à l'État à ces conditions.

Cela constitue une théorie de la démocratie et une invalidation de la dictature, ce pouvoir qui prétend aller au-delà de sa puissance. En effet « nul n'a le pouvoir de commander aux langues » puisque les hommes eux-mêmes ne parviennent pas à contrôler ce qu'ils disent, donc il en va de même pour le pouvoir. Si le pouvoir ne peut contrôler les langues (qui parlent hors du contrôle du sujet parlant), a fortiori ne peut-il contrôler les pensées.
L’État, en effet, ne régit pas tous les domaines de la vie humaine, les lois ne pouvant être étendues à toutes les activités : « la nature humaine ne peut supporter d’être contrainte absolument » (chap V), et « vouloir tout régenter par des lois c’est rendre les hommes mauvais » (chap XX).
C'est pourquoi « personne ne peut abandonner la liberté de juger et de penser ; chacun est maître de ses pensées ». C'est un droit que chacun tient de sa nature.

Pour le prof une telle aventure ne saurait se vivre seul: la sagesse, comme libération individuelle, n'est possible que dans la collectivité des hommes et suppose que celle-ci satisfasse à certaines conditions. L'homme fait partie de la Nature, mais n'est humain que par la culture.
Aussi peut-il être considéré comme un animal sociable ou politique: tout homme a besoin des autres hommes pour être humain, et de leur liberté pour être libre.  
C'est pourquoi Spinoza se déclare partisan de la démocratie, laquelle correspond à la fois, et mieux qu'aucun autre régime, à la réalité de la politique (la confrontation conflictuelle des désirs) et à sa fonction (l'instauration de la paix dans la liberté). «Ce n'est pas pour tenir l'homme par la crainte et faire qu'il appartienne à un autre que l'Etat est institué; au contraire c'est pour libérer l'individu de la crainte, pour qu'il vive autant que possible en sécurité, c'est-à-dire conserve, aussi bien qu'il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d'exister et d'agir... La fin de l'Etat est donc en réalité la liberté.»
Alain à écrit : « Spinoza est le modèle de l’homme libre »

La pensée de Spinoza a toujours de l’influence mais plus sur le plan philosophique.
§ 3 John Locke (auteur majeur)b que le prof aime beaucoup




Locke, né à Wrington dans le Sommershire en 1632, a vécu de près les révolutions et tentatives de révolution contre les Stuart. Son souci principal est d’être utile à l’existence sociale des hommes. Il s’exprime essentiellement contre Descartes et Filmer.
Son ouvrages Deux traités de gouvernement civil paraît en 1690. Il s’agit d’une apologie de la révolution de 1688 et d’une critique vigoureuse de la monarchie absolue. L’idée développée est la nécessaire subordination de l’activité des gouvernants au consentement populaire. Locke est le théoricien du libéralisme politique ; ses thèmes fondamentaux sont :

égalité naturelle des hommes :

défense du système représentatif ;

exigence d'une limitation de la souveraineté fondée sur la défense des droits subjectifs des individus.

Le premier traité est une réponse au Patriarcha de Filmer qui prétendait démontrer le droit des princes au gouvernement absolu en assimilant la souveraineté à la domination primitive d’Adam sur le monde ; cette domination a été retransmise aux monarques. Le second traité vise à établir l’origine, les limites et les fins véritables du pouvoir civil. Ces deux traités forment un tout. La réfutation de la thèse de Filmer (les hommes ne sont pas nés libres mais esclaves) dans le premier traité permet, dans le second, de fonder la limitation dues gouvernements sur l’idée de la liberté et de l’égalité naturelles.

Théorie de la connaissance et du droit naturel.

Locke fait reposer sa théorie sur la connaissance telle qu’elle a été définie par Hobbes. La science ne porte que sur des choses qui ont des causes et dont nous sommes nous-mêmes des causes. La politique et la morale (le juste et l’éthique) se trouvent affectés d’une certitude qui est refusée aux sciences de la nature. Pour Locke, il y a prééminence de la science morale et politique sur les sciences de la nature ; les idées morales et politiques peuvent donc s’enchaîner dans des démonstrations rigoureuses.
La conception lockienne de la science politique repose sur trois aspects :

la science politique sera normative : les normes de l'action future peuvent être rigoureusement définies puisque l'idée est productrice de son objet ;

la science de l'action appelle une méthode de découverte rationnelle et un ordre d'exposition démonstratif.

l'importance de la conception subjective des droits qui donne les prémices aux droits de l'homme.

De l’Etat de nature au gouvernement civil

Les fonctions du gouvernement civil sont déduites des conditions de sa formation, c’est-à-dire de la structure de l’Etat de nature et des raisons qui conduisent les hommes à se constituer en corps politique.
Locke rejette toute idée de subordination, et avec elle le lien qu’elle maintient entre les relations entre les hommes et les relations entre les hommes et les créatures inférieures. Une coupure entre les deux catégories, est établie, institutionnalisée. Quant aux hommes, il n’y a pas entre eux de différence inhérente, pas de hiérarchie : ils sont tous libres et égaux aux yeux de Dieu. La problématique de Locke est antihiérarchique : la liberté naturelle suppose à la fois l’indépendance et l’égalité ; elle subordonne l’autorité politique au consentement. Il défend l’idée que les hommes sont originellement libres et égaux et que l’origine des gouvernements réside dans une libre association. Il s’oppose donc à la théorie de la monarchie de droit divin.
On trouve chez Locke une apologie de la tradition anglaise de la Common law contre

la « maladie française de l’absolutisme ».
Dans le deuxième traité, Locke reprend la doctrine du contrat social.

L’état de nature est présenté comme une période heureuse de communisme primitif, comme un état de liberté, mais non de licence pour s’achever sur une théorie de l’origine du gouvernement civil, proche de celle de Hobbes, même si elle fonde une conception plus libérale de l’autorité politique. Pour Locke, comme pour Hobbes, l’origine du gouvernement et de la société civile réside dans la nécessité de sortir de l’incessant conflit qui naît de la loi de nature elle-même, c’est-à-dire du droit de chacun à faire ce qui lui semble convenable pour assurer sa conservation.

Limites que les conditions du contrat social imposent à la souveraineté.

Pour Hobbes, la science politique est normative : elle détermine les raisons que nous pouvons avoir d’agir et de décider. « Le jour où les hommes ont quitté l’état de nature pour entrer en société, ils avaient convenu que tous seraient soumis à la contrainte des lois, sauf un seul qui garderait intacte la liberté de l’état de nature, en y ajoutant la force du pouvoir et la licence de l’impunité » (Locke). L’Etat absolutiste représente un état de guerre entre les princes et le peuple ; le peuple peut donc exercer un droit légitime de résistance à l’oppression.
«Le peuple est le juge suprême de la façon dont les gouvernants remplissent leur mission puisqu’il est « la personne qui leur a donné le pouvoir et qui garde à ce titre, la faculté de les révoquer » (Locke). Le contrat est spécifique : « Bien qu’ils soient liés entre eux par une relation contractuelle, les membres du peuple n’ont pas d’obligation contractuelle envers le gouvernement, et les gouvernants bénéficient du gouvernement seulement comme membre du corps politique » (Locke) Ils ne sont donc que des représentants, des députés du peuple.

Le problème des sources du droit.

De Hobbes à Locke, on perçoit un changement dans la conception du rapport entre le droit et l’Etat. Pour Locke, il semble qu’il y ait l’idée d’un ordre spontané dont les pouvoirs publics ont à garantir la non-perturbation : « ce n’est pas toute convention qui met fin à l’état de nature entre les hommes, mais exclusivement celle par laquelle tous s’obligent ensemble et mutuellement à former une société unique et à constituer un seul corps politique ». Il y a donc une formation spontanée du droit antérieur à l’apparition de l’Etat dont la fonction est plus de garantir que de créer le droit. L’Etat a pour mission de préserver les acquis, sans pouvoir y attenter, et les hommes ne se dessaisiront que du minimum : le droit de punir. Le gain qu’apporte la société politique, c’est de permettre aux hommes de sauvegarder leur propriété ; la préservation apparaît comme étant la finalité du contrat social.

Propriété et subjectivité.

Pour Locke, la propriété concerne « la vie, la liberté et les biens », c’est-à-dire tout ce qui appartient en propre à un individu et qu’on ne saurait lui ôter sans son consentement. Dans chaque propriété existe un noyau inaliénable qui ne dépend que de la loi naturelle instituée par Dieu. Les richesses naturelles ont été données à tous les hommes et non au seuls descendants mâles d’Adam.
Locke a joué un rôle important dans la pensée politique de son époque ; il aborde la notion des droits de l’homme et du contrat social.

Sa conception de la monarchie libérale et du Contrat social influeront Rousseau et les théoriciens de la révolution américaine
Reprise du cours du prof pris par une copine (qui écrit mal….)
Locke c’est un anglais qui vit entre 1632 et 1704.C’est un contemporain des 2 Révolutions anglaises 1640 et 1688) Il passe même comme le théoricien de la seconde la Glorieuse Révolution de 1788.Le prof l’aime beaucoup.
John Locke naquit près de Bristol le 29 août 1632. Son père, avocat, puis capitaine au service du parlement en 1648, fut ruiné pendant la guerre civile. Locke apprit le latin et le grec, et la philosophie d’Aristote à l’école de Westminster (16461652).

Il devint professeur à Oxford en 1652.

Il y avait alors une rivalité entre les platoniciens de Cambridge et les aristotéliciens d’Oxford. Depuis quelque temps, la connaissance traditionnelle était mise en cause par des philosophes tels que Descartes, Hobbes et Bacon.

Ce fut par la lecture de Descartes que Locke s’intéressa véritablement à la philosophie, vers 1659. Il fut également influencé par des savants tels que Robert Boyle et Sydenham.

Lui-même souhaitait devenir médecin.

Locke fut lié d’amitié avec Lord Ashley, comte de Shaftesbury et ministre de Charles II .

Il fut secrétaire du Board of Trade de 1672 à 1675. À partir de 1675, il voyage en France (Montpellier, Paris). En 1683, suite à la réaction tory, Shaftesbury et Locke sont exilés d’Angleterre et se réfugient en Hollande. Locke revint dans son pays en 1689.

La philosophie politique de Locke est considérée comme une étape fondatrice de la pensée libérale. Cette modernité est parfois contestée ; les raisons de cette contestation seront exposées plus bas.

Dans un premier temps, on peut décrire cette philosophie politique en trois parties :

la loi naturelle et son rôle

la propriété et son importance dans la vie sociale

le libéralisme nécessaire à l’épanouissement de l’individu

Les idées politiques de Locke

a. La loi naturelle

Locke décrit ainsi l'état de nature :

« un état dans lequel les hommes se trouvent en tant qu'homme et non pas en tant que membre d'une société. » (Traité du gouvernement civil, §14)

Dans cet état, les hommes sont libres et égaux. En effet, aucun homme n'est soumis par nature à quiconque, car on ne peut être assujetti à la volonté arbitraire d'un autre homme, ni être tenu d'obéir à des lois qu'un autre instituerait pour lui : dans l'état de nature, nul ne détient d'autorité législative. L'égalité est une conséquence de cette liberté, car s'il n'existe aucun rapport naturel de sujétion personnelle, c'est par l'absence de distinction manifeste entre les hommes : tous ont les mêmes facultés.

Néanmoins, la liberté de cet état n'est pas licencieuse ; chacun est tenu d'en faire le meilleur usage exigé par sa conservation (§4). L'état de nature comporte donc déjà certaines règles. S'il n'y a aucune loi humainement instituée, tous les hommes doivent pourtant obéir à la loi de nature, loi qui est découverte par la raison (ou par la révélation) et qui est d'origine divine. Cette loi interdit aux hommes de faire tout ce qu'ils désirent ; ils ont le devoir :

de conserver leur propre vie, qui est un don de Dieu (§6);

de respecter la vie, la liberté, les biens d'autrui, car il est nécessaire à leur conservation que chacun veille à la subsistance du genre humain une fois que la sienne propre est assurée ;

de s'efforcer de mener une vie paisible et harmonieuse avec les autres ;

la violence est ainsi interdite, sauf pour se défendre ou défendre autrui (§7);

de respecter la parole donnée et d'exécuter les contrats (§14).

La liberté est dans le respect de ces obligations prescrites par les lois de la nature, car c'est en leur obéissant que l'homme est conduit à faire ce qui est conforme à sa nature et à ses intérêts. La liberté n'est donc pas une absence d'obstacle extérieur à la réalisation de son désir, mais dans l'obéissance aux prescriptions divines découvertes par la raison.

b. La propriété
Le passage de la loi naturelle à la propriété (dans un sens large) se fait par le droit.

En effet, c'est dans la mesure où l'homme a des devoirs naturels qu'il est également porteur de droit devant lui garantir la possibilité de réaliser ses devoirs.

Ses droits sont donc naturels, liés à sa personne, car ils sont fondés sur sa nature humaine, sur ce qu'exige la réalisation de ce à quoi il est naturellement destiné et que lui a révélé la loi divine.

Locke énonce trois droits fondamentaux :

droit à la vie ;

droit à la liberté ;

droit à la jouissance de ses biens.

Ces droits définissent un domaine d'inviolabilité de la personne humaine ; leur caractère naturel exclut qu'il soit légitime d'en faire échange, ou de ne pas les reconnaître selon des conventions.

Parmi ces droits précédents toutes institutions humaines, Locke place donc la jouissance des biens.

En effet, la propriété privée est nécessaire pour la conservation de la vie et l'exercice de sa dignité humaine. I
ll y a donc un droit de posséder tout ce qui est nécessaire à la subsistance.

Néanmoins, puisque le monde a été donné en commun aux hommes par Dieu, il faut expliquer la légitimité de l'appropriation individuelle :

« Bien que la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent en commun à tous les hommes, chaque homme est cependant propriétaire de sa propre personne. Aucun autre que lui-même ne possède un droit sur elle, le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre. Il mêle son travail à tout ce qu'il fait sortir de l'état dans lequel la nature la laissée, et y joint quelque chose qui est sien. Par là, il en fait sa propriété. Cette chose étant extraite par lui de l'étant commun où la nature l'avait mise, son travail lui ajoute quelque chose, qui exclut le droit commun des autres hommes. » (§27)
L'homme est donc l'unique propriétaire de sa personne et de son corps, et il jouit d'un droit de propriété exclusif.

Il est également propriétaire de son travail : une chose œuvrée cesse d'être une propriété commune:

« Ainsi, l'herbe que mon cheval mange, les mottes de terre que mon valet a arrachées, et les creux que j'ai faits dans des lieux auxquels j'ai un droit commun avec d'autres, deviennent mon bien et mon héritage propre, sans le consentement de qui que ce soit. » (§28)

Mais, une fois exposée l'idée de propriété par le travail, il faut encore expliquer comment l'homme est le propriétaire de sa personne ? Locke définit ainsi la personne :

« C'est, je pense, un être pensant et intelligent doué de raison et de réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme une même chose pensante en différents temps et lieux. Ce qui provient uniquement de cette conscience (consciousness) qui est inséparable de la pensée, et qui lui est essentiel à ce qu'il me semble : car il est impossible à quelqu'un de percevoir sans aussi percevoir qu'il perçoit. » (Essai sur l'entendement humain, II, 27, 9).
L'identité personnelle est fondée sur la continuité de la conscience dans le temps, et cette conscience constitue l'identité qui, au moyen de la mémoire, se maintient dans le temps et nous permet de nous reconnaître nous-mêmes comme étant les mêmes.
Or, cette capacité de la conscience :

est fondamentalement appropriante, puisqu'elle permet de reconnaître des actions et des pensées pour siennes, i.e. qu'elle permet d'identifier un agent responsable vis-à-vis des hommes et du créateur.

fonde la propriété de soi, en particulier du corps qui est le corps de untel, et qui se présente ainsi à sa conscience (par ses actions et leurs résultats).
Pour résumer la pensée de Locke sur la propriété, on peut dire que la propriété des choses n'est pas seulement requise pour subsister ; la propriété est une extension de la propriété de la personne.

En ce sens, la propriété des biens a le même caractère inviolable que la personne humaine. Cette personne est conçue comme un rapport de soi à soi en tant que propriété.

Chaque homme est donc le seul propriétaire de sa personne, de sa vie, de sa liberté et de ses biens.
c. Le libéralisme politique de Locke
La pensée de Locke peut être considérée comme une pensée fondatrice du libéralisme, et cela, tant sur le plan politique que sur le plan économique.
Sur le plan politique, la question qui se pose à Locke est de savoir si l'on peut penser le pouvoir politique sans que son institution n'entraîne la perte de la liberté des individus qui lui sont soumis.

Les hommes de l'état de nature étant pour Locke des propriétaires, ils sont engagés dans des relations économiques ; ce point tend déjà à faire concevoir un État qui se contenterait de garantir ce qui est acquis, sans qu'il intervienne dans la société.

Le pouvoir politique n'est donc pas censé instituer l'ordre social par des lois, mais il est au service de la société pour corriger les éléments qui tendraient à lui nuire.

Il suit de là que le pouvoir politique :

trouve son origine dans le consentement de ceux sur lesquels s'exerce l'autorité ;

prend sa source dans la garantie du respect des droits naturels de tout homme, qu'il doit arbitrer les conflits et exercer un droit de punir.
Le pouvoir politique est ainsi amputé de ses dimensions éthique et religieuse ; il ne peut interdire les cultes, il ne s'occupe pas du salut des hommes ni de leur perfection morale.

Ces affaires sont strictement personnelles.

L'État est donc un instrument et son rôle est réduit aux intérêts civils et temporels des hommes dont il doit protéger la vie, la liberté et les biens.
Son étendue étant ainsi limitée, Locke propose une hiérarchisation des pouvoirs, une organisation institutionnelle permettant de contrôler leur exercice, et affirme en conséquence que le peuple a le droit de résister quand le pouvoir dépasse les limites qui lui sont assignées par sa fonction.
La théorie du libéralisme moderne

a. La hiérarchisation du pouvoir

Le contrat social crée une communauté seule détentrice de tous les pouvoirs. Mais, ne pouvant exercer elle-même ses pouvoirs, ceux-ci sont délégués à des magistrats. Dans toute organisation politique, il existe une partie qui définit ce que chaque pouvoir doit faire, et une partie qui désigne les titulaires de ces pouvoirs auxquels on obéit.

Tandis que le recours à la force concerne les pouvoirs exécutif et fédératif, le législatif appartient à la société elle-même. Le pouvoir législatif est pour Locke le pouvoir suprême : ce pouvoir ne peut donc être absolu et arbitraire :

le droit positif est subordonné aux lois de la nature ;

ce pouvoir est la mise en commun du pouvoir des individus : il ne peut y avoir de pouvoir supérieur ;

ce pouvoir est universel, il ne s'adresse pas aux particuliers en tant que tels ;

c'est un pouvoir stable et public, il instaure un ordre juridique régulier ;

il est impossible que le pouvoir législatif prive un homme de ses biens, car cette propriété est inviolable ;

Le pouvoir législatif n'a que le pouvoir de faire des lois, et il est absolument dépendant de la communauté : seule cette dernière a le droit de désigner des instances législatives et le droit d'en contrôler l'exercice.
La hiérarchisation des pouvoirs consistera alors pour Locke à soumettre le pouvoir exécutif au pouvoir législatif puisque ce dernier est le pouvoir suprême et qu'il est l'expression de la volonté d'une communauté.

La règle et le droit ont donc la primauté et personne n'est au-dessus de la loi. Le pouvoir exécutif est donc naturellement inférieur, car il exécute seulement les décisions du pouvoir législatif.
Pour éviter la concentration des pouvoirs, il faut les déléguer à des instances distinctes et même déléguer à plusieurs instances le même pouvoir ; par exemple, le législatif peut appartenir à une assemblée et au roi.
Mais il est préférable de confier ce pouvoir totalement ou en partie à une assemblée élue et renouvelable, afin qu'aucun individu de la société ne soit privilégié.

Cette organisation comporte tout de même des risques d'abus, abus tant du pouvoir exécutif que du pouvoir législatif. Selon Locke, quoiqu'il arrive, et même si le pouvoir a été délégué, la communauté est toujours la seule véritable détentrice de ces pouvoirs.
En conséquence, elle a le droit d'en contrôler l'exercice, et elle est seule juge en ce domaine. Si le pouvoir législatif est utilisé abusivement, la communauté déclare nulles les décisions de l'instance judiciaire, et celle-ci s'en trouve dissoute par le fait.
b. Droit de résistance
Puisqu'il peut y avoir des abus, et puisque la communauté ne peut en aucun cas être privée de ses droits, il faut que la communauté ait aussi un droit de résistance.

Locke distingue trois cas où le droit de résistance s'applique :

trahison d'un magistrat (par exemple, exercice de la force en dehors du droit : usurpation, tyrannie);

quand un magistrat néglige sa fonction ;

sur preuves d'un projet de trahison.
C'est à la communauté que revient alors le droit de juger, et, lorsque quelqu'un veut exercer un pouvoir pour lequel il n'a pas été désigné (donc lorsque quelqu'un veut exercer un pouvoir qui n'existe pas), la désobéissance est légitime.
c. La justice sociale

L'idée d'un état de nature n'est pas seulement pour Locke un moyen de fonder les droits individuels de la propriété ; en effet, ce droit de propriété, dans sa formulation même, comporte certaines restrictions qui définissent un devoir de charité qui se déduit du devoir de tout homme de préserver le genre humain.

Il y a donc une limite à ce droit inviolable de la propriété individuelle : un propriétaire, même s'il est dans son droit, a le devoir de céder les biens inutiles à sa subsistance, dans la mesure où ces biens peuvent venir en aide à des individus démunis : ces personnes y ont droit, mais à la condition d'être réellement dans l'impossibilité de pourvoir à leurs propres besoins.

Ce devoir de charité introduit dans l'individualisme possessif de Locke une solidarité au moins minimale qui le limite.

Cette charité est une prescription universelle qui rappelle l'individu propriétaire à la modestie, et qui vient tempérer le libéralisme individualiste de Locke : bien que chacun puisse revendiquer légitimement les droits qu'il possède sur ses biens, l'appropriation privée des biens de la Terre n'a en fin de compte sa véritable légitimité que si elle est au bénéfice de tous, car la Terre est commune, et tout homme y a droit.

Ainsi, Locke pense-t-il que son système libéral peut augmenter les ressources de tous les hommes, et remplir ce devoir de charité :

ce système augmente les ressources disponibles ;

il réalise de lui-même une distribution des richesses ; le moins bien lotis d'une société se trouve alors dans une situation meilleure que si cette société n'avait pas existé.
Locke va être publié en France donnant naissance a une école libérale qui se développe a partir de ses idées. Par exemple Fénelon et Saint Simon. Ils développeront l’idée selon laquelle la nation n’a pas totalement abdiqué la souveraineté au Roi.
d. La Lettre sur la tolérance

L'argument central de la Lettre sur la tolérance est la distinction de l'État et des Églises, de par leurs différences quant à leurs fins temporelles ou spirituelles et les moyens employés (forces ou persuasion).

Pour Locke, il est bien clair que seul le magistrat à la charge du pouvoir temporel, qui consiste à maintenir par la loi un ordre public assurant le bien public et la paix civile.

Le magistrat n'a aucun droit sur les intérêts spirituels des individus, car chacun est libre de choisir la manière de vivre dont il estime qu'elle lui assurera le salut.
Chacun peut donc adhérer librement aux dogmes qui lui plaisent ; les sociétés religieuses doivent être libres et volontaires, mais n'ont aucune légitimité quant à l'usage de la force, pas plus qu'elles n'ont le droit d'influencer les décisions de l'action politique publique.
Le pouvoir politique doit donc tolérer les sectes du moment qu'elles respectent ces conditions ; la mission temporelle de l'État exige de lui qu'il protège les droits de tous les hommes quelles que soient leurs croyances, et précisément afin que chaque homme puisse mener sa vie selon les croyances qu'il juge les meilleures, et dont il est de droit le seul juge.

A cette tolérance politique et religieuse, Locke apporte néanmoins plusieurs restrictions.
Ces restrictions découlent du fait qu'il ne conçoit pas la tolérance pour elle-même, mais dans le but de concilier la préservation de la liberté individuelle et la paix civile.

Locke formule quatre restrictions :

on ne peut tolérer aucun homme qui soit opposé à la société et aux bonnes mœurs indispensables au maintien de la société civile ;

on ne peut tolérer que certains s'arrogent des privilèges particuliers, pour eux ou pour leur secte, nuisibles à la société ;

on ne peut tolérer une Église soumise à une autorité différente de celle du magistrat (par exemple, au pape) ;

enfin, on ne peut tolérer les athées.

Locke combat ainsi à la fois l'autoritarisme dogmatique qui détruit les conditions de la liberté de conscience en imposant certaines conceptions du bien, et l'anarchisme individualiste qui détruit les conditions de la vie sociale par la recherche sans restriction d'un bien choisi même en toute conscience.

La liberté individuelle dans le domaine de la religion doit être aussi grande que possible, elle doit être garantie par des lois, mais elle doit toujours rester compatibles avec les conditions politiques qui lui permettent d'exister.
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