La Bibliothèque électronique du Québec





télécharger 425.17 Kb.
titreLa Bibliothèque électronique du Québec
page6/8
date de publication28.10.2016
taille425.17 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > droit > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8

V


La passion que Clémence inspira à Jacques, fut d’autant plus vive qu’elle avait été plus combattue. Un caprice sensuel jetait la jeune femme et le beau garçon dans les bras l’un de l’autre. Ils s’aimèrent avec rage, avec folie, et dans un exclusivisme absolu, qui mettait une infranchissable barrière entre le monde et eux. Ils vécurent, pendant quinze jours, l’un pour l’autre, l’un près de l’autre, dans la riante villa de la route de Menton, sous les orangers en fleurs du jardin, parmi les divans bas, capitonnés de soie, du salon mauresque.

Le soir, Jacques s’arrachait, à grand-peine, aux séductions de la charmeuse, et rentrait à Beaulieu. Sa mère et sa sœur ne le voyaient plus qu’un instant, le matin, avant son départ. Et, avec une tristesse profonde, Mme de Vignes constatait que le retour inespéré de son fils à la santé avait été le signal de la reprise de sa vie dissipée d’autrefois. Cette vie dévorante, qui l’avait mis si près de sa fin. Elle avait risqué une remontrance, qui avait été accueillie avec un sourire. Jacques, pressé de s’échapper, avait embrassé sa mère, assuré qu’il ne s’était jamais senti plus solide, ce qui était vrai, et qu’il n’y avait point lieu de s’inquiéter. Et, sans plus vouloir écouter ni conseils ni prières, il s’était dirigé vers la gare et avait pris le train pour Monte-Carlo.

Les deux femmes restaient donc seules, et leurs journées s’écoulaient silencieuses et mornes.

Pendant ce temps-là, Jacques goûtait les voluptés dévorantes qui avaient stérilisé le talent de Pierre Laurier, abaissé son caractère, détruit son courage, et fait, du merveilleux artiste, l’impuissant qui demandait à la mort l’oubli de son brillant passé.

Clémence, d’autant plus dangereuse qu’elle était sincère, aimait comme elle croyait n’avoir jamais aimé. Elle trouva, dans ce joli blond, un peu efféminé, l’amant délicat et charmant rêvé par sa beauté brune. Elle le domina complètement, s’empara de lui, au point qu’il n’avait plus une pensée qui ne fût sienne, plus un désir qui ne fût inspiré par elle. Ce fût l’envoûtement complet, qui fait passer l’amour dans la moelle des os, dans les fibres du cœur, dans la chair et les nerfs. Elle fut le satanique succube de cet heureux infortuné, qui se trouvait au comble de la félicité, et ne mesurait pas la profondeur de sa chute.

Dans cette ivresse, qui les possédait, ils arrivèrent à l’époque fixée pour le départ. Et Clémence, ne pouvant supporter l’idée d’être séparée de Jacques, se disposa à le suivre. Ils abandonnèrent à regret ce pays délicieux, fait pour l’amour. Mais ils se consolèrent, en pensant qu’à Paris, ils auraient bien plus de facilités pour être l’un à l’autre, et, s’ils le voulaient, ne se quitteraient presque plus.

Le retour produisit, sur elle et sur lui, un effet très différent. Jacques éprouva une joie profonde à rentrer dans la ville qu’il avait craint, pendant ses mauvais jours, de ne revoir jamais. Le mouvement des rues, l’animation de la foule, le saisirent et le grisèrent. Il quittait le plus charmant climat, il venait d’avoir sous les yeux un merveilleux décor. Le ciel brumeux de Paris, ses larges avenues de pierre, lui semblèrent admirables, et il s’avoua, à lui-même, que rien de plus beau n’existait au monde. Il réoccupa, joyeux, son appartement de garçon, et s’y confina délicieusement.

Clémence, elle, réinstallée dans son monumental hôtel de l’avenue Hoche, retrouva, avec son luxe, les soucis de l’existence. Là-bas, à Monte-Carlo, elle vivait comme une petite bourgeoise. À Paris, elle redevint la grande demi-mondaine dont le train de maison coûtait trois cent mille francs tous les ans. Jacques ne la reconnaissait plus. En elle, une transformation soudaine s’était opérée. L’allure, le ton, la façon d’être de Clémence avaient entièrement changé. Elle parlait bref, elle regardait d’un œil impérieux. On se sentait en face de la femme armée pour la bataille de la vie, et toujours en garde, afin de n’être pas surprise et vaincue.

Elle témoigna à Jacques une vive tendresse, elle lui déclara qu’il était son maître, et qu’elle subordonnait tout à son désir. Mais, le fait de le lui dire attestait, si clairement, une diminution d’influence, que le jeune homme resta songeur. Clémence se rendit compte de l’impression ressentie et s’efforça de la dissiper. Elle se fit douce et câline, et, pour un instant, la charmante et simple amoureuse des jours passés reparut.

Mais c’en était fait de la sécurité d’esprit de Jacques auprès de sa maîtresse. Dans la petite villa de Monte-Carlo, il pouvait avoir l’illusion qu’elle n’avait jamais aimé comme elle l’aimait. Dans le somptueux hôtel de Paris, tout parlait de la vie ancienne de Clémence, tout rappelait ses amants, depuis Sélim Nuño, qui avait payé la maison, jusqu’à Pierre Laurier, qui avait peint le superbe portrait qui ornait le salon. Un grand trouble s’empara du malheureux. Il se montra sombre, inquiet, irrité. Il cessa d’être sûr de celle qu’il adorait, et son amour en augmenta.

Ils s’étaient promis de ne plus se quitter, et ils se voyaient moins qu’autrefois. Non par la volonté de Clémence, mais parce que l’existence n’était plus la même, et que les exigences de son train de maison l’accaparaient au détriment de son amour. Jacques prit l’habitude de venir à des heures régulières, et, peu à peu, sa passion se disciplina. Ce fut un grand malheur pour lui. À Monte-Carlo, il serait sans doute arrivé promptement à la lassitude. Mais les obstacles, qu’il rencontrait à Paris, l’enfiévraient au lieu de le décourager.

Clémence, avec la finesse d’observation qu’ont toutes les femmes, et particulièrement celles qui vivent de la sottise et de la vanité masculines, jugea tout de suite cet état d’esprit. Elle savait, de longue date, que, chez les hommes, la sécurité engendre promptement l’indifférence, et que l’aiguillon le plus puissant de l’amour, c’est l’incertitude. Voyant Jacques très inquiet, et à la veille d’être jaloux, elle se plut, malicieusement, à le tenir en suspens, à lui laisser tout craindre, tout espérer, et tout obtenir. Elle amena ainsi sa passion au plus haut point d’intensité. Elle le fit souffrir avec une joie raffinée ; sachant le dédommager de ses soucis par des plaisirs qui lui semblaient ainsi plus vifs.

Taciturne quand il n’était pas auprès de Clémence, Jacques inquiéta sa mère par la torpeur énervée de son attitude. Il passait des heures, étendu sur le divan de son fumoir, les yeux fixés au plafond, fumant des cigarettes opiacées, qui engourdissaient son cerveau, sans bouger, sans parler, comme perdu dans un rêve né du haschich. Sa santé demeurait bonne, cependant une pâleur remplaçait, sur ses joues, les fraîches couleurs qu’il avait rapportées du Midi. Il maigrissait. Mais ses nerfs le soutenaient vigoureusement, et il passait les nuits, avec un entrain extraordinaire, comme si ses inerties et ses mutismes lui servaient à économiser sa force pour le plaisir.

Il retournait au cercle, vers cinq heures, tous les jours, et, à minuit, quand il ne restait pas chez Clémence. Il jouait beaucoup, et eut, au début, une chance extraordinaire. La chouette à l’écarté lui rapportait de grosses sommes. Il faisait des gains de cinq cents louis, très joliment, avant dîner, et cet argent du jeu, si facile à dépenser, il le laissait couler de ses mains avec une superbe indifférence. Il se donna le plaisir de subvenir au luxe de Clémence. Une sourde jalousie le travaillait, et il voulait être, chez la belle fille, un maître incontesté. Il n’en acquit pas plus de droits, au contraire. Et, trois mois après être revenu de Nice, il entretenait la femme réputée la plus chère de Paris. Il n’avait pas su se contenter de la combler de ces cadeaux princiers, qui font la fortune des bijoutiers, et qu’il apportait à sa maîtresse, comme, à Monte-Carlo, il lui offrait un bouquet de roses et de violettes. Il prétendit jouer le rôle de Jupiter auprès de la Danaé de l’avenue Hoche. Et, à compter de ce jour, commença une vie infernale.

La grosse partie d’écarté ne suffit plus à ses besoins, et le baccara lui ouvrit un champ plus vaste. Le jeu, qui d’abord n’avait été pour lui qu’une distraction, puis un expédient, devint une passion. Il l’aima, non plus seulement pour les ressources qu’il y puisait, mais pour les émotions qu’il y éprouva. Il tailla, avec une impassibilité superbe, qui masquait des sensations dévorantes. Il fit des différences de cent mille francs, sans que le son de sa voix parût changé, sans que son visage s’altérât. Mais il bouillait intérieurement, et la trépidation de ses nerfs était d’autant plus intense qu’elle était mieux dissimulée. Lorsque, après deux heures d’alternatives de succès ou de revers, la chance se fixait définitivement de son côté, son cerveau exalté par le désir du triomphe se détendait dans une béatitude délicieuse. Il avait un instant d’ivresse sans pareille, pendant lequel il oubliait tout ce qui n’était pas le jeu.

Clémence n’avait pas tardé à constater qu’elle n’était plus seule dans le cœur de Jacques, mais elle ne prit pas ombrage de cette rivale victorieuse, à laquelle son luxe était dû. D’ailleurs, en elle, une modification sensible, et assez accoutumée, de ses sentiments se produisait. Ses habitudes de galanteries l’avaient reconquise, et la belle fringale de volupté, dont elle avait été saisie, dans sa solitude du Midi, n’avait pas résisté aux distractions de Paris. Elle avait revu ses amies, retrouvé ses relations, et, reprise dans l’engrenage des plaisirs quotidiens, elle trouvait moins de temps à consacrer à son amour.

Et puis, Jacques lui résistant avec une sombre sauvagerie, l’avait entraînée jusqu’à la passion ; mais Jacques obéissant à toutes ses fantaisies, et surtout, déchéance impardonnable, l’entretenant, comme n’importe quel millionnaire, était à la veille de l’ennuyer. Du moment qu’il n’était plus le fruit défendu, il cessait d’être tentant. En cela la comédienne n’était pas plus perverse que la généralité des femmes. Et toute la responsabilité, de ce qui devait arriver, incombait à Jacques. Il avait modifié, de lui-même, les conditions de son intimité avec Clémence. Il avait méconnu cet axiome fondamental de la philosophie galante : L’amour d’une femme est en raison directe des sacrifices qu’elle s’impose pour le satisfaire. Ne la tenant plus à la chaîne par son caprice, il était tout près d’être trompé par elle. Pour Clémence, le délai, entre la désaffection et la trahison, pouvait être nul. Mais parce qu’elle le chassait de son cœur elle ne devait pas rendre à Jacques sa liberté. Il n’était pas dans sa nature de se montrer si généreuse, et, à Paris, il n’existait pas une tourmenteuse d’hommes plus implacable que cette femme lorsqu’elle n’aimait plus. Elle avait gardé Laurier plus d’un an après qu’il avait cessé de lui plaire, et c’était pendant cette infernale période que l’artiste, torturé, dégradé, avait songé à s’évader de cette vie, dont Clémence lui avait fait un bagne.

Jacques ne s’apercevait encore de rien. La belle fille, savante à tromper les hommes, le charmait par la même grâce du sourire, la même douceur des paroles, la même langueur des caresses. Déjà son plaisir était frelaté, et la fraude était tellement habile qu’il y trouvait une aussi délicieuse ivresse.

Il n’allait plus que très peu chez sa mère. La tristesse y était trop grande : il s’écartait. Sa sœur, sans que des symptômes caractéristiques de la maladie qui la minait se fussent produits, chaque jour se penchait plus pâle, plus frêle. Cependant, par un effort de son esprit, elle parvenait à affecter de la gaieté, afin de donner le change à Mme de Vignes. Mais la comédie, jouée par la fille, ne trompait pas la mère. Et les deux femmes, composant leur visage pour se faire mutuellement illusion, vivaient secrètement dans le chagrin.

Les médecins consultés avaient conclu à de l’anémie. Ils ne voyaient aucun organe atteint : ni le cœur ni la poitrine. Ils constataient néanmoins un graduel affaiblissement des forces. Il semblait que Jacques eût pris à sa sœur toute sa vigueur et lui eût donné toute sa débilité. Ce n’était pas un mince sujet d’étonnement pour ces praticiens qui soignaient, l’an passé, le frère, de voir celui-ci mener son orageuse existence, tandis que Juliette, rayonnante au dernier printemps, se courbait maintenant maladive. Et Jacques, que ces deux femmes avaient entouré de tant de soins et de tendresse, ennuyé par les doléances de sa mère, glacé par le triste sourire de sa sœur, espaçait ses visites avec un égoïsme féroce, jouissant à outrance de la vie retrouvée.

Le mois de juin était arrivé, et Clémence avait désiré, comme elle en avait l’habitude, s’installer à Deauville. Sélim Nuño, depuis des années, mettait à la disposition de la comédienne sa splendide villa. Jacques, qui voyait déjà avec ennui les visites fréquentes que le vieux financier faisait à la jeune femme, se cabra dès que celle-ci parla de son projet. Aller au bord de la mer, bon ; choisir Deauville, parfait. Mais accepter l’hospitalité de Nuño ? Pourquoi ? À cette question Clémence répondit facilement :

– Il y a juste dix ans, mon cher, que Sélim est un ami sûr pour moi. Je lui ai dû beaucoup, autrefois, et je ne répondrais pas de ne lui point devoir encore dans l’avenir...

– Tant que je serai là, c’est bien improbable.

– Tant mieux. Mais tu peux n’y plus être. Les hommes sont changeants... Tu m’aimes aujourd’hui, tu peux m’oublier demain. Ceux, sur lesquels on peut compter, en toute circonstance, sont rares. Il ne faut pas les désaffectionner... Et puis, voyons, franchement, Jacques, tu ne peux pas être jaloux de ce pauvre vieux ? C’est un père pour moi. Et tu sais bien que tu n’as rien à redouter de personne !

Elle s’efforçait d’engourdir sa résistance par de tendres paroles ; mais l’opposition que lui faisait le jeune homme avait des bases déjà anciennes et solides. Il l’écoutait, en hochant la tête, d’un air fort peu convaincu :

– Il ne me plaît point d’aller chez M. Nuño. Quoiqu’il n’habite pas la villa, tu n’en serais pas moins chez lui. Alors, de quoi aurais-je l’air ? Rien n’est plus facile que de louer une autre maison, et de n’avoir aucune obligation à qui que ce soit ? Si tu acceptes ma proposition, nous pourrons recommencer la douce existence de Monte-Carlo ; nous serons, de nouveau, au bord de la mer, dans une charmante solitude, et tu auras le loisir d’être toute à moi... Ici, je suis forcé de te disputer à tes occupations, à tes amitiés, et tu m’échappes presque complètement. Là-bas, je te posséderais entière et nul ne pourrait plus t’enlever à moi.

Il parlait avec ardeur, et Clémence l’écoutait curieusement. Sa voix, naguère si douce à ses oreilles, à présent lui semblait indifférente et banale. Ses mains, qui serraient les siennes, ne brûlaient plus sa chair. Il lui paraissait un joli garçon blond, très exigeant, et qui commençait à l’importuner. À ses pressantes insistances, elle répondit par un sourire que Jacques accueillit comme le présage de sa victoire. Il se rapprocha de la jeune femme et la prit dans ses bras. Elle n’opposa point de résistance. Elle était attentive à analyser ses sensations. L’étreinte la laissa froide et calme. Rien de la flamme passée ne vint l’échauffer, il lui sembla que le foyer était décidément éteint et que rien ne pourrait le rallumer. À peine quatre mois d’amour, et c’était fini.

Elle pensa à cette soirée du veglione où, dans la loge, ils avaient échangé leurs premières paroles de tendresse. Comme elle était émue et frémissante ! Et, maintenant, comme elle se sentait lasse et indifférente ! Lui, il était toujours possédé de sa passion. Mais elle, décidément, elle avait usé son caprice. Ce fut, à cette minute même, que l’arrêt de Jacques fut prononcé. Pendant qu’il serrait contre sa poitrine le corps charmant de Clémence, celle-ci se disait :

– N i, ni, c’est fini, de celui-ci comme des autres. Il m’adore et je suis fatiguée de lui. Ne trouverai-je donc jamais l’homme qui ne m’aimera pas, et que j’aimerai toujours ?

Elle se leva du canapé, sur lequel elle était assise auprès de Jacques, et, s’accoudant à la cheminée d’un air pensif :

– Tu tiens à ton programme ? Soit !... Je l’adopte. Loue la maison que tu voudras, pourvu qu’elle soit grande, bien située, et qu’il y ait de bonnes écuries pour les chevaux, car j’emmènerai tout mon monde. Mais, tu sais, Nuño viendra me voir là, aussi librement qu’autre part. Car je n’ai pas l’intention de rompre avec mes amis, ni de me laisser séquestrer.

– Cette idée m’est-elle jamais venue ? protesta Jacques. N’ai-je pas confiance en toi ?

Clémence le regarda et le trouva décidément ridicule. Un fugitif sourire passa sur ses lèvres, et elle resta un instant silencieuse, puis lentement :

– Tu as bien raison d’avoir confiance, dit-elle ; si tu te défiais, ce serait exactement la même chose !

La soirée était belle et chaude, ils sortirent et s’en furent dîner aux Ambassadeurs. À onze heures, Clémence, assez maussade et se disant souffrante, mit Jacques à la porte. Agacé, il descendit au cercle, et, comme la partie de baccara s’engageait, il prit la banque et commença à tailler. Fait bizarre : heureux au jeu, tant qu’il avait été aimé, l’heure précise, à laquelle sa maîtresse venait de constater qu’il lui était devenu indifférent, sembla avoir marqué la fin de sa veine. Brusquement la chance lui échappa, et, après des retours de fortune trop courts, il se retira au matin perdant trois mille louis.

Il avait tant gagné, depuis quelques mois, qu’il n’attacha aucune importance à cette mauvaise passe, qu’il jugea devoir être accidentelle. Il n’en eut que plus d’ardeur à chercher sa revanche, mais il ne trouva que la continuation de sa défaite. Étonné, il s’entêta, et, en quelques jours, il dut apporter à la caisse du cercle de très grosses sommes. La maison de Trouville était louée, il voulut rompre cette série fatale, et, comme Clémence était disposée à partir, ils se dirigèrent vers la côte normande.

Là, l’existence se continua pour eux, comme à Paris, mais dans une intimité plus grande, qui augmenta la froideur réelle de la jeune femme, obligée de se contraindre pour paraître charmante à un homme qui l’ennuyait autant que tous ses prédécesseurs. Elle se vengea, en s’ingéniant à lui faire dépenser de l’argent. C’était l’instant où Jacques, voyant ses ressources se tarir brusquement, était obligé de faire appel à ses réserves. La difficulté de sa situation semblait l’exciter, et jamais il n’avait tant tenu à Clémence que depuis qu’elle se détachait de lui. Peut-être cette étrange fille possédait-elle la dangereuse faculté de troubler la raison de ses amants. Car, à l’exception de Nuño, qui avait été son premier protecteur, et qui n’avait jamais pris ombrage de ses caprices, tous ceux qu’elle avait aimés et quittés ne s’étaient point consolés de sa perte.

Le train que menait Clémence était considérable, et elle défrayait, par les parties qu’elle organisait, les conversations de toute la plage. Ce n’étaient que cavalcades, entraînant sur la route d’Honfleur ou de Villers la jeunesse de Trouville. Le manège, ces jours-là, était vide, et on n’aurait pas trouvé un cheval disponible dans le pays. Des breaks, attelés en poste, emmenaient les dames et, dans une des charmantes et excellentes auberges de la côte, tout le monde s’arrêtait à l’heure du déjeuner. Au milieu de la poussière, sous le grand soleil, avec des cris joyeux, les cavaliers, ayant mis pied à terre, aidaient les belles personnes à descendre du haut des mails. Et c’étaient des envolées de jupes claires, des visions rapides de petits pieds et de jambes fines, qui retenaient, cloués, sur le seuil des portes, les gars du pays, l’air ébaubi et les yeux écarquillés.

D’autres jours, on s’embarquait sur le yacht à vapeur du baron Trésorier, et, par une mer d’huile, on allait jusqu’à Fécamp, ou dans la direction de Cherbourg. Le soir, toute la bande joyeuse se rassemblait au Casino de Trouville, et la danse emportait les couples, au bruit de l’orchestre, jusqu’à minuit. Alors on rentrait, las des plaisirs de la journée, et, une demi-heure, plus tard, les joueurs se retrouvaient au cercle, où la partie s’engageait jusqu’à l’aube. Jacques, le visage dur mais impassible, taillait avec une déveine toujours persistante et voyait les dernières épaves de sa courte fortune emportées par le naufrage. Il ne se décourageait pas, et, plein d’une confiance inconcevable, attendait le retour de la veine. Elle ne pouvait pas, pensait-il, être toujours infidèle, et, en quelques soirées, il réparerait ses pertes. Raisonnement commun à tous les joueurs, espérance commune à tous les décavés, et qui ne sont que bien rarement ratifiées par le sort.

Un soir qu’il venait de jouer avec son malheur habituel, la banque étant mise aux enchères, une voix, qui lui était connue, fit entendre les mots consacrés : Banque ouverte ! Il leva les yeux et, séparé seulement par la largeur de la table, il aperçut Patrizzi. Ses regards rencontrèrent ceux du prince, qui lui adressa un amical sourire. Au même moment, une personne, qui était derrière le Napolitain, s’avança hors du cercle des curieux et, avec un horrible serrement de cœur, Jacques reconnut le docteur Davidoff.

Le jeune homme, cloué à sa place, ne put faire un seul pas. Une sueur froide perla à son front, ses oreilles tintèrent. Il lui sembla que l’image décharnée de la mort se dressait devant lui. Il était encore immobile, sans force pour avancer ou pour reculer, fasciné par le coup d’œil railleur du médecin russe, lorsque la main de Patrizzi se posa sur son épaule. Jacques, avec effort, se tourna, et, l’air hagard, écouta le prince qui lui parlait. Il entendait à peine ses paroles ; cependant la pensée qu’on l’observait et qu’il devait avoir une attitude inexplicable lui rendit un peu d’énergie, il passa la main sur son front et put dire à Patrizzi :

– Est-ce qu’il y a longtemps que vous êtes là ?

– Un quart d’heure à peu près. Nous sommes entrés, Davidoff et moi, au moment où votre banque était le plus vigoureusement attaquée... Vous avez là, cher ami, quelques Anglais qui vous ont livré de rudes assauts...

– Je ne suis pas très heureux, en ce moment, balbutia Jacques.

– C’est ce que ces messieurs disaient à l’instant. Mais, pardon, on m’attend pour tailler. Je vais essayer de vous venger. Tenez, voici Davidoff qui vient à vous.

Il prit place sur la haute chaise, mêla les cartes, fit couper et commença la partie. Davidoff lentement s’était détaché du groupe, au milieu duquel il se trouvait, et s’avançait vers Jacques. En marchant, il l’examinait avec attention. Quand il fut tout près de lui, il lui tendit la main, et, la prenant, plutôt comme un médecin que comme un ami, il la tâta, pour en étudier la souplesse, la chaleur et la nervosité, et la laissant aller avec un hochement de tête :

– Vous avez la fièvre, Jacques, la vie que vous menez est bien mauvaise pour vous.

Les sages paroles, prononcées par le docteur, rompirent le charme que subissait le jeune homme. Il ne vit plus, en Davidoff, le personnage énigmatique, détenteur des secrets par lesquels la vie était revenue dans son corps épuisé, mais un homme bienveillant, semblable à tous les autres hommes. Il recouvra son assurance, et gaiement :

– Elle serait mauvaise pour tout le monde. Cependant, vous le voyez, je n’en souffre pas trop. Mais il fait une violente chaleur ici. Allons prendre l’air, voulez-vous ?

Il mit son paletot et, appuyé sur le bras de Davidoff, il sortit sur la terrasse. Il faisait un temps adorable. La nuit, très douce, était rayonnante d’étoiles. Les flots mouraient, sans bruit, sur le sable de la plage. Au nord, les feux du Havre luisaient dans l’obscurité. Un calme profond régnait. Les deux hommes marchèrent, pendant quelques instants, sans parler, repassant en eux-mêmes les événements auxquels ils avaient été mêlés, et qui les liaient l’un à l’autre, d’une façon si puissante. Ils avaient mille questions à se poser. Mais la crainte d’en trop dire suspendait leur curiosité. Jacques le premier se décida à interroger :

– Vous êtes nouvellement arrivé à Trouville ? demanda-t-il au docteur avec une indifférence affectée.

– Le yacht du comte Woreseff, avec qui je suis, a fait son entrée, aujourd’hui, à cinq heures. Nous avons dîné aux Roches-Noires, et comme le patron était fatigué, il est resté à bord. Patrizzi et moi nous sommes venus au casino, où je savais vous rencontrer...

– Ah ! on vous avait dit ?...

– Que vous êtes ici, depuis trois semaines, avec Clémence Villa, que vous jouez beaucoup, mais avec une guigne féroce, et que vous vous portez bien. Voilà ce qu’on m’a dit.

Jacques fronça le sourcil.

– On ne vous a pas trompé, dit-il froidement.

– Est-ce donc là l’usage que vous deviez faire de la santé retrouvée ? demanda, avec douceur, le médecin. Oh ! je ne veux pas me poser en moraliste ni en donneur de leçons !... Vous savez que j’ai de l’amitié pour vous, c’est pourquoi je vous tiens ce langage. Clémence Villa ! Voilà auprès de quelle femme je vous retrouve ! Et c’est pour elle que vous jouez avec cette ardeur furieuse. Voyons, mon cher ami, êtes-vous sûr d’être dans votre bon sens ?...

– Je suis sûr d’être fou d’elle ! dit Jacques d’une voix étouffée. Mais je ne suis pas sûr qu’il dépende de moi qu’il en soit autrement !... L’amour qu’elle m’a inspiré est si intimement lié à mon retour à la vie, qu’il me semble qu’il en est le principe même. Et puis, si je ne me plongeais pas dans cette passion, qui annihile ma pensée et absorbe tout mon être, que deviendrais-je ? J’ai peur de le savoir et je ne veux pas le chercher.

Il fixa sur le docteur des yeux troublés :

– Il ne faut pas que je réfléchisse, voyez-vous, car j’arriverais facilement à la conviction que mon existence est une monstruosité périlleuse pour les autres et pour moi-même... Non ! non ! il ne faut pas que je réfléchisse ! Et l’existence que je mène, et que vous me reprochez, est la seule qui me soit favorable.

– Mais vos forces n’y résisteront pas, dit Davidoff, et vous vous tuerez.

Jacques eut un rire nerveux :

– Croyez-vous que cela soit possible ? Est-ce que je dépends de moi ? Ne suis-je pas poussé par une sorte de fatalité ?

– Prenez garde. Ce raisonnement, qui tient à écarter de vous la responsabilité, est une trop facile excuse de bien des fautes, dit sévèrement le docteur. Vous avez craint de mourir et vous vivez, voilà un fait. Ne lui assignez pas de causes surnaturelles. Vous êtes guéri de la maladie dont vous souffriez. Êtes-vous le premier ? Je vous ai soigné. Faites-moi honneur de votre guérison et n’ajoutez pas foi à des fantaisies pythagoriciennes qui feraient rire un enfant !...

– En riiez-vous à Monte-Carlo, le soir où vous nous avez raconté vos histoires ?

– Eh ! vous ai-je dit que je croyais à ce que je vous ai raconté ? Nos amis, après un excellent repas, avaient mis le spiritisme sur le tapis, et on parlait, un peu à tort et à travers, de la transmission des âmes... J’ai fait ma partie dans le concert, mais si vous voulez connaître mon opinion réelle : je suis matérialiste. Par conséquent, je ne puis admettre qu’un corps soit vivifié par un élément dont je ne reconnais pas l’existence...

– Comment donc ai-je été sauvé ? dit Jacques d’une voix tremblante.

– Vous avez été sauvé parce que la caverne, que la phtisie avait ouverte dans votre poumon, s’est trouvée heureusement cicatrisée, grâce au traitement que vous suiviez, favorisé par l’influence salutaire du climat... Que voyez-vous, là-dedans, de miraculeux ? Tous les ans, des phénomènes aussi satisfaisants se produisent, sans jeter, dans l’esprit de ceux qui en bénéficient, un trouble mystérieux.

Ils s’étaient arrêtés au bord de la mer, dont la surface calme, éclairée par la lune, brillait comme de l’argent. Jacques resta un moment silencieux, puis brusquement, comme s’il se débarrassait d’un poids qui l’étouffait :

– Et Pierre Laurier ?

– Pierre Laurier n’avait plus sa raison, répondit Davidoff d’une voix grave, et vous savez bien qui la lui avait fait perdre. Jacques, je voudrais vous rendre à vous-même, vous montrer l’horreur de l’existence que vous menez, vous révéler l’infamie de celle à qui vous sacrifiez tout.

– Taisez-vous ! cria Jacques avec violence. Je ne supporterai pas que, devant moi, vous parliez d’elle ainsi.

– Le soir où Pierre Laurier a disparu, poursuivit le docteur russe, ce n’était pas moi qui me répandais en outrages à l’adresse de Clémence. C’était lui. Il la maudissait. Et cependant une force invincible le conduisait chez elle, et cent fois déjà il avait proféré les mêmes insultes, pour aboutir à la même lâcheté. Il le savait, il en grinçait des dents et il demandait au ciel le courage d’étrangler ce monstre et de se tuer après. Le monstre a vaincu, une fois de plus, celui qui voulait le dompter, et maintenant c’est vous qui êtes sa proie, et ce seront d’autres après vous, si ce n’est en même temps que vous !...

– Davidoff !

Le Russe saisit fortement le bras de Jacques :

– Auriez-vous des illusions sur la fidélité de la belle ? Laurier n’en avait pas, lui. Et il retournait tout de même à elle. Il l’aimait plus passionnément que vous, car vous n’avez pas subi l’épreuve de la trahison... Vous ne pouvez pas savoir jusqu’à quelle bassesse vous entraînera Clémence... L’avez-vous surprise avec un autre amant ? Pas encore ? Bien ! Cela ne peut manquer d’arriver, et, après avoir rugi de colère, menacé de tout massacrer, vous sangloterez comme un enfant aux pieds de la criminelle, en demandant grâce pour votre plaisir ! Oui, vous le ferez ! Tous ont joué cette abjecte comédie devant elle, tous la joueront. C’est pour cela qu’elle méprise les hommes, les prend à sa fantaisie, et les rejette quand ils ont cessé de lui plaire. Essayez de l’attendrir, vous verrez avec quelle férocité froide elle se repaîtra de vos lamentations, de vos prières. Elle vous rira au nez, elle vous insultera, elle vous racontera ses nouvelles amours, en vous nommant l’heureux maître de son cœur. Et vous voudrez mourir !... Allons, Jacques, un instant de raison, une minute de clairvoyance. Ce que j’ai dit à Pierre, dans cette nuit fatale, je vous le dis, à vous, au bord des flots, comme nous étions, sous le ciel clair et étoilé, par une nuit semblable... Il me répondit que tout était inutile, qu’il n’avait pas la force de suivre mon conseil... Il m’a quitté et nous ne l’avons plus revu... Lui, au moins, il était seul au monde. Vous, vous avez une mère, une sœur. Pensez à elles. Voulez-vous qu’elles aient à vous pleurer ?

– Elles me pleurent déjà, Davidoff, dit Jacques avec angoisse. Je leur cause bien des tourments, bien des soucis, bien des inquiétudes. Les pauvres innocentes, elles sont très malheureuses, et par ma faute. Oh ! je sais que je suis coupable, et d’autant plus qu’elles sont douces et résignées. Vous n’avez pas revu ma sœur depuis votre départ. Vous serez effrayé, en la retrouvant si faible et si triste. Les médecins ont tous cherché la cause de son mal. Aucun ne l’a pénétrée. Mais ma mère et moi nous la connaissons. Vous aussi vous avez dû la deviner... La blessure, dont elle souffre et dont elle mourra, est au cœur. Elle aimait Pierre Laurier et ne peut se consoler de sa perte. Elle me l’a avoué, là-bas, avant de partir... Et moi, misérable, je n’ai accueilli son aveu désespéré qu’avec un esprit méfiant, presque haineux. Il me semblait qu’elle me reprochait la mort de celui qu’elle pleurait, et, irrité, je me suis détourné de la pauvre enfant, au lieu de la consoler et de pleurer avec elle. La vie de Laurier, je la sentais affluer en moi, il me l’avait donnée, elle m’appartenait... J’étais encore si près des angoisses de la maladie, de l’horreur de l’agonie, que j’aurais tué, je crois, pour défendre cette existence prodigieusement recouvrée. Et je me suis jeté comme un furieux, comme un insensé, dans le plaisir, pour imposer silence à ma raison, pour forcer ma conscience à se taire. Mais je suis un lâche, oui, un lâche ! Et l’existence que je mène en est la preuve !... Davidoff... que n’ai-je la puissance de rappeler Pierre à la vie !... Ce serait le salut de la pauvre Juliette, et, qui sait ? peut-être le mien. Oui, en voyant Laurier vivant, je reprendrais confiance en mes propres forces, et je cesserais de croire à ce secours surnaturel, qui, quoi que vous en pensiez, m’a seul soutenu jusqu’ici. J’aurais la preuve que je puis vivre, comme tous les autres. Ou bien, la petite flamme s’éteindrait en moi, et alors ce serait le repos, le calme, l’oubli... Oh ! délicieux ! Car, voyez-vous, je suis las, las... bien las !...

Jacques poussa un soupir et laissa tomber sa tête sur sa poitrine. Un frisson douloureux le secoua et son front fut baigné de sueur. Le Russe l’observait avec une compatissante attention.

Il lui dit :

– Vous souffrez, Jacques, le vent de la mer fraîchit. Il ne faut pas rester ici...

– Qu’importe ! fit le jeune homme avec insouciance. Le froid ni le chaud ne peuvent rien sur moi... J’éprouve un grand soulagement à vous avoir dit tout ce que vous venez d’entendre. Je suis un pauvre être, et depuis longtemps je subis des influences mauvaises, que je ne sais point surmonter.

– Eh bien ! si vous vous rendez compte de votre faute, n’y persistez pas... Vous m’avez dit, tout à l’heure, que votre mère a du chagrin et que votre sœur est malade... Partons ensemble, demain matin, pour Paris. Allons les voir. Vous consolerez votre mère et je soignerai votre sœur... Votre présence leur fera grand bien à l’une et à l’autre. Je ne parle même pas du bien que vous en ressentirez vous-même. Après votre mouvement de franchise, un acte de résolution ! Êtes-vous un homme et voulez-vous vous conduire en homme ?

Jacques parut embarrassé par la netteté de cette proposition, son visage se crispa. Déjà il était agité à la pensée de s’éloigner de Clémence, inquiet de ce qu’elle ferait pendant son absence. Il balbutia :

– Est-ce donc nécessaire que nous partions demain ? Ne pouvons-nous remettre ce voyage à quelques jours ? J’aurais le temps de m’y préparer.

– Non ! dit rudement Davidoff ; si vous retardez, vous ne partirez pas. Demain, ou je ne vous reparle de ma vie, et je ne vous connais plus.

Comme le jeune homme hésitait :

– Qu’est-ce qui vous arrête ? Êtes-vous libre ? Ou bien avez-vous besoin de demander la permission de vous éloigner ? En êtes-vous là ? Ce serait pis que je ne supposais...

– Vous vous trompez ! s’écria Jacques, en voyant que le Russe soupçonnait Clémence, et je vous en fournirai la preuve. À demain donc.

– Sans faute, sans remise, sous aucun prétexte ?...

– Comptez sur moi...

– À la bonne heure !... Eh bien ! rentrons nous coucher pour être dispos demain.

Ils traversèrent le casino et sortirent. Devant la grille, un fiacre attendait. Ils réveillèrent le cocher, profondément assoupi sur son siège, et montèrent après que Jacques eut ordonné d’arrêter à l’entrée du port. Dans la petite ville endormie, ils roulèrent lentement. Ils ne parlaient plus, réfléchissant aux engagements qu’ils venaient de prendre. La voiture, en devenant immobile, les tira de leur méditation. Ils étaient sur le quai, devant le bassin. À cent mètres de là, relié par une passerelle à la terre, le beau yacht blanc était à l’ancre. Le docteur descendit et, serrant une dernière fois la main de Jacques, comme pour lui donner une provision d’énergie :

– Allons ! bonne nuit. Je viendrai vous chercher... c’est mon chemin...

– Non ! non ! Épargnez-vous cette peine, dit vivement Jacques, nous nous retrouverons à la gare.

– Soit. Alors une heure avant le départ du train. Nous déjeunerons ensemble au buffet.

Ils se séparèrent. Le fiacre s’éloigna dans la direction de Deauville, et le docteur, franchissant l’étroit passage, sauta sur le pont du navire. Vers neuf heures, Davidoff fut réveillé par une main qui se posait sur son épaule. Il ouvrit les yeux : le comte Woreseff était devant lui. Par le hublot de la cabine, le ciel bleu apparaissait et les rayons du soleil, que reflétait l’eau mouvante, jouaient capricieusement sur les cloisons d’érable.

– Vous dormez bien, ce matin, mon cher, dit le grand seigneur russe en souriant, c’est la seconde fois que j’entre chez vous, sans que vous vous décidiez à bouger.

– Qu’y a-t-il ? mon cher comte. Quelqu’un est-il malade à bord ?

– Heureusement non, J’ai tout simplement voulu savoir quels étaient vos projets pour aujourd’hui, avant de donner les ordres... J’ai envie d’aller à Cherbourg... Cela vous plaît-il ?

– Excusez-moi, cher comte, dit le docteur, mais j’ai le dessein de partir et de passer quelques jours à Paris, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

– Vous êtes libre... Mais jugez comme j’ai bien fait de vous consulter, dit Woreseff gaiement ; qu’auriez-vous dit si vous vous étiez réveillé en mer ?

– Vous ne pouvez vous douter des conséquences que cette fugue aurait entraînées.

– Eh bien, levez-vous... Quand vous serez à terre, je sortirai du port et, à votre retour, vous me retrouverez dans le bassin, à cette même place... Mais qu’est-ce qui vous attire à Paris, où il doit faire si chaud, quand, ici, il fait si bon ?

– Une histoire d’amour, répondit sérieusement le docteur. Un pauvre garçon que je vais essayer de séparer d’une coquine, qui...

– Dites : d’une femme, interrompit froidement Woreseff. Ce sera plus court et tout aussi vrai. Mon cher, croyez-en un homme qui a été affreusement et injustement malheureux, il n’y a qu’un système possible avec les femmes. C’est celui qu’ont adopté les Orientaux : l’esclavage pur et simple. Dites cela à votre ami de ma part.

– Le lui dire, ce n’est rien... Mais le lui faire croire !... Il en est bien arrivé à votre système de l’esclavage... Seulement, c’est lui qui est l’esclave !

– Pauvre diable ! Alors, bonne chance, Davidoff.

Le comte alluma une cigarette, serra la main de son ami et sortit. Une heure plus tard le yacht crachait la vapeur par ses cheminées, et, lentement, se dirigeait vers la haute mer.

Le docteur, en descendant de voiture à la gare, la trouva vide de voyageurs. Il entra dans la salle d’attente : personne ; au buffet, la dame de comptoir bâillait en lisant les journaux de la veille ; un commis voyageur, sa caisse d’échantillons posée par terre à côté de lui, prenait un apéritif. Davidoff sortit dans la cour, et se promena lentement au soleil, en regardant s’il voyait venir Jacques. Au bout d’une vingtaine de minutes l’impatience le gagna, et, par la rue qui menait à la maison de Clémence, il s’achemina vers Deauville. En marchant, il pensait :

– Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment se fait-il qu’il soit en retard ? A-t-il renoncé à m’accompagner ? Quelle idée nouvelle s’est imposée à lui ? Il était cependant sincère, hier soir. Mais il a revu cette damnée créature, et toutes ses bonnes résolutions se sont évanouies. Qui sait ? Peut-être a-t-il raconté notre entretien, en se faisant un titre de sa trahison. Dans l’état d’affolement où il est, tout devient possible.

Le docteur, tout en monologuant, était arrivé devant la porte de la maison. Il leva les yeux vers les fenêtres. Elles étaient grandes ouvertes. Dans la cour, un palefrenier lavait une victoria, faisant tourner rapidement les roues, dont les rais mouillés étincelaient au soleil.

– Il faut pourtant savoir à quoi s’en tenir, murmura Davidoff.

Et, délibérément, il monta les marches qui conduisaient à une terrasse, et pénétra dans le vestibule.

Un domestique vint à sa rencontre.

– M. Jacques de Vignes ? demanda le docteur.

– M. de Vignes est absent.

– Va-t-il rentrer ?

– Je l’ignore.

– Mme Villa est-elle ici ?

– Madame est dans la serre.

– Remettez-lui ma carte, et demandez-lui si elle veut me recevoir.

Le domestique s’éloigna. Le docteur fit quelques pas dans le vestibule, regardant distraitement le mobilier de chêne sculpté, les jardinières pleines de fleurs, les plats de faïence accrochés à la muraille, et le vaste pot de porcelaine de Chine, dans lequel étaient serrées, comme dans un fourreau, les ombrelles multicolores et les cannes de bois variés. Il se disait : Il me fuit, c’est clair... Mais Clémence me donnera peut-être une indication utile... Je vais affronter la bête féroce dans son antre... Bah ! elle ne me fait pas peur... Elle ne dévore que ceux qui s’y prêtent.

Une portière se souleva, et le domestique reparut :

– Si monsieur veut me suivre...

Ils traversèrent un salon, un boudoir, et arrivés devant une porte vitrée, à travers laquelle les verdures apparaissaient, le valet se rangea pour laisser passer Davidoff. Par un petit sentier bordé de lycopodes, serpentant entre les palmiers, les daturas et les gommiers, Clémence, vêtue d’une robe de foulard rose, serrée à la taille par une ceinture de vieil argent ciselé, ornée de grenats cabochons, s’avançait souriante, un petit arrosoir à la main.

– Bonjour, docteur, quelle heureuse fortune vous amène ? dit-elle.

D’un geste gracieux elle montra sa main noircie par un peu de terre de bruyère, et gaiement :

– Moi, je suis le médecin des fleurs. J’étais en train de donner une consultation à ces plantes...

– Elles vont bien ?

– Pas mal, merci !

Elle montra son arrosoir :

– Je leur ai fait prendre un peu de tisane... Mais qu’est-ce qui me vaut le plaisir de votre visite ?...

– Ne puis-je être venu simplement pour vous voir ?

Elle le regarda froidement :

– Bien gentil ! Très touchée de la politesse !... Mais je vous connais... Vous n’êtes pas un homme à femmes, vous. Alors, si vous vous présentez ici, c’est que vous avez pour cela une raison sérieuse.

– Eh bien ! j’ai une raison, en effet... J’avais rendez-vous avec Jacques, ce matin. Il m’a manqué de parole, et j’ai craint qu’il ne fût malade.

– Ah ! fit Clémence d’un air songeur.

Elle marcha vers un petit rond-point, où étaient rangées une table de fer et des chaises, et s’asseyant :

– Malade ! Oui certes, il l’est.

Elle leva les yeux avec gravité et, touchant son joli front du doigt :

– Malade de là, surtout !

Comme Davidoff se taisait, curieux d’apprendre les secrets de cette liaison, qu’il jugeait si périlleuse pour son ami, elle poursuivit :

– Il m’a fait, ce matin, une scène affreuse, à propos de rien. Un bout de lettre sans importance, qu’il avait dérobé sur la table de ma chambre, et dont il s’est inquiété, le benêt... Comme si je n’étais pas assez adroite pour lui cacher ce qu’il ne doit pas savoir. Mais il était dans une veine de jalousie. Il a crié, menacé, pleuré. Oui, pleuré. Que c’est bête ! Un homme qui pleure ne m’attendrit pas du tout. Je le trouve ridicule !

– Vous ne l’aimez donc plus ?

– Mais si. Ah ! bien certainement je ne l’aime plus comme il y a six mois !... Ces passions-là, c’est charmant ; mais il ne faut pas que ça dure, parce que ça serait la ruine. Je suis sérieuse, moi, je sais très bien compter. C’est Nuño qui m’a appris l’arithmétique... Et il m’en a donné pour son argent ! Or, j’ai besoin de quinze mille francs par mois, pour faire rouler ma voiture. Si je m’en tenais, avec le plus joli garçon du monde, à l’amour pur, je serais obligée de vendre mes rentes, et on me mépriserait dans ma vieillesse. Pas de ça, mon bel ami !

– Oh ! je sais que vous êtes une femme pratique...

– Vous croyez me lancer une épigramme, je l’accepte comme un compliment... Oui, je suis une femme pratique, et je m’en vante ! Jacques se conduit très bien avec moi. Il fait les choses fort honorablement. Mais il joue et, depuis quelque temps, il perd. Son caractère s’aigrit, il se tourmente et me tourmente... Pourquoi ? je vous le demande !... Si j’avais assez de lui, je le mettrais, sans façon, à la porte... S’il a assez de moi, qu’il s’en aille... Mais alors quittons-nous proprement, et sans histoires !...

– Faudra-t-il le lui dire ?

– Si vous voulez.

– Mais où le verrai-je ?

– Ici.

– Il n’est donc pas sorti, comme on avait la consigne de me le dire ?...

– Pas sorti du tout. Allez, et faites-lui de la morale.

– Je viens pour ça.

– Alors vous êtes doublement le bienvenu. Voulez-vous que je vous conduise chez lui ?

– Vous serez très aimable.

Elle se mit à rire, et se levant :

– Il n’y en a pas une, pour être aimable, comme moi !

– C’est ce qu’on m’a dit.

– « On » est un indiscret !

– Pourquoi, ma chère ? Voilà comme s’établissent les bonnes réputations.

Ils traversèrent le salon :

– Vous êtes sur le bateau de Woreseff ?

– Oui.

– Est-ce qu’il donne toujours dans les sultanes, le cher comte ?

– Toujours.

– Voilà un gaillard qui entend la vie ! Sa femme ne saura jamais le service qu’elle lui a rendu en le faisant...

– Parfaitement !

Ils avaient gagné le premier étage. Elle s’arrêta sur le palier et, montrant une porte :

– Voici l’appartement de Jacques.

La jeune femme, debout dans sa robe rosé, le teint clair, les yeux brillants, éclairée par le plein jour d’une croisée donnant sur la mer, était si belle, que Davidoff s’arrêta un instant à la regarder. Il comprit l’irrésistible séduction qui émanait de cette troublante et féline créature. Il devina le plaisir que trouvaient les hommes à se laisser déchirer par ces griffes polies, délicates et tranchantes, à se faire mordre par ces dents blanches, fines et féroces. En elle, il reconnut le sphinx éternel, qui dévore les audacieux avides de connaître le mot de l’énigme. Son regard exprima si clairement sa pensée, que Clémence répondit, avec un sourire :

– Que voulez-vous ? Il faut bien se défendre !

Et, légère, elle redescendit l’escalier. Davidoff frappa à la porte, une voix répondit : « Entrez. » Il tourna le bouton et, auprès de la fenêtre ouverte, étendu au fond d’un large fauteuil, il vit Jacques les yeux creux, et les lèvres blêmes. En reconnaissant le docteur, le jeune homme devint un peu plus pâle, un nuage passa sur son front. Il se leva, et, allant à lui, lentement, il lui tendit la main :

– Vous m’en voulez ? dit-il.

– Un peu.

– Seulement un peu ? Je ne mérite pas tant d’indulgence. Je vous avais dit, cette nuit, que je suis un lâche. Eh bien ! vous en avez eu promptement la preuve.

Il parlait, les dents serrées, avec une amère crispation du visage. Il fit pitié à Davidoff, qui s’assit auprès de lui, et très affectueusement :

– Que s’est-il donc passé, depuis que nous nous sommes séparés, qui vous ait empêché de remplir votre engagement ? Il devait pourtant vous être doux de le tenir.

– Rien peut-il être doux pour moi ? répondit Jacques à voix basse. Tout ce que je fais est odieux et misérable. Un mauvais génie s’est emparé de moi et me souffle les pires résolutions.

– Résistez-lui. Écoutez-moi. Vous avez subi, il y a quelques heures, mon influence. Subissez-la de nouveau. Prenez un chapeau, un pardessus, et suivez-moi... Nous avons le temps de partir.

Jacques eut un geste de menace :

– Non, je ne veux pas m’éloigner d’ici...

– Ce que Clémence m’a dit est donc vrai ?

– Ah ! ah ! vous l’avez vue ? Et, elle s’est plainte de moi, n’est-ce pas ? La misérable ! C’est elle qui est cause de tout. Oui, elle me perd, elle me tue ; ce que je souffre par elle, il est impossible de le concevoir... Je ne sais pas quelle folie elle m’a jetée dans le cerveau. Comprenez-vous que je sois jaloux d’elle ?... Oui, jaloux, jusqu’à la fureur, d’une fille que tout le monde a eue ou aura ! À quel état moral suis-je arrivé ! Ce matin nous avons échangé des paroles affreuses... Elle m’a, dans le langage des halles, mis à la porte ; vous entendez, mis à la porte comme un laquais !... Et je suis resté, et je reste ! Pourquoi ? Parce que je ne puis me passer de cette infâme créature, que je voudrais battre et caresser à la fois. Fille abjecte et adorable, que je maudis de loin, à travers deux étages, et que je prierais, à genoux, si elle était là et si elle l’exigeait !

– Essayez de vous éloigner d’elle, pendant deux jours !...

– Non ! non ! C’est impossible ! Je trouverais, en revenant, la place prise. Vous ne savez pas combien elle est entourée, sollicitée, tentée... Oh ! elle me trompe !... J’en ai eu encore la preuve ce matin. C’est ce qui a excité ma colère... Mais elle est à moi tout de même... C’est moi qui l’ai le plus !... Je la vois, du matin au soir... Quel vide, dans mon existence, si elle disparaissait !... Non ! j’ai tout sacrifié à cette femme. J’ai tout subordonné à elle... Il faut que je la garde... Ou alors c’est la fin...

Il cacha son visage entre ses mains, et resta quelques secondes silencieux, puis, avec un accent désespéré :

– Lorsque je serai à bout de ressources, elle me contraindra à partir. Je ne l’ignore pas. Elle ne fait pas crédit. J’ai été obligé de prendre des arrangements, avec mon notaire, et je vais continuer à jouer pour soutenir mon train... Oh ! je n’irai pas loin, car la chance n’est pas pour moi... Mais je m’entête et je persiste, quoique je sache parfaitement quelle sera la conclusion inévitable de tout ceci. Vous voyez qu’il n’est pas aisé de me faire de la morale, car je prends les devants et me blâme moi-même... Abandonnez-moi, mon ami. Je ne vaux pas la peine que vous prendriez pour essayer de me sauver.

Davidoff l’avait écouté, le cœur serré, étudiant, avec une curiosité apitoyée, cette sombre folie. Il la connaissait cette passion qui avait conduit tant d’hommes à l’hébétement et au suicide. Il la savait faite de l’enivrement des sens, de l’exaspération de la vanité, et aussi d’une espèce de mystérieuse terreur, qui s’emparait de ces viveurs, habitués au tumulte de leur existence enfiévrée, à la pensée de vivre désormais dans l’isolement et le silence. Après cette fête sans trêve, se retrouver seul, en face de soi. Autant l’ensevelissement à la Trappe, au sortir d’un bal. Il fallait une âme forte, un cerveau bien trempé pour supporter ce formidable changement.

Il dit à Jacques :

– Venez avec moi, je vous donne ma parole que je ne vous quitterai pas que vous ne soyez guéri physiquement et moralement.

Celui-ci éclata d’un rire nerveux, strident, pénible :

– Non ! non ! abandonnez-moi !... Je ne veux pas être défendu !... Je suis condamné, rien ne prévaudra contre l’arrêt du sort... Je n’ai vécu que pour le malheur... Je suis voué à toutes ces tortures...

Il baissa la voix, comme effrayé :

– Vous savez bien que ce n’est pas moi qui agis, qui parle, qui souffre et qui pleure... Un autre est en moi, qui me conduit à la catastrophe... Je voudrais m’arrêter que je ne le pourrais pas... Oh ! je la sens bien s’agiter, furieuse, l’âme implacable... Elle est jalouse ! Elle se venge de moi-même, sur moi-même !... Tant qu’elle animera mon corps, je souffrirai... Le jour où j’en serai délivré...

À ces mots, Davidoff fit un geste violent, ses sourcils se froncèrent et il fut sur le point de crier à Jacques : Vous êtes fou ! Laurier a disparu, mais Laurier est vivant !... Je me suis prêté à votre fantaisie, parce que j’ai eu la conviction que la confiance seule vous rendrait la force de vivre... Mais, puisque vous êtes arrivé à un tel état d’hallucination que ce qui faisait votre salut cause aujourd’hui votre perte, je dois vous déclarer la vérité... Une pensée l’arrêta : Il ne me croira pas ! Il faut que je lui montre son ami guéri de son mal moral, pour lui prouver qu’il peut guérir lui-même !

Il se tourna vers le jeune homme, et très doucement :

– Puisque vous ne voulez pas m’accompagner à Paris, j’irai donc seul. Je verrai votre mère et votre sœur.

Une ombre passa sur le front de Jacques et ses yeux brillèrent, comme trempés par une larme :

– Merci, dit-il d’une voix étouffée. Tâchez qu’elles me pardonnent la peine que je leur fais... Elles sont si bonnes et si tendres...

Il se leva et, avec une horrible palpitation de tout son être :

– Oh ! je suis un misérable ! Et mieux vaudrait pour moi être mort !

Du jardin, par la fenêtre ouverte, à ce moment, une voix claire monta :

– Jacques ?...

Il s’avança avec précipitation. Clémence, maintenant dans le parterre, cueillait des roses. Elle le vit et gaiement :

– Eh bien ! Est-ce fini cette bouderie ? Il fait un temps délicieux, descends et nous irons déjeuner à Villers.

Jacques revint à Davidoff et, tout agité :

– Elle m’appelle, vous voyez, elle m’attend... Elle n’est point si mauvaise que je le disais... Elle a des instants terribles... Mais au fond elle m’aime. Venez, mon ami.

Il l’entraînait vers l’escalier. Ils arrivèrent devant le vestibule. Là Jacques serra les mains du docteur, avec force, et, comme pressé d’être seul avec Clémence, il dit :

– Adieu ! Pardonnez-moi encore... Rassurez ma mère... et guérissez ma sœur... Oh ! elle avant tout... Pauvre petite !... Adieu !

Et, rapide, il s’élança vers le jardin où son impitoyable tyran l’attendait. Davidoff, dans la rue, s’éloigna à grands pas. Par une échappée sur la mer, il aperçut le yacht blanc qui, couronné de son panache de noire fumée, gagnait le large. Il se dit :

– Je suis libre, profitons-en.

Il se dirigea vers le bureau du télégraphe, prit une feuille de papier et, debout devant le guichet, il écrivit :

« Pierre Laurier, aux soins de M. le curé de Torrevecchio (Corse).

« Revenez à Paris, sans perdre un instant. Votre présence est nécessaire. En descendant du chemin de fer, ne voyez personne et rejoignez-moi au Grand-Hôtel.

« Davidoff. »

Il remit son télégramme à l’employé, paya, et sortit en murmurant :

– Si je ne réussis pas à sauver le frère, au moins je vais essayer de sauver la sœur !

Et il partit pour Paris.
1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec

La Bibliothèque électronique du Québec iconLa Bibliothèque électronique du Québec






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com