Bibliographie Sport, encadrement et professionnalisation, Bernardeau D





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LES EDUCATEURS SPORTIFS EN FRANCE DEPUIS 1945. HISTOIRE ET SOCIOLOGIE D’UNE PROFESSION
Ouvrage dirigé par Denis Bernardeau-Moreau et Cécile Collinet

SOMMAIRE

Introduction
Partie 1 : Problématiques générales
Emploi, formation, savoirs, Collinet C. et Bernardeau-Moreau D.

I- La mesure de l’emploi sportif

I-1 Les enquêtes générales

I-2 Les suivis professionnels des éducateurs sportifs

I-3 Le problème de la relation formation-emploi

II- Savoirs et compétences

II-1 Savoirs théoriques/savoirs pratiques/savoirs professionnels

II-2 La notion de compétence comme « clé de voûte »

III- Conclusion

Bibliographie
Sport, encadrement et professionnalisation, Bernardeau D.

I- Définition de la professionnalisation

I-1- Généralité sur la professionnalisation

I-2- Professionnalisation du sport

II- Professionnalisation des organisations sportives

II-1- Le cycle de vie des organisations sportives

II-2- Les sous-systèmes des organisations sportives

III- Professionnalisation des acteurs sportifs

III-1- Professionnalisation des dirigeants bénévoles

III-2- Professionnalisation des sportifs

III-3- Professionnalisation des cadres sportifs

IV- Professionnalisation des activités

V- Conclusion

Annexes

Bibliographie
L’éducateur sportif dans le secteur postscolaire : une nouvelle approche historique des formations, 1943-1961, Blondel Y.

I- Les généralistes du secteur postscolaire, une autre approche des interventions de l’État 1943 – 1949

I-1- Le partenariat État – fédérations : les stages de formation des services départementaux et régionaux de la Jeunesse et des Sports

I.2. L’aide-moniteur, base des premiers diplômes d’éducateur sportif

II- Vers une spécialisation des éducateurs sportifs 1949-1964

II-1- L’officialisation de l’Enseignement sportif et le développement du Plein air

II-2- Les premières étapes du brevet d’éducateur sportif : le rôle du plein air dans la fin des généralistes

III- Conclusion

Annexes

Bibliographie
Des brevets d’État d’éducateur sportif aux diplômes professionnels : de 1963 à nos jours. Réflexion sur les enjeux et les débats relatifs aux réformes du tronc commun, Pierre J.

I- L’enseignement sportif du début du XXe siècle jusqu’à 1975 : contrôle étatique et sécurité des pratiquants

I-1- La création des brevets d’Etat d’éducateur sportif en 1963 : redéfinition de la sécurité en termes de savoirs requis

I-2- Une pluralité de diplômes au milieu des années 1960 : quelles équivalences entre les diplômes fédéraux et la loi relative aux BEES ?

I-3- 1967 – 1975 : vers une homogénéisation, une hiérarchisation et une spécification des savoirs 

II- 1975 – 2001 : Enjeux économiques et professionnalisation de l’enseignement sportif

II-1- La loi du 29 octobre 1975 : première étape de la professionnalisation du métier d’éducateur sportif 

II-1-1- L’article 3 : des éducateurs sportifs dans les Ecoles, enjeux économique ou volonté politique ? 

II-1-2- L’article 7 : les BEES sur la voie de la professionnalisation, l’émancipation d’enjeux strictement sécuritaires 

II-1-3- Bilan des articles 3 et 7 de la loi du 29 octobre 1975

II-2- 1975 – 1984 : nature des savoirs à acquérir dans le tronc commun

II-2-1- La définition d’une culture générale scientifique 

II-2-2- Des savoirs plus pratiques : connaissance du cadre institutionnel de la pratique, de la gestion, de la communication

II-3- La loi du 16 juillet 1984 : les éducateurs sportifs au centre du débat entre les deux ministères

II-4-1- Les éducateurs sportifs à l’Ecole: utopie ou réalité ?

II-4-2- Unifier les formations des éducateurs sportifs et des STAPS : un concept permettant de dépasser les conflits entre les deux ministères ?

III- L’enseignement sportif au XXIe siècle : mise aux normes européennes des diplômes et développement quantitatif de l’emploi sportif

III-1- La loi du 6 juillet 2000 : maintenir la sécurité des usagers en développant quantitativement l’emploi sportif 

III-2- Les diplômes professionnels : BPJEPS, DESJEPS, mise aux normes européennes de l’enseignement sportif

IV- Conclusion : Vers une collaboration et une coopération entre le MSJSVA et le MEN ?

Annexes

Bibliographie
L’insertion professionnelle des étudiants STAPS de la filière entraînement : modification du rapport au sport et intellectualisation, Gojard L. et Terral P.

I- De la Licence au Master : du « technicien » au « manager »

I-1- De l'élaboration et la mise en œuvre de programmes à l'évaluation, le management et la prospective

I-2- Des étudiants masculins, relativement âgés et engagés dans le monde sportif

II- Les emplois visés et exercés

III- Réussir ses études ou la nécessaire entrée dans un processus de « dé-sportivisation »

III-1- Construire des dispositions universitaires « minimales »

III-2- Modifier son rapport au savoir : construire une certaine appétence pour des savoirs abstraits et acquérir les manières de penser du « néo-professionnel »

III-3- Construire des compétences de « technicien » et de « manager » : entre conservation d'un rapport au savoir pragmatique et élaboration d'un rapport au savoir plus intellectualisé

III-4- La difficile conversion du projet professionnel

IV- Réussir son insertion professionnelle ou la conservation de dispositions « sportivisées »

IV-1- La place de la carrière amateur

IV-2- Représentation du marché du travail sportif et parcours de formation

IV-3- Insertion professionnelle et constitution d'un capital social sportif

V- Réussir ses études et son insertion professionnelle : la nécessaire acquisition et mobilisation d'une compétence réflexive et stratégique

V-1- Les années de certification : des moments de bilans et de mise en place de stratégies

V-2- Les premiers temps de l'insertion professionnelle : l’émergence plus tardive de la compétence réflexive et stratégique

VI- Conclusion

Bibliographie

Partie 2 : Etudes de cas
Devenir éducateur sportif en judo : formations et diplômes, Bedaux F. et Delalandre M.

I- De 1955 à 1971 : un éducateur sportif de judo garantissant l’intégrité physique des pratiquants

I-1- Une volonté étatique de garantir la sécurité des judokas

I-2- Un diplôme sécuritaire

II- De 1971 à 1978 : Vers l’harmonisation d’un brevet d’Etat à trois niveaux

II-1- Vers un brevet d’Etat à trois niveaux

II-2- Un éducateur technicien et pédagogue

III- De 1986 à nos jours : multiplier les voies d’accès au diplôme et mise en place des formations, continue et modulaire

IV- Conclusion : les textes officiels, reflets des orientations politiques

Annexe

Bibliographie
La formation du moniteur de plongée : entre théorie et pratique. Approche historique, Levet-Labry E.

I- La structuration de la formation d’une profession

I-1- Le brevet d’Etat de moniteur de plongée subaquatique

I-2- Le BEES 2e degré de plongée subaquatique, entre formation et développement économique

II- Le brevet d’Etat spécifique 1ier degré : entre initiation sportive et animation commerciale

III- L’émergence d’un secteur économique lié au loisir

IV- Conclusion

Bibliographie
Les entraîneurs salariés du handball professionnel, Bernardeau-Moreau D.

I- Les trois étapes de la professionnalisation du handball

II- Le handball est une activité salariale comme les autres

III- Conclusion

Annexes

Bibliographie
Formations et diplômes fédéraux à la FFEPMM Sports pour Tous : de compétences étatiques à des compétences propres puis partagées, Coulbault A.

I- 1953-1967 : D’une émanation de l’État à une structure plus autonome

II- 1970-2000 : Appropriation d’un délaissement de l’État et marquage territorial d’une structure

III- Le XXIe siècle entre concurrence et collaboration pour les fédérations multisports et affinitaires : la création d’un diplôme commun

IV- Conclusion 

Bibliographie
Les éducateurs de la filière sportive territoriale ou la lente reconnaissance statutaire des « animateurs managériaux » du sport territorial, Bolot F.

I- L’absence « légale » d’un cadre d’intervention des collectivités territoriales dans le sport

I-1- Les évolutions des politiques sportives des collectivités par le recours à la « clause générale de compétence »

II- La professionnalisation accrue des métiers des éducateurs territoriaux du sport

II-1- L’éducateur territorial du sport : une représentation managériale de son métier

II-2- L’éducateur territorial du sport : un professionnalisme renforcé des activités et des compétences

III- Conclusion 

Annexes

Bibliographie

Conclusion


Introduction

Dans une société qui fait face à des problèmes comme le chômage ou l’exclusion, il n’est guère étonnant que la question des diplômes, des formations professionnelles et de l’emploi fasse l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics mais aussi des chercheurs. Sur l’ensemble des travaux effectués dans ce domaine, ceux concernant les intervenants sportifs restent assez marginaux. Même si les pouvoirs publics se sont préoccupés de l’évolution des métiers du sport - les modifications constantes depuis 1945 de la législation en la matière et les toutes dernières nouveautés témoignent en effet d’un intérêt réel pour le domaine des métiers du sport et de l’intervention en particulier - le champ d’investigation apparaît pourtant encore peu approfondi. Même si les nombreux travaux et enquêtes universitaires portant sur les métiers du sport dans leur ensemble peuvent témoigner d’un certain dynamisme de la recherche pour ce secteur, l’éducateur sportif reste encore un objet d’étude peu investi. Peu visible dans la diversité grandissante des emplois liés au sport, la profession des éducateurs sportifs a aussi été victime sans doute de l’intérêt privilégié porté à l’enseignement sportif scolaire, fort d’une tradition de recherche plus ancienne.
Notre ouvrage est consacré aux éducateurs sportifs. Il s’intéresse à l’évolution de cette profession et aux acteurs qui animent, éduquent et encadrent les pratiques sportives depuis des décennies. Qui sont-ils ? Quels savoirs mobilisent-ils ? Comment évoluent-ils ? Ce sont là autant de questions auxquelles nous voulons répondre tout au long de ce livre, fruit d’un travail collectif réunissant des chercheurs en histoire et sociologie du sport1.

La première question concernant le métier d’éducateur sportif est celle de la pertinence de son nom. Si le terme éducateur sportif n’apparaît effectivement en tant que tel dans les directives officielles qu’à la fin des années 1950, ce n’est que quinze années plus tard (arrêté du 30 juillet 1965 établissant la liste des diplômes ouvrant doit à l’exercice de la profession d’éducateur physique ou sportif) que la pluralité des appellations entrant dans cette catégorie devient effective dans les textes : on parle alors de moniteur, d’instructeur et de professeur… l’identification terminologique se révèle ainsi être un enjeu de définition d’un métier et de sa professionnalisation.
Deux traits essentiels caractérisent un métier au sens strict. Il faut un pouvoir de compétences spécifiques et reconnues tant par l’employeur, par les autres professionnels que par le public externe ; il faut aussi que s’exerce un contrôle à l’accès au métier, par la légitimation de la capacité à maîtriser le contenu de la formation et les compétences requises (Latreille, 1980). Un mouvement de professionnalisation se dessine (au sens de construction et structuration d’un champ professionnel qui se distingue peu à peu des autres) à partir du moment où on peut observer une définition de savoir-faire spécifiques, une revendication et une attribution d’une identité de métier, un regroupement des pairs en réseau, et enfin une structuration du marché du travail (tendant à la fermeture, selon Paradeise). Toutefois, la question de l’identité reste particulièrement difficile à traiter. Les travaux de Hughes (1958) définissent la notion d’identité professionnelle (en anglais, occupational identity) comme le fruit d’une co-construction par les institutions et les individus, et d’une anticipation d’une carrière dans une filière d’emploi. Il y a donc deux processus identitaires : une dimension biographique et une dimension institutionnelle

D’un point de vue institutionnel, l’identité professionnelle se définirait a minima par un savoir et par un contrôle à l’entrée du métier. Est-ce le cas de l’éducateur sportif ? L’évolution historique brossée dans cet ouvrage tend à montrer une construction progressive de la professionnalité. Cependant, la question reste posée et deux éléments conduiraient à répondre par la négative à celle-ci. D’une part, l’incohérence des modes d’accès au métier : nous savons que, si bon nombre d’éducateurs sont issus d’une formation initiale, de qualité très inégale, nombreux sont ceux qui ont suivi le processus de la promotion sociale et nombreux également sont ceux qui sont entrés sans la moindre qualification. D’autre part, la variabilité inhérente au travail de l’éducateur (particulièrement mise en évidence dans les études de cas présentées), dépendante de la diversité des tâches et des conditions de l’exercice du métier et liée à la diversité des publics rencontrés, rend difficile la mise au jour d’une identité de métier ou identité professionnelle1.

Rappelons, en outre, que l’identité professionnelle a une dimension historique. Il s’agit d’un héritage partant des confréries du Moyen Age et de la constitution sociale des métiers dans la tradition corporative. Cet héritage corporatiste est réel dans le sport mais ne concerne à l’origine que certains d’entre eux, comme l’alpinisme, le ski, la natation ou encore le football. Le renforcement des conditions de l’encadrement des activités physiques et sportives répond à un souci essentiel : la protection des usagers. Cette préoccupation est un devoir qui incombe en premier lieu à l’État. Au fur et à mesure que le sport se développe dans les différentes couches sociales, le législateur et les corporations constituées ou en cours de structuration, prennent conscience de la nécessité de contrôler les modalités de son encadrement. La protection des usagers va, dès lors, de pair avec celle des professionnels.

Les premières interventions de l’État sont très parcellaires et spécifiques à quelques pratiques sportives. La première pierre de l’édifice législatif est posée en 1919 (arrêtés du 17 juillet 1919) par l’obligation de posséder le certificat d'aptitude à l'enseignement de l'escrime. Puis les lois de 1948 (lois 48-267 et 48-269 du 18 février 1948) réglementent la profession de guide de montagne et l'enseignement du ski selon les mêmes principes (l’exercice de la profession nécessite la possession des diplômes correspondants). R. de Bellefond (2003) montre à ce sujet que si le groupe des guides se développe au XIXe siècle avec le tourisme mondain des villes d’eaux, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que les guides à l’origine plus citadine deviennent réellement des éducateurs. En enseignant la montagne à des clients-élèves, ils témoignent d’une compétence mieux reconnue. Afin de lutter contre les accidents qu’un environnement à risque peut générer, les autorités municipales et préfectorales vont favoriser la création d’un premier examen pour les guides vers 1850. Il faudra attendre l’arrivée des guides non montagnards, au savoir plus technique et sportif entre les années 1930 et les années 1960 (le guide était auparavant le montagnard, l’homme du pays, d’abord paysan, berger, artisan, en quête d’un revenu supplémentaire) pour que soient introduites de nouvelles conditions d’accès à la profession : non plus l’appartenance territoriale mais les compétences pour exercer le métier ; non plus la légitimité paysanne, mais la légitimité professionnelle. Désormais, la « haute montagne » impose à chaque professionnel qu’il atteste de véritables compétences techniques de haut niveau, vérifiées par examen à partir des années 1930 et 1940 : lecture de cartes, maniement de la corde, connaissance de la paroi… Ainsi, dans les années 1940 s’installe un nouveau paysage institutionnel : la nationalisation des exigences techniques signifie l’étatisation du diplôme de guide de montagne et de guide de haute montagne.

Les moniteurs de ski ont, de leur côté, constitué très tôt leur profession au sein d’un syndicat puissant. La première école de ski organisant des cours et des tests naît en 1927. Cinq années plus tard, le premier stage de formation de moniteurs est proposé permettant la délivrance d’un brevet. En 1937 est créée l’Ecole Française de Ski (ESF) à l’initiative notamment de Léo Lagrange. Le champion du monde Emile Allais en devient le directeur technique et met en place sa propre méthode d’enseignement. De leur côté, les moniteurs décident de fonder à la fin de la guerre le Syndicat National des Moniteurs du Ski Français (SNMSF) dont la fonction est de promouvoir et développer la pratique du ski, mais aussi de veiller sur les intérêts des moniteurs et sur l’évolution de la profession et des ESF. Progressivement, le syndicat parvient à réunir un réseau important d’écoles et se dote d’un groupement d’achats et d’un fonds de prévoyance. Le ski français connaît ainsi une constante progression du nombre de ses moniteurs et de ses écoles, passant en 1945 de 200 écoles et 41 moniteurs à respectivement 250 et 16 000 en 2007.

Le milieu de la natation, du fait de la spécificité de cette activité à risque, a connu lui aussi une évolution rapide de ses professionnels, accélérée notamment par la construction massive des piscines dans les années 1970. C’est en 1906 qu’apparaît officiellement le brevet de Maître Nageur Marinier comprenant des épreuves orales et écrites et conférant à leurs titulaires une progressive reconnaissance en tant que praticien mais aussi enseignant. En 1923, la Fédération Française de Natation et Sauvetage (FFNS) nouvellement créée met en place un brevet de Surveillant de Bassin. C’est aussi à cette époque que paraît le premier syndicat des enseignants de la natation. Fondée en 1927, l’Association des Professeurs de Natation de France deviendra par la suite la Fédération Nationale des Métiers de la Natation et du Sport (FNMNS). La profession est clairement établie par une loi de 1951 (loi 51-662 du 24 mai 1951 complétée par l’arrêté du 31 juillet 1951) qui impose la possession du diplôme d’État de Maître-nageur sauveteur pour surveiller et enseigner les activités de la natation jugées particulièrement à risque.

Quant au football, la nécessité de recourir à un entraîneur ne se pose que dans le milieu des années 1920 et dans un nombre restreint de clubs désirant instituer un entraînement régulier. Dans cette perspective, dès la fin des années 1920 sont organisés, par la Fédération Française de Football (FFF), des stages annuels sur des demi-journées et sanctionnés par un examen final, qui consiste en quelques questions écrites. Le stage d’entraîneur va ainsi se pérenniser, puisqu’il se maintiendra les années suivantes, et dès 1946 la fédération met en place des sessions de deux semaines. La première formation officielle d’entraîneurs après-guerre se conclut le 8 août 1946, avec la publication de la liste des candidats reçus au brevet d’entraîneur : sur 69 candidats, 18 obtiennent le brevet d’entraîneur fédéral qui les autorise à encadrer une équipe professionnelle et 25 le brevet d’entraîneur régional. L. Grün (2004) montre que la profession d’entraîneur de football connaît son aboutissement définitif dans les années 1950. C’est à cette époque, note l’auteur, que la profession semble s’être définitivement constituée.

Si l’ensemble des textes législatifs et réglementaires reste alors à portée limitée puisqu’il ne concerne que quelques disciplines sportives particulières1, la loi de 1963 (63-807 du 6 août 1963) incarne pour la première fois la volonté du législateur d’étendre le contrôle de la profession d'éducateur physique ou sportif à toutes les écoles ou établissements où s'exerce cette profession. Dans son article premier, il est écrit que nul ne peut professer contre rétribution l'éducation physique ou sportive s’il n’est titulaire du diplôme correspondant. De cette loi de 1963 découlera l'arrêté du 30 juillet 1965 fixant la liste des diplômes ouvrant droit à l'exercice de la profession d'éducateur physique ou sportif (cet arrêté sera remplacé plus tard par l’arrêté du 4 mai 1995 toujours en vigueur). De cette loi naîtront également les brevets d’État créés en 1972.

Dans la mesure où la plupart des activités sportives, exceptées celles citées précédemment, connaissent une professionnalisation tardive et encore bien souvent inachevée, l’institutionnalisation d’une profession d’éducateur sportif reste difficile à établir. Sans doute, vaut-il mieux parler d’une myriade de métiers d’éducateurs sportifs en cours de professionnalisation, comme le souligne l’ensemble des auteurs de notre ouvrage. Ainsi nous interrogerons nous sur la professionnalisation du métier d’éducateur sportif entendu « comme un mode non homogène en constante évolution, composé de segments porteurs, chacun, de conceptions différentes quant à la spécificité de leur pratique et de leurs activités centrales, porteurs aussi d’identités différentes et qui se transforment, se maintiennent, se développent et/ou disparaissent » (Baszanger, 1992, p.22).
Se proposer l’étude d’un métier et/ou d’une profession dans son processus de construction implique de multiplier les éclairages. On peut ainsi se centrer sur l’histoire de la profession et de sa structuration, qui inclut la réglementation, ses contours et l’existence de segments professionnels. On peut aussi présenter des études démographiques ou topographiques (quelles sont les professions voisines, proches et les relations de concurrence, de coopération, d’alliance… ?), on peut rendre compte du vécu, des trajectoires des acteurs ou bien observer directement leur activité. Certaines de ces pistes seront empruntées dans cet ouvrage, d’autres mériteront d’autres travaux.

Les contributions s’organisent autour de deux grandes parties. La première se veut générale et recouvre des analyses sociologiques qui visent à rendre compte des problématiques centrales autour du métier d’éducateur sportif et des analyses historiques qui en retracent la genèse. La seconde présente des études de cas, comptes-rendus de recherches réalisées dans différentes activités physiques et sportives ou institutions.
La première partie de notre ouvrage pose des questions sociologiques et historiques générales. Dans une contribution commune, D. Bernardeau-Moreau et C. Collinet tentent de dresser un état des lieux du marché de l’emploi sportif en France et de mettre au jour les évolutions récentes et leurs enjeux (I). Ce marché, en constante évolution et longtemps précaire, tend aujourd’hui à pérenniser ses emplois. En confirmant l’existence de réelles professions sportives désormais bien établies, le champ des métiers du sport et des éducateurs sportifs en particulier redéfinit ses savoirs et contenus de formation en fonction de situations professionnelles plus exigeantes. Cette professionnalisation, souvent conjoncturelle et toujours complexe dans les processus à l’œuvre, est difficile à appréhender. Pour tenter de poser quelques repères tant pour le lecteur que pour les auteurs de cet ouvrage, et parce que l’éducateur est difficilement dissociable d’un contexte plus global, D. Bernardeau-Moreau propose un cadre d’analyse de la professionnalisation en termes de statuts et de compétences (II). L’encadrement des métiers sportifs, nécessitant la définition de savoirs spécialisés et incorporés dans des contenus de formation, la mise en place de plans de carrière et de grilles de rémunération intégrés dans une convention collective, marque leur institutionnalisation dans le paysage des activités professionnelles, où les rapports entre les acteurs sportifs bénévoles et salariés relèvent désormais des problématiques classiques des rapports au travail. Les deux chapitres suivants portent sur l’histoire des éducateurs sportifs, Y. Blondel aborde la période de 1943 à 1961 en identifiant deux processus de construction de cette profession (III). Pour cet auteur, deux logiques contradictoires, mais aussi complémentaires, déterminent la construction des premiers emplois d’éducateurs sportifs. Entre les généralistes et les spécialistes, la dialectique de formation va progressivement favoriser les seconds qui, engagés sur le terrain fédéral, vont mettre en avant la technique sportive comme outil éducatif privilégié. Par une analyse plus institutionnelle et descriptive, J. Pierre relate l’histoire des brevets d’État de 1963 à nos jours (IV). Aujourd’hui fortement remodelés dans un contexte d’harmonisation européenne des formations, les brevets d’État ont été pendant longtemps les diplômes incontournables pour l’exercice de la profession d’éducateur sportif, contribuant à asseoir l’hégémonie des institutions sportives et publiques en charge de leur organisation et de leur validation. Les nouvelles modalités de certification des diplômes et des qualifications redistribuent désormais les pouvoirs sportifs. Enfin, le dernier chapitre de cette première partie est consacré à une évaluation des parcours et taux d’insertion professionnelle des étudiants issus de la formation universitaire en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) dans le domaine de l’entraînement sportif. En filigrane, il s’agit pour L. Gojard et P. Terral de réfléchir sur l’évolution des rapports aux savoirs théoriques et pratiques durant la trajectoire scolaire puis professionnelle des étudiants, dont une majorité se destine à l’entraînement (V). Ils observent ainsi un effet de « dé-sportivisation » et d’intellectualisation caractéristique d’une prise de distance importante des futurs professionnels avec les savoirs techniques et sportifs, au bénéfice de savoirs plus conceptuels et cognitifs.
La seconde partie est davantage consacrée à des champs sportifs spécifiques. Plus pragmatique, elle traite de sports en particuliers, pénétrés par la professionnalisation des savoirs et contribuant à construire une identité professionnelle propre aux éducateurs sportifs. Qu’il exerce dans le judo, la plongée, le handball, la gymnastique pour tous ou encore les collectivités territoriales, l’éducateur sportif est reconnu et se reconnaît comme un professionnel qui enseigne son ou ses sports, dont il garantit l’encadrement et la sécurité.

F. Bedaux et M. Delalandre montrent ainsi, à travers une approche historique des textes institutionnels régissant l’enseignement du judo, que si, à l’origine de la constitution de ce métier, les préoccupations du législateur sont essentiellement sécuritaires car visant à protéger le pratiquant, elles deviennent progressivement davantage d’ordre pédagogique et technique (VI). Le législateur affiche ainsi sa volonté de faciliter l’accès aux diplômes des judokas souhaitant faire, de leur pratique, une activité professionnelle. Dans son étude sur la plongée subaquatique, E. Levet-Labry souligne que cette activité de loisir s’est fortement développée et a conduit la réglementation fédérale et étatique à ajuster ses contenus de formation à des modalités nouvelles de pratique (VII). La profession aussi s’adapte à la demande. Pratiquée pendant les vacances, dans des complexes hôteliers ou dans des structures associatives, la plongée devient un secteur marchand à part entière, organisé par un nombre croissant de sociétés commerciales. L’exemple du handball est lui aussi intéressant pour rendre compte du processus de professionnalisation des sports (VIII). D. Bernardeau-Moreau identifie trois étapes dans la transformation du handball professionnel. Avec la salarisation des joueurs et des entraîneurs qui marque le passage de leur statut d’amateur à celui de professionnel salarié, ce sont les clubs de haut niveau qui se structurent, recrutent des cadres salariés spécialisés et pérennisent l’institutionnalisation du handball professionnel par la création de la ligue nationale et l’émergence de syndicats défendant les intérêts des sportifs, des entraîneurs et des dirigeants bénévoles des clubs professionnels. A. Coulbault s’intéresse pour sa part à la Fédération Française pour l’Entraînement Physique dans le Monde Moderne (FFEPMM). L’auteur explique que la fédération a créé ses propres diplômes à la fois pour combler le vide laissé par la disparition des brevets d’État de plein air mais aussi pour marquer son territoire et s’approprier les pratiques (IX). Le remplacement progressif des brevets fédéraux par des certificats de qualification professionnelle confirme ainsi le passage d’une logique de service public d’État, d’engagement désintéressé dans l’animation, à une logique de marché, avec des encadrants payés pour un travail précis, dans un cadre et un temps bien définis. Enfin, le dernier chapitre traite des éducateurs sportifs territoriaux (X). F. Bolot aborde cette catégorie de fonctionnaires en décrivant le processus institutionnel et juridique les conduisant à acquérir progressivement une « culture professionnelle » dans les conditions d’encadrement des activités physiques et sportives, mais aussi dans la gestion des projets sportifs et des équipements.

Notre contribution est une réflexion sociologique et historique sur les conditions de l’émergence et de la professionnalisation des métiers d’éducateur sportif, de ses savoirs, de ses compétences. Terrain peu abordé par le monde de la recherche, nous espérons que notre travail collectif contribuera à mieux comprendre cette profession en devenir dont la richesse et l’intérêt ne sont plus à démontrer.
Bibliographie :

Baszanger i., La trame de la négociation : sociologie qualitative et interactionnisme, Paris, L’Harmattan, 1992.

De Bellefond R., Histoire des guides de montagne, Alpes, Pyrénées. Bayonne-Toulouse, Cairn et Milan, 2003, 515 pages.

Grun L., la difficile émergence de la profession d’entraîneur de football en France (1890-1950), STAPS, n° 63, 2004/1.

Hughes EC., Men and their work, New York, The free press, 1958.

Latreille G. La naissance des métiers en France, 1950-75. Étude psycho sociale, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1980.

Paradeise C., « Les professions comme marchés du travail fermé », Sociologie et sociétés, vol XX, n° 2, oct. 98, 9-21.

Partie 1 : Problématiques générales

Notre objectif dans cette première partie est de donner des pistes historiques et sociologiques générales pour envisager l’évolution et les caractéristiques du métier d’éducateur sportif. La notion de métier est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue : « on confond souvent emploi, poste, métier et profession » (Descolongues, 1996). Pour qu’un métier apparaisse et se développe il faut, selon Latreille (1980), que trois paramètres soient réunis : existence d’une formation spécifique, reconnaissance du métier par autrui et regroupement des personnes concernées. Un métier « stabilise une spécificité sur le plan des activités professionnelles ». A partir du moment où des acteurs occupant certains postes se regroupent pour définir et défendre leurs rôles, débattent et tentent de stabiliser des savoir-faire spécifiques, encadrent ou cherchent à encadrer l’accès au marché du travail et revendiquent une identité spécifique, se la reconnaissent entre eux ou cherchent à se la faire reconnaître, on peut alors parler de métier. Le terme de « profession » peut être considéré comme un cas particulier de métier particulièrement structuré, comme c’est le cas en sociologie des professions. Les Anglo-Saxons distinguent en effet « profession » (communauté constituée) et « occupation » (métier où les membres ont juste le droit de se syndiquer). Dubar et Tripier (1998) définissent un triple enjeu aux professions. Les professions représentent des formes historiques d’organisation sociale, de catégorisation des activités de travail qui constituent des enjeux politiques, inséparables de la question des rapports entre l’Etat et les individus. Les professions sont aussi des formes historiques d’accomplissement de soi, des cadres d’identification subjective et d’expression des valeurs d’ordre éthique ayant des significations culturelles. Les professions sont, enfin, des formes historiques de coalitions d’acteurs qui défendent leurs intérêts en essayant d’assurer et de maintenir une fermeture de leur marché du travail, un monopole pour leur activité, une clientèle assurée pour leur service, un emploi stable et une rémunération élevée, une reconnaissance de leur expertise. Un article de Goode (1957) assimile la profession à une communauté ayant différentes caractéristiques. C’est un système d’expertise fermé seul apte à former et certifier ses membres. Le modèle expose les traits organisationnels d’une profession : les membres sont liés par un sentiment d’identification ; il y a peu de turn over hors de la profession (statut continu en termes de carrière) ; les membres partagent des valeurs communes ; la définition des rôles est la même pour tous les membres de la profession ; dans le champ professionnel, la communication se fait grâce à un langage spécifique, hermétique pour l’extérieur ; la communauté peut exercer son pouvoir sur ses membres ; elle a des limites sociales assez claires ; elle se renouvelle en instituant des systèmes d’initiation à la profession, afin de contrôler le flux d’arrivants et de les socialiser correctement ; elle se réfère à un idéal de service à la communauté ; elle prodigue une longue éducation à ses membres. Mais ce type idéal de la profession ne s’applique presque qu’exclusivement à la médecine et aux juristes. En effet comme le montre Chapoulie (1973) ces professions sont fondées sur un modèle professionnel lié au prestige. Ce modèle a, par ailleurs, été critiqué, notamment par l’approche interactionniste, qui a montré l’existence de grandes disparités à l’intérieur d’une même profession ainsi que le rôle de la renégociation de la division du travail entre les acteurs. Nous retiendrons la distinction effectuée par Tourmen (2007) : « à partir du moment où un métier est caractérisé par une structuration forte de l’accès au marché du travail (fermeture) que ses membres contrôlent, une identité largement revendiquée et reconnue socialement, des savoir-faire spécifiques bien identifiés, alors on pourra parler de profession. ». La remise en cause du modèle fonctionnaliste qui, comme le rappelle Paradeise (1988) entérine les critères de reconnaissance des professionnels socialement et juridiquement admis, transforme la question sociologique qui ne consiste plus à définir si un métier est une profession mais de comprendre le processus de professionnalisation.

Les analyses historiques et sociologiques présentées dans cette partie vont permettre d’apporter des éclairages à l’ensemble des questions posées ici. Elles tenteront de recenser les travaux sur le métier d’éducateur sportif tout en discutant de son identité. Elles envisageront sa construction historique et réglementaire, poseront la question de ses frontières et des concurrences fortes auxquelles il est soumis afin d’éclairer le processus de professionnalisation observé depuis plus d’un demi-siècle.
Bibliographie :

Chapoulie j.m., « Sur l’analyse sociologique des groupes professionnels », Revue française de sociologie, vol.14, P.93.

Descolonges M., Qu’est-ce qu’un métier ?, Paris, PUF, 1996.

Dubar C. et Tripier P., La Sociologie des professions, Paris, Armand Colin, 1998

Goode WJ., “Community within a community: the Professions”, American Sociological Review 22, 1957; 194-200.

Latreille G., La naissance des métiers en France, 1950-75. Étude psycho sociale, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1980.

Paradeise C., « Les professions comme marchés du travail fermé », Sociologie et sociétés, vol XX, n° 2, oct. 98, 9-21.
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