Qui doivent servir pour l’histoire de dom gabet





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Don Gabet Abbé du Mont-Cenis.

Il est incontestable que dom Gabet était abbé du Mont-Cenis, que sur sa demande et du consentement de Napoléon le Saint Père donna à l’hospice le titre d’abbaye. Jusqu’ici mes recherches pour découvrir les bulles et brefs du pape adressés à dom Gabet ont été infructueuses mais ne désespérons pas de réussir. Quand l’empereur lui disait : «Mais tu es pourtant le seul abbé de mon Empire ! » M l’abbé Gravier, vicaire général à Saint-Jean de Maurienne nous a dit : « Mettez hardiment cela dans l’histoire de dom Gabet sans crainte d’être démenti. C’est un fait public dont je garantis l’authenticité. Quand l’archevêque de Turin écrivait dans ses actes : “ Le très Rd abbé dom Gabet ”, quand Pie VII dans la bulle du 11 7bre 1821 dit de dom Étienne « Chapuis, successeur de dom Gabet : Etenim dilecti filii abbas Stephanus Chapuis, ac monachi [12] tum monasterii Storum Petri et Andreae ad oppidum Novalicio in Pedimontana regione siti, tum etiam abbatiae Sanctae Mariae in monte Cenisio assurgentis, et in monasterio juncto : Et plus bas dans la même bulle Monasterium Storum Petri et Andreae ad oppidum Novalitio in Pedemontana regione situm, et illi annexam abbatiam a monasteriam Sanctae Mariae in Monte Cenisio et plus bas encore : le Souverain pontife pie VII ... l’abbaye de Ste Marie [du Mont Cenis]. Enfin quand dans l’acte mortuaire de dom Gabet M le chanoine curé de la paroisse de Saint-Jean, cathédrale de Turin dit : Gabet sacerdote religioso quondam Claudio abbate di Tamié, sia sotto il nome di d. Antonio, abbate generale degli ospizii de moncenisio, e montegenevra est évident que dom Gabet reçut de Pie VII ce titre d’abbé du Mont-Cenis.

Dom Gabet au Sacre de Napoléon à Milan

Messieurs Francoz notaire à Saint-Michel, Bouvier ancien maire de Lanslebourg âgé de 87 ans, jouissant encore de toutes ses facultés, Gravier son gendre, notaire de Lanslebourg assurent que dom Gabet alla aussi au sacre de Napoléon à Milan et M. Francoz en fait ce récit. Napoléon en partant du Mont-Cenis pour se faire consacrer roi d’Italie dit à l’abbé : « A revoir bientôt ! » Sur quoi l’abbé ne tarda pas à le suivre et même à le dépasser pour l’aller attendre à l’entrée de Milan. Napoléon fut surpris de le revoir si tôt. « Sire, j’ai pris votre “À revoir bientôt ! ” pour une invitation à votre second sacre et me voici pour cela. » - « Abbé, lui répondit l’empereur, je ne pensais pas à cela quand je t’ai dit  : “ À revoir bientôt ! ” mais j’aime ton interprétation et tu es le bienvenu. » (C’est dom Gabet qui l’a ainsi raconté à M. Francoz). Dom Gabet ajouta : « Sire, Votre Majesté m’a dit avec complaisance que j’étais le seul abbé de son empire et à ce titre je n’ai pas cru pouvoir me dispenser de me rendre ici pour assister à votre sacre.

VI - Les moines au Mont-Cenis

étaient cisterciens de cœur

Quand sur l’invitation du gouvernement dom Gabet se rendit au Mont-Cenis, il déclara qu’il était l’abbé de Tamié suivant la Stricte Observance de Cîteaux. Le bref de Caprara en fait foi. Le gouvernement lui observa que son habit et ses règles si sévères n’étaient pas compatibles avec les mœurs actuelles et la rigueur du climat du Mont-Cenis. Dom Gabet proposa ces difficultés au Saint-Siège et demanda de prendre un costume noir avec le titre d’abbé bénédictin. Cela n’était que pour la forme car au fond dom Gabet et ses Frères restèrent toujours attachés de cœur à l’ordre de Cîteaux et à leur réforme. Ce qui le prouve c’est qu’ils continuèrent de se servir du bréviaire et du chant de Cîteaux. Ils l’emportèrent avec eux en Italie, ensuite au Mont-Cenis d’où, quand ils le quittèrent, ces bréviaires et ces livres de chant descendirent avec eux à la Novalaise et maintenant ils sont au séminaire de Suze. Si les trappistes de Tamié désirent revoir ces graduels notés, antiphoniers et psautiers et les faire rentrer à Tamié, ils n’ont qu’à en faire la demande à Mgr l’évêque de Suze (ainsi l’assure dom Romain prieur de la Novalaise, actuellement chez M le curé de Saint-Jean-Baptiste à Avigliano à 6 lieux de Suze).

Choix des moines de Tamié par Napoléon

pour tenir l’hospice du Mont-Cenis

Il faut expliquer comment le décret du premier consul portant qu’il serait établi au Mont-Cenis un hospice pareil à celui qui existe sur le Grand-Saint-Bernard et que cet hospice serait desservi par les religieux du même Ordre. Ce furent pourtant les trappistes que le gouvernement établit au Mont-Cenis. Le premier consul après avoir porté ce décret l’envoya au prieur du Grand-Saint-Bernard [13] en l’engageant à envoyer de suite quelques uns de ses religieux au Mont-Cenis pour en prendre possession. Le prieur ne fut pas peu surpris d’une telle invitation et surtout il se trouva fort embarrassé parce qu’il n’avait qu’un nombre nécessaire de religieux pour le service de la maison du Grand-Saint-Bernard.

Dom Gabet et ses moines ne lui étaient pas inconnus. Il se rappelait qu’ils avaient passé chez lui au moment de leur expulsion de Tamié et que triomphant de tous les obstacles ils avaient persévéré dans la vie de communauté et dans l’observance sévère de la Trappe au milieu des landes qu’ils défrichaient aux environs d’Asti, donnant au monde et surtout aux armées françaises qui les environnaient le spectacle de la parfaite abnégation et d’une persévérance à toute épreuve dans les travaux les plus pénibles. Le prieur du Grand-Saint-Bernard les proposa au gouvernement comme les hommes qu’il lui fallait pour la direction de l’hospice qu’il voulait restaurer sur cette montagne. Napoléon qui connaissait fort bien les antécédents de dom Gabet et de ses religieux n’hésita pas à accepter l’offre du prieur et chargea le préfet du Mont-Blanc de s’aboucher avec dom Gabet et de l’engager à se charger de la desserte de l’hospice du Mont-Cenis.

VII - Passage de Napoléon au Mont-Cenis en 1807

En 9bre 1807 l’empereur Napoléon franchit de nouveau le Mont-Cenis par le mauvais temps. Les autorités de Lanslebourg ne reçurent aucun avis officiel de son arrivée et ne purent se présenter à Sa Majesté pour lui offrir leurs hommages. On demanda seulement quelques hommes robustes et courageux pour donner main forte à l’empereur et à sa suite en cas de danger. François Bouvier fut du nombre. Il vit encore et a 82 ans. À son âge il monte à voir le Mont-Cenis et se livre aux travaux du pays avec beaucoup de vigueur. Le 9 août 1863 me trouvant à l’hospice et sachant qu’il était dans les environs, occupé aux foins, je le fis venir pour me raconter ce passage de Napoléon. Il l’a fait avec une présence d’esprit admirable. Il se rappelle toutes les circonstances aussi bien que si ce passage était tout récent. Voici son récit.

En partant de Lanslebourg le temps était déjà tout mauvais et l’on devait s’attendre que la traversée serait difficile. Le maire et l’adjoint avaient grande envie de voir l’empereur mais la consigne ne le leur permit point. Plus d’une fois Napoléon avait bravé les neiges et les frimas, il ne craignait donc pas de le faire encore, malgré tout ce qu’il avait à craindre à mesure qu’il s’avancerait sur les hauteurs. François Bouvier et ses compagnons firent des prodiges de courage et de force pour soutenir les chevaux, briser la neige et encourager Napoléon et sa suite. Enfin la neige eut le dessus. La voiture de Napoléon fut renversée et tellement enfoncée dans la neige qu’elle y resta. François Bouvier avec sa force d’hercule fut incapable, aidé de ses compagnons, de la dégager. On n’était pas loin de La Ramasse qui est une cantine établie sur le point culminant du Mont-Cenis (l’élévation au-dessus du niveau de la mer dépasse 2 000 mètres). Le brave François soutenait avec un de ses compagnons Napoléon sous le bras et l’encourageait. On le fit entrer dans la cantine où il s’assit et resta pendant une heure. [14] Berthier et Duroc l’accompagnaient. Parmi les paroles qui sortirent pendant ce temps de repos de la bouche de l’empereur, François a remarqué et retint celle-ci qui s’est gravée dans sa mémoire avec des traits ineffaçables : « Si l’on savait à Paris où je me trouve maintenant et en quel état je suis, que dirait-on ? » Celui qui savait si bien commander à ses semblables, vit une fois de plus qu’il ne pouvait rien contre le temps et qu’il serait fort heureux s’il pouvait arriver à l’hospice sans plus de mal.

On avait préparé une chaise à porteurs et François dit à Napoléon : « Majesté, allons, courage ! Prenez place dans cette chaise. Je réponds de vous. » En même temps il le prit avec son compagnon et l’aida à s’asseoir dans cette chaise. François marchait en avant avec tant de courage et se tenait si ferme malgré qu’il enfonça presque à chaque pas dans la neige que l’empereur l’admirait et ne pouvait s’empêcher de s’écrier : « Certes, voilà un bougre qui a bonne jambe ! » On arriva ainsi à moitié distance de La Ramasse à la grotte. Cependant une partie de la suite de Napoléon était en arrière et tâchait de le suivre (avec) armes et bagages. Elle arriva enfin avec une voiture et atteignit Napoléon qui reprit courage en voyant cette voiture et voulut descendre de la chaise pour y monter. Mais François résistait. « Ne craignez rien, Sire, je réponds de vous. Laissez-moi faire et vous êtes sauvé ! » Aussitôt il souleva la chaise pour continuer la route. « Arrête porteur, lui cria Napoléon d’un ton impératif, j’ai trop froid aux pieds, je veux monter en voiture. » François s’arrêta, prit l’empereur par le bras et l’aida à monter. En même temps il tira de sa poche une pétition que le maire de Lanslebourg lui avait remise pour l’empereur. « Majesté, voilà ce que M. le maire de Lanslebourg m’a chargé de vous remettre. Souvenez-vous de moi qui suis un pauvre ouvrier et de ce que j’ai fait pour Votre Majesté. » L’empereur lui répondit : « Je ne t’oublierai pas lorsque je serai à l’hospice. »

Cependant il continua d’accompagner Napoléon, brisant la neige, soutenant tantôt la voiture tantôt les chevaux avec une force et un courage qui étonnaient Napoléon. Ils arrivèrent enfin à l’hospice où dom Gabet qui attendait l’empereur, avait tout préparé pour sa réception. Il y eut aussi des précautions à prendre pour rétablir les jambes de l’empereur qui souffraient cruellement du froid. Mais dom Gabet était consommé dans l’art de traiter ces sortes de cas et l’empereur se rappelant comme il l’avait sauvé en 1805, fut sans inquiétude cette seconde fois.

Si Napoléon eut traversé le Mont-Cenis à la belle saison il eut joui du beau spectacle qu’offrent alors ces immenses bâtiments et ce mur d’enceinte et de fortification. Il eut remarqué combien cette place laissée au milieu entre les deux ailes pour y construire une chapelle et pas encore remplie par cet édifice rendait son œuvre incomplète et défectueuse. Mais la chapelle intérieure qui n’est qu’une chambre pouvant contenir a peine vingt et au plus trente personnes lui fit sentir la nécessité d’élever au plus tôt l’édifice religieux projeté entre ces deux ailes. Dom Gabet ne manqua pas de pousser l’empereur qui le satisfit par la promesse formelle que cette œuvre s’exécuterait le plus tôt possible.

Napoléon prit aussi connaissance de la supplique de la commune de Lanslebourg que François [15] Bouvier lui avait remise et le lendemain matin il donna l’ordre de le faire venir. On comprend que le mauvais temps n’avait pas permis à personne de s’en retourner et que tous passèrent la nuit à l’hospice d’autant qu’il fallait encore accompagner l’empereur à quelque distance pour tracer le chemin. L’un des généraux fut chargé d’appeler “le Grand qui marchait en avant la veille chargé de la chaise à porter“. Comme il ne savait pas son nom, il crut se faire assez comprendre en demandant le Grand (Bouvier n’a pas moins de six pieds.) Il était alors avec ses compagnons devant la ... de la chambre de l’empereur et fut tout interdit et saisi de crainte en entendant dire au général que l’empereur voulait lui parler. Il restait immobile malgré que chacun lui dit : « Va-s-y donc et dépêche-toi. » Il entra mais il n’osait monter. Alors l’abbé dom Gabet qui se trouvait en haut de l’escalier et qui avait appris tout ce qu’il avait fait pour Sa Majesté, l’encouragea en lui disant  « François, tu as fait hier une fameuse journée, tu vas voir tout à l’heure ce qu’elle te vaudra. L’empereur te demande… Monte bien vite. Tu n’as rien à craindre mais beaucoup à espérer. » François n’hésita plus alors. Il monta et dom Gabet le conduisit à la porte de la chambre de Napoléon. François Bouvier se rappelle parfaitement que l’empereur avait avec lui Berthier, Duroc et deux autres personnages dont il se sait plus les noms. En voyant François il luit dit : « Me voilà, mon ami ! Que demandes-tu pour être heureux ? » Comme il ne répondait pas et qu’il était stupéfait d’une telle question, l’empereur lui dit : « Mes paroles doivent te faire plaisir. Ne te gênes pas. Réponds-moi sans crainte, ni embarras. » Il tenait à la main la supplique que François lui avait remise la veille, et lut tout haut la première demande de la commune

« 1°. Sire, daignez exempter nos jeunes gens du service militaire.

— Je me garderai bien, dit Napoléon, d’accorder cela : ces montagnards sont forts et vigoureux, ils ne peuvent manquer d’être de bons soldats. Non répéta-t-il, je ne les exempte pas. »

2°. Il lut ensuite la seconde demande. « Sire, daignez accorder des indemnités à ceux des habitants de Lanslebourg qu’on a obligés de céder du terrain pour faire la route. »

Napoléon fut surpris d’apprendre que les propriétaires n’avaient pas été indemnisés et demanda à François s’il était vrai qu’on les eût ainsi expropriés : « Majesté, c’est très vrai, répondit le grand jeune homme sur le champ.» L’empereur fit venir le génie qui se trouvait alors au Mont-Cenis et lui posa cette question : « Avez-vous payé aux propriétaires le terrain que vous leur avez pris pour faire la route ? » — « Non, Sire, répondit-on. » Napoléon fort courroucé leur répliqua d’un ton sévère : « Qu’avez-vous fait de l’argent qu’on vous avait donné pour cela ? » Cette question demeura sans réponse de la part du génie qui garda un profond silence. Napoléon n’alla pas plus loin mais il passa à la troisième demande de la commune de Lanslebourg après avoir ordonné qu’on indemnisât ceux qui avaient cédé leur terrain pour faire la route.

3°. Sire, l’administration forestière nous empêche de conduire notre bétail dans les forêts pour la pâture et nous met ainsi dans l’impossibilité de le nourrir. Daignez lui enjoindre de ne plus nous gêner à cet égard.

Napoléon accorda encore cette demande de la commune.

[16] Après l’empereur dit de nouveau à François :« Hé bien ! que demandes-tu pour être heureux ? » Et sans attendre la réponse il lui demanda s’il avait satisfait à la loi de la conscription et s’il était exempt du service :« Oui, Sire, répondit François » — «~ C’est dommage! » répartit Napoléon qui lui demanda encore s’il était marié. Sur sa réponse qu’il ne l’était pas parce qu’il n’était qu’un pauvre ouvrier et qu’il fallait de l’argent pour s’établir. « Ne t’inquiètes pas ! » répartit l’empereur qui s’adressant au génie s’enquit de la somme qu’il fallait dans ce pays à un jeune homme de la condition de Bouvier pour se marier. Sur la réponde du génie que 300 francs étaient une somme suffisante, Napoléon mit aussitôt 300 Fr dans la main de François et dit au général Berthier de prendre pas écrit le nom de François Bouvier de Lanslebourg. Peu de temps après un brevet signé Napoléon et constatant ce que ce jeune homme avait fait pour l’empereur dans cette si pénible et si dangereuse ascension du Mont-Cenis et portant pour François une pension viagère de deux cent francs (200 Fr) lui fut expédiée. Napoléon III a rendu cette pension à François Bouvier qui l’avait perdue sous les gouvernements précédents.

Napoléon ne voulut parler qu’à Bouvier et il en fit son ministre pour distribuer ses récompenses aux autres personnes de Lanslebourg qui s’étaient jointes au grand jeune homme pour entourer la voiture de Napoléon et avaient toutes bien mérité de l’empereur. « Mais aussi, lui dit-il, après tout ce que nous venons de raconter, je veux aussi récompenser tous ceux qui t’accompagnaient et qui ont montré beaucoup de courage pour m’assister. Combien êtes-vous ? » - « Nous sommes 7, répartit François » « Hé bien, voilà 24 pièces de vingt francs que vous partagerez. » Il les mit en même temps dans la main de Bouvier qui fut un impartial distributeur de cette récompense. Sa Majesté donna encore 40 francs à un père de famille qui lui demandait assistance pour un de ses enfants qui s’était cassé une jambe et autant à un autre qui avait osé dire devant Napoléon : « Comme il y va cet empereur, il donne à quiconque lui demande !»

La commune de Lanslebourg eut fort souhaité que son maire et son adjoint eussent pu voir l’empereur mais la chose étant impossible, elle choisit un homme bien capable de la seconder dans ce quelle voulait obtenir de Napoléon. François Bouvier ne pouvait manquer par sa taille de fixer le regard et l’attention de Sa Majesté et par son courage et sa force qu’il allait déployer mieux que jamais dans cette circonstance mériter la bienveillance de l’empereur. Ce qui eut lieu en effet et sa commune obtint par son entremise tout ce qu’elle pouvait espérer.

Napoléon et sa suite avaient réparé leurs forces par le repos de la nuit et par un bon déjeuner. On se remit en route pour descendre à Suse. François et ses compagnons entourèrent de nouveau la voiture de l’empereur. Le grand jeune homme marchait en avant chassant la neige à droite et à gauche avec une célérité qui étonnait l’empereur. On arriva ainsi à La Grande-Croix située à un quart de lieu de l’hospice. C’était un poste de gendarmerie. Le Brigadier présenta sa compagnie à l’empereur qui s’arrêta pour s’informer de leur position. « Êtes-vous bien dans votre caserne ? » — « Pas trop bien, Sire !» — « Avez-vous la bouteille ou la demi-bouteille seulement ? »— « Sire, la demi-bouteille. » — « Hé bien ! Vous aurez désormais [17] la bouteille et vous serez casernés à l’hospice. » Ensuite il s’adressa à l’un d’eux qui n’était que simple gendarme. Par sa tournure et sa physionomie tout à fait distinguée il plut beaucoup à Napoléon qui lui dit : « Mon ami, tu as vraiment bonne façon. Quelles campagnes as-tu faites ? » — « Sire, j’ai fait la compagne d’Égypte avec Votre Majesté. » — « Où t’es-tu embarqué ? » — « À tel endroit  » — « Où as-tu débarqué ? » — « En tel endroit. » — « Tu es dès ce moment brigadier.»

François Bouvier termina là sa noble mission, fit ses remerciements et ses adieux à Sa Majesté et regagna l’hospice et ensuite Lanslebourg. Dom Gabet le félicita beaucoup. « Hé bien ! François ne t’avais-je pas dit que tu avais fait hier une bonne journée et que l’empereur s’en garderait un fameux souvenir ? Voilà ton pain assuré et tu as acquis de la gloire autant que tu en pouvais désirer. » Tous ses compagnons le félicitaient également. Mais à Lanslebourg dès qu’on sut sa bonne aventure chacun l’exaltait et après 56 ans de souvenirs et de louanges on pense toujours avec plaisir à cette époque de la vie de François Bouvier.
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