Surtout le poème ‘’Cahier d’un retour au pays natal’’





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André Durand présente
Aimé CÉSAIRE
(Martinique)
(1913-2008)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout le poème ‘’Cahier d’un retour au pays natal’’

et les pièces de théâtre).

Bonne lecture !
Il est né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, petit village du nord de la Martinique, dont le paysage, les vagues immenses, lui plaisaient beaucoup. Mais il était le descendant d’anciens esclaves déportés de leur Afrique natale vers l’Amérique et privés de leurs langues, de leurs religions, de leurs folklores, et il s’est senti très vite, dans l'île de son enfance qui était une colonie, seul, désorienté, mal à son aise. Il avait le sentiment très profond d’un progrès à faire, d’une pente à remonter, les Noirs n’étant pas pleinement ce qu’ils devaient être. La jeune génération de cette époque n'avait qu'une idée : s’en sortir et, pour cela, faire des études, passer tel examen, tel concours, aller en France, obtenir un poste en Afrique, au Sénégal ou ailleurs.

Son père, qui était, à Fort-de-France, fonctionnaire des contributions, lui ayant fait lire tout Dumas et d’autres romanciers français, il était passionné par la littérature, par le français, par le latin. Après l’école primaire du village, il fut aussi, au lycée Schœlcher, à Fort-de-France, un élève surdoué, intéressé par ce qu’il apprenait. Ses professeurs étaient des hommes de couleur qui croyaient avoir la mission d’élever leur peuple à un niveau supérieur de culture. L’un d’eux l’incita à continuer ses études en France.

Il obtint une bourse et, en 1932, partit à Paris, découvrit la capitale et la liberté. Au lycée Louis-le-Grand, en hypokhagne, il rencontra Georges Pompidou mais surtout le Sénégalais Léopold Sédar Senghor duquel il resta très proche pendant plusieurs années, entrant avec lui à l'École normale supérieure. Senghor lui fit connaître les contes et les légendes africains, ‘‘L’histoire de la civilisation africaine’’ de l’ethnologue allemand Leo Frobenius. Ce fut pour lui la révélation d’un monde dont il n’avait que de très vagues prémonitions. Il comprit alors que la société martiniquaise est une société aculturée, une civilisation noire transportée dans un autre milieu, où elle s’était peu à peu dégradée, aliénée, pour en arriver à un magma invraisemblable, une anarchie culturelle. Aussi, prenant conscience de leur singularité dans cette société française à vocation universaliste, voulant réagir contre la politique d’assimilation, comprenant qu’ils ne seraient jamais des Européens, des Français, que leurs ancêtres n’étaient pas les Gaulois comme on le leur avait appris à l’école, mais qu’ils resteraient des hommes de couleur, des nègres, se décolonisant de l’intérieur, ils conçurent, avec le Guyanais Léon-Gontran Damas (l'auteur de ‘’Pigments’’), au sein du groupe de ‘’L’étudiant noir’’, l'idée de l’affirmation de la «négritude», définition de l’ensemble des caractères, des manières de penser, de sentir, qui sont propres aux Noirs, affirmation de l’existence d’une grande civilisation noire, appel à la solidarité des Noirs qu’ils soient africains ou qu’ils appartiennent à la diaspora américaine, qu’ils soient de langue française ou de langue anglaise. L’affirmation de la «négritude» venait aussi s’opposer au discours du nazisme sur la pureté de la race, sur la hiérarchie raciale.

Après avoir obtenu une licence ès lettres, il revint en Martinique en 1939, pour enseigner au lycée Schoelcher où il fut le professeur de Franz Fanon. Il se fit le chantre de la négritude, le dénonciateur de l’aliénation particulière de l’Antillais, bâtard de l’Afrique et de l’Europe, coupé de ses racines, dans un premier texte qui, tout naturellement, a été poétique pour s’écarter du discours rationnel, pour plonger dans la vérité africaine de l’être martiniquais qui, superficiellement seulement, est Français :

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Cahier d'un retour au pays natal

(1938-1939, publication en 1947)
Poème
Écrit dans une forme très libre, mêlant de longues coulées de prose haletante à des séquences découpées en versets plus rythmés, ce long poème comprend près de soixante-dix pages dans son édition définitive. Le foisonnement lyrique et la facture parfois surréaliste des images ont pu déconcerter les exégètes. Il faut donc feuilleter en tous sens ce « cahier » pour faire apparaître les lignes de forces profondes. On découvre qu'il se construit sur une série de retours et de retournements. Ce qui s'accorde avec ce que l'on sait de sa genèse, puisque le poème est né de l'exil de l'étudiant Césaire à Paris et du choc reçu à l'occasion d'un retour en vacances dans l'île natale. Le narrateur-poète rêvait de revenir au pays natal en héros salvateur, dans la fierté d'une identité noire glorieusement redécouverte. Mais tous ces retours restent illusoires, jusqu'au moment où, enfin, il se reconnaît et s'accepte dans la nudité de son néant : un de « ceux qui n'ont jamais rien inventé », un Africain déporté, privé de sa langue et de ses traditions, coupé de ses racines, reclus dans une Martinique «désespérément obturée à tous ses bouts ».

Or cette plongée en soi-même autorise le renversement des images négatives scandant le poème depuis son ouverture : de l'horizontalité soumise (« Au bout du petit matin, cette ville plate étalée ») à la verticalité libératrice (« et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi »), de la parole empêchée d'une « foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri » au surgissement viril d'un mot longtemps attendu et proprement inouï : « Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale ». Le point de symétrie et d'appui du ‘’Cahier’’, le foyer vers lequel convergent ses perspectives, c'est l'invention de ce mot, « négritude », dans l'opacité d'images rayonnantes. Il faut se laisser porter par l'enchaînement de métaphores solaires, dans l'évocation d'un accouchement cosmique, préparant l'image heureuse de l'arbre de la négritude (« le kailcédrat royal ») plongeant «dans la chair rouge du ciel » et « dans la chair ardente du ciel». Cela permet au poète de s’opposer à la culture blanche, à «l’Europe colonisatrice [...] comptable devant l’humanité du plus haut taux de cadavres de l’Histoire», de dégager des figures universelles de l’être opprimé et révolté : «Je pousserai d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées».

Ainsi , le retour au pays natal s'est accompli comme une descente orphique aux enfers de l'aliénation nègre. Mais le poète noir est un Orphée triomphant, qui ramène la négritude, son Eurydice, en toute lumière.
Commentaire
Cette méditation lyrique au langage flamboyant et incandescent, à la fois conquérant et destructeur, cette explosion volcanique de forces profondes longtemps contenues, est un texte fondateur que Césaire écrivit à l’âge de vingt-cinq ans en faisant preuve d’une grande maturité.

Une première version fut publiée dans la revue parisienne ‘’Volontés’’ en août 1939. En volume, il parut d'abord en traduction espagnole à Cuba (1943), avec une préface de Benjamin Péret, puis en édition bilingue à New York (1947), avec une préface d'André Breton, reprise dans la première édition française (1947). Les éditions ‘’Présence africaine’’ donnèrent en 1956 l'édition définitive, qui a connu un grand nombre de retirages et de rééditions.

Cri poétique né d’une crise d’identité

«Faites de moi un homme d’initiation / faites de moi un homme de recueillement / mais faites aussi de moi un homme d’ensencement

Régulièrement inscrit dans les programmes scolaires, ‘’Cahier d'un retour au pays natal’’ est devenu un des grands classiques de la littérature négro-africaine.

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Fragment
Ô lumière amicale

ô fraîche source de la lumière

ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole

ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité

ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel

mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre

gibbosité d'autant plus bienfaisante que la terre déserte

davantage la terre

silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre

ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour

ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre

ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale

elle plonge dans la chair rouge du sol

elle plonge dans la chair ardente du ciel

elle troue l'accablement opaque de sa droite patience.
Eia pour le Kaïlcédrat royal !

Eia pour ceux qui n'ont jamais rien inventé

pour ceux qui n'ont jamais rien exploré

pour ceux qui n'ont jamais rien dompté
mais ils s'abandonnent, saisis, à l'essence de toute chose

ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose

insoucieux de dompter mais jouant le jeu du monde
véritablement les fils aînés du monde

poreux à tous les souffles du monde

aire fraternelle de tous les souffles du monde

lit sans drain de toutes les eaux du monde

étincelle du feu sacré du monde

chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !
Tiède petit matin de vertus ancestrales
Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le coeur mâle du soleil

ceux qui savent la féminité de la lune au corps d'huile

l'exaltation réconciliée de l'antilope et de l'étoile

ceux dont la survie chemine en la germination de l'herbe !

Eia parfait cercle du monde et close concordance !
Écoutez le monde blanc

horriblement las de son effort immense

ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures

ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique

écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites

écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !
Analyse
Le texte est fondé sur un double mouvement : éloge et revendication de la «négritude», qui a une connaissance vitale du monde ; dénonciation de l'Europe agonisante, malgré ses conquêtes, son «omniscience» technique, sa connaissance pragmatique des choses.
C’est un poème en vers libres et en strophes irrégulières, où la ponctuation est intermittente.

Il s’ouvre sur des invocations et des acclamations qui sont une appréciation émue de la beauté du pays, motif qui reviendra plus loin.

Le premier mouvement, contenus dans les vers 3, 4 et 5 (unis par une forte anaphore), consiste à d’abord reconnaître les carences de ceux, c’est-à-dire les Noirs. Ils «n’ont pas inventé la poudre», mais l’expression méprisante bien connue qui s’emploie pour se moquer de quelqu’un qui n’est pas très malin, est ici habilement retournée pour signifier que les Noirs, n’ayant pas inventé la poudre à canon, auraient toujours été pacifiques. De même, ils ne se sont pas soucié de développement scientifique et technique ; ils n’ont pas cherché quelque expansion territoriale ou aérienne que ce soit. Sont ainsi stigmatisés trois aspects différents des progrès dont s'enorgueillit l'Occident.

En revanche, les Noirs sont, deuxième mouvement, l’essence même de la terre, qui est à la fois le sol, la nature (le militarisme, la science, la technique, la dénaturant) et la planète (le mot pouvant alors recevoir une majuscule) sur laquelle, explication possible du mot «gibbosité», l’Afrique, surtout l’Afrique occidentale qui a fourni des esclaves à l’Amérique, dessine bien une bosse. L’idée de la richesse agricole est traduite par le recours au mot silo.

Le troisième mouvement consiste à justifier la «négritude» : elle n’est pas fermée sur elle-même, soit par la surdité de la pierre qui ne répondrait pas à «la clameur du jour» qui vient de l’Occident ; soit par l’aveuglement que causerait une taie qui viendrait fermer cet oeil de la Terre, de ce fait, un «oeil mort») ; elle ne se manifeste pas non plus par les bâtiments élevés, militaires ou religieux, qui sont l’affirmation orgueilleuse et quasi phallique du pouvoir.

La définition positive de la négritude est isolée dans la strophe formée par les vers 12, 13 et 14 où elle apparaît d’abord comme se nourrissant à la fois du sol et du ciel, tous deux de véritables chairs qui sont reliées. Celle qui constitue le sol est rouge, parce que, dans les pays tropicaux, il est fait de latérite, riche en alumine et en oxyde de fer. Le vers 14 semblant présenter une inversion («de sa droite patience, elle troue l'accablement opaque») le poète attribue à la négritude la «droite patience» et à l’Occident «l'accablement opaque».

«Eia» étant une sorte de «Hourra», et «le Kaïlcédrat royal», un arbre-fétiche de l'Afrique ancestrale, la strophe 17 reprend la glorification des Noirs déjà exprimée aux vers 3, 4,5. Mais il n’est pas vrai que les Noirs n’aient «jamais rien dompté» : ils se sont livrés des combats entre eux, ont constitué des empires dont ce sont d’ailleurs les vaincus qui étaient vendus sur la côte aux négriers occidentaux.

À la strophe 4 se continue l'alternance entre les éléments négatifs et les éléments positifs mais, cette fois-ci, le mouvement positif s'amplifie. Tandis que les Occidentaux ne s’intéressent qu’aux «surfaces», les Noirs sont considérés comme seuls capables de s'abandonner à «l'essence de toute chose», au «mouvement de toute chose», la répétition étant encore appuyée par celle de «saisis». La suite est construite sur une référence redondante au «monde» qui n’est pas différent de «la terre» évoquée précédemment. À «dompter», imposer son pouvoir, est opposé «jouer le jeu du monde», se plier souplement au rythme de la nature. La prétention d'être «Ies fils aînés du monde» (peut-être par opposition moqueuse à la formule consacrée : «la France, fille aînée de l’Église»?) est confirmée par les découvertes de l'anthropologie qui placent les origines de l’humanité en Afrique. «Poreux à tous les souffles du monde» répond à la pierre sourde évoquée précédemment. L’idée de «l’aire fraternelle» (hypallage qui attrribue au territoire la qualité de ses habitants), ouverte aux «souffles du monde», du «lit sans drain de toutes les eaux du monde» (qui les retient sans les laisser s’écouler) n’est pas historiquement juste, l’Afrique étant restée fermée sur elle-même jusqu’à ce que les Occidentaux ne viennent sur ses côtes puis la pénètrent au XIXe siècle. Le «feu sacré du monde» y a été allumé. Enfin, dans un vers plus ample et, de ce fait, plus rapide, selon la règle implicite des vers libres qui veut que chacun bénéficie du même souffle, l’idée de «la chair de la chair du monde» est reprise du vers 22, et appuyée par la double répétition.

Le vers 28 a un caractère particulier, tant par cette exclamation isolée que par la correspondance qui est établie entre l’ambiance physique et l'ambiance morale du pays natal.

L'invocation au sang, du vers 29, est la suite logique du vers 2. Le «mouvement même du monde», qui est celui du sang, est élargi au système solaire, vision fantastique et conception qui est au fond scientifique. On retrouve une sexualisation du soleil et de la lune qui est traditionnelle dans presque toutes les cultures, mais le poète affirme la masculinité et la féminité entières des Noirs.

«L'exaltation réconciliée» est plutôt «la réconciliation exaltante» de «l’antilope» et de «l'étoile» qui pourraient être les symboles de la masculinité et de la féminité.

L’humilité de l'idée du vers 32 vient en apparence contredire les affirmations ambitieuses qui ont précédé, mais c’est, en fait, une autre affirmation de la liaison intime des Noirs avec la nature.

Dans une nouvelle invocation exaltée, conclusion qui affirme l’excellence du monde noir, le «cercle», la «close concordance», marquent son accord avec la nature.

La dernière strophe décrit directement le monde occidental pour le condamner, dans une progression des masses qui est, la même loi du vers libre s’appliquant, une accélération du rythme, qui traduit la fatigue, la rigidité, l’insensibilté au cosmos, la mécanisation robotique, du monde occidental. Puis, passant du vouvoiement d’«écoutez», qui s’adresse à tous, au tutoiement d’«écoute», qui ne s’adresse qu’à un frère, le poète le condamne inéluctablement, car les victoires «proditoires» (c’est-à-dire «fondées sur la trahison») ne peuvent conduire qu’à des défaites. Déjà il trébuche sur les «alibis grandioses» (ceux de la civilisation, de la foi, de la raison, etc.) qu’il se donne pour justifier son colonialisme, ce vers étant construit sur une inversion.
Aussi le dernier vers est-il marqué par l'ironie des deux retournements.

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En 1941, André Breton, qui fuyait la France vers les États-Unis, resta bloqué pendant un mois à Fort-de-France, tomba sur ces textes et voulut connaître Aimé Césaire. Il salua le recueil comme «le plus grand monument lyrique de ce temps». Il y discernait «cette exubérance dans le jet et dans la gerbe, cette faculté d’alerter sans cesse de fond en comble le monde émotionnel jusqu’à le mettre sens dessus-dessous». Pour lui, la revendication de Césaire, en qui il voyait «le prototype de la dignité», «transcende à tout instant l'angoisse qui s'attache, pour un Noir, au sort des Noirs dans la société moderne, et ne faisant plus qu'un avec celle de tous les poètes, de tous les artistes, de tous les penseurs qualifiés, mais lui fournissant l'appoint du génie verbal, elle embrasse, en tout ce que celle-ci peut avoir d'intolérable et aussi d'infiniment amendable, la condition plus généralement faite à l'homme par cette société». Jean-Paul Sartre, pour une fois d’accord avec Breton, voyait le poème de Césaire éclater et tourner sur lui-même comme une fusée dont jaillissent des soleils : le surréalisme s’y épanouit «en une fleur énorme et noire».

En effet, bien qu’héritier des lettres classiques, il vit alors dans le surréalisme la volonté de détruire tout ce qui était conventionnel, «tout le français de salon, toutes les imitations martiniquaises de la littérature française», les éléments propres à exprimer la soif d’affranchissement qu’il partageait avec le peuple noir, le moyen de trouver en lui «le Nègre fondamental», écrivit des textes surréalistes sans jamais cependant appartenir au mouvement qu’il ne fit que traverser.

Pendant la guerre, le régime de Vichy étouffa la Martinique qui était isolée du reste du monde, ne recevait plus aucun livre. Aimé Césaire, qui voulait respirer, créa, avec sa femme, qui était professeur en enseignement technique, et avec des amis, la revue “Tropique”, qui était une nouvelle façon d’affirmer une personnalité martiniquaise, de refuser l’assimilation, de s’opposer à la civilisation occidentale qui montrait son pitoyable échec, de se révolter sans tomber trop ostensiblement dans la politique, car la censure était vigilante et on enfermait pour un rien. Césaire, en étant assez habile pour ne pas échouer dans une geôle, écrivit quelques articles, affirmant : «Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi. Que la terre a besoin de n'importe lequel d'entre ses fils. Les plus humbles. L'Ombre gagne... Ah ! tout l'espoir n’est pas de trop pour regarder le siècle en face !... Les hommes de bonne volonté feront au monde une nouvelle lumière

À la Libération, tous les autres partis s’étant déconsidérés sous Vichy, ce fut, en dépit de la fidélité à André Breton et de la méfiance à l’égard du stalinisme, cet intellectuel pur se présenta à l’élection pour le poste de maire de Fort-de-France sous l’étiquette communiste, pensant d’ailleurs qu’il n’avait aucune chance. Mais il fut élu dans une sorte de plébiscite absolument incroyable. Ce fut le début d'une aventure politique qui allait durer plus d'un demi-siècle, car, après les élections municipales, il y eut les élections législatives : il devint député de la Martinique, y prit goût, animé par l’idée d’aider le petit peuple, de le sortir de l’état dans lequel il était, le sortir du bidonville, du bidonville faire une ville, et la ville elle-même la transformer en une cité au sens latin du terme, autrement dit, une communauté de libres citoyens. « Petit père du peuple », il allait se montrer un politicien plein d’affabilité, de générosité, d’humanité.

Alors que dans d’autres colonies françaises on luttait pour l’indépendance, avec Raymond Vergès, député de La Réunion, Césaire obtint en 1946 la «départementalisation» des quatre territoires d'outremer que sont la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, qui devait assurer aux Noirs l’égalité politique et sociale.

Mais il sut concilier militantisme et création littéraire, fondant la maison d’édition ‘’Présence africaine’’, écrivant, pour préparer les Noirs à leur liberté, des poèmes («Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie» car, avec une sorte de pudeur, il prétendait qu’il avait tout dit dans ses oeuvres) mais aussi des pièces de théâtre :

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