Surtout ses romans et ses œuvres autobiographiques





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Journal, tome V : Le revenant’’

(1951)
Commentaire
C’étaient les années 1946-1950.

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En septembre 1951, Julien Green séjourna à Taormina.

Le 4 mars 1952, il acheva ‘’Sud’’.

Fin avril-début mai, il séjourna à Copenhague.

Vers cette époque, il commença à travailler à une nouvelle intitulée ‘’Idolino’’.

En août-septembre, il se rendit à Munich, Salzbourg, Venise...

En décembre, Louis Jouvet ayant rendu l’âme deux ans auparavant, terrassé en pleine répétition d’une pièce du célèbre romancier anglais Graham Greene, Jean Mercure décida de monter :

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Sud”

(1953)
Pièce de théâtre en trois actes
L'action se déroule dans les États du Sud des États-Unis, en 1861, quelques heures avant que la guerre de Sécession n'éclate entre le Nord et le Sud du pays. La pièce a pour décor le salon d'une vaste demeure bâtie à l'antique, située au cœur d'une plantation. C'est dans ce cadre un peu solennel que s'opposent les principaux protagonistes : la belle Régina, Nordiste exilée dans le Sud depuis son enfance et qui est transcendataliste, le superbe lieutenant lan Wicsewsky, engagé dans l'armée du Nord, et le jeune, pur et rebelle Erik Mac Clure, l’officier confédéré qu’elle aime et qui n'apparaît qu'à la fin. Autour de ces trois personnages, Edouard Broderick, le maître de la plantation, sa sœur, Mrs. Strong, Angélina, sa fille, Jimmy, son fils, ont un rôle plus effacé. Tout au long de la pièce, l'atmosphère est tendue comme à la veille d'une catastrophe et l'on ne parle que de la guerre. Devant l'imminence du conflit, Régina songe à rejoindre sa vraie patrie, mais une raison qu'elle n'avoue pas la maintient à la plantation. lan devrait également quitter les lieux, mais il semble attendre, impassible, l'heure du combat. Le dilemme de Régina augmente avec le temps, mais l'on devine que la guerre n'est qu'un prétexte et qu'une autre bataille se livre dans son cœur dont lan est la cause. Entre Régina et lan s'installe un malentendu qui les accule peu à peu au drame. L'instrument de ce drame se présente en la personne d’Erik Mac Clure dont la visite à la plantation était attendue depuis plusieurs jours. Face à Erik, lan a la révélation de son amour pour lui, amour impossible et qui va le ravager. Le bel adolescent est, à ses yeux, la vraie menace de mort, plus terrible que la guerre car elle lui révèle sa vraie nature et sa solitude. Il est pris alors d'une peur en quelque sorte panique, mais qu'il réussit à dominer. Cherchant à fuir son destin, il demande la main d'Angeliina, à laquelle il n'avait prêté jusque-là que fort peu d'attention ; cependant il apparaît trop clairement qu'il n'est pas amoureux d'elle, et le lui disent, chacune à sa manière, Angelina d'abord, puis Edouard Broderick et enfin Jimmy, un garçon de quatorze ans dont la candeur parle sans détours. La désolation de lan entraîne du même coup celle de Régina : éprise de lui, elle devine ses sentiments pour Erik et comprend qu'elle ne sera jamais aimée. De son côté, Ian essaie d'avouer son amour à Erik, mais, cette fois encore, le malentendu est à son comble : Erik ne semble pas comprendre les allusions de lan et lui confie sa passion pour Régina. Désespéré, lan, renouvelant le geste d'un de ses ancêtres dans une circonstance analogue, veut tuer Erik Mac Clure en duel. Pour le provoquer, il l'insulte et il le gifle ; toutefois, au moment du combat singulier, il s'offre en victime à l'homme dont il a fait son ennemi et meurt de sa main. Quelques instants plus tard, on entend le canon annonçant le début de la guerre.
Commentaire
Dans l’édition de la pièce qui suivit les représentations, Julien Green mit en épigraphe : « La purification d’une passion dangereuse par une libération véhémente. C’est ainsi qu’Aristote définit la tragédie et je ne pense pouvoir donner de meilleur résumé de la pièce qu’on va lire ». Ce rappel liminaire de la catharsis fut aussi pour lui une justification.

Et la pièce est bien une tragédie. On peut d’ailleurs considérer qu’elle reproduit le schéma d’’’Andromaque’’ de Racine : on y aime qui ne vous aime pas, lequel aime lui aussi qui ne l’aime pas, réalité incontestable puisqu’on en meurt. Les trois personnages sont victimes de l'impasse tragique de leurs désirs inavouables (de Ian pour Erik, d'Erik pour Regina) ou avoués mais mensongers (de Ian pour Regina) et en tout cas non partagés.

On retrouve dans la pièce quelques-uns des thèmes familiers de l’œuvre de Julien Green, comme celui de la perturbation apportée par la survenue d’un inconnu (l’intrusion du lieutenant polonais Jan dans l’univers de Régina et de Mac Lure dans la vie de Jan) et celui de la souffrance des êtres prisonniers d'eux-mêmes qui ne parviennent à se libérer que par la violence ou la mort. Le lieutenant Wicziewski est une de ses créatures les plus douloureuses : se sentant à jamais isolé des autres par ses tendances particulières, il ne trouve d’appui et de confident que chez un enfant étonné, avant de se jeter dans la mort, son destin ayant basculé lorsqu’il vit apparaître devant lui le bel adolescent qu’est Erik Mac Cluse. Inavoué et inavouable, l’amour dont il s’agit ici, prévint l’auteur avec prudence, est, dans son essence, au-delà du désir.

Mais le théâtre de Julien Green, plus encore que son œuvre romanesque, amplifie jusqu'au drame le pouvoir équivoque du dialogue. Toute l'action de ‘’Sud’’ repose en effet sur un dialogue qui, loin d'apporter une solution aux conflits humains, ne fait qu'aggraver le malentendu qui en est la cause. C'est pourquoi, l'on serait tenté de dire que le sujet principal de cette pièce est moins la passion fatale (l’homosexualité étant abordée sans détour) que la fatalité du langage., et encore dramatisé par le contexte historique où il situe la pièce.

La pièce est composée de plusieurs intrigues que l'auteur n'a pas toujours voulu dénouer, étant sans doute plus soucieux de créer une atmosphère que de suivre un plan rigoureusement logique : lan meurt, Régina lui survit et Angélina disparaît de la scène sans que le secret de la pièce ait été vraiment levé. Malgré les apparences, ‘’Sud’’ n'est donc pas une tragédie, mais plutôt un drame intimiste, un « drame personnel », a dit Julien Green, où la gravité des événements de l'Histoire, ici la guerre de Sécession, semble s'effacer devant les enjeux de la passion qui déchire les êtres.
La pièce fut créée le 6 mars 1953 au Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet.

Malgré les réserves de la plupart des critiques, le public (bien que quelque peu déconcerté) et certains grands écrivains comme Montherlant, Mauriac, Cocteau, Camus (il écrivit à l’auteur : « Je lis vraiment trop de sottises sur votre belle pièce, et je me demande si tant de fières ignorances ne risquent pas de vous faire renoncer au théâtre. Ce serait une erreur complète... Notre théâtre, soyez-en sûr, n’a pas besoin de fabricants, mais d’écrivains comme vous, de créateurs, qui lui rendent enfin sa noblesse. »), soutinrent le nouveau dramaturge. ‘’Sud’’ fut joué une centaine de fois à Paris avant de partir pour la province et connaître le succès à l’étranger, bien que, du fait du sujet assez dérangeant, elle ait été interdite dans plusieurs pays. Ce fut la pièce de Julien Green la plus représentée.

En février-mars-avril, elle parut dans ‘’La table ronde’’.

Elle servit de base à un opéra composé par Kento Coe : ‘’South’’, qui fut, le 14 octobre 1965, créé à Marseille.

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Le 1er juin 1953, Julien Green nota dans son ‘’Journal’’ : «Depuis plusieurs semaines, je travaille à une nouvelle pièce.» Ç’allait être ‘’L’ennemi’’.

En août, il séjourna dans le Midi.

Le 8 septembre, il acheva :

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L’ennemi

(1954)
Pièce de théâtre
Dans le château de Silleranges, à l'aube de la Révolution française, vivent Philippe, le seigneur, et son épouse, Élisabeth. Comme il est impuissant, elle a, sans amour, pris pour amant Jacques, son beau-frère. L’irréalité et le mensonge de son univers lui apparaissent quand arrive Pierre, un moine défroqué, demi-frère de Philippe et de Jacques. Elle se laisse séduire par le nouveau venu et organise avec lui le meurtre du gêneur. Mais elle découvre alors l'autre dimension de l'amour, et entre en elle à tout jamais, l'Ennemi, c'est-à-dire Dieu qui fait de chaque cœur une citadelle dans un désert. Ne pouvant supporter de s’être abandonnée au pouvoir de Satan en se liant à Pierre, elle s’arrache à lui, mais pour sombrer dans la folie.
Commentaire
La pièce se passe à une époque où les idées nouvelles se faisaient jour dans les têtes avant de les promettre à l'échafaud.

Touchant le grave sujet de la religion, elle recèle, de l’aveu même du dramaturge, la clé de sa conversion définitive. Et elle développe avec lyrisme un thème répandu dans toute son oeuvre, celui de l’irréalité du monde visible.

En des dialogues d’une puissante intensité, où la clarté classique de la langue excelle paradoxalement à répandre une lourde impression de mystère, on assiste à «l’horrible et délicieuse fascination du monde visible sur une âme pour qui l’invisible devient chaque jour plus vrai que n’importe quoi.» (Pierre Gaxotte). Par sa langue très écrite, très concertée, Julien Green chercha à retrouver celle du théâtre classique.
Le 1er mars 1954, la pièce fut créée aux Bouffes-Parisiens.

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Le 8 août 1954, Julien Green termina le premier acte de ‘’L’ombre’’.

En août, il séjourna en Suisse.

Avec Éric Jourdan, il donna cette adaptation :

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‘’Je est un autre’’

(1954)
Pièce radiophonique

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‘’Journal, tome VI : Le miroir intérieur’’

(1955)
Commentaire
C’étaient les années 1950-1954.

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‘’Le malfaiteur’’

(1955)
Roman
Jean est un homme de quarante ans à qui une vie de plaisirs coupables et de passions déçues a laissé un sentiment d'échec irrémédiable. Au regard de la société, comme au sien, il est un malfaiteur car ses préférences vont aux personnes du même sexe que lui, ces jeunes hommes dont la beauté fut l'idéal de son existence, et sa fatalité. Recueilli à la mort de son père par un parent fortuné, propriétaire d'un immeuble en province, il y vit comme un reclus, oisif, entouré d'êtres qu'il méprise parce qu'ils représentent à ses yeux la société qui le condamne : Raoul Vasseur et sa femme, parangons de la morale bien-pensante, leur fille, la perfide Ulrique, Mme Pauque qui est faussement débonnaire. Seule Hedwige, la jeune orpheline de la maisonnée, «cette fille entourée de silence, du silence de tous ceux qui pourraient lui dire la vérité», trouve une place dans le cœur de Jean, et l'on comprend quelle tendresse nostalgique a pu naître chez cet homme désabusé au contact d'une jeune fille dont la force des sentiments est demeurée intacte. Aussi tente-t-il de la mettre en garde lorsqu'il apprend son amour pour Gaston Dolange, séducteur sans scrupule avec qui il a entretenu une relation vénale. Incapable de faire à Hedwige un aveu qui le compromettrait, Jean lui écrit une longue lettre d'avertissement qui est davantage une confession de sa vie et de ses tourments. Interceptée par Mme Pauque, la confession de Jean n'arrive pas jusqu'aux mains de sa destinataire. Dans l'ignorance, Hedwige continue de nourrir son amour impossible. Autour d'elle les allusions se multiplient au sujet des mœurs désormais notoires de Jean et de Gaston Dolange, mais la naïveté d'Hedwige l'empêche de rien comprendre. Entre-temps, on apprend que Jean a mis fin à ses jours, au cours d'un voyage à Naples. Une lettre du disparu apprend à Hedwige le rôle néfaste que Gaston Dolange a joué dans sa vie. Enfin, elle comprend qu'elle n'a rien à espérer de l'homme qu'elle aime, et se tue.

Commentaire
Le roman, commencé en 1936, maintes fois repris, publié avec réticence quelque dix-neuf ans plus tard, écrit sous l'effet d'une inspiration autobiographique, fait figure d'exception dans une œuvre jusqu'alors peu soucieuse de témoigner des réalités sociales. Il est en effet centré sur un problème de mœurs, Julien Green abordant sans détour le problème de l’homosexualité, faisant d’une manière assez claire un aveu. Dans tel épisode du roman, il mit, sans le savoir, une des scènes les plus émouvantes de sa vie, dont il n'osait parler dans son ‘’Journal’’, scène rapportée, en 1970, dans ‘’Les années faciles’’, à la date du 24 novembre 1934.

Ce parti pris diminue l'intérêt du personnage de Jean, dépeint comme la victime presque consentante d'une société hypocrite. Il n'est pas certain que le roman reflète vraiment l'opinion de l'auteur sur la question ; il s'en est rapproché davantage dans ‘’Moïra’’ ainsi que dans ‘’Chaque homme dans sa nuit’’, où le thème de la culpabilité sexuelle fut envisagé dans sa dimension métaphysique et religieuse, comme la manifestation d'un conflit entre le corps et l'âme.

L’inspiration autobiographique allait éclater pleinement huit années plus tard, donnant naissance à une vaste ‘’Autobiographie’’ où le même sujet fut notamment évoqué, mais dans une perspective moins dramatique, plus dégagée, qui témoigne des capacités de dépassement de Julien Green.

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En juillet-août 1955, Julien Green passa ses vacances près de Bayonne.

Du 19 au 27 mars 1956, il entreprit une première ébauche de ‘’Chaque homme dans sa nuit’’, qu’il abandonna.

En juillet et août, il passa ses vacances à Mareil (Seine-et-Oise).

Il commença une adaptation de ‘’Moïra’’ pour le théâtre, mais y renonça assez vite.

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L’ombre”

(1956)
Pièce de théâtre en trois actes
Dans l'Angleterre victorienne, alors que Philip Anderson, un homme jaloux, est allé se promener sur la falaise de Bleak Wood avec Evangeline, sa femme, et James Ferris, qui était amoureux d’elle, elle a été précipitée dans le vide. Le crime, camouflé en accident, reste impuni. Dix ans plus tard, alors qu’il s’est remarié, sa nouvelle épouse, Edith, veut participer à la vie sociale, d’autant plus que Lucile, la fille d’Anderson, qui voit revivre en elle sa mère, est fiancée à David Grey, le fils de James Ferris. Comme, sous les yeux du père criminel, les scènes d'autrefois revivent, il se suicide.
Commentaire
Le 6 août 1953, Julien Green avait noté dans son ‘’Journal’’ : «dîné un soir à quelques pas d’un assassin, ou du moins d’un homme qu’on croit tel. Aucune preuve. Toute le monde le sait, personne ne lui en dit rien. Comment vit-il?» Cette rencontre fut le point de départ de la pièce.

C’est une tragédie du souvenir qu’il atténua par le rôle qu’il accorda aux deux jeunes gens : «Soucieux de ne pas fermer la porte à l’espoir, j’ai donné une large place à deux personnages qui éclairent de leur présence une pièce que je ne voulais pas uniformément sombre.» (‘’Figaro littéraire’’, 18 septembre 1956). L'ombre, qui est celle de l'amour, attachée à tout jamais à nos pieds, est aussi le voile pudique que jetait sur des erreurs de l'amour l’Angleterre victorienne mais aussi toute société conformiste, bien-pensante mais cruelle, qui empêche toute authenticité dans les rapports humains, qui sont artificiels et hypocrites.
Le 19 septembre 1956, la pièce fut créée au Théâtre-Antoine, dans une mise en scène de Jean Meyer.

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Après ‘’L’ombre’’, Julien Green mit fin à sa carrière théâtrale, ses trois pièces formant une suite de drames intimistes de facture classique, où se retrouvaient ses thèmes familiers, en particulier celui de la passion, car, plus encore que dans ses romans, il y amplifia le pouvoir équivoque du dialogue qui, loin d’apporter une solution aux conflits humains ne fait qu’aggraver le malentendu qui en est la cause.

En janvier 1957, il séjourna à Gstaad.

Le 4 février, de retour à Paris, il envisagea «écrire un roman dont le point de départ serait le gant que j’ai laissé tomber sur une route de Virginie en 1920». Il s’agit de ‘’Chaque homme dans sa nuit’’ dont, pendant les trois mois qui suivirent, différentes ébauches furent abandonnées.

Le 4 mai mourut Albert Béguin sur lequel il écrivit quelques pages.

Pendant toute l’année 1958, il écrivit ‘’Chaque homme dans sa nuit’’.

En août, il passa ses vacances en Corse.

Il publia :

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‘’Journal, tome VII : Le bel aujourd’hui’’

(1958)
Commentaire
C’étaient les années 1955-1957.

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En février 1959, Julien Green séjourna près de Saint-Moritz.

Fin juin-juillet, il séjourna à Mougins.

Le 17 juillet, il écrivit dans son ‘’Journal’’ : « Repris par le désir d’écrire un livre sur ma vie.» Il semble qu’il l’ait peu après commencé. Le 2 juillet 1960, il nota : «Mon livre de souvenirs avance assez vite». Ç’allait être son ‘’Autobiographie’’ où, après l’achèvement de ‘’Chaque homme dans sa nuit’’, les personnages ayant, depuis ‘’Moïra’’, emprunté tant et si clairement à leur créateur, il put enfin franchir un nouveau pas dans la confidence personnelle.

Il publia :

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Chaque homme dans sa nuit

(1960)
Roman
Dans sa propriété de Wormsloe, l'oncle Horace se meurt. Il réclame à son chevet Wilfred, son neveu qui est catholique comme lui, un jeune homme de vingt-quatre ans qui possède un charme qui le rend irrésistible. Il connaît à peine son oncle, mais, devant l’agonisant terrifié, une force venue d’ailleurs lui fait alors trouver des mots qui l’étonnent : «Tout est bien», lui dit-il, lui apportant une paix que lui-même ne comprend pas. L’oncle lui confie « son trésor », une épaisse enveloppe, que cherchait fébrilement sa soeur afin de détruire les dernières traces d'un vieux scandale. Lequel? Wilfred n'ose le demander. Chacun ici le croit au courant et, surtout, le prend pour un jeune homme exemplaire. Sa timidité l'empêche de protester, de crier que, s'il a la foi, il est en fait partagé entre ses aspirations religieuses et les tentations de la sexualité, il se laisse entraîner par le goût du plaisir. Mais il a soin de dissimuler les nombreuses aventures amoureuses qui occupent ses heures de liberté où il court les filles, imposture dont rien ne transparaît sur son visage attirant. Au fond de lui, il connaît le remords de celui qui trahit ses idéaux. Plutôt que d'être hypocrite, il préfère se détourner de la religion, tant que le plaisir gouverne sa vie, ce plaisir sans amour qui l'éloigne de Dieu parce qu'il l'éloigne des êtres humains. Sans doute est-ce son tourment qui lui confère cette séduction étrange auprès de ceux qui l'approchent. Aussi Angus, Phœbé et quelques autres cherchent-ils à obtenir son amour. Contre le charme qu'il exerce, il sait se préserver.

Pourtant, à son tour, il entend sonner l'heure de l'épreuve quand le trésor de l'oncle dont il prend connaissance déclenche une folle passion que ses principes lui interdisent. L'amour pousse vers lui Max, un ami qui s’est empoisonné, et auquel il communique une foi dont il constate si peu les effets dans sa propre vie. «Quelqu’un de plus fort que lui l’a rejoint». Il agit «à la place d’un autre». Son aveuglement l'empêche de comprendre le sens de cette rencontre. Il ne voit d'abord en Max qu'un jeune débauché cherchant à l'entraîner dans ses aventures, qui lui propose de «liquider le surnaturel» et de «bazarder la religion pendant quelque temps». Pourtant, Max garde en lui la nostalgie de la foi, et c'est un peu de charité qu'il attend de Wilfred, s’il en était capable. Devant son indifférence, Max tue Wilfred à la porte d’un mauvais lieu où il avait cependant refoulé la tentation, et c'est alors seulement qu'il obtient de sa victime ce pardon qu'il avait espéré et que ses appels n'avaient pas réussi à lui arracher.
Commentaire
Le titre est emprunté à Victor Hugo : «Chaque homme dans sa nuit s’en va vers la lumière

Le roman, où des épisodes nombreux se répètent pour s'opposer, commence et finit sur une mort.

Après ‘’Moïra’’, ce fut le deuxième roman de Julien Green où, rompant avec l'agnosticisme entrecoupé d'élans mystiques des premières œuvres, qui le maintenait au bord des affirmations religieuses, il témoigna directement de ses préoccupations religieuses, exprima son aspiration à la méditation spirituelle, affirma sa foi sans ambiguïté, donnant à l’amour vrai enfin sa place. La religion se trouvait pour la première fois au centre d'un livre de Julien Green. Avec une violence directe, le roman posait la question éthique de savoir comment vivre la foi, et s'acharnait sur le couple dialectique de la foi et du péché. Toute la religiosité de l'auteur transparaît à travers cette phrase : «Nous ne pouvons nous passer de la foi. Sans elle rien n'a de sens

Comme Joseph, le protagoniste de ‘’Moïra’’, Wilfred est un élu, et le roman n'est autre que la trajectoire de son salut, le cheminement secret, mystérieux et imprévisible, de la grâce chez un être qui semble d'abord un réprouvé : refusée parfois à ceux qui en revendiquent la certitude, c'est dans l'épreuve du crime (Joseph tuant Moïra) ou de la mort (celle de Wilfred) qu'elle peut illuminer soudainement une vie. Wilfred, blessé à mort par Max, lui pardonne, et toute sa vie prend sens dans ce geste qui éclaire le dénouement de ce beau livre frémissant où se retrouvent les thèmes dominants de l'oeuvre de Julien Green, qui fut aussi le premier de ses romans, sinon optimiste, du moins apaisé, dans un ensemble où la règle n'était jusqu'alors que conclusions tragiques et fins désespérées. Angus est le seul des personnages de Julien Green qui réussisse à dire ce que jusque-là tous les autres avaient refoulé au plus profond d’eux-mêmes. Il nota : «Un critique a dit que dans mon livre se voyait le petit jour de l'éternité» (‘’Journal’’, 16 mai 1960).

La profondeur contrastée, dramatique, de Wilfred, toutefois, n'apparaît pas de façon aussi convaincante dans les autres personnages du roman. Même si Julien Green atteignit le sommet de son art romanesque, on pourrait lui reprocher de ne pas s'être détaché suffisamment de sa création et de lui avoir imposé un contour un peu trop évident. Aussi les protagonistes de ‘’Chaque homme dans sa nuit’’ donnent-ils l'impression de réciter un texte qui leur aurait été imposé par quelque démiurge soucieux de rassembler l'humanité en un chœur d'âmes aspirant au salut. La tonalité quelque peu édifiante de ce roman surprend chez un auteur dont l'œuvre peut être considérée comme un effort de conciliation entre le sacré et le profane. Il reste que le roman est une des tentatives les moins contestables et les plus attachantes du roman français d'inspiration chrétienne.

Néanmoins, l'écrivain se refusa à y voir un roman « catholique », une telle qualification provoquant son indignation.

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En août 1960, Julien Green passa ses vacances dans le Midi.

En février 1961, il séjourna près de Montreux.

En juin, il passa ses vacances à Mougins.

Au cours de 1961, il poursuivit la rédaction de son ‘’Autobiographie’’.

Il publia son ‘’Journal’’ (1928-1958) en un volume.

Fin janvier-début février 1962, il séjourna à Crans-sur-Sierre, puis, en mai, dans le Midi, enfin, en août à Clairefontaine (Seine-et-Oise).

Le 5 octobre, il nota dans son ‘’Journal’’ : «Commencé un roman. Je vois, non sans une certaine inquiétude, que je m’y suis rejoint.» La rédaction en fut interrompue en novembre.

En février 1963, il séjourna à Crans-sur-Sierre.

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