La fondation de l’abbaye de Tamié I introduction





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B Le domaine de Tamié

1 Des terres


1. Le premier document de fondation commence par faire état d’un patrimoine : l’évêque décide d’une implantation et obtient une terre de seigneurs locaux. Tout se joue donc au sommet de la hiérarchie sociale. Les transactions avaient pour but de constituer un capital foncier pour faire vivre la communauté. De nombreux lots de terres ont été donnés en 1132 (Error: Reference source not found, p 221), mais il semble qu'il n'y avait pas d'ensemble suffisant pour en vivre. Il fallut donc acquérir d’autres terres, en particulier de l'autre côté de la chaîne de l'Epine, dans le Bugey savoyard. On a vu que des terres furent données également par les Comtes de Genève.
2. Les terres viennent d’une famille de seigneurs locaux. Le Comte de Savoie n’est pas nommé dans le premier document et s’il est nommé dans le deuxième il n’est pas fait mention de dons de terres.
3. Le premier document parle d’exceptions qui concernent « certains fiefs, maisons et fermes qu’ils occupaient » : ces quelques mots sont importants :

  • MAISONS : le lieu était donc autre chose qu’un désert désolé

  • FERMES : le lieu était déjà cultivé. De plus, l’abbaye de Tamié était prévue pour une vingtaine de moines qui chantaient l'office sept fois par jour et n’avaient que peu de temps pour l'étude et les travaux hors du monastère. Le tableau romantique peint par de pieux hagiographes (les moines défricheurs et civilisateurs) n’est pas réaliste. Les frères convers secondaient les moines de chœur, spécialement dans les exploitations agricoles éloignées. Ils furent nombreux dans les premières années.

  • FIEFS : il s’agissait de terres domaniales et non de bois abandonnés, l’idée qu’il puisse s’agir, au XIIe siècle, d’un repaire de brigands n’est pas fondée.

2 Un désert en montagne (Error: Reference source not found)


Le site devait permettre de faire vivre une communauté. Exploitées depuis plus d’un millénaire (activité minière et pastorale), les hautes terres alpines maintiennent, pendant tout le Moyen Age, une forte continuité de peuplement (Error: Reference source not found, 33, p 105). L’essor démographique et agricole du XIIe siècle, et le radoucissement climatique favorisant les défrichements. Au dessus de 600-700 mètres, l’organisation du paysage obéissait à une double opposition :
-
entre l’espace mis en valeur (le "plan") et l’alpage demeuré inculte (les "monts") ;
-
entre le versant exposé au sud ou au sud-ouest (l’adret) où sont villages, champs et alpages, et l’autre versant ("revers" ou "envers") où sont prés et forêts.
C
ette organisation du sol favorise l’essor d’une agriculture plus diversifiée qu’en plaine. Longtemps, les exploitants de montagne ont été les paysans et les éleveurs mais l’essor de la seigneurie et la localisation du pouvoir les rapprochent des centres de pouvoir : l’autonomie de leurs exploitations diminue, terres et bois, prés et alpages sont maintenant aux mains des seigneurs laïcs et monastiques. En fait, les monastères fondés au XIe et au XIIe siècle dans le haut Chablais (Aulps, Abondance) et dans les Bauges (Aillon, Tamié), dans le massif des Bornes (Entremont) ou en Chartreuse doivent être considérés avant tout comme des gestionnaires de l’existant (Error: Reference source not found, 34, p 49 ; Error: Reference source not found, p 71). Les moines entretiennent et agrandissent les anciens alpages royaux et communautaires, ils les équipent en granges et en étables, ils rationalisent les méthodes d’élevage et de fabrication du fromage mais ils ne créent pas beaucoup : la majorité des alpages est en activité depuis longtemps. Il est peu probable qu’à Tamié les choses se soient passées autrement : on l’a vu, les terres données aux moines étaient déjà construites et exploitées, au moins en partie. On a beaucoup dit que les Cisterciens ont été des défricheurs. De fait, à la différence des prieurés clunisiens établis un ou deux siècles plus tôt, dans des zones isolées mais encore favorables à l'établissement de cultivateurs, les Cisterciens durent souvent s’implanter dans des zones jugées insalubres (Error: Reference source not found, p 79). Le site de Tamié est bien représentatif de cette particularité cistercienne : le vallon est exposé au Nord, au "revers", sans un radoucissement du climat (35) il n’aurait sans doute pas pu héberger une abbaye. Pourtant les études les plus récentes montrent que les moines sont souvent arrivés après des pionniers à propos desquels la documentation est succincte. On a même plusieurs exemple d’installation de monastères sur des terres occupées par des paysans dont les Cisterciens ont racheté le droit d’exploitation, en faisant parfois déménager des villages entiers (36, p 159 ; Error: Reference source not found, p 94). Ils firent peu pour augmenter la superficie des terres cultivées en Europe (Error: Reference source not found, p 156), en revanche ils furent des gestionnaires et des exploitants efficaces.

3 La question des routes

1) Les routes (Error: Reference source not found, p 79 ; Error: Reference source not found)

La Savoie est une région de passage plusieurs routes ont une grande importance : celles des cols du Grand-Saint-Bernard, du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard. Entre 814 et 825, Louis le Pieux ordonna la fondation d’un hospice sur le Mont-Cenis "pour l’accueil des pèlerins". En réalité, pour lui, cette route, nouvelle, était surtout une route militaire. En 877, Charles le Chauve meurt en Maurienne, au retour d’une expédition italienne. Dans le courant du XIIe siècle, les Comtes de Savoie modifient en leur faveur le paysage routier des Alpes occidentales. Les routes qui portent aux deux cols les mieux contrôlés par la famille, le Grand-Saint-Bernard et, surtout, le Mont-Cenis, assurent leur suprématie commerciale et militaire, le Petit-Saint-Bernard perd de l’importance. Le contrôle des vallées, des cluses et des cols alpins, les taxes et redevances perçues sur leurs péages des deux côtés des Alpes (Avigliana, Montmélian, Bard, Pont-de-Beauvoisin) leur procurent des surplus monétaires importants. Aquitains et Provençaux, traversaient les Alpes au col du Mont-Genèvre mais le trafic commercial entre la Francie et l’Italie continuait à emprunter la route du Grand-Saint-Bernard. Or, une fois la Combe de Savoie traversée, le voyageur qui allait de Milan à Annecy et Genève par les cols du Mont-Cenis ou du Petit saint Bernard, avait deux possibilités. L’une était de longer l'Arly à flanc de coteaux par Marthod, Thénésol, Ugine et Faverges (étape connue depuis l’antiquité), l’autre était d’emprunter le col de Tamié ce qui en faisait peut-être un lieu de passage. Ainsi, cinquante ans après la fondation, Geoffroy, biographe de Pierre de Tarentaise trouvait-il l'emplacement difficile, sur un passage fréquenté (Error: Reference source not found, p 9).
2) Son utilisation

On manque toutefois de documents attestant de l’existence de la route mais le tracé de la vallée, par Ugine, n’est pas moins incertain (Error: Reference source not found, p 20). A l’inverse, que cette route n’ait pas existé est peu probable : au minimum, il devait exister un passage reliant le Col à chacun des deux versants. Même s’il ne s’agissait pas, comme l’affirme Garin (Error: Reference source not found, p 17) de l’axe principal, une route passait sûrement près de l’abbaye, drainant peut être une part du trafic mais on ne sait pas quel itinéraire était privilégié à telle ou telle époque. L’utilisation de la route du col a pu augmenter avec le radoucissement du climat. En effet, cette période correspondait à l'optimum climatique médiéval qui dura de la fin du VIIIe siècle jusqu'au début du petit âge glaciaire (environ 1300-1850 apr. J. -C. ), avec toutefois une brève crue des glaciers vers 1100. La période qui nous intéresse se situe au moins partiellement dans cet « optimum médiéval » où les glaciers reculent, l’enneigement est moindre et les froids moins intense. Il est donc tout à fait possible que la route du col soit devenu plus fréquentée parce que facile à utiliser. Elle avait un dénivelé assez faible, culminait à 900 m seulement au lieu de 2000 m au Mont-Cenis, et elle évitait les marécages entre Faverges et Ugine. La fréquentation du vallon a pu être assez intense au XIIe siècle. La création d’un abri par saint Pierre de Tarentaise pouvait donc présenter un grand intérêt.
3) Un hospice ?

Cela n’était pas un cas isolé, au XIIe siècle, on constate de profondes modifications dans l’exercice de la charité. Après la réforme grégorienne il y a déjà un glissement significatif : l’attente du juge suprême cède la place à un désir de construire dés ici-bas le Royaume de Dieu sans attendre la cité de Dieu eschatologique que présente Augustin (Error: Reference source not found, p 61) et de fait, à cette époque, le souci du service des plus pauvres change radicalement : des congrégations religieuses destinées à la bienfaisance (comme les Antonites, fondés en 1095) apparaissent (Error: Reference source not found, p 118), des confréries s’installent le long des routes de pèlerinage. L’idée d’aumône donne une place à la charité des laïcs et devient un devoir de justice (Error: Reference source not found, p 121). Toutefois 7 raisons principales laissent penser que l’hypothèse d’une installation de l’Abbaye à cet endroit en vue d’ouvrir le refuge n’est pas une hypothèse plausible :
1) Au col du Mont-Cenis comme au Grand et au Petit-Saint-Bernard, l'hospice était installé au bord de la route. A Tamié, la route romaine partant de Conflans restait probablement sur le côté Est du vallon, comme l’indique une carte de 1730. L'abbaye fut construite sur le côté Ouest à distance du col et pour l’atteindre, il fallait descendre dans le fond du vallon puis remonter. La route allait droit, l’embranchement de l’abbaye partait perpendiculairement, en traversant un ruisseau aux deux extrémités : Sud/amont et Nord/aval. Sur la carte de 1730, l’embranchement reste perpendiculaire. Si l'abbaye avait été un hospice créé pour l'aide aux voyageurs, la route principale serait passé à proximité. De plus, avec la fréquentation, l’angle du croisement vers l'abbaye serait devenu de plus en plus aigu, jusqu'à atteindre un minimum.
2) La situation retenue pour le monastère si elle n’était pas la plus favorable pour les voyageurs permettait, en revanche d’utiliser au mieux les ressources hydrauliques du vallon. On sait que dans ce domaine les Cisterciens ont su réaliser des aménagements considérables comme à Fontenay, Obazine, Fontfroide par ex. (Error: Reference source not found, p 83).
3) Les Cisterciens cherchaient toujours des zones désertiques. On aurait là une exception qui n’a jamais été cité nulle part à propos de monastères cisterciens : on a des exemples de monastère fondés sur des routes commerciales pour servir d’étapes mais ils n’étaient pas Cisterciens, (Error: Reference source not found, p 109). De fait les Cisterciens n’ont pas connu l’uniformité absolue qu’on leur a prêté par la suite mais leur propos était tout de même celui d’un strict retrait du monde avec, on l’a vu, une spiritualité fondée sur l’intériorité comme lieu de vérité. Pierre I, premier Cistercien évêque, était de la génération fondatrice, probablement membre du groupe issu de Molesme. Il est peu probable qu’il ait pu désirer un monastère de son Ordre pour tenir un hospice.
4) Geoffroy d’Auxerre précise que la fréquentation du col représentait un défi pour saint Pierre qui devait réussir l’implantation. Il le fit en se montrant, par surcroît, serviable pour les voyageurs mais Geoffroy ne dit jamais que le but de la fondation était là. Au contraire en relatant l’abandon de son évêché par saint Pierre et sa fuite au monastère Cistercien de Lucelle, diocèse de Bâle, (Error: Reference source not found, p 25), il montrait son souci de chercher à nouveau le désert et l’isolement. De plus quelques lignes après avoir parlé du refuge, il affirme que l’acheminement de vivres au monastère était difficile. L’aide aux voyageurs était donc plus une preuve de charité, un trait de caractère de saint Pierre II valorisé là qu’un projet délibéré. Il faut d’ailleurs noter que la place réservée à Tamié dans sa biographie est succincte. Mais, conformément à la tradition bénédictine, il est probable que les pauvres ont pu obtenir des secours au monastère, c’est ce qu’affirme Bernard (Error: Reference source not found, p 21) à partir d’une exonération fiscale de 1191 accordée « parce que les moines ont coutume d’accueillir les pauvres » (f). Ainsi, l’institution du Pain-de-Mai (g) établie à Moûtiers par l'ancien abbé de Tamié a pu commencer à l'abbaye.
5) A aucun moment ce projet n’est cité dans les documents de fondation dont nous disposons. Il n’en est jamais fait mention non plus dans aucune des 18 requêtes retrouvées par Burnier. Elles étaient adressées par les moines aux Comtes de Genève et de Savoie pour se plaindre de voir leurs franchises fiscales mises en cause par des seigneurs du voisinage. Il n’y a aucun doute que les plaignants auraient fait valoir la servitude d’accueil des voyageurs à l’appui de leurs demandes.
6) En 1486, l’abbé de Balerne est commis par le chapitre général pour assurer la visite des abbayes cisterciennes de Savoie, voici ce qu’il écrit à propos de son passage à Tamié : « Nous nous rendîmes au monastère de Tamié et alors que nous (en) étions à 2 lieues, le cellérier et le prieur vinrent à notre rencontre. Le prieur nous pria instamment de ne pas aller plus loin car ils n’avaient ni vin ni pain ni quoi que ce soit d’autre pour nous accueillir et aussi nous avions peur des hommes d’armes. Si grande est la pauvreté en ce monastère, en raison du très grand procès qu’eut le seigneur abbé avec ses compétiteurs que, tant de la part de ces même compétiteurs (qui détruisirent et enlevèrent tout) que de l’abbé lui-même pour défense de sa cause, le monastère es est réduit à une misère extrême : ils n’avaient pas même le quart de leur contribution ! » (37, p 198). On peut remarquer qu’il est impossible de recevoir des voyageurs. Chose étrange pour un hospice. Ce point aurait au minimum du être relevé comme une anomalie.
7) Après l’adoption de la réforme de Rancé, un dessin de 1710 représentant l’ancien monastère ne montre pas de bâtiment d’hôtellerie et à la construction du nouveau monastère l’aile de l’hôtellerie sera terminée dans les derniers aménagements (Error: Reference source not found p 58) alors que Tamié est dit avoir un accueil délicat. Il paraît donc clair que l’accueil, s’il était bien pratiqué, selon la tradition, n’était pas la justification du monastère.
E
n 1865, quand E. Burnier a écrit la première Histoire de l'abbaye, le souvenir de la présence des moines de Tamié au Mont-Cenis (voir annexe) était encore très vivant. En transposant le même projet à la fondation de Tamié 700 ans plus tôt, il interprétait la biographie écrite en 1183 par Geoffroy d’Auxerre, à l’apogée de Cîteaux, où l’auteur avait tenu à montrer en saint Pierre II un homme proche des pauvres. Mais rien ne semble justifier la fondation du monastère pour le soin des voyageurs au col de Tamié.

4 Une limite entre deux diocèses


Le col de Tamié appartenait-il au diocèse de Tarentaise ? Les avis divergent et on manque de documentation. Broise, dans l’histoire de la châtellenie d’Ugine, (38, p 17) indique des limites à ce point précis mais les contours des diocèses ont été disputés (39, p 349). En 996 quand l’archevêque devient Comte de Tarentaise, Plancherine, paroisse de Tamié, et d’autres en combe de Savoie appartiennent au diocèse de Grenoble (40, p 59 ; 41, p 42). En 1132 et 1171 elles font parties de la mense du chapitre de Moûtiers. Le choix de Tamié pour installer l'abbaye a-t-il provoqué la modification des limites diocésaines ? A moins qu’il ne se soit agi avec cette abbaye de mettre une borne stable sur un territoire disputé depuis longtemps, comme on le pense aussi du prieuré de Cléry, à 10 km au Sud de Tamié, en Combe de Savoie.
O
n retrouve bien ici le caractère noté avec les documents sur la naissance de Cîteaux : les polémiques sont lissées, tout se passe selon le plan divin, en apparence, mais cela n’exclue absolument pas l’utilisation de la diplomatie. En particulier le choix d’Amédée d’Hauterive, convers de Bonnevaux, comme témoin est un bon exemple d’appel efficace à une autorité reconnue (h).
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