Mémoires de Guerre





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Charles De Gaulle, Mémoires de Guerre : Récit et réalité historique, un récit à posteriori
Après la Seconde Guerre Mondiale, Charles de Gaulle devient professeur d’histoire à l’Ecole Saint-Cyr et publie quelques ouvrages comme Le soldat à travers les Ages ou Le Fils de l’Epée. Ainsi, de Gaulle avant d’écrire ses Mémoires a déjà une très bonne culture historique et sait faire face aux évènements non pas seulement comme acteur mais aussi en tant qu’observateur. C’est en 1959 qu’il publie le Tome 3 de ses Mémoires de Guerre, Le Salut. Mais le récit à posteriori permet-il réellement à De Gaulle de montrer les évènements et lui-même comme ils l’étaient ? Quel regard porte-t-il sur ces évènements ? Porte-t-il un regard d’historien ou un regard subjectif ? Nous verrons tout d’abord que le récit paraît précis et en accord avec la réalité historique mais qu’il semble omettre certains éléments et enfin que de Gaulle passe d’historien à témoin dans Le Salut.
Tout d’abord, le récit est précis et en accord avec la réalité historique ce qui permet de donner une authenticité à l’œuvre. En effet, les chapitres évènementiels de l’œuvre rétablissent un contexte historique. Le chapitre «Libération » suit la période septembre 1944 à novembre 1944 comme le montre la page 54 : « Depuis que Paris est repris, dix semaines se sont écoulées. » Le chapitre « La victoire » s’ouvre en évoquant « les coups décisifs » que « les alliés de l’Ouest » préparent « à la mi-automne » et dure d’octobre 1944 à mai 1945. Le titre du chapitre prend sens du fait que celui-ci raconte la victoire du 8 mai 1945 : « J’en fais l’annonce, par la radio, le 8 mai 1945 à 3 heures de l’après-midi ». Un autre chapitre évènementiel est celui appelé « Le départ », c’est une sorte de calendrier de démission de Charles de Gaulle. Ce chapitre restitue de novembre 1945 à janvier 1946 les évènements et il est complété de quelques dates qui suivent le départ du gouvernement de Charles de Gaulle ainsi que son retour à Colombey-les-Deux-Églises.

De Gaulle date véridiquement et clairement les évènements pour construire une chronologie rigoureuse du temps évoqué. Tous d’abord, le récit est appuyé par de nombreuses dates, celles-ci permettent de distinguer clairement les successions et la simultanéité des faits évoqués. En effet, la période que de Gaulle essaie de retranscrire dans Le Salut est celle de septembre 1944 à janvier 1946, celle-ci est donc courte. La profusion de dates évoquée par de Gaulle permet alors d’éviter les brouillages : Au chapitre 1, notamment où de Gaulle donne une explication claire des « déplacements à travers le pays » (P.47), mais aussi des actions gouvernementales à Paris qui s’inscrivent dans la globalité des « dix semaines » (P.54), « 11 septembre », « le 12 septembre » (P.35). Cette clarté fait aussi retrouver de grandes dates de la période. Tout d’abord, au niveau national avec celles de la libération de Strasbourg le 23 novembre 1944 (P.166) ; mais aussi celle de Colmar le 2 février 1945 (P.183) et ensuite au niveau international avec l’annonce de la victoire le 8 mai 1945 (P.213), la fondation de l’ONU le 26 juin 1945 (P.238) et les largages de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki le 6 et 9 août 1945 (P.271). De Gaulle remplit son récit de dates qui valident la réalité historique dont il veut témoigner et qui légitiment le rôle de de Gaulle en tant qu’écrivain et historien.

De Gaulle fait aussi apparaître un espace géopolitique très vaste et très varié. En effet, De Gaulle fait une géographie des grandes dernières batailles tout d’abord sur le front allemand. Celui-ci apparaît comme très vaste car même « après qu’Alliés et Français ont réussi la percée d’Avranches et débarqué dans le midi », il existe encore des poches de résistances du Reich : (P.7) « L’Alsace et ses avancées, ainsi que le col des Alpes et les réduits de la côte atlantique ». Il fait référence à la bataille des Ardennes, celles de Strasbourg (P.181) et Colmar (P.182) et continue en montrant que le Rhin et Stuttgart sont des lieux décisifs le 29 mars 45. Le 7 avril, il a la « fierté de traverser le Rhin » et de rendre visite à la « capitale badoise » (P.188). Il a aussi la volonté de libérer la Gironde et la Charente où a lieu une « grande bataille » (P.144). Enfin, De Gaulle fait référence P. 196 à la victoire dans les Alpes le 2 mai 45 : « les combats (…) repris enfin par l’armée ressuscitée, finissent par notre victoire ». Aussi, de Gaulle ne fait pas seulement référence à la géopolitique du front allemand mais aussi celui du Front du Pacifique. En effet, de Gaulle est bien conscient des menaces du Japon sur l’Indochine, c’est pourquoi il met en place un mouvement clandestin de résistance s’appuyant sur « les troupes françaises d’Indochine » (P.198). Cependant, après la prise du Général Mordant, les français ne comptent plus que sur les alliés qui mettent fin aux tentions sur ce front grâce au « cataclysme », à « la foudre des bombes atomiques » (P.271). Mais en plus de cela, De Gaulle donne la géographie d’un chef d’état. Il décrit échanges diplomatiques et voyages officiels : Russie (P.77-99), Etats-Unis (P.250-256), Canada, Belgique, Egypte, Iran. De Gaulle apparaît donc comme un homme qui a le souci d’être sur le terrain, c’est pourquoi il visite les villes de France dès septembre 44 dans le chapitre « Libération » : Bordeaux, Saintes, Orléans, Soisson, Saint-Quentin, Lille… mais aussi dans le chapitre « Désunion » qui montre son périple provincial de juin à juillet 45. Les lieux du gouvernement sont aussi montrés : « Rue Saint-Dominique » dans l’ancien ministère de la guerre ainsi que les lieux des grandes célébrations publiques : Paris, Les Champs Elysées, La place de L’Etoile, la place de la Concorde. De Gaulle a donc des connaissances géographiques extrêmement précises et sa précision rend les faits d’une certaine façon irréfutables. Il ne donne en plus pas seulement la géographie des lieux dont il est témoin ce qui prouve l’exactitude du Chef d’Etat dans ses connaissances sur la situation comme le prouve la géographie de la Guerre du Pacifique. Les lieux auxquels il se réfère donc de la véracité et de la précision dans son récit.

De Gaulle fait référence aussi à de nombreuses figures politiques réelles. Tout d’abord à Staline dans son voyage à Moscou (P.77-99), Roosevelt dont il fait une quasi ellipse sauf pour sa mort (P.111 et 238), Churchill dont il fait le portrait pages 244 et 245, Mussolini (P.207-208), Hitler (P.208-210), Pétain (P.137-138), Laval et Darnaud (P.299 à 301) où il parle de leur passage en haute cour et Truman auquel il fait référence par rapport à son « vaste idéalisme » (P.250). Le fait que de Gaulle évoque ces personnes lui permet de montrer l’ authenticité de son propos et de les utiliser comme arguments d’autorité.

En plus de son récit, De Gaulle l’accompagne d’une annexe qui possède une importante suite documentaire. Tout d’abord, quatre cartes décrivent la bataille d’Indochine, celle de France, la Campagne d’Allemagne et d’Autriche et aussi celle des Vosges et de l’Alsace. Cela permet de vérifier les propos et de visualiser l’espace géopolitique auquel de Gaulle fait référence et qui représentent les combats des années 1944 à 1946. De plus, de nombreux éléments d’archive variés permettent d’appuyer les propos de de Gaulle comme des retranscriptions des allocutions publiques du Général : P.351 à 361 et P.479 à 484 ce qui restitue la popularité de de Gaulle mais aussi d’entretiens avec Staline (P.392 à 409), avec Harry Hopkins, l’envoyé spécial de Roosevelt (P.428-432) qui montrent les points d’affrontements entre les protagonistes. Cette annexe a donc une fonction éclairante pour certains épisodes du Salut et permet d’accéder à la grande éloquence Gaullienne.

Ainsi, l’œuvre de de Gaulle est parsemée de références indéniables qui appuient son récit et en montrent la véracité cependant il semble que de Gaulle omet certains éléments ou n’y fait référence que partiellement.

De Gaulle fait tout de même quelques omissions volontaires afin que le lecteur ait l’image d’une France unie, qui ressort glorieuse de la guerre.

Au niveau de la politique internationale, De Gaulle omet les conférences qui ont eu lieu durant la guerre, P.63 /72 « La conférence de Dumbarton Oaks, destinée à préparer la future « Organisation des Nations Unies » avait réuni, en septembre et octobre, les représentants des États-Unis, de la Grande Bretagne, de la Russie et de la Chine, à l’exclusion de la France » Dans cette citation, De Gaulle ne mentionne que la conférence ayant eu lieu à Dumbarton Oaks en 1944, oubliant ainsi celle de Yalta en 1945 ou encore celle de San Francisco en 1945. Cette omission est voulue par De Gaulle afin d’atténuer l’humiliation que la France a subi en y étant pas conviée. De plus, De Gaulle ne fait pas état des difficiles négociations qui ont lieu entre les pays alliés durant la libération de Paris et de Strasbourg. Le but de cette omission est encore une fois de glorifier la France en ne montrant pas que ces libérations ont été difficiles à obtenir.

Au niveau de la politique intérieure, De Gaulle ne parle pas dans ses mémoires de Guerre de la collaboration de la France durant la Seconde Guerre Mondiale afin de ne pas détruire l’image de la France et montrer que la France est un pays unie. Egalement il ne fait aucune allusion à la déportation juive pour conserver cette unité de la nation.

De Gaulle, dans ses mémoires, ne fait pas état de certains éléments qui pourraient détruire l’image de la France mais il accorde pour autant une place de choix a des éléments fédérateurs tel que les réformes sociales.

Le personnage de De Gaulle passe alors d’historien à écrivain. En effet, il n’est pas qu’historien mais aussi témoin des évènements ce qui apporte une certaine subjectivité au récit. De Gaulle n’est pas qu’écrivain mais aussi figure centrale de son œuvre.

De Gaulle écrit son œuvre plus de dix ans après les évènements ainsi le temps de sa narration pose problème, on ne sait si de Gaulle écrit ce qu’il pense en tant qu’écrivain, dix ans après ou en tant que personnage, en plein dans la période. En effet, à l’aide de la prolepse, De Gaulle se présente comme éclairé sur les évènements déjà en 1944 notamment en parlant de Yalta, il semble déjà découvrir le « péril rouge » et la guerre froide mais aussi lors des premières exclamations unanimes de l’Assemblée Nationale à son égard où il semble sentir déjà l’hostilité des partis à son égard. Cette subjectivité du personnage est donc mise en place par l’utilisation du présent et de la prolepse. De plus, même si l’œuvre se présente comme des Mémoires, il existe une part, certes limitée, d’autobiographie. En effet, P.156 et les trois dernières pages du roman sont écrites au présent de l’écriture : « Au moment d’achever ce livre, je sens, autant que jamais, d’innombrables sollicitudes se tourner vers une simple maison » (P.343). Mais encore, la subjectivité de la personne du narrateur est conséquente dans l’œuvre. Le narrateur jongle en effet entre la première personne du singulier et la troisième du singulier, faisant référence soit à de Gaulle par le « je » ou par un simple « De Gaulle ». Le « je » montre en effet, une certaine sensibilité et une intelligence : « J’éprouvais, presque physiquement, le poids du malaise général »(P.326). Tandis que la Troisième personne du singulier restitue l’idéalisation ou le rejet du Général de Gaulle : « ils se trouvèrent unanimes à réprouver la solution adoptée par le gouvernement et convinrent d’effectuer auprès du Général de Gaulle une démarche spectaculaire pour marquer leur opposition » (P.320). Le problème de l’écriture et du récit a posteriori laisse cependant des marques, il existe une subjectivité constante autour du personnage du Général de Gaulle et des pensées qu’il laisse entendre dans l’œuvre.

Aussi, de Gaulle donne d’une certaine façon une autre vision des évènements. En effet, ses Mémoires visent une réflexion morale. Tout d’abord, De Gaulle appelle à la lucidité sur les questions tendues du traitement des vaincus (ennemis allemands ou collaborateurs). Il prône en effet un esprit de paix à propos de l’Allemagne : « au milieu des ruines, des deuils, des humiliations, qui submergeaient l’Allemagne à son tour, je sentais s’atténuer dans mon esprit la méfiance et la rigueur. Même, je croyais apercevoir des possibilités d’entente que le passé n’avait jamais offertes » (P.247) et une justice pour les collaborateurs : « l’œuvre de la Justice fut accomplie aussi impartialement qu’il était humainement possible » (P.132). Mais aussi, De Gaulle ramène à l’humain les figures inquiétantes de la guerre comme Staline qu’il considère comme « un chef humainement tout seul » (P.93), ainsi que l’assassinat de Mussolini où ce dernier est presque considéré comme victime : « la vague de reniements emporta Mussolini » (P.208) et Hitler où sa fin pourrait être tirée d’une tragédie : « vaincu et écrasé, peut-être redevint-il un homme, juste le temps d’une larme secrète, au moment où tout finit. »(P.210). De Gaulle n’est plus seulement homme lorsqu’il parle ici mais aussi chrétien puisqu’il prône justice et pardon. Cependant, cette vision d’un De Gaulle humaniste et moral dès les évènements semble être difficile à croire, cela relève bien plus d’une façon de s’idéaliser de la part de De Gaulle. De Gaulle, dans ses mémoires, apparaît comme un guide, un prophète.

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