Comme un livre de Conrad, presque dérisoire : avant la guerre du pacifique de 1879, depuis le lac Titicaca, la Bolivie descend jusqu'au Pacifique en une large





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titreComme un livre de Conrad, presque dérisoire : avant la guerre du pacifique de 1879, depuis le lac Titicaca, la Bolivie descend jusqu'au Pacifique en une large
date de publication11.05.2017
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Comme un livre de Conrad, presque dérisoire : avant la guerre du pacifique de 1879, depuis le lac Titicaca, la Bolivie descend jusqu'au Pacifique en une large bande de terre qui, sur le littoral, possède des villes comme Tocopilla, Angamos ou Antofagasta.
Ces régions regorgent de salitre (nitrate de soude ) et de guano qui sont des sources de richesses considérables à l'époque : deux fertilisants, deux engrais.
Une contestation fiscale éclate avec le Chili, c’est la guerre puis l’annexion. La Bolivie est depuis presque 120 ans enclavée, enserrée dans les Andes, sans accès à la mer.
Depuis, tous les 23 mars, la Bolivie célèbre la fête de la mer : entre deuil, nostalgie, exutoire désigné. On se rappelle l’alsace en noir dans toutes les salles d’école française après la défaite de 1870.
Plus qu’un fait politique ou une volonté de revanche, Bertrand planes propose un projet dans le cadre du SIART (festival d’art contemporain) à La Paz en « double immersion ». Avec l’aide du Cnrs, il a mis au point un dispositif de stéréoscopie, de vision en relief. Il emmène 3 Boliviens en voyage avec lui sur la cote de l’Océan pacifique, anciennement bolivienne et actuellement chilienne. Les images tournées en commun seront reproduites sur le mur du centre d’art.
Parmi les banderoles, les affiches, les enregistrements diffusés par haut parleur, cette pièce semble noyée médiatiquement. Pourtant, l’addition de son coté high tech avec une volonté presque naïve de restitution parfaite lui donne un point de vue étrange. Des interprétations violentes sont possibles : mercenaire technicien occidental, publiciste, mais aussi déplacement géographique matériel, presque trop poétique.
Pour Bertrand Planes, le raffinement du medium utilisé n’est pas un luxe. Peut-être déjà le moyen de se donner une légitimité au moins technique, au jour le jour, d’intervenir dans un pays comme la Bolivie. Mais surtout, il s’agit de continuer une réflexion déjà entamée. Créateur d’une « marque » Emmaus, Bertrand Planes modifie également les codecs DivX, les compresseurs informatiques de vidéo. Valeur ajoutée là où il ne « devrait » pas y en avoir et contemplation des effets de distorsion. Ou bien simple reconnaissance d’une marque de fabrique ( Barthes a écrit sur la coupe de cheveux reconnaissable entre toutes de l’abbé pierre, parce que non coupe) et émotion mathématique devant la diffusion.
On sait bien maintenant que le médium n’est pas innocent. Le mérite du projet de Bertrand Planes est de réinsérer cette évidence dans un contexte tout à la ois plus technologiquement froid et plus politiquement chaud, où les références aux masses media ou aux affichistes soviétiques paraissent outrées. Peut être s’agit il finalement d’un « voyage efficace »


Mar 3D


Mar 3D est un projet réalisé par Bertrand Planes à l’occasion du Siart, SALON INTERNACIONAL DE ARTE 2005 de La Paz, Bolvie.
Une vidéo, tournée dans ce contexte précis, est projetée grâce à un dispositif de stéréoscopie ainsi qu’un logiciel d’immersion des spectateurs par leurs ombres mis au point avec le CNRS.
Ce type de collaboration est souvent utilisée par Bertrand Planes, qui a déjà fait intervenir des stylistes, des scientifiques, mais aussi une structure telle qu’Emmaüs. Ces interventions ne se limitent pas à des figurations ou des matériaux, mais entraînent l’ensemble des acteurs vers des pièces et des pratiques hybrides, les plongeant tous dans un rapport d’éloignement face à leurs domaine habituel.
Cette mise en fragilité commune est encore très présente dans Mar 3D. La Bolivie est un pays forcément « exotique » pour Bertrand Planes, tout à la fois par son histoire et sa géographie, mais aussi par le décalage entre son développement technique et la complexité des technologies mises en œuvre par Mar 3D. L’artiste, le CNRS, les structures d’exposition et les techniciens locaux vont s’adapter à la mise au point de cette « œuvre prototype ».
Cependant, le but visé reste une transparence, l’illusion que la vidéo inclut souplement le spectateur et lui offre des signes de réalité.
Car le système d’immersion proposé par Bertrand Planes est un jeu de signes, comme certains de ses travaux précédents. Il crée une griffe de vêtements usagés, ou bien retravaille les codecs, habituellement et largement utilisés mécaniquement pour encoder de la vidéo, jusqu’à leur faire créer des distorsions significatives, exagérant le passage de médium à médium ( de DVD à CD). Finalement, une interrogation sur le faux, le simulacre et les moyens du simulacre. Des moyens utilisés tout à la fois par les œuvres d’art et l’industrie du divertissement.
Mar 3D s’inscrit dans cette problématique, tout en y ajoutant un versant presque géopolitique.

En effet, la vidéo diffusée consiste en des images stéréoscopiques de l’océan, prises (pour France : au Chili) avec des Boliviens. Or, depuis la guerre du Pacifique, la Bolivie a perdu son accès la mer (pour la France : annexée par le Chili). Cet « enfermement » a créé nombre de problèmes politiques mais aussi une grande nostalgie. Une fête de la mer est toujours célébrée en Bolivie.
Bertrand Planes restitue cet élément manquant, aussi fidèlement que possible. Le spectateur s’y voit inclus. Cette impression de réalité est suggérée par la présence de son ombre, cette présence que l’on remarque peu mais qui subliminalement définit sa position.
On peut s’interroger sur le sens et la valeur de cette présence virtuelle : compensation, restitution, mirage …
Cette ambiguïté de contenu se voit redoublée par la présence quasi historique de deux éléments formels classiques: l’ombre et l’océan. La littérature abonde de contes à base d’ombre, le plus significatif étant peut-être Doppelganger de Kleist, où un personnage vend son ombre au diable, croyant s’en tirer à bon compte et qu’elle ne lui manquerait pas. Mais tous les passants qu’il croise remarquent immédiatement cette absence indéfinissable et le bannissent de la communauté humaine. Pour l’océan, le nombre de tableaux, marines, de maître et d’amateur, est évident. Cependant, l’invention communément attribuée à Turner de la peinture abstraite est significative. De thème, passionnant justement à cause de son ouverture infinie, l’océan devient medium, matière à culture.
La base matérielle utilisée par Bertrand Planes semble au premier abord une « réalité » soumise au jeu de la restitution, mais s’avère finalement tout aussi sujette à œuvre que le dispositif. Et Mar3D apparaît finalement comme une nouvelle œuvre « sur » la mer, incluant une rêverie intellectuelle et une évasion possible justement par son excès de réalité.

Corentin Hamel 2005

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