Les origines. – La vie historique





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Edmond de Nevers (1900)


L’âme américaine.

Tome I

Les origines. – La vie historique.

Un document produit en version numérique par Mme Marcelle Bergeron, bénévole

Professeure à la retraite de l’École Dominique-Racine de Chicoutimi, Québec

et collaboratrice bénévole

Courriel: mailto:mabergeron@videotron.ca

Site web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin
Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"
dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm




Un document produit en version numérique par Mme Marcelle Bergeron, bénévole,

professeure à la retraie de l’École Dominique-Racine de Chicoutimi, Québec

courriel: mailto:mabergeron@videotron.ca

site web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin
à partir de :

Edmond de Nevers (1900)
L’âme américaine.

Tome I : Les origines. – La vie historique

Une édition électronique réalisée du livre publié en 1900, L’âme américaine. Tome I : Les origines. – La vie historique. Paris : Jouve et Boyer, Éditeurs, 1900, 353 pages.

Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times, 12 points.

Pour les citations : Times 10 points.

Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format

LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition complétée le 19 mai 2003 à Chicoutimi, Québec.


Table des matières

Index des noms cités

Avant-propos
Première partie : Les Origines.
Aperçu général
Les Planteurs de la Virginie et des Colonies du Sud.
I. La Virginie. - Premiers voyages d'exploration. - La Compagnie de la Virginie. - Comment elle recrutait les colons. - Les premiers colons. - Manière dont les terres étaient distribuées. Les indented servants. - Discipline établie par la Compagnie. - La Virginie province royale. - Développement de la population. - L’importation des Noirs. - Une aristocratie se constitue. - Les mean whites. - Les petits propriétaires. - La vie politique en Virginie. - On en exagère généralement l'importance. - Concussions administratives. - Incursions des Indiens. - Toute la propriété était rurale. -Aspect de la province. - Les demeures. - Les amusements. - Les vices prédominants. - Situation des Noirs. - La religion. -Les lois. - II. Le Maryland. - Domaine féodal. - Pouvoirs du seigneur, lord Baltimore. - Liberté de conscience. - Difficultés administratives. - Protestants et catholiques. - Les Convicts au Maryland. - L'État social. - III. Les Carolines. -La Constitution du philosophe Locke. - La Caroline du Sud domaine féodal. - Province royale. - L'esclavage. - Population. -Intolérance épiscopalienne. - La Caroline du Nord. - Refuge aux dissidents de toutes les sectes. - Aucun ordre ne peut y être établi. - État économique. - IV. La Géorgie. - Refuge fondé par le philanthrope Oglethorpe. - Ses premiers habitants. -Devient province royale. - L'esclavage y est introduit. - V. Nombre relatif des grands planteurs dans le Sud. - L’éducation. -Rapports avec l'Angleterre.
Les Puritains.
I. - Le « Mayflower ». - Les premiers colons. - II. - Foi des Puritains en eux-mêmes. - Caractère des Puritains. - Leur religion. - Leurs lois. - III. La Nouvelle-Angleterre de 1630 à 1660. - Extension de la colonisation. - Ingérence de l’Angleterre dans les affaires de la colonie. - Déclin de l'influence exclusive du clergé. -Les guerres avec les Indiens et les Canadiens. - L'amour du gain chez les Puritains. - IV. La vie économique. - Les écoles. - Les prisons. - V. Raisons de la prépondérance des Puritains en Amérique.
Les Hollandais. Les Quakers. Les Huguenots.
I. Établissement de la Nouvelle-Hollande. - Conquête par l'Angleterre. - La Nouvelle-Suède. - New-York, Albany. – II. La conception religieuse des Quakers. - Leurs lois -La liberté des cultes établie en Pennsylvanie. - Progrès rapides de la province. - III. Statistiques de l’émigration huguenote. - Fusion des Huguenots en Amérique. La déportation des Acadiens.
Les Allemands.
Ils n'ont joué aucun rôle politique. - Causes de leur émigration. - Statistiques. - État social des émigrés allemands en Amérique. - Leur sentiment de la nationalité. -Leurs églises. - Leurs écoles. - Leur nombre à l’époque de la Révolution.
Les Celtes.
Difficultés de se renseigner exactement touchant l'émigration irlandaise en Amérique. Statistiques. - Au temps de Cromwell. - Les Presbytériens de la Pennsylvanie.

Deuxième partie : La vie historique.
La naissance de la République.
I. - Manque d'union entre les treize provinces pendant l'époque coloniale. - La fondation de la République a été l'œuvre d'un petit nombre de citoyens d'élite. - Saine hérédité des colons américains. - II. Premières velléités d’union. - Sentiments des colons envers l'Angleterre. - Principaux foyers de l'opinion publique. - III. Il n'est pas question de l'indépendance avant les premières hostilités. - Rigueurs de l'Angleterre. Boston tea party. - Le congrès de Philadelphie. - IV. Bunker Hill. - La déclaration de l'indépendance. - V. La guerre. - Héroïsme chez les chefs. - Manque de discipline et instinct particulariste chez les miliciens. - La part de Washington. - Extraits de sa correspondance. - L'armée française. - Yorktown.
L'Union.
I. - Difficultés contre lesquelles avaient à lutter les hommes d'État de la République. - Tâche qui leur incombait. - Ils se sont montrés à la hauteur de leur mission. - II. On offre la couronne à Washington. - L'ordre des Cincinnati. - III. La Constitution. - Les enseignements des fondateurs de l’Union. - IV. Le relèvement économique. - V. Quelques facteurs secondaires d'union. Hostilités contre les tories et contre les avocats. Haine des Anglais. - La Révolution française aux États-Unis. - Sympathies françaises.
L'Ouest.
I. La colonisation avant la guerre. - Premiers établissements de l'Ouest. - Mode d'acqui­sition du terrain. - Tableau comparatif de l'augmentation de la population de 1790 à 1800. - II. L’homme de l'Ouest, les colons de l’Ohio. - Ceux du Tennessee et du Kentucky. - III. Les Revivals. - IV. Extension de la colonisation.
Le XIXe siècle.
I. Caractère général de l'histoire de la République. – Achat de la Louisiane. - II. Guerre de 1812. Achat de la Floride. La doctrine Monroe. - III. Guerre du Mexique. - IV. Guerre de sécession. - V. Le Sud après la guerre. - VI. Guerre de Cuba. Annexion des îles Haïti. - VII. Expéditions contre les Mormons et contre les Indiens. Scandales financiers, émeutes, etc..
Statistiques de population et d'immigration.
I. Population totale par décades de 1790 à 1890. - Augmentation régulière de 30 à 36 pour 100 par décade. - Jusque vers 1860, familles généralement nombreuses. - L’immi­gration n'a jamais été interrompue. - II. Immigration allemande, statistiques établies avec soin. - III. Immigration irlandaise. Difficultés de se renseigner exactement. -Opinions diverses exprimées au sujet de cette immigration. Statistiques concernant l'augmentation de la population en Irlande, en Angleterre et en Écosse. - IV. Autres immigrants. - Proportion des Américains de naissance et d'extraction étrangère. - V. Caractère général des immigrants. Agences d'émigration. Les traversées sur l'Atlantique.
L’âme américaine

Index alphabétique des auteurs
cités dans cet ouvrage.

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Adams (John)

Adams (Samuel)

The american almanac

The american Jew

Anderson

Andrews (Sidney)

Applegarth (J.)

Argyle (duc d’)

Arnold (Matthew)

Ashbury (L'Évêque)

L’Avenir national (Manchester N. H.)

Bagenal

Bancroft (Geo)

Baird (Robert)

Barvand (Ch.)

Beard (G.-W.)

The Beattyville Enterprise

Berkeley (Sir Chs.)

Blackwood's Magazine

Bourbonnière (A.)

Breck (Samuel)

Bromwell

Browning (Chs. H.)

Bruchesi (Mgr)

Bryce (James)

Buchanan

Burke (Edmond)

Byrne (Le rév. S.)

Campbell

Carnegie (A.)

Cassell

Chastellux (marquis de)

Chatauquan. Magazine

Cherbulliez (V.)

Chicago Evening Post

Child (David Lee)

Claretie (Jules)

Clowes (W.-L.)

Coffin (Chs. C.)

Collins (Wilkie)

Colonial papers

Compendium of the11th census

Cooper (Fenimore)

Dale (Sir Thomas)

Davis (John)

Depew (Chauncey)

Dilke (sir Charles)

Dixon (W.-H.)

Donnell (T.)

Emerson

England (Mgr)

Evening Herald (Dublin)

Färber (L'abbé)

Fearon

Florenzano (G.)

The Forum (Boston)

Fouquier (.M. Henri)

Franklin (B.)

Freeman

Galton

Gaillardet (F.)

George (H.)

Gibbons (P.)

Gillman (A.)

Godkin (E.)

Gonne (Miss Maud)

Gordon

Grant (Ulysse)

Greene

Gregh (Percy)

Griffin (Sir Lepel)

Guizot

Hamerton

Hamilton (A.)

Hans (Albert)

Heredia (J.-M. de)

Hewatt

Higginson (Le colonel)

History of Texas

Hoar (le sénateur)

Hopkins (John)

Howe

Hoyt (M.)

Hübner

Hughes (Thomas P.)

Hugo (Victor)

Hull (John)

Hume

L'Indépendant de Fall River (Mass)

The Indepenlent (New-YorK)

Ireland (Mgr)

Jefferson,

Johnson (Ben)

Johnson (Edward)

Jones (Hugh)

Kalm

Kempt (R.)

Knight (sir John

Körner (Gustave)

Kretz (Conrad)

Lamartine

La Rochefoucauld (comte de)

Lavisse (E.)

Lee (John)

Legoyt

Le Roux (Hugues)

Lewis (Virgil)

Löher

Lowell (J.-R.)

Lyell (sir Charles)

Mac Master (J.-B.)

Mandat-Grancey (baron de)

Marki (A.)

Martin

Maryland Gazette

Maudsley

Maupassant (Guy de)

Mellick (A.)

Michelet (E.)

Mittelberger

Molinari (G. de)

Monroe

Montesquieu

Moore (Thomas)

Morse (John)

Muller (Wilhelm)

The Native american, II, 19.

Newenham . (Thos.)

The New-York Herald

The New-York Nation

Norton (E.)

Palfrey

Pennsylvania Gazette

Pennsylvania Magazine

Phelan (James)

Pike (James)

Pitkens

Polak in Ameryce

Prendergast

Preux (Jules)

Proud

Provincial records of Pennsylvania

Renan (Ernest)

Rea (M.)

Le Réveil de la Nouvelle-Orléans

Rivers

Robinson (R.-E.)

Rupp

San Francisco Chronicle

Satolli (Mgr)

Schmitt (F.-A.)

Seely

Shaftesbury (comte de)

Shaler (N.-S.)

Seward

Smith (Adam)

Spalding (Mgr L.)

Spencer (Rev. T. A.)

Spenser (Edmond)

Spottswood

Stith

Suffolk county records

Taine

Thebaud (August.)

Tiedman

Tonnancour (G. de)

Tocqueville (A. de)

Tolstoï

La Tribune de Woonsocket (R. I.)

Varigny (Charles de)

Visit to Texas

Warburton

Wesley

Williams (Geo)

Willis

Winthrop

Wittakers almanac

Wohlhausen

Yeats (W.-B.)

Zimmermann



Edmond de Nevers (1900),
L'âme américaine.
Tome Ier: Les origines - La vie historique.
Paris: Jouve & Boyer, Éditeurs, 1900, 352 pp.


L’âme américaine : tome I

Avant-propos

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De tous les pays modernes, les États-Unis sont incontestablement celui dont la bibliographie a tenu le plus de place, au XIXe siècle. Les ouvrages publiés depuis quarante ans, en différentes langues, sur l'histoire, la civili­sation et les mœurs américaines représentent probablement, à eux seuls, plus d'un millier de volumes.
Des historiens, comme Bancroft, Bradford, Hildreth, Carlier, MM. Goldwin Smith, Mac-Master etc., ont raconté l'établissement des colonies anglaises d'Amérique, la fondation de la République, sa croissance prodi­gieuse et la vie des générations successives qui l'ont habitée. Des légistes et des écrivains politiques, comme MM. Curtis, Tiedman, Ellis Stevens ont rattaché les institutions libres des États-Unis à celles du pays de liberté d'où elles ont été importées et établi leur filiation. Des économistes, comme, Émile Chevalier, et M. de Rousiers, des universitaires, comme M. Barnaud ont très consciencieusement mis en lumière le développement matériel et les systèmes éducationnels de la grande République. Des penseurs, comme Tocqueville, Claudio Jeannet, Matthew Arnold, M.M. James Bryce, Lecky ont recherché quels enseignements offre au Vieux Monde cette démocratie jeune, vigou­reuse, poussée dans un sol vierge, et quel rôle elle est appelée à jouer dans la marche du progrès et l'évolution des idées.
Enfin, tous les touristes européens lettrés qui ont traversé l'Atlantique, Hamilton, Sir Charles Lyell, Dickens, Xavier Marmier, Laboulaye, M. Paul Bourget, pour ne nommer que quelques-uns des plus célèbres, ont rapporté de leurs voyages d'Outre-mer des tableaux de mœurs pleins d'aperçus neufs, de remarques piquantes et d'observations subtiles.
On trouvera, sans doute, présomptueuse la tentative d'un inconnu qui, ve­nant après tant d'écrivains autorisés, prétend trouver encore à glaner dans le vaste champ d'études que constituent l'histoire et la vie américaines ; on la trouvera surtout bien superflue.
Un haut fonctionnaire anglais, sir Lepel Griffin, écrivait, il y a quelques années, pour expliquer l'intérêt qu'il portait aux États-Unis 1 : « Les desti­nées de la République américaine et de la race vaillante et énergique qui l'habite, sont d'une importance suprême pour le monde et surtout pour l'Angleterre. Avant que les enfants de la génération actuelle soient devenus des vieillards, il ne restera plus que trois grandes puissances dans l'univers civilisé, l'Empire Britannique, la Russie et les États-Unis. La France, l'Allemagne et l'Autriche seront peut-être encore prospères, peut-être entretiendront-elles encore, comme aujourd'hui, des armées permanentes, mais la domination du monde sera échue aux races anglo-saxonne et slave. Nous avons donc un intérêt direct à bien connaître dans quel sens s'oriente la civilisation américaine et quel est le volume, et la force de propulsion des courants qui, partis de l'autre côté de l'Atlantique, atteignent nos rivages ».
Mon explication ou mon excuse, mais pour des raisons infiniment moins ambitieuses, sera la même. Les destinées des États-Unis sont d'une impor­tance suprême pour nous, Canadiens-Français. La civilisation américaine représente un courant d'idées, d'aspirations, de sympathies dont nous subis­sons fortement l'influence et dans lequel nous nous défendrons difficilement d'être entraînés ; c'est pourquoi il nous importe de voir clair dans son orien­tation, de ne pas nous laisser éblouir par de faux mirages et de nous mettre en état de faire un choix dans ce qu'elle offre à notre imitation.
La République américaine, c'est l'édifice gigantesque dans l’ombre duquel s'élève notre humble toit ; l'étranger peut en admirer ou en critiquer la façade, les dispositions, le confort ; nous devons, nous, étudier l'ampleur de ses assises, vérifier la solidité de sa structure.
D'ailleurs, un rameau important de notre nationalité s'est déjà implanté au sein de l'Union, et, qui sait s'il ne viendra pas un jour, où, à la suite de l'une de ces crises profondes que nous voyons se dessiner à l'horizon, les conditions de liberté, de sécurité, de bien-être dont nous bénéficions depuis plus d'un demi-siècle, seront compromises ou détruites, et où il nous faudra jeter les yeux du côté de nos puissants voisins, ainsi que vers un port de salut ?
Il me paraît certain, quoi qu'il arrive, que, dans un avenir plus ou moins éloigné, la question suivante prendra la première place dans nos préoccu­pations patriotiques : Est-il de notre intérêt de contribuer à l'unification politique de tout le continent nord-américain ; nous sera-t-il possible, sous le drapeau étoilé, de grandir et de nous développer sans rien abdiquer, sans rien abandonner de ce qui nous est cher, en restant fidèles à nos traditions françaises et catholiques ? À cette question nous ne pourrons répondre qu’en interrogeant le passé et en lui demandant ce qu'il contient de promesses ou de menaces pour l'avenir de notre race et de notre foi.
En 1775, lorsque nos ancêtres déclinèrent les pressantes invitations des colons américains qui les adjuraient de se joindre à eux, pour secouer le joug anglais, ils avaient pour leur servir d'avertissement, le spectacle uniforme et ininterrompu que leur avait donné la Nouvelle-Angleterre, de cent cinquante ans de fanatisme religieux et d'intolérance.
Il s'agira pour nous, ou pour ceux qui viendront après nous, de dégager au milieu du conflit des dogmes et des principes dont l'Union est le théâtre, dans le flux et le reflux des courants psychiques divers qui la pénètrent, dans le décor changeant de tout un siècle de transformations, un ensemble d'idées directrices, d'aspirations constantes et de tendances irréductibles sur lequel nous pourrons baser notre ligne de conduite. Il y aura là, un problème difficile à résoudre.
Les ouvrages des auteurs américains et étrangers dont j'ai parlé nous seront, certes, d'une grande utilité et nous faciliteront ce recul dans l'histoire qui permet d'envisager, dans une lumière plus sereine, les évènements qui se déroulent sous nos yeux. Cependant, il me semble (mais je partage peut-être, ici, l'illusion commune à la plupart dès écrivains, qui s'imaginent volontiers être appelés à combler des lacunes laissées par leurs devanciers) il me semble, dis-je, que certains côtés des origines et de l'évolution américaines ont été négligés dans les études qu'on y a consacrées jusqu'à présent. Il me semble qu'au sujet de ce peuple en formation et dont de constantes agrégations modi­fient, chaque jour, les éléments constitutifs, on s'en tient trop obstinément aux clichés qui avaient cours au commencement du siècle, tel par exemple celui d'après lequel les États-Unis seraient un pays anglo-saxon. Il me semble que l'on n'a pas attaché assez d'importance aux procédés de fusion et d'alliage des groupes hétérogènes qui peuplent la République et que l'on ne s'est pas enquis suffisamment des états d'âme résultant de l'extinction ou du réveil des héré­dités que les premiers colons et les immigrants des générations successives avaient apportées du pays natal.
Les publicistes européens qui se sont occupés du Nouveau-Monde ont tenu, sans doute, à se montrer absolument sincères et impartiaux, mais plu­sieurs n'ont pu échapper à certaines préoccupations ou triompher de certains préjugés. Il en est qui sont venus chercher en Amérique, des arguments en faveur d'une thèse politique ou la condamnation d'une théorie gouverne­mentale. D'autres y ont voulu trouver simplement des données et des faits à l'appui d'un système économique. Il en est dont la bonne foi a été surprise par des apparences fallacieuses, et qui ont dégagé trop vite la formule d'un état de choses observé seulement à la surface.
L'Anglais dont les appréciations devraient être les plus exactes et les mieux documentées, puisqu'il parle la langue de l'immense majorité du peuple des États-Unis, l'Anglais, on l'a constaté bien des fois, est incapable de rendre justice à ce qui n'est pas lui. Aussi, la plupart des écrivains d'Albion qui ont consacré à la Démocratie américaine, des volumes ou des articles de revues, appartiennent-ils à deux catégories bien distinctes. Les uns, considérant les Américains comme des étrangers, les écrasent de leur mépris hautain ; les autres, et le nombre en est considérable depuis quelques années, se rappelant leur parenté avec une partie des pionniers des premières colonies anglaises, et oubliant la diversité des races amalgamées aujourd'hui dans la confédération américaine s'écrient : « Mais vous êtes des Anglais ! L'Amérique c'est un agrandissement de la Grande Bretagne, Greater Britain. Vous appartenez comme nous à cette fière nation qui tend à dominer le monde ; nous recon­naissons en vous notre énergie, notre audace, notre sens pratique, notre esprit politique ». Et leurs études américaines se résolvent, le plus souvent, en essais sur l'expansion britannique 1.
On accuse les Américains en général de se montrer d'un optimisme exces­sif, lorsqu'ils traitent des choses d'Amérique, et d'exagérer la tendance qu'ont, du reste, les auteurs de tous les pays, à se placer à un point de vue ethno­centrique d'où l'on n'aperçoit qu'un horizon très rapproché 2.
Je n'ai pas la prétention d'échapper moi-même aux erreurs d'appréciation et d'analyse que comporte inévitablement un sujet aussi complexe que celui que j'ai inscrit en tête de cet ouvrage, mais je veux apporter à son étude toute la sincérité, toute la circonspection dont on doit faire preuve, en explorant un territoire accidenté que l'on est destiné, soi et les siens, à habiter un jour.
Mon livre sera, en somme, une fort modeste contribution à l'histoire de la civilisation américaine, portant en particulier sur quelques facteurs que l'on a généralement négligés jusqu'à présent et qui ont, au moins pour nous, étant donnée la situation spéciale que nous occupons sur ce continent, une impor­tance considérable.
L’âme américaine : tome I (1900)

Première partie
Les origines

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L’âme américaine : tome I
Première partie : Les origines

Aperçu général

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« When it is remembered that there was only a population of less than two millions « and a quarter in the whole of the United States, in the year 1776 (exclusive of « Slaves and Indians) it will be seen that but a small proportion of the present « population can claim the honor of being « descended from the original « american stock ; and consequently in ages to come, the arrival of the « Virginians, the emigration of the Puritan and Dutch « Settlers, as well as the « settlement of the Quaker and Huguenot, refugees, will form as memorable « epochs in the history of the great Republic « as the Saxon and Norman conquest of Great-Britain now do in the history of that country  1. » (Thomas P. Hughes. American Ancestry. Introd.).


Les colonies anglaises d'Amérique n'ont pas eu de temps fabuleux ; nulle légende de combats héroïques, d'actes de dévouement ou d'audace ne flotte sur leur berceau. Leur établissement a inauguré dans l'histoire l'entrée paisible de l'homme pratique qui ne se laisse pas détourner par le rêve de conquêtes d’âmes, d'empires ou de trésors, des deux buts qu'il estime être les seuls dignes de son ambition et de ses efforts : l'acquisition de la liberté et de la prospérité matérielle, le salut de son âme à lui.
Pendant que nos ancêtres venus de France s'en allaient dans les profon­deurs du nouveau continent, marquer « l'occupation » d'immenses régions de forêts en y construisant des forts et guerroyer avec les tribus indiennes qu’ils voulaient gagner à la foi chrétienne ; pendant que les Conquistadores espa­gnols rêvaient

... En arrivant au port de Panama
de voir
Jusqu'au zénith brûlé dit feu des pierreries,

Resplendir au soleil les vivantes féeries

Des sierras d'émeraude et des pies de saphir 2.

les colons anglais, bien pénétrés de la vérité du proverbe « qui trop embrasse mal étreint », s'établissaient sur les bords de l'Atlantique et prenaient posses­sion de la terre, en la défrichant, en y fondant des villages, en s'y construisant des habitations. Les explorateurs et colons français travaillaient pour Dieu, pour la France et pour le Roy ; les colons anglais travaillaient pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Ceux-là ont continué la vie du passé ; ceux-ci ont été, en quelque sorte, les précurseurs de la vie moderne.
L'histoire des colonies françaises et espagnoles gravite autour d'un certain nombre de figures dominantes, héros de l'aventure ou du sacrifice, chefs mili­taires, missionnaires, coureurs des bois. L'histoire des colonies anglaises ne s'occupe que de groupes et de collectivités ; on y rencontre bien ça et là, quelques noms en vedette, quelques hommes qui eurent une plus grande part que leurs compagnons dans l'œuvre accomplie en commun, John Smith, les deux Winthrop, Lord Baltimore, John Davenport, William Penn, Oglethorpe, mais ce sont presque tous des théologiens, des philanthropes ou simplement des organisateurs ; ils n'ont aucun de ces traits de caractère qui parlent à l'imagination du poète et du peuple. D'ailleurs, à cette époque, plus d'un demi-siècle après l'établissement de l'austère Réforme, l'esprit aventureux, semble-t-il, n'avait plus le don de séduire l'Anglo-Saxon. On raconte que le capitaine John Smith ayant publié un récit des épisodes romanesques de ses voyages et des aventures extraordinaires auxquelles il avait été mêlé, s'était vu de ce fait tenu en suspicion par ses compatriotes, et que son prestige en avait reçu un grave échec.
Quoi qu'il en soit, ces hommes pratiques et ces théologiens ont rempli une mission plus féconde pour l'avenir de l'humanité que la plupart des plus sublimes et des plus purs héros ; ils ont été les champions invincibles de la liberté politique, de la moralité et du travail. Conquérants pacifiques, ils ont étendu leur domination sans accumuler de ruines et sans semer la mort sur leur passage ; ils ont préparé des demeures aux générations futures, ense­mencé des champs, donné des lois.

*

**

Au commencement du XVIIe siècle, on le sait, l'Angleterre n'avait pas encore eu la révélation de la mission colonisatrice qu'elle était destinée à accomplir plus lard. Les établissements anglais d'Amérique furent des entre­prises dues essentiellement à l'initiative privée : la mère-patrie ne fit aucun sacrifice pour les créer ou les maintenir, et ce n'est que lorsqu'elle comprit que le Nouveau Monde allait offrir un vaste débouché à son commerce et à son industrie qu'elle s'occupa d'y affirmer ses droits de suzeraine, en mettant des entraves au commerce et à l'industrie des courageux pionniers. Ainsi donc, si le lien qui unit la Nouvelle-Angleterre et la Virginie à la Grande-Bretagne fut longtemps le lien du sang, il ne fut jamais celui de la reconnaissance.
Les colonies anglaises eurent, dès la fondation de leurs premiers hameaux, une vie indépendante et absolument distincte de celle de la Grande-Bretagne ; elles ont dû à certains moments, il est vrai, subir le contre-coup des guerres et des querelles de celle-ci, mais leur expansion n'en a guère été modifiée.
Leur histoire manque d'unité ; les établissements du Sud, de l'Est et du Centre ont été l'œuvre de plusieurs groupes de pionniers différant les uns des autres par la race, la religion, la langue, l'esprit, les habitudes et la manière de vivre. La plupart venaient chercher en Amérique un refuge contre la persécu­tion religieuse ; d'autres y voulaient trouver un abri contre la pauvreté et la misère ; quelques-uns enfin n'avaient, en vue qu'un placement avantageux de capitaux. Tous, cependant, ont passé à peu près par les mêmes phases de lutte et d'action, tous ont bénéficié ou ont été victimes de circonstances à peu près identiques.
Les Puritains et les Virginiens, qui devaient jouer le rôle principal dans le développement de la jeune nation, tenaient de leur hérédité, des institutions libres déjà anciennes de leur mère patrie, de la religion qu'ils venaient d'embrasser et pour laquelle ils professaient l'ardeur de tous les néophytes, la croyance absolue que chaque citoyen a un mot à dire dans l'administration de la chose publique, que la pauvreté constitue entre les hommes la seule infé­riorité réelle, que la Bible doit être le guide suprême dans toutes les circons­tances de la vie. Jusqu'après la guerre de l'Indépendance, cette croyance est restée, au-dessus des divisions, des rivalités et des querelles d'intérêt, le point commun sur lequel tous les esprits se sont rencontrés.
Les autres groupes ont subi fortement l'influence des Virginiens et des Puritains ; dans chacun d'eux cependant certaines qualités et aptitudes héré­ditaires, certaines aspirations, certains préjugés ont dû se transmettre dont l'action a modifié l'orientation de la collectivité. Pour bien apprécier les éléments constitutifs de la nation américaine, il faut savoir quelle semence chacun de ces groupes a jetée dans le sol.

*

**

Les documents authentiques concernant la vie et les actes des premiers pionniers sont fort nombreux, surtout ceux qui se rapportent aux habitants de la Nouvelle-Angleterre, aux Puritains, et l'étudiant qui veut se renseigner sur la fondation des diverses colonies n'a que l'embarras du choix. Ajoutons que les écrivains de la dernière partie de ce siècle qui se sont occupés des origines de la nation américaine, ont soumis tous ces documents à une critique sévère, comparé ensemble rapports et mémoires, lettres et registres, expliqué les uns par les autres et réduit à leurs justes proportions ceux des événements et des hommes que la piété des premiers historiens avait d'abord trop idéalisés 1.
Il se mêle, d'ailleurs, presque toujours un peu de fiction à l'histoire des jeunes peuples qui ne sont pas encore sûrs d'eux-mêmes et qui ont besoin que du fond du passé un foyer brillant leur éclaire la route vers l'avenir. Plus tard, nécessairement, les mirages disparaissent et le passé, alors, se déployant en pleine lumière, vient aider à la compréhension du présent.
Les origines des nations européennes se perdent dans la nuit d'âges barbares que l'historien ne peut faire revivre qu'au prix de longs travaux. Les ancêtres américains, eux, sont des hommes de notre époque ; les vertus qu'ils ont pratiquées, les idéaux qu'ils ont nourris sont de ceux que ce siècle inté­ressé, prosaïque et terre à terre comprend bien ; notre esprit peut, sans effort, reconstituer leur vie et évoquer la calme vision de l’œuvre qu'ils ont accomplie.
*

**
J'ai divisé en cinq groupes les premiers pionniers de la patrie américaine :

1° Les planteurs des provinces du sud.

2° Les Puritains.

3° Les Hollandais, les Quakers, les Huguenots.

4° Les Allemands.

5° Les Celtes.

L’âme américaine : tome I
Première partie : Les origines

Les planteurs
de la Virginie et
des colonies du sud

I. La Virginie. - Premiers voyages d'exploration. - La Compagnie de la Virginie. - Comment elle recrutait les colons. - Les premiers colons. - Manière dont les terres étaient distribuées. -Les indented servants - Discipline établie par la Compagnie. - La Virginie province royale. - Développement de la population. - L'importation des Noirs.- Une aristocratie se constitue. -Les mean whites. -Les petits propriétaires. - La, vie politique en Virginie. - On en exagère généralement l'importance. - Concussions administratives. -Incursions des Indiens.- Toute la propriété était rurale. - Aspect de la province. - Les demeures. - Les amusements. - Les vices prédominants. - Situation des Noirs. - La religion.- Les lois. - II. Le Maryland. - Domaine féodal. - Pouvoirs du seigneur, Lord Baltimore. - Liberté de conscience. - Difficultés administratives. - Protestants et catholiques. - Les Convicts au Maryland. - L'État social. - III. Les Carolines. - La Constitution du philosophe Locke. - La Caroline du Sud domaine féodal. - Province royale. -L'esclavage. - Population. - Intolérance épiscopalienne. - La Caroline du Nord. - Refuge aux dissidents de toutes les sectes. - Aucun ordre ne peut y être établi. - État économique. - IV. La Géorgie. - Refuge fondé par le philanthrope Oglethorpe. - Ses premiers habitants. -Devient province royale. - L'esclavage y est introduit. - V. Nombre relatif des grands planteurs dans le Sud. - L'éducation. - Rapports avec l'Angleterre.



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