Les origines. – La vie historique





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IV

Le relèvement économique.


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Dans la lutte contre les difficultés économiques, les États-Unis ont été favorisés par les circonstances auxquelles ils doivent peut-être plus qu'à leurs hommes politiques ; le concours de ceux-ci, cependant, ne leur a pas manqué.
L'Américain habitué au gouvernement local a la rage de la discussion, il n'accepte rien qu'il ne conteste d'abord et qu'on ne lui impose par la force des arguments, des chiffres, des exemples et des faits.
Aussi, chaque amélioration apportée au système fiscal, à la situation monétaire, commerciale et industrielle du pays est-elle d'abord repoussée ou combattue ; qu'il s'agisse de la fondation d'une banque, de l'établissement d'un système de loteries, de la construction de ponts ou de canaux. Celui qui lirait tous les comptes-rendus des débats du Congrès ou des législatures, à cette époque, ferait un excellent cours d'économie politique appliquée aux pays neufs.
Il importe de noter quelques dates importantes dans l'histoire économique des États-Unis.
La première banque fut fondée à Philadelphie, en 1784, par Robert Morris, sous le nom de « Banque de l'Amérique du Nord ».
L'établissement de la première Banque nationale eut lieu en 1791.
L'acte créant la Monnaie fut voté au Congrès, après de longues discus­sions, en 1792.
Sous la domination anglaise le numéraire avait toujours été rare ; les échanges s'étaient faits le plus souvent en nature, la spéculation, en consé­quence, avait été impossible ; désormais elle va devenir un facteur important dans la vie de la nation : Tout le monde voulut avoir du stock de la Banque nationale et pendant quelque temps, la hausse et la baisse des cours domi­nèrent toutes les autres préoccupations.
En 1790, avait été fondé par Jefferson le bureau des brevets qui a con­couru si puissamment à encourager l'admirable série d'inventions et de découvertes dont se glorifie à bon droit l'Union américaine.
Plusieurs autres excellentes mesures économiques furent adoptées qui contribuèrent à développer les ressources naturelles du sol, en même temps que des circonstances favorables facilitaient les premiers pas de la jeune république vers la prospérité et la richesse : les guerres de Napoléon, tous les peuples d'Europe sous les armes, l'agriculture européenne dans le marasme, etc., etc.
Le 18 février 1793, la Convention nationale réunie à Paris ayant décrété que tous les ports des colonies françaises seraient ouverts aux navires des pays de neutralité, assimilés aux navires français, le commerce américain prit immédiatement une grande extension.
L'agriculture dans ce temps là, donnait de plus grands profits que l'indus­trie ; les produits agricoles atteignaient des prix extraordinaires. Ainsi, en 1794-95, la farine pour l’exportation se vendait aux ports d'embarquement douze dollars le baril, soit quatre fois plus qu'elle ne se vend aujourd'hui. De plus, un énorme commerce de transport passa entre les mains des Américains.
L'exportation des produits étrangers qui ne s'était élevé en 1791, qu'à 500.000 dollars, atteignit en 1801, la somme de 46.000.000. La valeur totale des exportations qui n'avait été, en 1791, que de 19 millions, s'éleva en 1801 à 94 millions de dollars 1.
Cependant l'état de neutralité vis-à-vis de la France, et d'hostilité ouverte ou dissimulée vis-à-vis de l'Angleterre ne pouvait être maintenu facilement. Un bon nombre de navires américains furent saisis Par les Anglais ; d'autres portant des marchandises anglaises furent saisis par les Français. On fut sur le point de déclarer la guerre à l'Angleterre en 1793 et à la France en 1798. Finalement il fut décidé que l'on se rendrait indépendant de l'Europe.
Jusqu'alors les Américains n'avaient fabriqué que ce qu'ils n'avaient pu importer ; ils résolurent d'établir des fabriques et de se passer de l'étranger.
Les capitaux, par suite des circonstances heureuses que je viens de mentionner, se trouvaient abondants ; des sociétés furent fondées pour la cons­truction d'usines et de fabriques ; on s'entendit pour n'employer que des marchandises de fabrication nationale ; une loi de non-importation fut votée et l'ère industrielle s'ouvrit pour l'Amérique.


V

Quelques facteurs secondaires d'union. - Hostilités contre les tories et contre les avocats. - Haine des Anglais. - La Révolution française aux États-Unis. - Sympathies françaises.

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L'Union se faisait, peu à peu, entre les différents groupes de la population, de l'œuvre d'émancipation et de législation accomplie en commun, des intérêts généraux identiques, des mêmes aspirations vers l'avenir. Elle se fortifiait des leçons de civisme données par les orateurs et les hommes d'État du haut de la tribune du Congrès et qui s'adressaient indistinctement à tous les citoyens.
D'autres facteurs secondaires contribuèrent encore à la cimenter ; ce furent des affections et des haines, des emballements passagers, des courants enthou­siastes de sympathie ou d'animosité qui, à certains moments, inclinèrent uniformément tous les cœurs dans le même sens ou les divisèrent en deux fractions puissantes, indépendamment des limites d'États ou de villes, de la diversité d'origine ou de religion.

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* *

Le premier sentiment collectif qui se fit jour, pendant et après la guerre, ce fut l'hostilité contre les Loyalistes.
Peu nombreux dans la Nouvelle-Angleterre et dans la Pennsylvanie, les Loyalistes avaient un parti important dans les Carolines, la Géorgie, le Delaware et le New-Jersey et étaient puissants à New-York, où, pendant l'occupation par l'armée anglaise, ils avaient persécuté les « rebelles ».
Ces derniers, dès que la paix eut été signée, voulurent prendre leur revanche et l'opinion du pays tout entier les approuva bruyamment. On vit, à plusieurs reprises, des malheureux tories enduits de goudron, roulés dans la plume et chassés dans ce costume à travers les rues de la ville, aux accla­mations de la foule 1.
Ce sentiment servit en quelque sorte de base à la première division des partis qui se fit, après le vote de la Constitution. Washington, Hamilton, Jay et leurs amis furent accusés d'avoir des sympathies pour l'Angleterre, de rêver l'établissement d'un gouvernement aristocratique aux États-Unis, de viser à une concentration absolue des pouvoirs ; et le parti républicain dont Jefferson fut le chef se forma en opposition au parti de Washington et du gouvernement qui prit le nom de fédéraliste.

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Immédiatement après la guerre, l'opinion publique se souleva contre les avocats et hommes de loi à qui l'on reprochait de s'enrichir aux dépens des travailleurs et de pressurer les populations. « Défiez-vous des avocats ! » Tel était le mot d'ordre donné dans beaucoup de circonscriptions, lors des élections aux législatures.
« De toutes les aristocraties disaient les journaux, l'aristocratie des avocats est la pire ».
Pendant la guerre, un grand nombre de citoyens avaient dû s'endetter, il s'agissait de payer maintenant, or le numéraire était rare et le papier-monnaie déprécié ; les Loyalistes réfugiés au Canada ou en Angleterre avaient des réclamations à faire valoir des difficultés s'élevaient au sujet de la validité des titres de certaines propriétés occupées par des colons, au cours des dernières années de la domination anglaise ; les avocats bénéficiaient de tout cela. Il arriva souvent dans la Pennsylvanie et le New-York, qu'on les insulta dans les rues.
Ils étaient, paraît-il, excessivement nombreux. « Peut-être ne se trouve-t-il pas un seul pays au monde, disait Edmond Burke au Parlement anglais, quelque temps après la guerre, où l'on trouve autant de science légale. Ceux qui en font une carrière sont nombreux et puissants et dans la plupart des provinces ils donnent le ton. Toutes les personnes qui savent lire, et c'est le cas du plus grand nombre 1, s'efforcent d'obtenir quelques connaissances dans cette science ».
Un Anglais qui visitait les États-Unis plusieurs années plus tard, en 1818, M. J. Fearon 2, constate que « les avocats sont aussi communs aux États-Unis que les indigents en Angleterre ». « Sur 190 députés au Congrès, dit-il, 150 sont avocats. Les causes qui ont donné la vie à tant de procureurs sont en dehors de ma sphère de pénétration. Peut-être pouvons-nous attribuer la fréquence des procès, aux subtilités et à l'enchevêtrement de la procédure, basée sur les coutumes anglaises. Le bon marché de l'instruction secondaire permet aux artisans et aux ouvriers de gratifier leur vanité, en faisant de leurs fils des gens instruits ; l'instruction ouvre à ceux-ci la porte des emplois et, soit dit en passant, les Américains sont de grands chasseurs d'emplois ».

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La haine des Anglais fut le plus intense et le plus persistant des sentiments collectifs qui pénétrèrent toute la nation, car depuis la guerre jusqu'après 1812 des griefs nouveaux vinrent constamment l'exacerber.
L'Angleterre chercha par tous les moyens, à entraver les premiers efforts de la République. Ses journaux qui contribuaient puissamment à former l'opinion publique de l'Europe, sur ses anciennes colonies, faisaient tout en leur pouvoir pour déprécier les États-Unis et leur rendre difficile l'accès des marchés financiers. « Les journaux anglais, écrivait Jefferson le 28 août 1785, répètent sans cesse et avec tant d'unanimité les mêmes mensonges au sujet de l'anarchie, de la confusion, de la détresse qui règnent aux États-Unis, des banqueroutes qui s'y produisent, etc., qu'on y ajoute généralement foi en Europe ».
Dans toutes les parties de l'Union qui avaient été le théâtre des hostilités, les rancunes inséparables de l'occupation d'un pays par une armée ennemie, s'étaient nécessairement amassées au cœur des habitants ; il s'y ajoutait chez les planteurs du Sud, le ressentiment des manœuvres employées par les Anglais dans le but d'exciter les esclaves à la révolte. Dans un article de la Déclaration de l'indépendance qui fut omis, lors de la rédaction définitive, Jefferson avait formulé ce grief en termes énergiques. « Le roi d'Angleterre, disait-il, a déclaré une guerre cruelle à la nature humaine elle-même en violant les droits les plus sacrés de la vie et de la liberté chez des personnes appar­tenant à une nation étrangère, dont il n'a reçu aucune offense, en les enlevant et en les réduisant en esclavage dans un autre hémisphère. Et maintenant, il excite ces mêmes personnes à prendre les armes contre nous et à acheter la liberté dont il les a dépouillées, en assassinant les gens à qui il les a imposées ».
Les colons du littoral maritime furent longtemps à oublier les déprédations dont ils avaient eu à souffrir, au cours des sept années qu'avait duré la guerre. Ces déprédations, il est vrai, avaient eu pour résultat assez souvent d'agrandir le champ de la colonisation, mais les riverains n'en avaient aucune recon­naissance à leurs ennemis. Chastellux visitant le comté de Washington deux années après la guerre, constate qu'un grand progrès y a été fait. « Ce progrès est dû en grande partie, dit-il, aux malheurs mêmes de la guerre. En effet les Anglais étant maîtres de la mer, faisaient ou pouvaient faire des incursions sur toutes les côtes, ce qu'ils appelaient depredatory expeditions, expéditions de pillage, mais ce mot, honteux à adopter dans le vocabulaire de la guerre, ne désignait qu'une petite partie des ravages qu'ils exerçaient ; le meurtre et l'incendie en étant toujours les suites funestes. Il est donc arrivé que les citoyens les plus aisés, c'est-à-dire ceux qui réunissant le commerce l'agricul­ture, avaient leurs plantations près de la mer ou de l'embouchure des rivières, les ont abandonnées pour chercher dans l'intérieur des terres des demeures plus tranquilles » 1.
« Avant l'arrivée de l’armée française dans le pays, rapporte le même auteur 2, les habitants de la Nouvelle-Angleterre croyaient que la langue anglaise était universelle en Europe, mais s'ils devaient cette opinion à un préjugé d'éducation, à une espèce d'orgueil national, ce même orgueil avait à souffrir, lorsqu'il se souvenait, et cela arrivait souvent, que la langue du pays était celle des oppresseurs. Aussi, évitaient-ils ces expressions : Vous parlez bien l'anglais, vous entendez bien l'anglais ». Je les ai entendus dire souvent : Vous parlez bien l'américain. L'américain n'est pas difficile à apprendre ».
Quelques Américains conçurent même le projet de se créer une langue particulière et certains journalistes de l'époque publièrent leurs vues à ce sujet. On sait que D. Webster tenta plus tard de réformer l'épellation et de créer une langue américaine claire et peu compliquée. La presse se moqua de lui.
Les pionniers qui s'en allèrent coloniser les territoires de l'ouest eurent, également, beaucoup à souffrir du fait des Anglais qui excitèrent les Indiens contre eux. De 1790 à 1795 surtout, les troupes de l’Union durent défendre leurs frontières du Kentucky contre des tribus belliqueuses armées par l'Angleterre et qui ouvrirent les hostilités par d'horribles massacres,
La Grande-Bretagne, enfin, ne voulait pas renoncer à son commerce avec ses anciennes colonies et, à travers les péripéties diverses qui aboutirent à la guerre de 1812, elle persista dans sa résolution. Après cette guerre même, lord Broughton conseillait aux marchands anglais d'expédier des marchandises aux États-Unis et de les faire vendre aux enchères, alléguant « qu'il valait mieux perdre sur les premières exportations, afin de tuer dans le berceau, les manu­factures nouvelles que la guerre avait fait naître à l'encontre du cours naturel des choses. »
« La haine des Américains pour notre pays, écrivait Fearon 1, n'est pas basée sur des causes dictées par la raison ; ses principes constitutifs ne peuvent être appelés ni rationnels ni fondés sur la réflexion. Elle est, dans sa source et dans son mode d'expression, exactement celle que professent en Angleterre pour le peuple français, les classes les plus ignorantes de la popu­lation, qui ont toujours détesté les Français parce que ce sont des Français et que les journaux disent qu'il faut haïr les Français ».

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La révolution française eut sa répercussion aux États-Unis et princi­palement à New-York et à Philadelphie, où l'on arborait la cocarde tricolore, on damnait les aristocrates et on se donnait du citoyen. Les journaux injuriaient les souverains d'Europe, appelant l'impératrice de Russie un ours femelle ; l'Empereur d'Allemagne, un coquin et un voleur ; la reine de Portugal une folle ; le roi Georges d'Angleterre un monstre et un roi de pirates 2.
Le sans-gêne qui, jusqu'alors, avait été absolu dans les rapports sociaux, s'exagéra encore, principalement dans les États du centre. On s'étonnait dit le Comte de la Rochefoucauld 3 qui, à cette époque, voyageait en Pennsylva­nie, que nous ne mangions pas avec notre domestique.
La mode était aux chambres à plusieurs lits ; une chambre d'hôtellerie en contenait quelquefois cinq ou six ; le voyageur se glissait sous la couverture du premier lit qu'il trouvait occupé par une seule personne, sans songer à s'excuser. Si un individu demandait des draps propres on le traitait d'aristo­crate 1 et on le faisait payer en conséquence. Un grand nombre d'assemblées eurent lieu où l'on déclama contre les tyrans, et Washington eut de la difficulté à empêcher le peuple de déclarer la guerre à l’Angleterre.

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* *

Si la France ne fut en aucun temps indifférente à l'Amérique, on peut dire que pendant la période qui s'est écoulée de la déclaration de l'indépendance jusqu'à 1812, elle a occupé la première place dans l'esprit de la jeune nation. C'est sans doute aux sentiments d'affection reconnaissante pour la France et d'aversion pour l'Angleterre que songeait Washington, lorsque dans son discours d'adieux, il mettait ses compatriotes en garde contre des haines ou des affections trop vivaces pour des nations étrangères.
Avant la guerre où les Français devaient jouer un rôle si important, on ne connaissait guère notre mère patrie que par les livres anglais et naturellement on en partageait les préjugés. Le Français était pour les masses un « mangeur de grenouilles et de salade ». Samuel Breck dans ses « Souvenirs » 2 raconte cette anecdote caractéristique :
« Lors de l'arrivée de la flotte française à Boston en 1778, M. Nathaniel Tracy, l'un des citoyens les plus influents de la ville, offrit un dîner au commandant, le comte d'Estaing et à ses officiers. Croyant être agréable à ses hôtes, l'excellent M. Tracy avait fait mettre dans le plat de potage servi à chacun des Français une superbe grenouille.
Le premier officier qui aperçut le batracien fut naturellement stupéfait puis éclatant de rire, il prit la grenouille par une patte et l'éleva au dessus de sa tète ; chacun des officiers français en fit autant et ce fut un fou rire général. Pendant ce temps là, M. Tracy restait sérieux, agitant un peu nerveusement sa cuiller et se demandant ce qui pouvait provoquer une gaîté aussi extravagante chez ses convives d'outremer. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, et levant les yeux, il aperçut dans toutes les directions les grenouilles suspendues par une patte. « Pourquoi ne les mangent-ils pas ? s'écria-t-il. S'ils savaient tout le mal que je me suis donné pour leur procurer un plat de leur pays, ils se rendraient compte que pour moi, au moins, la chose n'a rien de plaisant ».
En peu de temps on fut mieux renseigné sur leur compte. Les officiers qui séjournèrent, en nombre assez considérable, dans le Rhode-Island, n'eurent qu'à s'applaudir de l'hospitalité qui leur fut accordée. On abrogea même à leur intention dans la charte de cet État, les restrictions qui interdisaient l'exercice de la religion catholique. La Fayette est resté et à bon droit, l'un des héros les plus populaires de la République.
À cette époque, les Français, Huguenots et autres, sont nombreux à New-York, dans la Pennsylvanie et les Carolines. Plusieurs jouent un rôle important dans les conseils de l'État et exercent une influence considérable. Comme nous l'avons vu plus haut, John Jay, Charles Boudinot et Jean Laurens furent tous les trois, présidents du Congrès, le premier fut, en outre, nommé ambas­sadeur à Londres et c'est lui qui conclut le premier traité avec l'Angleterre. Gallatin qui fut secrétaire du trésor sous l'administration de Jefferson, était originaire de la Suisse française ; il prononçait très mal l'anglais et il reste des pamphlets de l'époque dans lesquels on fait de l'esprit à ses dépens et où tourne au burlesque ses discours au Congrès. Le premier Board du Trésor qui fut établi, eut pour directeurs Gervais, Livingstone et Osgood. Le plus ancien poète américain, Freneau, était de famille huguenote ; Hamilton l'un des lieutenants politiques les plus brillants de Washington était Écossais par son père, mais sa mère était Française. « De sa mère qui était d'une famille française et fille d'un réfugié huguenot, dit Mac Master 1 il tenait les manières aisées, l'enjouement, la vivacité, le sens délicat de l'humour, le désir et la facilité de plaire qui distinguent les gens de race celtique ». Le plan de la ville de Washington fut tracé par le major L'Enfant. L'édifice qu'on appelle « le Berceau de la Liberté », à Boston, fut donné à là ville par un Français dont il porte le nom ». Avant la bataille de Bunker-Hill, ce fut un Huguenot, Paul Rivoire 2 qui dans une marche restée célèbre, vint annoncer aux Américains, l'approche de l'armée anglaise.
Au parlement britannique, lorsqu'il s'était agi de voter la loi du timbre, un orateur du parti ministériel, Charles Townshend, s'étant écrié que les colonies américaines avaient été établies par les soins des Anglais, maintenues par la tolérance anglaise et protégées par les armes anglaises, un Huguenot membre du parlement, Isaac Barré, s'était fait le défenseur des Américains et lui avait répondu : « Les colonies américaines établies par vos soins ? C'est au con­traire votre oppression qui a forcé les colons à s'expatrier et à s'établir en Amérique. Maintenues par votre tolérance ? Elles se sont développées grâce à votre négligence. Protégées par vos armes ? Elles ont noblement pris les armes pour votre défense ». Dans son discours, Barré appelait les Américains « Fils de la Liberté » et les rebelles adoptèrent ce nom.
La révolution française avait amené un bon nombre d'émigrés aux États-Unis. « C'est à quelques dames françaises, dit un Anglais, John Davis 1, que les demoiselles de Philadelphie doivent la démarche gracieuse qui est la leur aujourd'hui. La révolution française a produit une révolution dans la manière de marcher des Philadelphiennes. Autrefois les Américaines ne sacrifiaient guère à l'élégance dans leur démarche, ou, pour mieux dire, elles n'avaient pas de modèles sur lesquels elles pussent se former. Mais lorsque la révolution de 1789 amena sur les bords du Delaware un si grand nombre de Françaises, les jeunes Américaines rougirent de leur gaucherie et toutes cherchèrent à imiter cette grâce aisée, cette nonchalance de poses, ce naturel parfait qui caractéri­saient les Françaises. Quand celles-ci passaient dans les rues, hommes et femmes couraient aux fenêtres et s'exclamaient involontairement : Oh Ciel ! voyez cette jeune dame comme elle marche avec grâce ! »
Les mémoires et relations de voyage publiés au cours des vingt années qui ont suivi la guerre mentionnent très fréquemment des noms français. À Charleston, la ville aristocratique par excellence de l'Union, un grand nombre de réfugiés de Saint-Domingue s'étaient établis, et vers 1792-95 on y entendait parler autant de français que d'anglais. Les Français étaient nombreux à Savannah, à Philadelphie ; mais c'est surtout à New-York qui jusqu'à nos jours a conservé, dans une certaine mesure, un cachet de ville française, que les sympathies pour eux étaient vives. Le parti anglais, cependant, y avait conser­vé de nombreux adhérents, les navires de la Grande-Bretagne entrant conti­nuellement dans ses ports.
En 1792, on vit dans la rade de New-York un duel d'un nouveau genre et qui rappelle les folies héroïques du temps de la chevalerie. L'amiral anglais, Courtney, avant appris que l'amiral français, Bompard, se trouvait dans les eaux de New-York, lui adressa un cartel ainsi conçu : « Le sujet Courtney, du navire de guerre le Boston, serait enchanté de rencontrer le citoyen Bompard de la frégate l’Embuscade, à quelques lieues de Sandy Hook 2. Il attendra dix jours ».
Bompard n'attendit pas et partit immédiatement. En vain voulut-on, à New-York, dissuader les adversaires et empêcher une inutile effusion de sang, rien n'y fit, et quelques heures après l’Embuscade s'approchait du Boston à portée de la voix. Bompard coiffé d'un bonnet phrygien et debout sur le pont, cria trois fois : Courtney ! Courtney! Courtney ! On lui répondit par une bordée. La lutte fut chaude, mais finalement Courtney dut s'enfuir avec son navire très avarié.
Tout New-York avait voulu assister au duel, à distance respectueuse, et ce furent, au retour, des acclamations bruyantes dans le camp francophile.
Rappelons que le voyage de La Fayette aux États-Unis, après la guerre, avait été l'occasion de manifestations unanimes de sympathies françaises et que la reconnaissance des Américains s'était affirmée par des ovations enthousiastes.
Les excès de la Terreur, et le manque de tact du représentant du Directoire à Philadelphie, le citoyen Genet, eurent un fort mauvais effet sur l'opinion américaine. Il s'établit alors, à l’égard de notre mère-patrie, un courant hostile qui, pendant les guerres de Napoléon, ne fit que s'accentuer. En 1797-98, la capture de navires de l'Union faillit, comme je l'ai dit, amener une rupture. On vit alors, du côté favorable à l'Angleterre, Jay et Hamilton, de sang français, alors que Jefferson, de race galloise, resta toujours le plus fidèle ami de la France et le plus fervent de ses admirateurs.
À partir de 1812, on voit peu de noms français mêlés à l'histoire ou à la vie américaine ; ceux de Beauregard, de Bayard, de Frémont de Coudert et quel­ques autres ont brillé cependant, en ce siècle, d'un assez vif éclat.

*

* *
Les rivalités et hostilités géographiques ne laissèrent pas de se manifester fréquemment, pendant la période dont je viens de parler; il y eut an Congrès des séances très agitées et les causes de conflit ne manquèrent pas entre le Nord et le Sud. Il fut même, à différentes reprises, question d'une sécession, et cela particulièrement en 1798. Jefferson fait allusion à cette éventualité dans une lettre datée du 17 juin de la même année. « Puisqu'il faut que nous ayons quelqu'un avec qui nous puissions nous quereller, dit-il, je crois qu'il vaut mieux que nous gardions nos associés de la Nouvelle-Angleterre, que de voir nos rancunes transportées à d'autres. Ils sont circonscrits entre des frontières si étroites et leur territoire est déjà si peuplé qu'ils se trouveront toujours en minorité ; en outre ils se distinguent, comme les juifs, par une telle perversité de caractère qu'ils constitueront de ce fait la division naturelle de nos partis ».
L'établissement des territoires de l’Ouest a été le fait décisif qui a cimenté définitivement l'Union et apaisé, au moins temporairement, les animosités et les défiances particularistes.

L’âme américaine : tome I
Deuxième partie : La vie historique

L’ouest



I. La colonisation avant la guerre. - Premiers établissements de l’Ouest. - Mode d'acquisition du terrain. - Tableau comparatif de l'augmentation de la population de 1790 à 1800. - II L’homme de l'Ouest, les colons de l'Ohio. - Ceux du Tennessee et du Kentucky. - III. Les Revivals. - IV. Extension de la colonisation.


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