Les origines. – La vie historique





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I

La colonisation avant la guerre. - Premiers établissements de l’Ouest. - Mode d'acquisition du terrain. - Tableau comparatif de l'augmentation de la population de 1790 à 1800.
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« Il y a dans le mouvement progressif qui élève vers une fortune nouvelle, un « homme ou une population, un principe de résistance contre l'iniquité et la « violence beaucoup plus énergique que dans toute autre situation.
(Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, p. 201).
Jusqu'à l’époque de la guerre de l'indépendance la colonisation s'était faite sur les bords de la mer ; à aucun endroit on ne s'était aventuré à plus de trois cents kilomètres à l'intérieur des terres. Les vastes solitudes de l'ouest n'avaient été explorées que par les missionnaires, les coureurs des bois et les trappeurs canadiens.
Les gouverneurs de la Nouvelle-France avaient bâti des forts dans la région qui forme aujourd'hui les États de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio, ainsi que dans le voisinage des grands lacs, ne laissant ouverts à l'expansion des colonies anglaises vers le Mississipi, que les territoires situés au sud-ouest de la Virginie et des Carolines, le Kentucky et le Tennessee. La Louisiane s'étendait de l'autre côté du Mississipi qui, parallèlement aux côtes des océans, traverse l'Amérique du golfe du Mexique jusque vers le sommet du plateau qui avoisine les grands lacs, et qu'on aurait pu croire destiné à servir de ligne-frontière, à deux puissants empires. Plus loin encore et bordant les côtes du Pacifique se trouvaient les possessions espagnoles. Mais sur ces immenses espaces étaient à peine disséminés quelques milliers de colons et quelques peuplades d'Indiens.
Il n'est pas étonnant que les fondateurs de la République aient pressenti, dès lors, l'avenir réservé à leurs descendants. Un simple coup d'œil jeté sur une carte géographique devait être pour eux plein de suggestions de con­quêtes. Sur presque toute l'étendue du littoral de l'Atlantique, semblables à des sentinelles gardant l'entrée du continent, treize provinces, treize États libres, riches, entièrement peuplés, s'échelonnaient du nord au sud, le Massachusetts avec le district du Maine, le Connecticut, le Rhode-Island, le New-Hampshire, le Vermont, le New-York, le New-Jersey, le Delaware, la Pennsylvanie, la Virginie, les Carolines, la Georgie. Dans ces États, des villes florissantes, des campagnes fertiles des populations laborieuses, habituées à la lutte contre la forêt, le sol, le climat et pleines de l'enthousiasme de la victoire. Du rêve gi­gantesque de nos ancêtres, à nous, de leurs campagnes héroïques, rien n'avait survécu que quelques rares établissements agricoles dans la vallée du Mississipi. Les regards des Américains étaient désormais tournés vers l'Ouest, vers l’Océan Pacifique et nul obstacle ne pourrait entraver leur marche conquérante.
« Notre confédération, écrivait Jefferson, en 1786 1, est le nid destiné à peupler l'Amérique au nord et au sud et à lui donner sa constitution »... et il ajoutait avec un admirable cynisme, mais en restant bien dans la note des relations internationales de cette époque : « Gardons-nous cependant d'exercer trop tôt une pression sur les Espagnols. L'immense territoire qu'ils occupent ne peut être, provisoirement, en de meilleures mains ; toute ma crainte, c'est qu'ils soient trop faibles pour le conserver jusqu'au jour où notre population sera en état de le leur enlever pièce à pièce ».
C'est par le Tennessee 1 que commença la migration vers l'Ouest. Les habitants de la Caroline du Nord habitués à une vie très indépendante, d'ins­tincts moins grégaires et moins retenus par les attaches de clocher que les colons des autres provinces y fondèrent les premiers établissements en 1758. En 1784 le Tennessee comptait déjà une population de 10.000 âmes.
Le Kentucky, territoire dépendant de la Virginie, reçut quelques colons, à partir de 1774. La région de l'Ohio qui avait été le principal théâtre de la guerre entre la Nouvelle-France et les colonies anglaises, ne fut colonisée qu'après la consolidation de l'Union.
Une compagnie de l'Ohio avait été formée cependant, dès 1748, à laquelle le roi d'Angleterre avait concédé 500.000 âcres de terre et dont faisait partie Georges Washington 2, mais elle n'avait réussi à fonder aucun établissement.
La renonciation par l'Angleterre, lors du traité de Paris en 1783, à toute réclamation sur le territoire situé au sud des grands Lacs, laissa libre la rive droite du Mississipi qui devait constituer la première étape de l'expansion américaine.
Cet évènement permet d'apprécier l'énorme progrès qui avait été accompli à cette date, dans le sens de l'harmonie et de l'union. Les chartes primitives accordées par la couronne d'Angleterre, étaient loin de limiter d'une manière précise le terrain concédé ; celles du Massachusetts, du Connecticut, du New-York, des Carolines portaient la mention « Depuis l'Atlantique, à l'ouest, en ligne droite, jusqu'aux mers du sud » ; celle de la Virginie. « Toute la vallée du Mississipi, à l'ouest de la Pennsylvanie et du New-York » ; de sorte que ces États avaient sur d'immenses étendues de forêts, des prétentions rivales également justifiées et qui auraient pu donner lieu à d'interminables querelles. Sous la pression des principaux hommes politiques du congrès, ils cédèrent leurs droits au Gouvernement fédéral et les « Territoires du Nord-Ouest » devinrent la propriété de la nation. La possession d'un domaine commun a été, comme je l'ai dit, le principal lien entre les États et a constitué pour la Répu­blique une sorte de soupape de sûreté 3.
La guerre soutenue pour l'indépendance et la liberté, la législation égali­taire que Jefferson avait fait adopter en Virginie, l'influence des « Niveleurs de l'Est » ainsi qu'on appelait souvent les Puritains, le courant d'idées nou­velles qui pendant cette époque agitée avait pénétré la nation, toutes ces causes semblent avoir produit dans les États du Sud, une régénérescence sociale aussi bien que politique. Les rapports entre les Gentlemen et un bon nombre de Petits Blancs avaient nécessairement changé de caractère, ils étaient devenus ceux d'officiers et de soldats ; le sentiment de la solidarité avait atténué l'exclusivisme de caste. L'ambition individuelle, le désir de se créer un patrimoine avait germé et s'était développé chez l'ancien indented servant, en même temps que les vastes espoirs entretenus pour la patrie commune qui faisaient le thème des discours des orateurs populaires. Le soldat du Sud ignorant, grossier, abruti par l'oisiveté avait appris au contact du soldat de l'Est, que le travail ne déshonore pas, que la supériorité ne consiste pas dans la naissance mais dans la posses­sion du bien-être ou de la richesse et il s'était dit que, dans un territoire lointain, il pourrait se constituer un domaine et se refaire une identité. Une nouvelle sélection se fit ; dans la Virginie, le Maryland, les Carolines les chefs de famille, les planteurs ou petits proprié­taires dont la fortune reposait sur des bases solides et les Petits Blancs incapables de tout effort énergique n'émi­grèrent pas. Le reste de la population s'en alla dans l'Ouest. Ainsi dans la seule année 1784, il paraît que plus de 30.000 colons passèrent de la Virginie dans le Kentucky. Un bon nombre d'entre eux étaient des soldats. Lors du recensement de 1840, il fut constaté que 900 Kentuckiens âgés de 78 à 109 ans, recevaient encore une pension militaire 1.
Les soldats, ainsi que nous l'avons vu, avaient reçu lors de leur licenciement, une prime fort importante en argent, plus cent acres de terre. L'acquisition du terrain était, en outre, excessivement facile. Tout individu qui avait demeuré un an, antérieurement au mois de mars 1780, dans un des territoires dépendant de la Virginie se trouvait propriétaire de 400 acres de terre et avait un droit de préemption sur mille acres attenant à son domaine. À partir de 1780, ce droit d'occupation et de préemption fut remplacé par l'achat direct du gouvernement fédéral. Le colon payait les frais d'arpentage, une somme insignifiante au Trésor, et n'avait qu'une simple formalité à remplir, faire inscrire sa propriété au Bureau des terres publiques. Souvent il mesurait lui-même le terrain et en indiquait les bornes, en gravant ses initiales sur l'écorce des arbres. Ces bornes étaient généralement respectées. Cependant, comme aucun plan ou cadastre des territoires nouveaux n'existait encore, les désignations inscrites au Bureau des terres étaient nécessairement très vagues et il arrivait que la propriété de cent acres d'un pauvre colon, se trouvait enclavée dans celle de cent mille acres d'un spéculateur. De là un grand nombre de longs et coûteux procès.
Dans la région de l'Ohio qui forma le premier domaine fédéral et qui comprend aujourd'hui les États de l'Ohio, de l'Illinois et de l'Indiana, les terres furent distribuées de la même manière.
Un tableau comparatif de l'augmentation de la population dans les diffé­rents États et territoires, pour la décade 1790-1800, nous indique à peu près en quelles proportions se fit l'exode des anciennes colonies vers les régions nouvelles ouvertes à la colonisation.








En 1790

En 1800











Population du

Massachusetts..…

378.787

422.845

––

Connecticut……..

237.946

251.002

––

District du Maine..

96.540

151.719

––

New-Hamshire….

141.885

183.858



Rhode-Island……

68.825

69.122



Vermont…………

85.425

154.465



New-York………

340.120

589.051

––

Delaware………..

59.096

64.273



New-Jersey……..

184.139

211.149



Pennsylvanie……

431.373

602.365



Virginie…………

747.610

880.200



Maryland……….

319.728

341.548



des deux Carolines

642.824

823.694



Georgie…………

82.548

162.686



Kentucky………..

73.677

220.955



Tennessee………

35.691

105.602



Ohio…………….




45.365



District de Colombia……….

14.093



Territoire de l’Indiana………

5.646



Mississipi………...




8.850






–––––

———







3.929.214

5.308.483


En déduisant de la population totale de l'Union en 1800, le chiffre de l'immigration étrangère qui, pendant cette décade n'aurait été, paraît-il, que de 15.000 personnes par année, nous nous trouvons avec une augmentation moyenne d'environ 31/100.
Dans la Nouvelle-Angleterre le Massachusetts, le Rhode-Island, le Con­necticut aux terres peu fertiles restent au-dessous de la moyenne, le New-Hampshire, état essentiellement agricole l'atteint presque et le district du Maine la dépasse.
Le Vermont qui avoisine la frontière du Canada était un État de fondation récente. Pendant la guerre avec les Canadiens, les soldats des provinces de l'Est qui y avaient des avant-postes avaient été frappés par la richesse du sol, la beauté du paysage et à partir de 1760 s'y étaient établis en nombre considérable ; les terres leur étant concédées simultanément par le New-York et le New-Hampshire qui affirmaient sur ce territoire des prétentions rivales et qui s'en disputèrent la possession pendant près de trente ans. Vers 1775, un nommé Allen se constitua le chef du pays et convoqua une assemblée de représentants laquelle se mit à concéder également des terres et à édicter des lois, sans aucune connexion avec le Congrès. Les habitants avaient d'abord été connus sous le nom de Green-Mountain boys (Enfants des montagnes vertes) ; plus tard ils avaient traduit ce nom en français, Vert Mont ou Vermont  1. Le Vermont accepta la constitution des États-Unis et fut admis, comme État, dans l'union, malgré l'opposition du New-Hampshire et du New-York, en 1791, à peu près vers le même temps que le Kentucky. Tous ses colons lui vinrent des autres États de la Nouvelle-Angleterre.
L'augmentation de la population a été marquée, pendant cette décade, dans la Pennsylvanie et le New-York où se concentrent surtout, alors, la vie publique et l'activité politique. Les Puritains, en nombre considérable, se sont établis au cours des trente années qui ont suivi la guerre, à New-York et autour des grands lacs, entraînés par leurs goûts nautiques et prévoyant que c'était là que le commerce rapporterait les plus gros bénéfices. L'Ohio a été principalement colonisé par des Allemands venus de la Pennsylvanie. C'est la Virginie, le Maryland, et les Carolines qui ont fourni le plus grand nombre de colons au Tennessee, à la Géorgie, au Kentucky, au district de Colombia et à l'Indiana. L'importation des Noirs comblait rapidement les vides qui se faisaient dans la population de ces États esclavagistes. De 1795 à 1801, d'après Bancroft, le nombre des Nègres transportés en Amérique par les seuls armateurs de Liverpool s'est élevé à 323.370.
Il est fort probable que les statisticiens qui n'ont évalué qu'à 15.000 par année, le nombre des immigrants étrangers, de 1784 à 1812, sont restés bien au-dessous de la vérité, car beaucoup d'Irlandais ont dû entrer aux États-Unis par la frontière du Canada. D'ailleurs pendant cette époque de réorganisation et d'instabilité, il a dû être à peu près impossible de tenir des registres exacts de l'immigration, même dans les ports de l'Atlantique, si seulement on a songé à tenir ces registres. Une preuve que l'afflux des étrangers a été considérable c'est qu'en 1794 une loi fut votée par le Congrès, portant à quatorze ans la durée de séjour nécessaire pour l'obtention de lettres de naturalisation. « At­tendu que l'on redoutait l'influence néfaste que les émigrants des États corrompus et désordonnés de l'Europe exerceraient certainement sur la pureté et la simplicité du caractère américain ».
Or, on se rappelle qu'un peu avant la guerre, l'immigration annuelle d'Alle­magne et d'Irlande dans le seul État de la Pennsylvanie avait dépassé vingt mille âmes, sans que l'on songeât à s'en préoccuper.
« Sans l'émigration étrangère, dit Mac Master relativement à cette décade, les villes de l'Atlantique n'auraient plus été bientôt qu'un désert ».
La population des anciennes provinces, en somme, n'était pas très considé­rable si l'on tient compte de la superficie du territoire occupé ; elle s'est doublée depuis lors dans les campagnes et s'est décuplée et quelquefois centuplée dans les villes ; mais il résultait de la difficulté des communications que seules étaient considérées comme avantageuses, les propriétés situées à proximité des voies fluviales ou des routes carrossables. D'un autre côté, une bonne partie des terres même fertiles se trouvaient fatiguées, épuisées par un siècle de culture uniforme, le seigle et l'orge dans l'Est, le maïs, le tabac et le riz dans le Sud.

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