Les origines. – La vie historique





télécharger 1.17 Mb.
titreLes origines. – La vie historique
page15/21
date de publication11.05.2017
taille1.17 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > droit > Documentos
1   ...   11   12   13   14   15   16   17   18   ...   21
IV

Guerre de sécession.


Retour à la table des matières
L'Union atteint maintenant sa limite d'extension vers l’Ouest, elle occupe tout le territoire compris entre les deux Océans et s'appuie au sud sur des frontières qui semblent avoir été tracées par la nature elle-même, le Golfe du Mexique et le Rio-Grande. Restent au nord l'Amérique russe qui sera achetée en 1867 au prix de sept millions deux cent mille dollars, et l'Amérique anglaise.
L'heure n'a pas encore sonné de l'accession de cette dernière à sa puissante voisine.
L'œuvre d'unification commencée il y a deux siècles n'est pas achevée cependant ; deux peuples d'habitudes, d'idées, d'institutions absolument diffé­rentes vivent côte à côte, entre lesquels les dissentiments et les antipathies s'accentuent sans cesse davantage. Il a plusieurs fois été question d'une séces­sion, il va falloir un fleuve de sang pour cimenter l'Union fondée en 1777 et établir l'uniformité des lois et des institutions.
Pendant que se préparait le grand conflit entre le Nord et le Sud, d'autres éléments de haine avaient pénétré dans la nation : une hostilité féroce s'était manifestée contre les immigrants étrangers dont l'afflux était énorme depuis 1830 surtout, et avait servi de base à de nouvelles divisions, de nouvelles dénominations de partis. Mais cette agitation qu'on a appelée le « mouvement de l’Américanisme natif » est plutôt du domaine de la vie sociale américaine que de l'histoire proprement dite et je m'en occuperai dans une autre partie de cet ouvrage.

*

* *

Une légende s'est établie relativement aux aristocrates du Sud, tendant à confirmer cette théorie qu'il faut pour la bonne administration de la chose publique des hommes élevés de père en fils avec cet objet en vue, et dans certaines conditions particulières d'indépendance, d'oisiveté et de richesse. On a prétendu que le Sud avait fourni une bien plus grande proportion d'hommes politiques éminents que le Nord.
Or, pendant la période de la Révolution et de la consolidation de l'Union, si le Sud s'honore d'avoir donné à la République Washington, Jefferson, Madison, Randolph, Patrick Henry, Laurens et quelques autres hommes dis­tingués ; Franklin, les deux Adams, Trumbull, Warren, Putnam, Quincy, sont des hommes de la Nouvelle-Angleterre ; les deux Morris sont des Pennsylva­niens ; Hamilton et John Jay des New-Yorkais. D'ailleurs Washing­ton, Jefferson et Madison lui-même avant de s'être distingués, n'appartenaient pas, par droits authentiques à la coterie exclusive des meilleures familles de la Virginie 1 ; Patrick Henry avait eu des commencements très humbles.
De 1800 à 1860, il est vrai, presque tous les présidents de l'Union furent des Sudistes, de même que la plus grande partie des hauts fonctionnaires, des juges de la cour suprême et des représentants de la République à l'étranger. Mais cela tenait à deux causes principales : 1° Habitués dès le berceau à commander, les planteurs tenaient beaucoup plus aux fonctions honorifiques et d'apparat que les gens du Nord qui, eux, s'occupaient surtout du dévelop­pement économique du pays. 2° Ils savaient que l'esclavage condamné par Jefferson et par les meilleurs d'entre eux, ne pourrait être maintenu que s'ils conservaient la suprématie au Congrès. Aussi, toute leur activité s'exerçait-elle dans leur propre intérêt ; ils appliquaient toutes les ressources de leur esprit à conserver la balance du pouvoir ; leur union était parfaite. Adams les compa­rait à une société corporative au capital constitué de douze cents millions de dollars.
La soif de richesse qui s'était accrue d'un bout à l'autre de l'Union, avec les nouveaux champs ouverts à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, avait également redoublé d'intensité dans les États du Sud et comme la fortune des planteurs consistait principalement en esclaves, ils en avaient développé la traite sur une vaste échelle, surtout après le vote du Congrès défendant l'importation des Africains (1808). Dans un rapport lu devant une société anti-esclavagiste, en 1790, M. Elbridge Gerry représentant du Massachusetts au Congrès, évaluait les esclaves à quinze dollars par tête 1 ; trente ans plus tard, Jefferson les évaluait à deux cents dollars. En 1844 dans un discours au Sénat, Henry Clay portait cette estimation à cinq cents dollars par tête. « Des mulâtresses quand elles sont jolies, dit David Lee Child 2 se vendent souvent plusieurs milliers de dollars... Les jeunes Noirs, même sur une terre ingrate, parviennent à gagner une partie de leur subsistance dès leur bas âge et lors­qu'ils ont atteint l'âge de dix-huit ou vingt ans, leur maître, qui est fréquem­ment leur père, les vend de 350 à 1500 dollars ».
Plusieurs nouveaux États esclavagistes ayant été établis, le commerce de la chair humaine rapporta d'immenses bénéfices. Ainsi, dans la seule année 1836, la Virginie en vendit pour vingt-quatre millions de dollars ; cet État de même que le Maryland, le Missouri et le Kentucky ne produisait pas de coton on y faisait « l'élevage » des Noirs.

*

* *

L'agitation anti-esclavagiste fut portée pour la première fois sur le terrain politique en 1835 mais le sentiment hostile qui animait l'une vis-à-vis de l'autre, les deux grandes parties de l'Union, datait déjà de longues années ou, pour mieux dire, avait toujours existé ; le choc des intérêts ne fit que précipiter la crise.
Dans les masses l'agitation fut comme cela se produit presque toujours, à base de sentimentalisme. L'esclavage n'avait jamais eu une grande extension dans l'Est et le Nord pour cette raison que le climat y est rigoureux, que l'entretien des Noirs aurait été coûteux et que leur travail aurait été moins intelligent et d'un moindre rapport que celui des serviteurs blancs.
Les enseignements de Jefferson et de nombre de philanthropes, les confé­rences des orateurs anti-esclavagistes et surtout peut-être le livre de Madame Beecher-Stowe, la Case de l'oncle Tom, contribuèrent à créer en dehors du Sud, un sentiment de pitié pour les Noirs, d'autant plus intense qu'il n'était pas en opposition avec les intérêts de ceux qui le professaient.
« Avant la guerre du Mexique, dit Grant 1 il y avait toujours eu un petit nombre d'abolitionnistes acharnés, qui manifestaient leur hostilité envers l'esclavage dans toutes les élections, depuis celle d'un juge de paix jusqu'à celle du président de la République ; ils étaient bruyants mais peu nombreux. La grande majorité des gens du Nord où l'esclavage n’existait pas, étaient opposés à cette institution et considéraient son existence, dans quelque partie du pays que ce fut, comme malheureuse. Ils n'en tenaient pas les habitants des États esclavagistes pour responsables et croyaient qu'il fallait protéger le droit de propriété s'exerçant sur les esclaves, jusqu'à ce qu'on eût trouvé quelque moyen acceptable de se débarrasser de l'institution. L'opposition à l'esclavage ne constituait la foi politique d'aucun parti. Mais avec l'ouverture des hostilités contre le Mexique, de fait avec l'annexion du Texas, l'inévitable conflit commença ».
Des sociétés pour l'abolition de l'esclavage avaient été fondées, un siècle auparavant, la première à Philadelphie dès 1746 ; d'autres dans l'Est, en Virginie et dans le Maryland, car à l’époque coloniale l'esclavage n'était guère profitable dans ces deux derniers États. Jefferson avait agité, à plusieurs reprises, la question de l'émancipation des Noirs mais sans suggérer aucun moyen pratique pour arriver à ce but. « Je tremble pour mon pays, avait-il dit un jour, au Congrès, quand je songe que Dieu est juste et que sa justice ne peut toujours sommeiller ». Aussitôt après la guerre de l'Indépendance, le Maryland avait affranchi ses esclaves, mais ceux-ci étaient devenus des vagabonds, des voleurs et n'avaient pas songé à gagner leur vie ; cet exemple avait mis fin aux velléités abolitionnistes dans le Sud, même chez les meilleurs et les plus humains de ses habitants.
Les Petits Blancs étaient opposés à l'émancipation, car les gens de couleur libres deviendraient leurs égaux, et cependant, ainsi que le proclamaient les orateurs du Nord, ils avaient besoin eux-mêmes autant que les Nègres d'être émancipés. « Les Planteurs du Sud dit Sir Charles Dilke 1 étaient des Gentlemen doués de plusieurs vertus aristocratiques en compagnie de tous les vices aristocratiques ; mais pour chaque planteur il y avait neuf Petits Blancs, lesquels, bien que grossièrement ignorants, pleins d'insolence, habitués à faire usage du revolver et du couteau à la moindre provocation, ont été jusqu'à l’élection de Lincoln à la présidence, aussi absolument les maîtres de l'Améri­que qu'ils ont été dans la suite, les chefs de la rébellion ».
Le principal grief invoqué par les hommes politiques du Nord, c'est que le Sud avait organisé, au fur et à mesure de l'extension de l'Union, des États qui n'étaient guère peuplés que d'esclaves et qui cependant, avaient droit à une représentation égale à celle des États de travail libre. On demanda au Congrès d'intervenir ;dominé par l'émeut sudiste il s'y refusa, alléguant qu'il n'avait aucune autorité pour s'immiscer dans l'administration intérieure des États.
En 1845 la Floride et l'Iowa furent admis dans la Confédération au rang d'États, la Floride comme État esclavagiste et l'Iowa comme État de travail libre. On tenait à conserver ainsi l'équilibre entre le Nord et le Sud politique­ment, mais la population augmentait beaucoup plus rapidement dans le Nord, attendu que c'est de ce côté que se dirigeait presque exclusivement l'immi­gration étrangère, ainsi qu'en font foi les chiffres suivants :



En 1840.

Population

de l’Union



Population blanche

du Sud




Esclaves



17.069.876

7.290.729

2.481.522




En 1850.


23.191.876


6.412.151 2


3.200.380



Pendant les négociations avec le Mexique pour l'achat de la Californie et du Nouveau-Mexique, un bill fut présenté au Congrès demandant que l'esclavage ne fût pas introduit dans les territoires nouveaux qui seraient for­més de ces provinces. Le bill fut repoussé, les Sudistes déclarant que l'inter­diction de l'esclavage, équivaudrait à les exclure de la Californie et du nouveau Mexique, puisqu'ils ne pourraient y émigrer avec leurs biens consis­tant en esclaves.
À partir de 1848 l'agitation alla toujours croissant. Le parti de l'abolition qui s'était affirmé pour la première fois, en 1844, avec un petit nombre d'adhé­rents obtînt aux élections de 1856, uni au parti républicain, la majorité des voix du pays tout entier ; dans la délégation pour l'élection présidentielle, il se trouva cependant en minorité de deux voix et ne put faire élire son candidat M. Frémont 1.
Cette situation anormale d'un parti en minorité qui se trouve au pouvoir, ne fit qu'augmenter l'irritation ; les passions s'exaltèrent dans le Nord pendant que dans le Sud l’idée de sécession devenait de plus en plus populaire.
En 1858, des difficultés s'élevèrent dans le Kansas dont la majorité des citoyens voulait faire un État de travail libre, alors que les propriétaires d'es­claves s'y opposaient. Ceux-ci cherchèrent à escamoter les votes et allèrent même jusqu'à faire assassiner onze braves fermiers, dont le seul crime avait été de voter en faveur du travail libre. Enfin le Congrès, sous la pression des Sudistes, avait voté des lois mettant à la charge, de l'État les frais de capture des esclaves fugitifs. En 1860 Lincoln, le champion de l'intégrité de l'Union fut élu à la présidence.
Jusqu'à cette époque on n'avait pas considéré que la sécession d'un certain nombre d'États du reste de la Confédération constituât un acte de trahison. « Il me paraît certain, écrivait Tocqueville en 1833, que si une partie de l'Union voulait se séparer de l'autre, non seulement on ne pourrait pas l'empêcher, mais encore on ne tenterait pas de le faire. »
Horace Greely, le premier journaliste de ce temps et l'un des hommes les plus influents du parti républicain publiait, en 1861, les lignes suivantes dans la « New- York Tribune » : « Si la Déclaration de l'Indépendance a justifié la sécession de l'Empire britannique de trois millions de colons, en 1776, nous ne voyons pas pourquoi elle ne justifierait pas la sécession de cinq millions de Sudistes de l'Union fédérale, en 1861 » 2. On alléguait d'autre part et avec raison que les circonstances étaient changées et que c'était avec l'argent et les soldats de la nation tout entière, que la Floride, la Californie, le Texas, le Nouveau-Mexique avaient été achetés et conquis.
Le 4 mars 1861, Lincoln entrant en fonctions, prêta à Washington le ser­ment de maintenir l'Union ; mais il n'était déjà plus le président que des deux tiers des trente-trois États qui la constituaient lors de son élection. La guerre était désormais inévitable.
Pour la masse de la nation c'était la guerre sainte ayant pour but la déli­vrance de trois millions de créatures humaines opprimées ; pour la plupart des hommes politiques du Nord, il s'agissait surtout du maintien de la « Glorieuse République bornée à l'est et à l'ouest par les Océans » ; chez certains spécula­teurs et hommes d'affaires, peut-être même eût-il été possible de découvrir des motifs moins purs.
Lincoln écrivait à Horace Greely, le 22 août 1862 : « L'objet essentiel que je poursuis dans ce conflit, c'est de sauver l'Union et non pas de détruire l'esclavage ; si je pouvais sauver l'Union en ne libérant aucun esclave, je le ferais ; si je ne pouvais la sauver qu'en les libérant tous, je n'hésiterais pas un seul instant ; si je pouvais sauver l'Union en en libérant quelques-uns et en laissant les autres dans leur état actuel, je le ferais encore. Quoi que je fasse relativement à l'esclavage et aux hommes de couleur, mon but n'est que de sauver l'Union ».
Le journal contribua puissamment à précipiter crise, bien qu'il ne fût pas, en 1860, la puissance formidable qu'il est devenu de nos jours ; il n'était alors que l'écho de l'opinion, mais l'écho qui grossit, exagère, répète au loin.
Ni d'un côté ni de l'autre on ne s'imaginait que la guerre serait aussi longue et aussi désastreuse Seward l'un des ministres de Lincoln avait déclaré que tout serait fini en quatre-vingt-dix jours.

*

* *

Les hostilités commencèrent, le 11 avril 1861, par la prise du fort Suinter à Charleston.
L'incohérence et la confusion inséparables de la création à bref délai, de l'improvisation d'énormes armées, avec des éléments enlevés aux carrières du commerce, de l'agriculture, de l'industrie, du barreau signalèrent, comme on devait s’y attendre, les premiers temps de la lutte. Il se trouvait bien, si l'on veut, pour former des cadres les officiers et soldats des régiments qui avaient envahi le Mexique, mais l'immense majorité des combattants n'avait jamais vu le feu. Les circonstances d'ailleurs se trouvaient les mêmes pour les deux armées belligérantes, c'étaient deux armées de miliciens.
Les planteurs du Sud lattaient pour la conservation de leurs biens et de leur situation sociale, ils devaient naturellement concentrer dans ce conflit tous leurs efforts et toutes leurs énergies. Les institutions hiérarchiques qui étaient les leurs, leur donnaient tout d'abord, en outre, un avantage sur leurs adversaires au point de vue du maintien de la discipline ; chez eux les officiers n'avaient pas à être élus ou agréés comme dans le Nord ; les soldats apparte­nant aux classes inférieures de la population voyaient dans les membres de l'aristocratie leurs chefs naturels ; mais les confédérés étaient loin de posséder la force numérique et les ressources pécuniaires des Unionistes.
Dans le Nord tout fut mis en œuvre pour attirer les volontaires sous les drapeaux. À des avocats, à des négociants, à des industriels, les législatures des États offrirent des grades de colonel et de capitaine, s'ils parvenaient à recruter un certain nombre d'hommes ; à d'autres elles assurèrent les bénéfices de la cantine ; aux soldats elles accordèrent une solde considérable avec pro­messe de primes en terre à l'expiration de leur temps de service. Des bureaux de recrutement furent ouverts dans toutes les localités et constituèrent le principal lien de rendez-vous des désœuvrés, car la guerre nécessairement paralysait l'industrie et avait fait un grand nombre de sans-travail.
L'enthousiasme patriotique unioniste entretenu et surchauffé par les ora­teurs de réunions publiques, contribua peut-être plus que tout le reste, à rendre les enrôlements rapides et à accroître le nombre des recrues. Grant qui devait terminer victorieusement la guerre avait été nommé, au début des hostilités, colonel du 21e régiment d'infanterie de l'Illinois, mais ses soldats n'avaient été engagés que pour quatre-vingt-dix jours et, ce terme expiré, la plupart étaient disposés à retourner dans leurs foyers ; le futur généralissime invita, alors, deux hommes politiques, MM. Mac Lernand et Logan à venir leur adresser la parole. En moins de deux heures d'exercices oratoires, les éloquents tribuns avaient amené le régiment tout entier à se rengager 1.
J'ai fait allusion plus haut à la campagne de « l'américanisme natif » qui avait troublé toute la période antérieure à l'élection de Lincoln ; les étrangers ostracisés profitèrent avec joie de l'occasion qui leur était donnée de mani­fester leur patriotisme américain ; 170.000 Irlandais (nés en Irlande) com­battirent sous les drapeaux de l'Union et les Allemands s'enrôlèrent en nombres considérables.
Le goût des aventures, enfin, fut le mobile qui inspira beaucoup de volon­taires et, s'il est vrai qu'une guerre est parfois nécessaire pour donner une issue à certains instincts qui, autrement se manifesteraient dans le crime, la guerre de sécession ne fut pas bienfaisante seulement pour les Noirs. Ainsi, on raconte qu'après le départ de New-York, du régiment des zouaves-Wilson, la moyenne des crimes diminua de moitié dans la métropole.
Il fallut cinq ans pour soumettre les rebelles qui firent une résistance dé­sespérée mais durent succomber finalement, sous des forces et des ressources supérieures.
Plusieurs écrivains ont étudié avec beaucoup de sincérité et de clair­voyance, la psychologie de ces armées de volontaires n'abandonnant jamais leur liberté de juger et d'apprécier, reculant quand ils croient que la résistance est inutile et se faisant tuer quand ils croient que leur devoir patriotique les y engage, alors cependant que des soldats aguerris en auraient jugé autrement. Je renvoie le lecteur aux excellents travaux qu'ont publiés sur la guerre-de sécession, le comte de Paris, le général Grant, le docteur Kopp, etc.
Les Américains en somme, n'ont témoigné au cours de la lutte, aucune qualité, aucun défaut qui soit particulier aux Américains, si nous en exceptons peut-être l'esprit inventif, la facilité de « se débrouiller » facilement et de tourner dextrement les obstacles. Ils ne se sont montrés ni plus braves ni plus couards que des miliciens d'autres pays ». Je me rappelle avoir vu deux fois, dit Grant 1 des colonels de milice entraîner leur régiment dans la fuite, au premier sifflement des balles ; plus tard ces mêmes hommes se sont montrés les égaux des meilleurs soldats du monde. »
La guerre de sécession coûta à L'Union, cinq cent mille hommes disent les uns, un million disent les autres ; elle fut signalée comme toutes les guerres par des actes de valeur, de générosité, de dévouement, mais aussi et plus que beaucoup d'autres guerres par des actes bas et mesquins, des faits d'accapa­rement et de concussion éhontée. Il est peu de survivants des armées unionis­tes qui ne racontent quelques histoires édifiantes sur la manière dont certains fournisseurs ou même certains officiers ont réalisé d'énormes bénéfices, au détriment des soldats et du Trésor. Elle a marqué dans l'évolution de la nation une phase importante sur laquelle je reviendrai dans une autre partie de cet ouvrage.
Sir Lepel Griffin dans un livre plutôt sévère pour ses « cousins d’Outre-mer » 2 et dont j'ai déjà cité quelques lignes, apprécie comme suit, l'état de l'opinion publique américaine, au lendemain de la soumission des Confédérés. « La guerre avec tout ce qu'elle a eu de démoralisant, a exercé une influence tranquillisante sur le tempérament américain. Le peuple s'est dit qu'il avait enfin accompli une très grande chose. On avait tué ou blessé un nombre d'hommes assez considérable pour satisfaire un César ou un Napoléon et on avait dépensé à cette œuvre glorieuse, sept ou huit cent millions de dollars. Que les cinq cent mille hommes tués dans les batailles ou morts de leurs blessures n'aient pas su pourquoi ils se battaient, que la plus grande partie de l'argent ait passé dans les poches de voleurs et de filous qui ont édifié leur fortune sur les calamités de la nation, cela importait peu. Les Américains avaient superbement acheté, dans le sang, le droit de lever la tête au milieu des peuples asservis du Vieux-Monde. Comme eux, ils avaient été menés au combat et à la mort pour favoriser les intérêts de quelques aventuriers intri­gants ; comme eux, ils étaient lourdement taxés afin de permettre à des patrons d'estaminets et à des entrepreneurs véreux de couvrir leurs vulgaires épouses et leurs filles de diamants. »
De même qu'après la guerre du Mexique, un bon nombre d'officiers qui avaient concouru à assurer le succès de l'Union, furent élevés par leurs compa­triotes reconnaissants, aux plus hautes fonctions politiques de l'État ; une association puissante s'est formée sous le nom de « Vétérans de la Grande Armée » qui possède une influence considérable et a son mot à dire dans toutes les élections. Comme, aux États-Unis, enfin, la spéculation doit se greffer sur tout évènement qui se produit, heureux ou malheureux, elle a tiré parti de la guerre sous le prétexte de « Pensions aux blessés ». Pendant les vingt-cinq années qui l'ont suivie, on a pu voir, à mesure que les anciens soldats mouraient, le nombre des blessés croître et se multiplier. En 1893 il y avait 960.000 noms inscrits sur la liste des pensions, pour le service desquelles 165 millions de dollars ont été votés par le Congrès. Depuis 1893 cependant, une réaction s'est faite et on a dû constater que plusieurs milliers de blessés avaient quitté ce monde.

1   ...   11   12   13   14   15   16   17   18   ...   21

similaire:

Les origines. – La vie historique iconLes lieux de la vie politique a rome de la republique a l’empire
«promenade à travers les lieux de la vie politique» et pour l’Urbs capitale, d’une «visite de l’Urbs». La leçon insiste, comme celle...

Les origines. – La vie historique iconI. L’hopital : Historique et évolution de ses missions. A. Chronologie...
«Maisons de la vie», dans lesquelles les prètres dispensait des soins aux malades et les «Maisons de la mort» où les cadavres étaient...

Les origines. – La vie historique iconLes apports : démographie historique et sociologie
«enquêtes familles» et l'ined3 qui lance régulièrement de grandes enquêtes nationales, actuellement sur les familles monoparentales,...

Les origines. – La vie historique iconInterview : Monsieur Jean-Marc Lhermet (Directeur sportif, asm)
«l’esprit du jeu ne change pas, c’est le monde autour de lui qui évolue». Afin de mieux comprendre, nous allons nous intéresser en...

Les origines. – La vie historique iconLes origines de l’histoire

Les origines. – La vie historique iconI. Introduction : les origines

Les origines. – La vie historique iconL’économie de la vie privée : les données personnelles au cœur des...
«[l]a théorie économique considère les données personnelles (DP) comme des biens particuliers, des ressources immatérielles dont...

Les origines. – La vie historique iconRésumé Cet article s’intéresse au développement historique du travail...
«La construction sociale du travail intérimaire : de ses origines aux États-Unis à son institutionnalisation en France», Socio-Économie...

Les origines. – La vie historique iconLes Origines et le Développement du monastère de Notre-Dame du Rosaire

Les origines. – La vie historique iconHistoire de france depuis les origines jusqu’a la revolution






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com