Les origines. – La vie historique





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IV

La vie économique. - Les écoles. -Les prisons.

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La population de la Nouvelle-Angleterre 2 était composée, en grande partie, de fermiers qui ne cultivaient guère que l'orge et le seigle. Leur manière de cultiver était restée primitive, ils se servaient de la charrue en bois tirée par des bœufs et semaient le grain à la volée. La vie du fermier toute de travail et d'économie était la simplicité même ; sa nourriture d'un bout à l'autre de l'année se composait de deux seuls plats, du poisson fumé et du lard avec du pain de seigle. La semaine, il portait une chemise et un pantalon de nankin. Le dimanche, on lui voyait un complet de grosse étoffe qui lui durait sa vie et qu'il léguât à l'un de ses fils avec sa ferme, ses instruments aratoires et ses bestiaux. Sur la cheminée, il avait à côté de sa Bible un volume des sermons d'Edwards, qu'il lisait d'une voix monotone, à la lueur d'une chandelle de suif, le soir, après sa journée faite.
Le fermier produisait sur sa ferme tout ce qui était nécessaire à sa subsis­tance. Avec dix dollars par année, il achetait les clous, le sel et les quelques autres petits objets indispensables, ce qui lui permettait de mettre de côté bon an mal an, environ cent cinquante dollars.
Les habitants de la Nouvelle-Angleterre ne se contentaient pas de défri­cher des terres, ils construisaient des scieries, des navires et faisaient un grand commerce. Dès 1665, la seule province du Massachusetts possédait 192 navires, petits et grands.
« Boston 1, un peu avant la guerre de l'Indépendance, avait une population de quinze mille âmes. Une partie de la ville était bien bâtie, les maisons étaient confortables et les rues bien entretenues. Dans la partie ancienne, les maisons étaient pauvres et sales, construites entièrement en bois, avec des auvents en planches brutes et des toits de bardeaux surmontés de vilaines balustrades sur lesquelles, les jours de lessive, les chemises et les jupons flottaient au vent ».
Plusieurs des villes du littoral jouissaient d'une grande prospérité ; leurs navires faisaient un important commerce de contrebande avec les colonies françaises et espagnoles et allaient jusqu'en Afrique, ou s'occupaient de la pêche de la baleine.
Les Yankees devaient nécessairement parvenir à l'aisance et à la fortune, car ils avaient de l'ordre, vivaient avec une grande économie, s'abstenaient généralement de liqueurs et se privaient de tous les amusements, qui, on le sait, représentent souvent dans le budget d'une famille, une aussi forte somme que la nourriture, les habits et le combustible.

*

* *

Les habitants de la Nouvelle-Angleterre comprenaient la nécessité de l'instruction ; ils possédaient à Boston un établissement important d'éducation supérieure, le collège de Harvard, fondé en 1636, et ils avaient établi des écoles dans toutes les parties de leur territoire. C'étaient de petites maisons badigeonnées en rouge, d'une architecture uniforme, toute primitive, et qui sont restées l'objet d'une pieuse vénération de la part de leurs descendants. Les garçons pendant deux mois de l'hiver et les filles pendant deux mois de l'été 2 y apprenaient à lire, à écrire avec quelque souci de l'orthographe, et assez d'arithmétique pour pouvoir faire la monnaie d'une pièce chez l'épicier.
Le nombre des illettrés ne laissait pas d’être considérable, surtout, paraît-il, dans le Rhode Island, qu'on appelait par dérision (Rogués-Island) « L'île des coquins » et auquel on gardait rancune de ce qu'il avait établi la liberté des cultes.
Les écoles se ressentaient de la discipline austère qui avait été adoptée pour toutes les circonstances de la vie. Le fouet y jouait presque un aussi grand rôle que dans les plantations à esclaves « Le pédagogue qui de nos jours dit encore Mac Master 1, soumettrait ses élèves à la discipline rigide, à la nourriture mesquine, aux sermons, aux prières et aux flagellations qui alors étaient le lot de l'écolier, serait voué par la presse à l'exécration universelle et devrait se considérer heureux de pouvoir échapper aux poursuites pour cruauté envers l'enfance ».
Si la vie était rude pour les enfants internés dans les maisons d'éducation, elle était abominablement cruelle pour les prisonniers, et l'on comprend que personne ne voulût s'exposer à en faire l'essai. Les souffrances des infortunés enfermés dans les cachots dépassent en horreur tout ce que l'imagination peut enfanter. Les prisons étaient de véritables tanières où n'auraient pas vécu même des bêtes féroces.
« On y jetait indistinctement hommes et femmes, débiteurs insolvables, hérétiques et criminels de droit commun. On ne donnait pas d'habits aux prisonniers, pas de linge ; ces infortunés passaient des années sans se laver, leur cheveux n'étaient pas taillés. Bientôt leurs corps étaient couverts de plaies, de vermine, et répandaient une odeur infecte. La mortalité dans les prisons s'élevait annuellement jusqu'à 60 pour 1000 2 ».
Peut-être les conditions des prisons, et des écoles, dans beaucoup de pays d'Europe, n'étaient elles pas supérieures à celles que je viens d'indiquer. Mais, dans l'histoire des pays d'Europe, ces faits passent inaperçus derrière le spec­tacle des batailles, des révolutions, des intrigues diplomatiques. Ici, l'his­toire, c'est la vie du peuple.
À l'époque de la guerre de l’Indépendance, les journaux étaient relative­ment nombreux dans la Nouvelle-Angleterre ; on en comptait 14, dont 5 à Boston.
« Celui qui voudrait étudier l'histoire coloniale dans les journaux d'alors, dit Mac Master 3, chercherait longtemps pour trouver peu de choses. Il lirait de nombreuses colonnes sur le péché de la paresse, sur l'importance de l'éco­nomie, sur la perversion de la méchante femme dont les pieds prennent racine dans l'enfer ; mais rien ou presque rien sur les questions les plus excitantes et les événements les plus importants de cette époque. Les colonnes d'injures à l'adresse de tel ou tel, les invectives, les dénonciations en termes très violents, sous forme de lettres à l'éditeur, des personnes dont on avait à se plaindre en remplissaient une partie importante ».
V

Raisons de la prépondérance des Puritains en Amérique


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Tout l'intérêt de l'histoire américaine, depuis l'origine des colonies jusqu'à la guerre de l'Indépendance et même jusqu'à la guerre de Sécession, se con­centre principalement sur les habitants de la Nouvelle-Angleterre, ou Yankees. Ce sont eux, qui pendant plus de deux siècles, incarnent l’âme de la jeune nation.
En 1776 ils ne constituaient qu'un quart de la population blanche totale, mais ils formaient un tout cohérent, une collectivité puissante, au sein de laquelle chaque individu était lui-même un facteur de force, d'énergie, de moralité, d'initiative.
L'émigration d'Angleterre dans les colonies de l'Est n'ayant pas dépassé 20.000 âmes, il en résulte naturellement qu'un grand nombre de familles étaient unies par des liens de parenté et qu'en dehors de petits groupes d'Irlandais, d'Allemands et de Huguenots, l'homogénéité y était parfaite.
Les habitudes, les coutumes, les mœurs étaient absolument uniformes chez tous les Yankees, en dépit des multiples divergences sur des questions de dogme, d'administration ou de politique, qui les tenaient constamment en désaccord les uns avec les autres 1.
L'habitude de nourrir les mêmes pensées, d’être agités par les mêmes pas­sions, de vivre de la même vie, avait de plus créé entre eux une certaine ressemblance physique. Le Yankee d'autrefois se reconnaissait facilement à l'austérité du regard, au pli rigide des lèvres, à la démarche roide, un peu auto­matique, au corps long, osseux, anguleux, au masque froid et rusé de l'homme qui n'a jamais souri, mais qui a torturé des textes bibliques pour les faire concorder avec ses intérêts.
Les Yankees étaient Anglais et jaloux de ce titre, dans une colonie dépen­dant de la couronne d'Angleterre et en rapports constants avec la métropole ; ils avaient une foi absolue en eux-mêmes et en leur mission, alors que les colons des autres races, coupés de tous rapports avec leurs patries d'origine que la misère ou la persécution. leur avait fait fuir, étaient isolés, sans liens solides d'union entre eux, sans même l'espoir ou le désir de conserver l'identité de leur être. On conçoit donc que les premiers aient fait prévaloir leur langue, leurs institutions, leurs idéaux, et l'on sent que, si d'immenses flots d'émigrants n'avaient, pendant tout un siècle, submergé la République, elle porterait enco­re l'empreinte exclusive de leur civilisation et de leur esprit.

L’âme américaine : tome I
Première partie : Les origines

Les Hollandais.
Les Quakers.
Les Huguenots.



I. Établissement de la Nouvelle-Hollande. - conquête par l'Angleterre. - La Nouvelle-Suède. - New-York, Albany.- II. La conception religieuse des Quakers. - Leurs lois. - La liberté des cultes établie en Pennsylvanie. - Progrès rapides de la province. - III. Statistiques de l'immigration huguenote.- Fusion des Huguenots en Amérique. - La déportation des Acadiens.


I

Établissement de la Nouvelle-Hollande. - conquête par l'Angleterre.
- La Nouvelle-Suède. - New-York, Albany.

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Le 11 octobre 1614, les États généraux de la Hollande accordèrent pour trois ans à la Compagnie unie des marchands, le monopole du commerce sur tout le territoire qui se trouve compris entre le 40e et le 45e degré de latitude nord, c'est-à-dire entre la Virginie et la Nouvelle-France, territoire qui reçut le nom de Nouvelle-Hollande. Malgré leurs efforts, les marchands ne réussirent à fonder aucun établissement durable et cédèrent, en 1621, leurs droits à la « Compagnie Hollandaise des Indes occidentales » qui fut incorporée, avec le privilège exclusif du commerce dans la Nouvelle-Hollande, pour vingt-quatre ans et commença à y transporter des colons, en 1623.

Les premières familles d'immigrants s'établirent au fort Orange et au Fort Nassau ; c'étaient des protestants, pour la plupart d'origine wallonne, et fugi­tifs des provinces belges. En 1628 la population de la colonie était de 270 âmes et elle augmenta rapidement les années suivantes, se recrutant dans toutes les classes de la société, cultivateurs, artisans, mécaniciens, ouvriers, boutiquiers, négociants ; elle s'accrut encore, principalement, à Manhattan, aujourd'hui New-York, d'une assez forte émigration étrangère composée de Huguenots français échappés de la Rochelle et de colons anglais du Connecticut.
Comme, à cette époque, les Hollandais étaient puissants sur les mers, la Nouvelle-Hollande devint rapidement un centre commercial important, en même temps qu'une colonie agricole fort prospère, et ses habitants poussèrent leurs établissements, le long du Delaware, jusqu'aux confins de la province qui fut, plus tard, la Pennsylvanie. L'avenir semblait rempli de promesses, mais les Anglais qui, de tout temps, avaient protesté contre l'occupation des Hollandais et revendiqué comme leur propriété le territoire qu'occupaient ces derniers, soutinrent leurs réclamations par les armes, et en 1661 la Nouvelle-Hollande se rendit à la flotte anglaise. Le roi d'Angleterre nomma un gouver­neur général pour administrer sa conquête, en même temps que pour sou­mettre la Nouvelle-Angleterre et la contraindre à l'obéissance.
Neuf ans plus tard, la Nouvelle-Hollande fut reprise par une escadre de la République, qui battit la flotte anglaise dans les eaux américaines, puis, de nouveau et définitivement, rétrocédée à l'Angleterre, qui la divisa en trois provinces, le New-York, le Delaware et le New-Jersey.

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Dans l'intervalle, les Suédois avaient fondé sur les bords du Delaware, une petite colonie à laquelle ils avaient donné le nom de Nouvelle-Suède. Les Hollandais avaient protesté, prétendant que le terrain leur appartenait, et en 1655, sous la conduite de Stuyvesant, s'étaient emparés des établissements des sujets de Gustave-Adolphe. Ces derniers, au nombre d'environ sept cents, conservèrent leurs terres et continuèrent à prospérer. Leurs descendants comp­tent aujourd'hui parmi les plus riches familles du Delaware.
Le naturaliste suédois, Kalm, qui visita 1 les colonies américaines en 1749 et 1750, mentionne brièvement l'établissement de ses compatriotes et les revendications des Hollandais. « Les Suédois se battirent, dit-il, et eurent le dessous, mais les Hollandais ne profitèrent pas longtemps de leur victoire ; en effet, quelques années après, les Anglais se sont emparés du pays à leur tour, et en ont gardé, depuis lors, la propriété incontestée ». C'est en ces simples termes, que Kalm raconte les destinées de la Nouvelle-Suède et il ne revient plus sur le sujet.


*

* *

En 1664, à l'époque de la conquête par l'Angleterre, les Hollandais étaient en Amérique au nombre de 10.000 environ. Depuis lors, il y a eu fort peu d'émigration de Hollande, pas assez dans tous les cas pour modifier beaucoup le développement naturel de la population. Au moment de la guerre de l'Indépendance, leurs descendants devaient être environ 120.000 ou 130.000 dans les États de New-York, du New-Jersey et du Delaware.
Certains écrivains attribuent une part considérable à l'influence hollan­daise dans les institutions américaines ; cette influence est contestée par le plus grand nombre. Il est assez probable cependant que c'est aux Hollandais que les fondateurs de la République ont emprunté le modèle d'une union fédérale.
Jusqu'en 1764, le hollandais fut exclusivement parlé dans les églises hol­landaises. « Immédiatement après la conquête, dit Baird 2, le gouverneur fit de grands efforts pour introduire chez eux la langue anglaise, en ouvrant des écoles où on l'enseignait. Ce fait combiné avec l'établissement d'une église épiscopalienne anglaise et l'encouragement qu'elle reçut du gouverneur Fletcher en 1693, fit que la nouvelle langue devint rapidement en usage ».
En 1750, Kalm constate que New-York est devenue une ville très cosmo­polite, mais que la majorité de sa population est d'origine hollandaise. On y trouve, à cette époque, une église épiscopalienne, deux églises hollandaises, deux églises allemandes, une église presbytérienne, une église française, une meeting house de Quakers et une synagogue.
Les Hollandais, ayant été maintenus dans tous leurs droits, après la cession à l’Angleterre, s'emparèrent d'immenses terrains dont la valeur augmenta très rapidement ensuite, lorsque New-York devint la métropole commerciale des colonies, ce qui fait qu'un grand nombre de leurs descendants comptent parmi les familles les plus opulentes des États-Unis.
Les Hollandais apportèrent en Amérique les qualités d'ordre, de propreté minutieuse, de lésinerie, les mœurs douces qui les distinguent dans la mère-patrie. En 1750, Albany était une ville exclusivement hollandaise. « La langue et les manières y sont restées hollandaises, dit Kalm, les habits y sont anglais. .... L'avarice des habitants d'Albany est proverbiale dans tout le reste de l'Amérique. Si un juif s'établissait au milieu d'eux, ils trouveraient moyen de le ruiner... Aussi personne ne va à Albany, car ils font payer très cher le moindre service qu'ils rendent... Les Hollandais de New-York et d'ailleurs ne leur ressemblent pas ». Le même auteur constate encore qu'ils n'aiment pas les colons anglais, et que les colons anglais ne les aiment pas. « À New-York cependant 1, si les anciens Hollandais parlent encore leur langue, les jeunes parlent plutôt l'anglais, vont à l'église anglaise et prendraient en mauvaise part d'être appelés Hollandais et non Anglais ».
On se rappelle que les Pilgrims, eux, quittèrent la Hollande parce que « s'ils restaient dans ce pays, leurs descendants, après quelques générations, deviendraient Hollandais et perdraient tout intérêt dans la langue et la natio­nalité anglaises ».
Cette fidélité invincible de l'homme de race anglo-saxonne à sa langue, et son exclusivisme dédaigneux, en présence de l'esprit nationaliste peu dévelop­pé et du patriotisme craintif des autres races, ont été, comme nous le verrons plus tard, un facteur très important dans l'évolution américaine.
Un bon nombre de familles de descendance hollandaise, ont conservé l'épellation originale de leur nom, comme les van Ranselaer, les van Wyck, les Rosevelt, les Vanderbilt ; d'autres noms ont été modifiés et ont pris une tournure anglaise. Ainsi Wihler est devenu Wheeler ; Dahlbo, Dalbow, Van Culen, Culins ; Konigh a été transformé en King, Hoppmann en Hoffman, Kahlsberg en Colesberry, Seneca en Sinexe, etc., etc.


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