Un homme qui a vécu des moments décisifs du 20





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Louis Dalle (1922 – 1982)
F.Geller ss.cc.
Un homme qui a vécu des moments décisifs du 20e siècle :

la terreur nazie, les défis du tiers-monde, la théologie de la libération.

Il venait du midi de la France (Lozère), d’une famille de 15 enfants ;

six d’eux seront Religieux dont une Sœur SS.CC. qui vit en France.
Il fait profession en 1939 et commence ses études au scolasticat à Châteaudun.

La guerre commence, sept de ses frères font leur service militaire en France.

Quand les Allemands occupent une partie du pays,

les étudiants SS.CC. sont laissés en liberté.

Une moitié se terre, les autres – Louis et sept autres SS.CC. parmi eux –

se laissent déporter en Allemagne,

comme sept ou huit mille d’autres jeunes Français.
Après six jours ils arrivent à Düsseldorf.,

une grande ville sur le Rhin, au nord de Cologne.

Louis écrit à une de ses soeurs : « Nous voulons être un levain de la vie. »

A côté du travail dans les usines (sabotage inclus),

il rencontre d’autres jeunes,

il visite les malades (blessés de travail, victimes des bombardements),

fait tout pour « avoir Jésus et le passer à d’autres ».

Il confesse : « La pastorale est comme une manie pour moi. »

Cette manie va le conduire au camp de concentration.

Il est arrêté le 15 septembre 1944, fête de Notre-Dame des douleurs.

Il connaîtra l’enfer à Zwieberg-Langenstein,

une dépendance du KZ Buchenwald – numéro 93 181.
Il travaille dur dans une carrière, sans manger,

il voit ses camarades mourir par douzaines,

il reçoit les coups de bâtons des SS,

et reste possédé de sa manie :

d’assister les moribonds,

aider ceux qui cherchent un sens dans cette absurdité.

Il tombe gravement malade et faillit succomber à la misère.

Le gars costaud de 83 kilos est un squelette de 37,

couvert de plaies suppurantes.

Le 13 avril 1945, des soldats américains libèrent les détenus.
Plus tard, il nommera le temps passé au camp

« les deux les plus belles années de ma vie.

C’est une grâce de revenir de Buchenwald –

une plus grande encore d’y être entré.

J’ai tellement souffert que je ne puis supporter de voir souffrir les autres. »
Il continue les études.

Une obédience de se préparer à être professeur de l’Écriture Sainte

(heureusement) ne se réalise pas.

Au lieu de Jérusalem, il est envoyé au Pérou.

Au collège à Lima il s’occupe des enfants des riches

qu’il essaie de conscientiser à la situation du pays.

« Le monde ne se sauve que par la souffrance, la mort et le sang »,

écrit-il à ses parents.

Il fait connaissance dans une paroisse pauvre aux abords de la capitale,

est élu pro-provincial en 1961.
A partir de 1968 il travaille chez les Indiens de Ayaviri,

au diocèse le plus haut du monde, fonde IPA (Instituto Pastoral Andina)

qui sera son enfant préféré.
Les « campesinos » l’introduisent dans leur culture très spéciale,

il apprend leur langue, le quechua, il devient un des leurs –

Tayta Lucho, papa Louis.

« Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour les aimer et les faire aimer :

voilà toute ma vie…

Je me suis fait Indien jusqu’aux tripes.

Je ne suis plus qu’un Indien qui sent le lama. »
Dans une lettre du 3 mars 1957 à une de ses nièces

il fait voir l’intérieur de son cœur :
« Chère petite nièce,

la photo que ta maman a glissée dans ta lettre

me rappelle le soir où nous jouions aux petits bateaux, sur l’Allier.

Tu vois : je suis parti sur un de ces bateaux-là (un peu plus grand).

Quand jouerons-nous de nouveau aux petits bateaux ?
J’ai attrapé deux petits renards, à la course, comme ça...

Tu sais que j’ai de grandes jambes.

Si tu viens bientôt, je te donnerai un petit renard vivant

et tu le soigneras bien.

Ils sont mignons, les jeunes renards...
Quand je revois vos gais sourires, je crois rêver.

Les petits Indiens ne sourient pas comme cela.

Ils ont trop faim.

Ils ont des mamans trop pauvres et qui ne savent pas...

Alors, dans ma paroisse, il meurt trois bébés par semaine.

Ces yeux, ces lèvres qui auraient dû sourire, fermés, raidis par la mort !

Tu feras une bonne prière à Sainte Rose de Lima

pour que je puisse bientôt bâtir un hôpital pour les petits Indiens...
Cette année, j’aurai enfin pour eux une bonne école.

Ils iront dans la vie mieux préparés. Ils apprennent bien leur catéchisme.

Malheureusement, ils ont de bien mauvais exemples autour d’eux.

Et puis, ils sont pauvres.

Même leur sang est pauvre de tant souffrir. » [Campredon 1988, 99]
En 1971 il est nommé successeur de Mgr Luciano Metzinger SS.CC.,

évêque sans être consacré.

Il double son engagement pour les « pauvres de Yahvé ».

Un évêque dit de lui :

« C’est un prêtre qui a pris sa flamme au Cœur du Christ,

fort comme le diamant et tendre comme une mère. »
Il est qualifié de communiste, subversif, terroriste.

On le menace de mort.

En 1981 il est décoré de la Croix de la Légion d’honneur.
Il meurt dans un accident d’autobus, dans les Andes,

peu de temps après son 60e anniversaire.

Plus de cinq mille personnes participent aux funérailles.

Mgr Metzinger salue son successeur

comme « le grand pasteur qui nous été enlevé,

l’apôtre qui a semé tant de lumière

dans la vie de ses frères que la sienne en est devenue Splendeur. »

[d’après Gabriel Campredon : « Louis Dalle – Un homme libre », Mende, Rodez 1984 | 1988 ;

« Luis Dalle : un hombre libre », Lima 1992]

“Dans une célèbre étude intitulée “El Despacho” (La dépêche) Lucho avait défini la religiosité andine à partir des orientations de Vatican II (« Ad gentes »). Sa question finale sonne comme la parole d’un prophète :
« Le Concile et le monde indigène lancent le même défi aux missionnaires des Andes : Aurons-nous la vraie charité, l’imagination, l’esprit de créativité nécessaires pour re-écrire nos catéchismes, nos livres de prédications, notre spiritualité, notre théologie, dans le contexte de la pachamama [la Terre], de los apus [montagnes], des étoiles ? »

A los misioneros del Ande, el Concilio y el mundo indígena lanzan el mismo reto: Tendremos la verdadera caridad, la imaginación, el espíritu de creatividad necesarios para volver a escribir nuestros catesimos, nuestros sermonarios, nuestra espiritualidad, nuestra teología, en el contexto de la pachamama, de los apus, de las estrellas?” [6 – Pariamachi, p. 2]
Vingt-cinq ans après sa mort, en pleine année 2007, cette voix prophétique est sérieusement mise en question.
Veit Strassner, un jeune professeur de sociologie et théologie à Mayence,

expert pour l’Amérique Latine, vient de publier un article sur

« Les nerfs en pelote : Les tensions dans l’Église catholique du Pérou ».

dans ‘Herder Korrespondenz’, une revue comparable à ‘Esprit’ en France,

‘The Tablet’ en Angleterre ou ‘America’

et ‘National Catholic Reporter’ aux États-unis.
Strassner rappelle les origines de la pastorale sud-andine :

« Luciano Metzinger (SS.CC.), le premier évêque d’Ayaviri, se demandait:

Comment peut-on être le pasteur de personnes

dont on ne connaît pas la vie, la culture et l’histoire ?’

C’est la raison pour laquelle, en 1969, les évêques du sud

fondèrent l’Instituto de Pastoral Andina. »

Cette pastorale a changé de direction par la nomination de nouveaux évêques conservateurs et l’intervention des ‘œuvres’,

‘Opus Dei’ et ‘Sodalitium’ en particulier

qui luttent contre « le déclin de la foi et de la morale »,

pratiquant une dé-politisation radicale,

l’exclusion des laics et des femmes, religieuses inclues. (1)
Mauro Castagnaro, dans la revue paoline „Jesus“ en juin 2007,

dans son article „Pérou : les diocèses du Sud-Andin

déchirés sur la question de la pastorale indigène » va dans la même ligne.
«L’Institut de pastorale andine, d’après le mandat de son premier directeur,

puis évêque d’Ayaviri, Luis Dalle, devait ‘re-écrire nos catéchismes,

nos livres d’homilétique, notre spiritualité,

notre théologie dans le contexte de la Pachamama’. »

Beaucoup pensent que l’orientation aujourd’hui

« est totalement contraire à celle du passé. »

Des professeurs et religieux ont été éloignés

parce que « leur profile idéologique a contribué

à transformer cette région au Sud du Pérou dans un vrai désert pastorale »

et qu’ils « ont contrôlé les deux prélatures (Ayaviri, Juli)

par des organisations non gouvernementales

de gauche sans en rendre compte à aucune autorité’. » (2)
La controverse a été présente

dans la grande réunion du CELAM à Aparecida (Brésil)

comme en témoignent les présidents de « Misereor » et « Adveniat » (3)

et notre frère Eduardo Pérez-Cotapos SS.CC.,

représentant des Religieux du Chili à Aparecida :
« J’ai senti la douleur de constater la polarisation dramatique

de quelques représentants de l’Église péruvienne

qui, malheureusement, paraissent refléter une réalité nationale...

et essayait de s’engager dans une sorte de ‘guerre sainte’. » (4)
Avec Oscar Anulfo Romero et tant d’autres,

Louis Dalle a une place dans le « Martirologio Latinoamericano » qui dit de lui :

« Il meurt comme il l’aurait désiré pour ressembler plus à son peuple...

Lucho’ brille comme une étoile sur les Andes pour animer la lutte pour la justice. »

[www.servicioskoinonia.org/martirologio)]

Témoignages

« Pour Lucho, évangéliser ce n’était pas

amener aux Andes une vérité de dehors,

mais découvrir, révéler, dévoiler,

enlever le voile des ‘semences du Verbe’,

semées par Dieu dans la culture andine

avant l’arrivée du premier missionnaire.

Lucho était un précurseur de l’inculturation. »

[6 – Fritsch, p. 3]

« Peu à peu il s’est mis dans l’âme quechua

et découvrit non seulement la vitalité des gens,

mais aussi la présence de Dieu

au milieu des petits, des méprisés et des oubliés. »

[6 – Garatea 5]
« Son aspiration était de ‘mettre l’homme sur pied’,

à s’engager pour que les Andins soient

les agents de leur propre destin.

De là, la tâche importante de la promotion

et de l’accompagnement des leaders locaux,

dans l’Église comme au peuple...

Avec d’autres, il proclamait la dignité de l’être humain,

le droit à l’identité culturelle, à la convivencia basée sur la justice

et qu’une nouvelle société est possible. »

[6 – Huanca Mamani, p. 7]
« Il refusait tout ce qui était contraire à la dignité humaine

et s’opposait à recevoir des secours qui semblaient des aumônes. »

[6 – Ballón-Landa, p.10]
« Il présente le Dieu de vérité et de justice,

sans vérité pas d’amour.

C’est ce qu’ont vécu nos fondateurs :

le Bon Père l’a vécu,

la Bonne Mère d’une autre manière, féminine.² »

[6- Villanueva, p. 12]
Prier avec Luis Dalle :
Psaume 36 – la justice de Dieu pour les pauvres.
___________________________________________________________________

Sources

(1) Strassner: „Die Nerven liegen blank. Spannungen in der katholischen Kirche von Peru“, Herder Korrespondenz, Freiburg i. Br., Mai 2007, 256 – 261.
(2) Mauro Castagnaro: „Perù: le diocesi del Sud andino lacerate sulla pastorale indigena”, in: „Jesus“, Juni 2007, San Paolo, Roma, internet 17. 6. 2007.
(3) Bernd Klaschke et Josef Sayer, gérants des organisations d’aide « Adveniat » et « Misereor » respectivement, durant la rencontre du DKMR (Conseil missionnaire d’Allemagne), le 21 juin 2007 à Vallendar, dans leur rapport détaillé sur Aparecida, parlaient des tentatives des ‘œuvres’ pour manipuler les conversations de la réunion et de « la situation dramatique au Pérou ».
(4) Eduardo Pérez-Cotapos L. SS.CC.: “Aparecida: Un gozoso encuentro fraterno”, in: Nuestra famlia, Boletín Perú, Junio 2007, p. 4.
(5) Gabriel Campredon : « Louis Dalle – Un homme libre », Mende, Rodez 1984, 1988.

Gabriel Campredon : « Luis Dalle : un hombre libre », Lima 1992.
(6) « Nuestra Familia » - Un éditorial et cinq articles à l’occasion des 25 ans de la mort de Luis Dalle dans « Nuestra Familia », bulletín du Pérou SS.CC., no. 286, avril 2007, pp. 2 – 13.

R. Pariamachi: “Paloma y Lucho dos testigos de nuestra fe” - F. Fritsch : ”La gloria de Dios es el hombre vivo” - G. Garatea: “Luis Dalle ss.cc., el Obispo que no fue, pero que marcó una linea importante en el sur andino” - H. Huanca Mamani: “Luis Dalle y los Runas” – B. Ballón Landa: “Lucho, libre y recio” – A. Villanueva: “El Pastor”.

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