Du duc Victor-Amédée II en 1711





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Le séjour à l'abbaye de Tamié

du duc Victor-Amédée II en 1711

Archives de l’Abbaye de Tamié

Le séjour à Tamié du Duc Victor-Amédée II en 1711 est connu des historiens. C'est ainsi, par exemple, qu'en son Histoire des Savoyens, tome I, p. 520, Émile Plaisance le signale.

Il existe aux Archives de Tamié une Relation contemporaine de ce séjour, nous ne pensons pas qu'elle ait jamais été publiée en son entier. Eugène Burnier et Joseph Garin se contentent, chacun en son Histoire de l'abbaye de Tamié, d'en donner de courts extraits. Il nous a semblé que les érudits la liraient avec plaisir en son intégrité.

Elle a été écrite, sans nul doute possible, par un moine de l'abbaye ; il l'adresse à une Dame dont nous ignorons l'identité. Elle renferme nombre de détails curieux sur le Duc et sa Cour, sur l'abbaye et ses religieux, etc.

L'abbé de Tamié était pour lors dom Arsène de Jougla, élu le 30 octobre 1707 et installé le 22 juin 1708. Quoique d'origine étrangère, il appartenait à une noble famille du Toulousain et sujet du Roi de France. Il avait su se concilier les bonnes grâces du Duc de Savoie : nous en avons dans la présente Relation des preuves abondantes.

Mais laissons la place au narrateur. Le commencement de son récit ne nous est pas parvenu, nous ignorons de même son nom et sa place dans la communauté.

-°-°-°-

… et puisque vous savez déjà les caresses que S. A. R. fit d'abord à notre Père abbé le 19 juillet, lorsqu'il alla pour la première fois lui rendre ses devoirs à Conflans, chez Mr de Manuel où Elle était logée et ensuite le 23 à St Pierre d'Albigny, chez Mme. Du Noyers où il fut partout bien reçu et même distingué par ce prince, je ne ferai que vous marquer en substance ce qui regarde son voyage et son séjour à Tamié.

Le 22 juillet, S. A. R. quitta Conflans où Elle était arrivée le 11 et se rendit ce jour-là à St-Pierre-d'Albigny chez Mme la Comtesse Du Noyers, d'où, après un séjour de 9 à 10 jours, ce prince alla le 31 joindre son armée aux Marches et se logea au château de ce nom. 7 ou 8 jours après, il envoya chercher et visiter dans le pays quelque lieu propre pour y aller changer d'air et y boire les eaux, je pense, [de] Calibées. Ce fut Mr le marquis de Castagnole, lieutenant de ses gardes, accompagné de quelques autres personnes de la cour, qui fut commis pour cela. Il fut, dit-on, à la Chartreuse d'Aillon, à St-Pierre-d'Albigny, au château du Chatellard et en l'abbaye de Bellevaux dans les Bauges, puis en l'abbaye de Tamié, où il arriva le 8 août. Il en visita toutes les chambres et appartements et les environs du lieu, en remarqua la situation, l'air et les autres dispositions, mettant le tout par écrit, comme il faisait partout où il passait. De là, il alla visiter le château de Faverges, l'abbaye de Talloires, le château de Menthon, Annecy, le séminaire, etc. Étant de retour aux Marches, il rendit compte de sa commission et fit la description à S. A. R. de tous les lieux qu'il avait visités, dont il n'y en eut point qui lui plût davantage que celle de notre abbaye, étant d'ailleurs bien aise de se retirer dans un lieu de piété, de sorte qu'Elle se résolut d'abord de choisir cette maison-là, nonobstant tout ce que sa cour et autres personnes purent lui reporter au contraire, en lui disant que Tamié était un lieu très affreux et d'un air mauvais. Mr notre abbé ayant eu quelque vent de la résolution du prince et étant néanmoins incertain s'il viendrait effectivement ou s'il ne viendrait pas, pour n’être pas surpris écrivit par exprès aux Marches à Mr le marquis de Tournon son bon ami et premier capitaine des gardes, pour en apprendre la vérité, lequel lui répondit, qu'il venait de faire voir sa lettre à S. A. R. qui dès auparavant et sur la relation de Mr de Castagnole, s'était déjà déterminée pour Tamié préférablement à tout autre endroit et malgré tout ce qu'on lui avait pu dire pour l'en détourner et même contre l'avis de son médecin et que sa lettre obligeante achevait de le résoudre et qu'enfin c'était par son ordre qu'il lui écrivait pour faire tenir prêt le logement qui lui était destiné et à sa cour et pour l'assurer qu'elle ne prétendait pas causer le moindre dérangement dans notre communauté ni troubler en aucune façon notre régularité ordinaire, qu'elle souhaitait qu'on la reçût sans façon et sans aucun cérémonial dont elle était tout à fait ennemie. S. A. R. partit donc du château des Marches le 17 août et vint dîner à St-Pierre-d'Albigny chez Madame Du Noyers et coucher à Montailleur chez Mr l'abbé de Chésery ; le même jour 17 au matin le fourrier soit intendant de la maison du prince arriva ici pour faire le département des chambres et des logements, il commença ensuite à arriver de l'équipage et quelques heures après Mr le Marquis de Castagnole avec un détachement de 400 hommes infanterie grenadiers et autres pour servir ici d'escorte à S. A. R. lesquels furent postés aux environs de l'abbaye ce jour-là et le lendemain matin on dressa les chambres.

Enfin le 18 S. A. R. arriva avec sa cour vers les 9 heures de matin. Monsieur notre abbé et sa communauté alla le recevoir à la porte du monastère au son des cloches, ce prince lui témoignant d'abord et à nous bien de la satisfaction et nous parlant d'une manière et avec un air tout à fait gais et riants. Il fut ensuite conduit à l'église, d'où, après quelques moments de prières, la communauté se retira, mais Mr l'abbé restant toujours-là l'accompagna et s'entretint avec lui pendant plus de deux heures en visitant divers lieux de l'abbaye et tout cela avec de grandes marques de cordialité et de bonté de la part de S. A. R. qui lui témoigna en tout sa joie et sa satisfaction sur son compte et celui de sa Communauté et lui fit connaître l'estime qu'il en faisait. Le reste de la journée se passa dans la visite des lieux réguliers, du dortoir, du réfectoire et de tout le reste du monastère que la cour voulut d'abord voir et qu'elle trouva fort jolis et réguliers. Le soir du même jour, au sortir de notre souper, S. A. R. qui était dans le cloître, appela Monsieur notre abbé et s'y entretint assez longtemps avec lui, lui donnant dès lors des marques et des assurances précises de son agrément, de sa bienveillance et de sa protection et témoignant être très édifiée de tout ce qu'elle voyait dans Tamié, ce qu'Elle a souvent répété pendant le séjour qu'Elle y a fait. Elle lui dit qu'Elle venait de faire déloger de notre [ferme de la] Cassine les officiers et autres qui étaient et qui l'incommodaient, ne voulant être en rien à charge de notre maison, mais la conserver en tout, ajoutant qu'Elle avait envoyé ici M. le Marquis de Castagnole avant que de s'y rendre avec sa cour, pour qu'il n'y arrivât aucun désordre et que l'abbaye avec ses granges et dépendances n'en fut point incommodée, qu'Elle ne prétendait pas qu'on touchât un seul poil de notre foin pour aucun de sa suite ou de son escorte, voulant nous le conserver entièrement et entendant que les paroisses voisines en fourniraient et en apporteraient pour cela, comme effectivement elles l'ont fait et Elle lui demanda si tout cela s'exécutait.

S. A. R. et sa cour occupaient dans la nouvelle abbaye tout le corps de logis d'un bout à l'autre qui fait face à l'ancienne, c'est à dire du côté de Faverges, lequel est de trois appartements soit étages l'un sur l'autre, où sont le logement des hôtes, celui du père abbé et autres, le tout consistant en 25 chambres ou salles, dont 6 ou 7 sont à feu, sans y comprendre notre grande cuisine, quelques cabinets et dépenses, avec la boulangerie et les 2 fours, un grand et un petit, qu'ils occupaient aussi et qui sont dans le même corps de logis et tout cela est entièrement séparé de l'intérieur de la maison, du cloître et du dortoir et n'y a de communication que par 3 portes, dont 2 étaient toujours fermées à clef, n'y ayant qu'une qu'on laissât ouverte et qui donne dans le cloître du côté de l'église, par laquelle le prince et les officiers de sa cour et autres survenants passaient pour aller à l'église, ou entrer dans le cloître qui était leur seul promenoir quand il pleuvait, ayant en outre pour se promener, quand il faisait beau temps, la terrasse du jardin, d'une tour à l'autre qui est fort agréable, avec les environs de l'abbaye. Outre cela ils occupaient tous les logements de l'abbaye vieille qui peuvent encore se trouver un peu en état et tout celui de nos domestiques, vers les greniers et écuries neuves. Pour nous, nous faisions notre cuisine dans la salle du noviciat qui avait communication pour sortir sans passer dans le cloître, à une dépense qui a une entrée au réfectoire et où aboutit aussi une porte de la cave. M. l’archiprêtre et M. Perret notre cher chanoine qui savent la disposition de tous ces bâtiments pourront vous faire comprendre tout ceci, c'est pour cela que je le désigne. À la sortie du réfectoire, après nos repas, nous allions à notre ordinaire chantant en procession par le cloître jusqu'à l'église où nous achevons nos prières et nos grâces et si le prince et les officiers se trouvaient alors sur nos pas, ils se jetaient d'abord, pour ne pas nous embarrasser, dans les quartiers du cloître où ils savaient que nous ne passions pas. Nous faisions aussi la distribution de notre travail dans le coin du cloître destiné à cela et souvent S. A. R. et ses officiers y assistaient. Elle venait même quelques fois au lieu du travail, entre autre, Elle vint un jour, suivie de plusieurs gentilshommes dans un champ où nous moissonnions et dit avec admiration qu'Elle croyait voir en songe des religieux travailler ainsi. Je me suis aussi trouvé une ou deux fois travaillant dans le jardin que quelques-uns de ses officiers, entre autre le premier capitaine de ses gardes et un de ses écuyers, s'y mirent pour quelque temps à travailler avec nous en silence.

Nos offices et toutes nos régularités se faisaient toujours aux mêmes heures et avec le même ordre que de coutume, notre silence était le même et aucun d'eux n'osait s'aviser de vouloir faire parler un religieux quand il le rencontrait, sachant notre exactitude en ce point dont ils avaient même été avertis par le prince, que si quelqu'un l'entreprenait sans savoir les choses, il n'avait point de réponse, dont il était d'abord surpris, mais ensuite très édifié après qu'il s'en était informé d'autres personnes. Enfin nous allions en toutes choses notre train ordinaire, sans aucune gêne et avec la même liberté et je peux bien dire avec le même recueillement que si nous avions été seuls dans Tamié et qu'il n'y eût ni prince ni cour. Pour notre dortoir nous y étions libres entièrement et passé le jour que la cour arriva ici, personne depuis n'y entra plus, par ordre de S. A. R., crainte que nous y fussions troublés dans notre retraite et notre silence, excepté ce prince qui y fut encore le lendemain de son arrivée, mais seul avec monsieur notre abbé pour y voir quelque chambre des religieux.

Il alla ensuite aux archives dont il avait entendu parler et qu'il trouva en effet bien rangées et dans un bon ordre, d'où il prit occasion de remercier Monsieur l'abbé d'une bulle que nous en avions tirée pour lui envoyer et qu'il lui assura lui avoir bien servi pour les affaires de son différend avec la cour de Rome. [Bulle de Nicolas V approuvant la nomination à Tamié, par le duc de Savoie, en 1454, de dom Georges Josserand de Cons.] S. A. R. donna aussi d'abord ses ordres à ses premiers officiers qu'ils eussent soin d'avertir tous ceux de sa suite de ne point entrer en l'église dans notre chœur et que personne, comme j'ai déjà dit, n'allât dans notre dortoir. Pour le cloître, nous n'y paraissions à l'ordinaire que pour aller à l'église, au chapitre, aux offices, au travail et au réfectoire.

Pour revenir au train et à l'équipage de la cour, il n'y avait dans nos écuries neuves que les chevaux de S. A. R., les nôtres étaient à la Cassine de nos Suisses. Toutes les écuries de la vieille abbaye étaient pleines de ceux des officiers, même on en avait fait en plusieurs endroits au-dehors avec des ais pour enfermer une partie des autres, sans parler d'un grand nombre qui étaient dans les villages voisins. Nous avions dans la plus proche de nos granges : Martignon, 60 mulets de l'équipage du prince, etc. Les 400 hommes d'escorte étaient tous campés sous leurs tentes entre la vieille et la nouvelle abbaye, exceptés ceux qui formaient des corps de gardes et occupaient divers postes autour de l'abbaye et sur les avenues. Cette escorte était tirée du camp que commandait Mr le baron de St-Remys à Conflans et était changée de 5 jours en 5 jours.

Le 22 août S. A. R. commença à faire ses remèdes et à boire les eaux qui ont tout à fait bien opéré, en même temps que Mme la Duchesse Royale son épouse les prenait aussi à Masin, d'où elle écrivait qu'elles faisaient le même bon effet. Le prince continua ici à les boire et quelques autres de sa cour, pendant une dizaine de jours, c'est-à-dire jusqu'au 2 de septembre. Ce même jour il sentit quelques petits frissons et quelque légère atteinte de goutte qui n'eurent point de suite. Pendant que la cour est restée ici, Monsieur notre abbé a eu tout accès auprès de S. A. R. et même chaque jour de longs et familiers entretiens avec Elle où Elle lui a toujours donné des marques de sa confiance et de son estime, il a eu le même avantage auprès de tous ces Mr de la cour. Le prince l'a fat même manger avec lui à sa propre table, c'est lui qui a aussi dit ordinairement sa messe et donné chaque jour la bénédiction du saint Sacrement au sortie de celle de notre communauté pour satisfaire au désir et à la dévotion de S. A. R. qui l'avait demandé dès le commencement et à laquelle Elle assistait fort dévotement et y faisait assister toute sa cour, domestiques et autres.

Le prince, durant tout son séjour à Tamié, a été tout à fait gai et riant et il a assuré lui-même, aussi bien que les gens de sa cour, qu'il ne l'avait point autant été en aucun autre endroit, en effet il l'était beaucoup et même d'un facile accès, excepté aux Dames, car une, entre autres, s'étant un jour présentée à la porte pour le voir et pour lui parler, il lui envoya dire, qu'étant avec les religieux de Tamié, il ne voulait point voir de femmes, mais être retiré et dans le silence comme eux et n'avoir de communication et d'entretien qu'avec Dieu.

On ne peut rien ajouter à la religion, à la vertu et à la solide piété de ce prince, nous l'avons remarqué en mille occasions pendant son séjour ici. Sa dévotion est des plus exemplaires et s'étend jusqu'à la plupart des officiers et des gens de sa cour et de ceux particulièrement qui approchent le plus près de sa personne, dont je vous assure que nous avons été pour le moins autant édifiés qu'ils ont témoigné l’être de nous. Quand son discours tombe sur des matières de piété, il parle avec tant d'onction et avec une abondance de cœur, qu'on voit bien qu'il est pénétré de ce qu'il dit et que ses paroles expriment ses sentiments.

Il n'a jamais manqué d'assister à nos complies, dès le commencement jusqu'à la fin et qui durent environ une heure, excepté 2 ou 3 fois qu'il était incommodé. Il a aussi souvent assisté à nos vêpres qui ne durent jamais moins d'une heure. Tous les jours, il entendait la messe basse qui se disait pour lui et sa cour, pendant que nous chantions la nôtre de communauté laquelle il achevait encore d'entendre et ensuite assistait à la bénédiction du saint Sacrement qui s'y donnait immédiatement après, ce qui était encore une bonne heure de temps et tout cela avec une grande dévotion et toujours à genoux, sans se tenir debout ou s'appuyer et sans avoir jamais voulu se servir de prie-dieu ni de tapis ni de carreaux [coussin carré], comme nous ne lui avions d'abord proposé et qu'il fit enlever de l'église dès le premier jour. Il est vrai qu'étant incommodé, on l'obligeait, lorsqu'il entendait la messe basse de cour, de mettre au moins un carreau sous lui, d'autant qu'il s'y tenait toujours à genoux à plate-terre sur le pavé, mais pour les vêpres et les complies, il venait se mettre au chœur, ses officiers restant derrière et hors du chœur.

Le Rd Père Presset étant tombé, le 25 août, assez subitement dans une grosse et violente fièvre avec redoublement qui le mettait en péril, Monsieur notre abbé le confessa et le lendemain 26, il lui porta et administra le saint Viatique suivi de toute notre communauté. S. A. R. avec un flambeau à la main et tous les officiers de sa cour aussi des cierges accompagnèrent, en allant et revenant, le saint Sacrement, le prince se tenant fort dévotement à genoux au pied du lit pendant toute la cérémonie. Je dois vous dire que le Rd Père Presset s'est trouvé à peu près entièrement guéri et en état de partir d'ici en litière en même temps que la cour.

Le 7 septembre, veille de la Nativité de Notre Dame, S. A. R. jeûna au pain et au vin, ce qu'il aurait fait au pain et à l'eau comme de coutume s'il s'était bien porté. Toute la cour fit aussi abstinence ce jour-là et presque tous jeûnèrent. Le lendemain, jour de la fête, S. A. R. se confessa et puis communia des mains de notre Rd Père abbé dont il entendit la messe et fit ses dévotions. Toute la cour généralement, tant domestiques que gentilshommes, au nombre d'environ deux cents personnes, se confessèrent aussi et communièrent avec beaucoup de piété et d'édification. Ensuite S. A. R. entendit notre grand-messe qui était solennelle, à l'issue de laquelle se donna la bénédiction du saint Sacrement, ce qui dura bien deux heures. Elle assista aussi à nos vêpres et à nos complies, de sorte que ce jour-là le prince fut bien 5 heures entières dans l'église. Il ne parut presque point le reste de la journée, la passant dans sa chambre, en prières et lectures spirituelles. Il se retira le soir à bonne heure (ici il ne mangeait que le matin) et donne en son particulier dans la chambre, aussi bien que le matin, beaucoup de temps à la prière et à la méditation et j'ai entendu dire que le soir, outre examen particulier de sa conscience, il en fait un autre sur toutes les affaires extérieures qu'il a eu à traiter pendant la journée et il en fait mettre par écrit, à son secrétaire particulier et secret, tout ce qu'il en juge nécessaire. Je ne dois pas oublier de vous dire que le 4 septembre, Messieurs les envoyés d'Angleterre, de Hollande et d'Espagne arrivèrent ici et y dînèrent avec S. A. R. Et le 9, Mgr de Genève avec Mr l'abbé de Chésery et Mr le chanoine Constantin y vinrent aussi. Ils y couchèrent et y mangèrent tous trois en cour. Le lendemain cet évêque dit la messe du prince et au sortir de la nôtre de communauté donna la bénédiction du saint Sacrement, notre Rd père abbé l'en ayant supplié.

Le 10 septembre au soir, veille du départ la cour, S. A. R. entra, Elle seule dans notre chapitre, toute notre communauté y était assemblée pour la lecture spirituelle qui s'y fait régulièrement avant complies et en entrant, Elle dit qu'Elle venait un moment interrompre notre régularité pour nous dire à-Dieu, etc. et là dessus, Elle nous parla durant un petit quart d'heure, se recommandant, sa famille et ses États, à nos prières, nous assurant combien Elle se retirait contente et édifiée de régularité et de tout ce qu'Elle avait vu et retiré de bien parmi nous, nous exhortant à y persévérer, nous assurant de son estime, de sa bienveillance et de sa protection et tout cela d'une manière avec des expressions si touchantes et même si humbles dans la bouche d'un souverain, que nous ne pûmes nous empêcher de verser des larmes, vous en répandriez vous-même, j'en suis certain, si je pouvais confier à ce papier ses propres paroles, ou que vous les entendissiez. Ensuite, Elle se retira et nous continuâmes notre lecture.

Le lendemain, 11, ce prince partit de Tamié avec toute sa cour vers les 2 heures après-midi et alla coucher à Conflans, d'où il partit pour Turin, je pense, le 15. Mr notre abbé ne quitta point S. A. R. ce matin-là jusqu'à ce qu'elle fut montée à cheval. Pour nous, nous ne la vîmes plus dès son agréable à-Dieu qu'Elle était venue faire dans le chapitre le soir auparavant, n'ayant pas voulu que nous nous fussions davantage rassemblés pour son départ. En partant, Elle nous laissa un caporal et 4 soldats pour gardes et pour mettre notre maison et nos granges d'ici à couvert des fourrageurs et de toute insulte des troupes et le lendemain, 12, Elle nous envoya gratis de Conflans 5 patentes signées par Elle et par les généraux de l'Empire, pour la conservation de nos effets et de nos fourrages d'ici et des 4 granges voisines que nous y avions. Enfin, S. A. R. et sa cour sont partis de chez nous fort contents et satisfaits, par la grâce de Dieu et de Monsieur notre abbé et de toute sa communauté, aussi bien que du séjour qu'ils y ont fait, y trouvant l'air fort bon, la situation agréable et le logement commode, tous assurant qu'ils n'avaient point encore été si commodément, ni si agréablement, dès leur départ de Turin et chacun en particulier souhaitant l'occasion d'y pouvoir revenir et repasser encore une fois, surtout S. A. R. qui en a fait son projet pour après la paix, y voulant même faire passer alors Mme la Duchesse Rle son épouse en allant rendre ses vœux à St François de Sales à Annecy, c'est ce qu'il a encore dit à Monsieur notre abbé en partant. [Le prince revint à Tamié en juin 1714]

Voilà Madame, un précis de ce que vous souhaitiez. J'y dis bien des choses et bien des circonstances que j'aurais, je pense, mal fait de vous taire, surtout celles qui regardent la piété de S. A. R., mais aussi il y en d'autres que la modestie m'aurait dû faire passer sous silence, telles que sont celles qui retournent en quelque façon à l'honneur de Monsieur notre abbé et de notre maison, mais sachant que votre curiosité vous porte à ne vouloir rien ignorer, j'ai cru, pour ne pas vous mortifier, que je ne devais rien vous cacher, persuadé d'ailleurs de votre bon cœur pour nous et que vous n'en ferez pas un mauvais usage. Cependant priez Dieu qu'il me pardonne le temps que j'ai perdu à vous écrire ceci, puisque c'est pour vous faire plaisir et contenter votre curiosité que je l'ai fait.


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