Le débarquement et la libération de Provence





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Visages de la libération Provence 1940-1945
une exposition du groupe Marat au Musée d’histoire de Fontaine de Vaucluse


Plan de l’exposition
Les 23 panneaux



Première partie (panneaux 2 à 8) :

La Provence sous le gouvernement de Vichy

& La France libre et l’Empire colonial


Deuxième partie (panneaux 9 à 18)

Le débarquement et la libération de Provence


Troisième partie (panneaux 19 à 23)

Défaire le nazisme, refonder la République


1. Présentation de l’exposition

2. Des camps d’internement en Provence (avec la vitrine A)

3. Des Français libres en Océanie

4. En Syrie, au Maroc

5. La Provence occupée (11 novembre 1942)

6 & 7. Des résistants en Provence

8. François Cuzin et Frantz Fanon

9. La Rugby force (15 août)

10. Résistants de Provence et Commandos d’Afrique

11. Le débarquement français

12. Des tirailleurs sénégalais

13. La situation, le 22 août

14. L’Armée d’Afrique

15. « La route de Marseille est ouverte »

16. La libération du Vaucluse

17. Toulon libérée (28 août)

18. La libération de Marseille (29 août)

19. La campagne des Vosges et d’Alsace (automne-hiver 1944)

20. Le camp du Struthof

21. La découverte de Vaihingen (printemps 1945)

22. La refondation de la République

23. Les 8 mai 1945 (avec la vitrine B)


Textes de l’exposition
N.B. Les textes en italique sont des introductions aux panneaux ou bien des commentaires sur des témoignages ou des photographies.

Les textes en caractères réguliers sont des témoignages ou des extraits d’écrits d’époque.

2. Des camps d’internement en Provence

« Il n’y a pas de neutralité possible entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, entre la santé et la maladie, entre l’ordre et le désordre, entre la France et l’Anti-France.

La gravité du péril intérieur et extérieur rend plus affirmative que jamais ma résolution de m'appuyer sur tous les éléments sains du pays, rassurés par ma volonté de mettre les autres hors d'état de nuire. »

Le maréchal Pétain, chef de l’État français
Les « autres » étaient les « étrangers indésirables », les juifs, les tsiganes, les communistes, les francs-maçons, les syndicalistes... Hors d’état de nuire ? En les privant de liberté. Entre 1940 et 1944, de nombreux lieux d’enfermement furent créés en Provence.
3. Des Français libres en Océanie
Tahiti et la Nouvelle-Calédonie furent parmi les tous premiers territoires d’outre-mer qui se soient ralliés au général de Gaulle. En mai 1941, le premier bataillon du Pacifique, fort de 600 hommes, quittait Nouméa pour rejoindre la 1re division française libre. Devenu bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique, il joua un rôle crucial dans la bataille de Toulon en août 1944.
4. En Syrie, au Maroc
« Le général de Gaulle avait convaincu le sultan du Maroc Mohamed V de participer à la libération de la France. Le sultan a donné le feu vert aux caïds. Les caïds ont convoqué nos parents et nos parents, un beau jour, nous ont dit : « Vous allez faire des militaires ». C’est comme ça comme je me suis engagé. »

Mohamed Salah, soldat de la 1ère Armée française
Français ou citoyens de pays du Moyen-Orient, ils furent nombreux à vouloir s’engager, tout particulièrement au Liban et en Syrie, administrés par la France au début de la Deuxième guerre mondiale. 6 000 soldats des forces françaises présentes dans ces deux pays choisirent de se placer sous les ordres du général de Gaulle.
5. La Provence occupée (11 novembre 1942)
Le 11 novembre 1942, les nazis et leurs alliés fascistes italiens occupaient la Provence. Ils savaient que la Résistance y était en plein essor et étaient déterminés à anéantir toute opposition. Un attentat à Marseille, le 3 janvier 1943, visant les plus hautes autorités d’0ccupation, fut le prétexte. Les mesures terrifiantes imposées à Marseille devaient servir d’exemple pour tous.
«Je désire une solution radicale et totale du problème de l’épuration à Marseille. Nous n’avons plus aujourd’hui assez d’hommes pour maintenir pendant de longues périodes des forces de l’ordre en de tels points chauds.

La police française et la garde mobile devront effectuer la majeure partie du travail. La porcherie de Marseille est une porcherie française. La police française et la France doivent bien comprendre qu’elles nous en doivent la plus profonde reconnaissance.»

Heinrich Himmler, 18 janvier 1943

Conformément aux ordres d’Himmler, Marseille connut, pendant une semaine, des rafles menées par la police française. Le 24 janvier 1943, un premier convoi de 1642 déportés, dont la majorité était des juifs, quittait la gare de marchandises d’Arenc. Du 1er au 19 février, l’armée allemande entreprit, rue après rue, le dynamitage du quartier du Vieux Port vidé de ses habitants.
Liste des individus à appréhender

• toutes les personnes dépourvues de cartes d’alimentation

• tous les juifs

• les étrangers en situation irrégulière

• toutes les personnes ne se livrant à aucun travail régulier depuis un mois

• les vagabonds

• les clochards

• les repris de justice

• les souteneurs

Circulaire de la police française, 18 janvier 1943.

6. Des résistants en Provence
« J’ai toujours été exaspéré que l’on parle de la résistance comme l’affaire de quelques héros ou héroïnes - et on a essayé de faire de moi l’un d’eux - alors que le plus important était l’héroïsme du peuple au milieu duquel nous vivions. Nous dépendions pour chaque repas, pour chaque nuit passée, de gens dont les enfants, les parents, les biens, la vie étaient sans cesse mis en danger par notre présence. Leur engagement impliquait un bien plus grand sacrifice que le nôtre.»

Francis Cammaerts, le chef du réseau Jockey du Special Operations Executive britannique:
« Dans mon quartier, à Endoume, il y avait pas mal de gens qui étaient prêts à nous aider, servir de boîte aux lettres, offrir un refuge pour des personnes qui étaient menacées, donner de l’argent ou de la nourriture... J’ai oublié beaucoup de noms car pour leur sécurité, on s’ingéniait à tout effacer de notre mémoire. »

Christine Fainzang, Mouvement national contre le racisme.
« Quand il s’est agi d’entrer dans la résistance, je me suis souvenu de ma première arrestation, en tant que juif. Je suis entré dans la résistance en me disant, cette fois, si on m’arrête ce sera pour de bonnes raisons.»

Joseph Fainzang, Franc-tireur et Partisan
« Il fallait nourrir les clandestins et je me suis arrangée pour le marché noir. Quand on fauchait dans les bureaux des mairies des cartes d’alimentation, je me débrouillais pour en vendre un peu à l’usine. Avec l’argent, j’achetais de quoi entretenir les maquis et aussi pour les blessés qui étaient chez moi, du coton, de l’alcool, de la teinture d’iode... et des cigarettes. »

Léonie Diamantakiou, Main-d’oeuvre immigrée

légende photo du bas :

Lagnes, le premier dimanche après la libération.

Le groupe franc Kléber des Mouvements unis de résistance a réalisé un nombre impressionnant de sabotages dans tout le département du Vaucluse et au delà.

Ne pas laisser de traces, s’efforcer d’être invisible, étaient des règles d’or de la clandestinité. Se laisser prendre en photo était une imprudence. Aussi existe-t-il très peu de photographies de la Résistance. La plupart sont des reconstitutions, après coup. Ou bien, elles ont été prises au lendemain de la libération comme celle-ci.

7. Des résistants en Provence (suite)
« L’abbé Krebs est arrivé chez moi, c’était le chef du mouvement Combat dans le Vaucluse : « J’ai pensé à vous pour me succéder». J’ai réagi : «Écoutez! Il y a des hommes dans le Vaucluse, non ? ». Pourquoi ai-je accepté de prendre une responsabilité aussi énorme? Je ne suis pas bigote mais je me suis dit : « Comme c’est un prêtre qui me colle une charge aussi énorme, hé bien ! je pense que je serai protégée.»

Yvonne de Komornicka, capitaine Kléber, chef du mouvement Combat dans le Vaucluse
« Dans notre groupe, il y avait de tout, des Français, bien sûr, et des étrangers, des Italiens, des Espagnols, que sais-je encore ? Mais on ne se demandait pas qui était quoi! Nous avions un ennemi commun et nous allions le chasser ensemble.»

Jules Ten, capitaine Crillon, le chef du groupe franc Kléber
« Des amis de mon père sont venus me voir peu de temps après son arrestation à Nice. Ils m’ont proposé d’entrer dans la résistance. Si j’ai accepté, c’était pour mon père, afin qu’il soit libéré plus vite. J’avais tout le temps quelque chose à faire. On trouvait toujours un moyen de nuire aux Allemands... »

Antoinette Galofaro, Franc-tireur et partisan de la Main-d’oeuvre immigrée


8. François Cuzin et Frantz Fanon

« Il n’y a pas besoin d’espérer pour entreprendre mais c’est justement cela, l’espérance, que d’entreprendre sans espérer ; il ne faut pas la confondre avec l’espoir car l’espérance est une vertu, l’espoir est un sentiment.

On voit bien maintenant les deux faces de l’espérance qui est liberté et libération. Liberté par rapport à l’avenir qu’elle engage, libération, au passé qu’elle dégage. Et c’est parce qu’elle est cette conquête sur la servitude qu’elle a ce fonds d’amertume. »

François Cuzin

Professeur de philosophie au lycée de Digne, François Cuzin était un des responsables de la résistance dans les Alpes de Haute-Provence. Le 16 juillet 1944, tous les membres du Comité de libération de ce département, dont François Cuzin, étaient arrêtés à Oraison et remis à la Gestapo. Le surlendemain, il était fusillé avec 28 résistants dans le vallon de Signes dans le Var. Il avait 30 ans.

« Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie... Le combat que mène un peuple pour sa libération le conduit selon les circonstances soit à rejeter, soit à faire exploser les prétendues vérités installées dans sa conscience par l’administration civile coloniale, l’occupation militaire, l’exploitation économique. Et, seul, le combat peut réellement exorciser ces mensonges sur l’homme qui infériorisent et littéralement mutilent les plus conscients d’entre nous. »

Frantz Fanon
légende photo du bas :

San Juan de Porto Rico, 2 mai 1943.

Ces Antillais s’apprêtent à embarquer pour les Etats- Unis où ils vont rejoindre le bataillon de marche des Antilles, une unité engagée plus tard dans la bataille de Provence. Comme eux, Frantz Fanon avait quitté clandestinement son île natale, la Martinique, pour rejoindre les armées de la France libre. Ayant débarqué en août 1944 à Saint-Tropez, il fut grièvement blessé dans les Vosges en novembre. Après guerre, devenu médecin psychiatre, Frantz Fanon fut un militant de l’indépendance algérienne et des luttes de décolonisation.

9. 15 août : la Rugby force

« Le décollage eut lieu vers minuit et demie... Je n’oublierai jamais cette nuit où, avant notre départ, l’unité française entraînée avec nous forma une haie d’honneur et se mit à chanter la Marseillaise à notre passage pour l’embarquement. Certains pleuraient : ils venaient d’apprendre qu’ils ne participeraient pas à l’opération. »

Michael Compton, Pathfinder de la 2nd Independant Parachute Brigade Group de l’armée britannique.

Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, les Alliés lançaient une série d’opérations afin de prendre à revers les forces allemandes positionnées sur la côte entre Cavalaire et Anthéor. 9000 Américains et Britanniques furent parachutés derrière les lignes ennemies dans la vallée de l’Argens autour du Muy. C’était la Rugby Force.

10. Résistants de Provence et Commandos d’Afrique

« J’ai appris avec plaisir et admiration la très grande part que vous avez prise dans les combats ... Aidant nos hommes à se reformer, indiquant les positions ennemies, vous avez tout fait pour nous permettre d’engager le combat sous les conditions les plus propices. Une fois le combat commencé, vous vous êtes distingués par votre ardeur, votre courage et votre ténacité.»

Le général Alexander Patch aux Forces françaises de l’Intérieur de Saint-Tropez.
Les commandos d’Afrique comptaient dans leurs rangs des Français d’Afrique du Nord, des évadés de France, des Corses. Il y avait aussi des Républicains espagnols, des Tunisiens, des Algériens et des Marocains qui représentaient près des deux-tiers des effectifs. Ils furent chargés de s’emparer du mont Coudon, clé de voûte du dispositif allemand à Toulon. Au cours des combats pour la libération de la Provence, les commandos d’Afrique eurent près de 200 tués et blessés, sur un effectif de 700 hommes.

11. Le débarquement français
Deux régiments de tirailleurs algériens, le 3e et le 7e, jouèrent un rôle majeur dans les libérations de Toulon et de Marseille où ils subirent de lourdes pertes. Ces unités d’infanterie réunissaient des «pieds-noirs» et des «indigènes». Tous étaient engagés volontaires.
Plusieurs milliers de femmes s’engagèrent dans l’armée française. Elles étaient infirmières, ambulancières, opératrices de transmission....
12. Des tirailleurs sénégalais
« En débarquant à Saint-Tropez, la première chose que je m’étais dite : « Je veux voir et me convaincre qu’ici, c’est la même terre que chez nous, notre terre d’Afrique, de Haute-Volta, de Kombissiri » ... Car depuis que nos instituteurs européens ont évoqué « la bonne terre de France », ses flancs de montagnes, sa végétation, je ne pouvais pas penser que ce fut la même matière, cette terre tant chantée, vantée, chérie par eux.»

Joseph Issoufou Conombo

Médecin à la 9e division d’infanterie coloniale, Joseph Conombo fut, au lendemain de la guerre, député au parlement français puis secrétaire d’Etat dans un gouvernement de la Quatrième République. Il poursuivit sa carrière politique en Haute-Volta (devenu Burkina-Faso), après son accession à l’indépendance en 1960, et en fut le premier ministre.
13. La situation, le 22 août

(il y a seulement des photos légendées sur ce panneau)

14. L’Armée d’Afrique

« Cette Afrique du Nord, que de sang elle a versé pour la France ! Il faut aller voir les pierres tombales: les goumiers, les tirailleurs, des soldats de toutes sortes, toute l’Afrique du Nord, que ce soient Tunisiens, Algériens ou Marocains sans oublier tous les pieds noirs parce que, les pieds noirs, il y en a beaucoup qui sont tombés. Oui, l’Afrique du Nord a porté haut le drapeau français et de cela je suis fier.»

Alain Mimoun

Avant de devenir champion olympique du marathon, Alain Mimoun fut caporal dans un bataillon du génie engagé dans la bataille de Provence.

15. « La route de Marseille est ouverte »
« Nous nous avançons maintenant à travers le champ de bataille. Voici les corps retrouvés de Chapelard et de Huguet, la section Buisson délivrée. L’ennemi cède. Les bras se lèvent. D’horribles spectacles disent l’intensité du combat. Sur une clôture en fil de fer agonise un Allemand blessé. Voilà Mouloud, l’agent de liaison, le visage emporté qui vit encore et supplie qu’on le ramène. Voilà El Kébir, magnifique athlète, les deux jambes brisées. Clénet dont le corps a été roussi par l’incendie.

Le combat est presque terminé. Le nombre de prisonniers ne cesse de croître, rabattus par Mareuil et Litas. Nous rencontrons Litas. Képi, gandourah blancs.

- « Que faites-vous là ? On vous disait blessé. » - « Je suis effectivement blessé, mais peu de choses, un éclat d’obus dans le cou. Je recherche mes morts et mes blessés

et je rentre.»

Hélas ! Litas ne s’en est pas tiré. Litas, le héros de 20 combats. Litas à la baraka légendaire, Litas le modèle de courage, de droiture, de modestie et de simplicité qui nous éclairait comme un phare, Litas qui, le soir de chaque combat, entourait de soins pieux ses morts et ses blessés, est mort sans nous à l’hôpital de Cuers Pierrefeu.

Le 2e GTM a perdu le meilleur de son sang. La route de Marseille est ouverte. »

Journal de marche du 2e groupe de tabors marocains

16. La libération du Vaucluse
Dans le Vaucluse, les maquisards allèrent à l’affrontement avec les troupes d’occupation dans les environs de Sault, au nord de Carpentras, à Orange et dans la vallée du Calavon. Apt, notamment, connut trois jours de combats. Les ripostes des Allemands furent sans pitié tandis qu’ils se repliaient vers le nord. Le 21 août 1944, des éclaireurs américains prenaient contact avec des résistants au sud du Luberon. Le 25, les soldats français entraient dans Avignon. Le 27 août, le Vaucluse était entièrement libéré.
17. Toulon libérée (28 août)

« Ils étaient étonnés de voir des gens bronzés. Effectivement, ils s’attendaient à voir des gens blancs, du fait que les Français sont de peau blanche et les Allemands de peau encore plus blanche et ils se demandaient qui nous étions! Alors, ils hésitaient à sortir des caves, à sortir des abris, des endroits où ils se cachaient. Mais quand on leur disait : « Vous êtes libres ! On est venu vous libérer,

nous les Marocains.» D’autres disaient nous, les Algériens, ou les Tunisiens, ou les Sénégalais. Alors on voyait dans leurs yeux briller la confiance. Ce mot de liberté... Ça nous frappait, ça nous encourageait d’ailleurs.»

Mohamed Salah, soldat de la 1ère Armée française

18. La libération de Marseille (29 août)
150 tués, 530 blessés, soit la moitié des pertes de l’armée française dans la bataille de Marseille : les goumiers marocains furent chargés d’ouvrir les portes de la ville défendues par les unités allemandes les plus aguerries, dans la vallée de l’Huveaune à l’est, autour du col de Septèmes au nord.


19. La campagne des Vosges et d’Alsace (automne-hiver 1944)
Menacées d’être prises en tenailles entre les armées alliées débarquées en Normandie et en Provence, les troupes allemandes refluèrent vers le nord-est de la France où elles constituèrent une puissante ligne de défense s’appuyant sur les Vosges et les Ardennes. Le front demeura figé pendant des mois malgré les offensives et des combats incessants et meurtriers.

Les habitants n’eurent d’autre issue que de se terrer chez eux et, très souvent, de fuir pour ne pas se retrouver au milieu des combats ou tout simplement parce que leur maison n’existait plus.
« Nous marchions dans la neige, il y en avait de 20 à 40 cm selon les endroits. Nous avancions donc assez lentement d’autant plus que les forces ennemies attaquaient en face. Tout d’un coup, nous avons été dépassés par des hommes, très grands, qui portaient des burnous et qui marchaient très vite dans la neige, comme si c’était leur élément... Ils glissaient presque... Ils n’avaient pas de skis, mais ils marchaient très vite, à grandes enjambées, ils paraissaient voler. Ils nous ont dépassés et de fait, ce sont eux qui ont eu le contact avec l’ennemi ».

Yves Rechner, résistant


20. Le camp du Struthof
23 novembre 1944

Ce jour-là, des soldats américains entraient dans le camp, abandonné, de Natzweiler-Struthof. Construit dans les Vosges, ce fut le seul camp de concentration nazi en France. Il était au centre d’un ensemble de 70 camps-satellites répartis en Lorraine, en Alsace et en Allemagne.

« Devant nous, un peu à gauche, deux rangées de baraques noires, qui semblent superposées, tant la pente est rude, et sont ceinturées par une double haie, haute de plusieurs mètres, de barbelés si serrés qu’ils font penser à un filet de pêcheurs, voire à une toile d’araignée. Un camp, à n’en pas douter. Ici, en Alsace, et si près de Strasbourg !»

Eugène Marlot, déporté au Struthof
« Chaque baraque s’aligne sur sa place d’appel. L’ensemble est fantasmagorique, surtout le matin, car l’appel a lieu de nuit, afin que nous soyons au travail dès le petit jour. Spectacle grandiose, mais il fait très froid. En attendant l’appel, tout le monde tape des pieds, certains s’adossent deux à deux pour se frotter, les mains dans les poches. De temps en temps, une ombre s’affaisse : c’est un détenu qui s’évanouit. Ces attentes au moment des appels sont et seront toujours interminables et extrêmement pénibles.»

André Ragot


21. La traversée du Rhin & la découverte de Vaihingen (printemps 1945)
Cinq mois de combats acharnés avaient été nécessaires pour chasser définitivement les nazis de Lorraine et d’Alsace. Le 31 mars 1945, les premières unités françaises franchissaient le Rhin.
Le 7 avril 1945, des soldats français entraient dans le camp de Vaihingen déserté par les nazis ; le lendemain, des équipes médicales de l’armée y étaient envoyées, avec des soldats marocains en protection.

Dans l’ensemble concentrationnaire de Natzweiler-Struthof, les déportés malades, inaptes au travail, avaient été rassemblés dans ce camp situé au sud de Stuttgart. L’absence de soins, l’insalubrité des lieux en avaient fait un mouroir.
« Voici le premier Français. C’est un Marocain. Ses yeux brillent sous son casque, un large sourire illumine sa face basanée ; les grenades pendent à la ceinture. Il est assailli, il n’a pas le temps de serrer toutes les mains qui se tendent vers lui, on les lui prend de force. Des officiers le suivent. Un moment, ils s’arrêtent à la porte comme frappés de stupeur par ce qu’ils voient.»

Joseph de la Teyssonnière, interné à Vaihingen
« Tous ne sont pas venus à notre rencontre. Ils n’ont pas pu sortir de leurs grabats; ils n’ont pas trouvé la force de se traîner vers nous. Ils nous ont simplement souri ; mais leurs sourires étaient des rictus. Certains qui ont essayé de se lever, de faire quelques pas, se sont tout à coup affaissés, attendant que des camarades presque aussi malheureux qu’eux viennent les relever.»

Lieutenant Michel Clouet, 11 mai 1945

22. La refondation de la République
Le général de Gaulle et le Conseil national de la Résistance s’accordaient à vouloir refonder la République. Un suffrage réellement universel, une solidarité sociale étendue à la population entière devaient en être les piliers.
« Une fois l'ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l'Assemblée Nationale qui décidera souverainement des destinées du pays. »

Charles de Gaulle, 23 juin 1942

Le 21 avril 1944, le Gouvernement provisoire de la République française donnait aux femmes le droit de vote. Électrices, elles étaient aussi éligibles : les premières élections de 1945 furent marquées par l’entrée des femmes en politique.
légende photo Germaine Poinso-Chapuis

« Je ne crois pas avoir jamais fui ni reculé, mais au prix d’un effort considérable de volonté. Alors que certains abordent le danger sans angoisse et sans hésitation... »

Très engagée dans la Résistance, Germaine Poinso-Chapuis fut désignée, à la Libération, vice-présidente de la délégation municipale de Marseille. Deux ans plus tard, elle devenait la première femme ministre de la République.
« La sécurité sociale répond à la préoccupation fondamentale de débarrasser les travailleurs de la hantise du lendemain, cette hantise qui crée la distinction injustifiable des classes entre les possédants, qui sont sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir, et les non-possédants, constamment sous la menace de la misère. »

Pierre Laroque, 23 mars 1945

Issu d’une famille juive de Carpentras, Pierre Laroque fut révoqué du Conseil d’État en octobre 1940. Résistant au sein du mouvement « Combat », il fut chargé, au début de l’automne 1944, de mettre en oeuvre « le plan complet de Sécurité sociale » voulu par le CNR.

23. Les 8 mai 1945
Tandis que l’annonce de la capitulation nazie suscitait des rassemblements de joie, ce jour-là, la France entrait brusquement dans l’ère des décolonisations.

« La France et le monde luttent et souffrent pour la liberté, la justice, le droit des gens à disposer d'eux-mêmes. Il faut que le droit des gens à disposer d'eux-mêmes, la justice et la liberté gagnent cette guerre, en fait comme en droit, au profit de chaque homme, comme au profit de chaque État. »

Charles de Gaulle

« Il est à craindre que la paix de demain ne contienne, par l’égoïsme et l’impérialisme des grandes nations, la faiblesse et la lâcheté des petits peuples, les germes d’une guerre future. Placé en face de ces responsabilités, le peuple algérien, dans son désir de servir à la fois la paix et la liberté, élève sa voix pour dénoncer le régime colonial qui lui est imposé et revendiquer son droit à la vie. »

Ferhat Abbas

« Un peuple qui s'est obstinément opposé à la domination française pendant plus de quatre-vingts ans; un peuple qui durant ces dernières années, s'est décidément rangé du côté des Alliés pour lutter contre le fascisme ; ce peuple a le droit d'être libre, ce peuple a le droit d'être indépendant. »

Hô Chi Minh

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