Marie chez le Père Chaminade et aujourd'hui





télécharger 132.05 Kb.
titreMarie chez le Père Chaminade et aujourd'hui
page2/4
date de publication19.05.2017
taille132.05 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > droit > Documentos
1   2   3   4
Tous les âges, toutes les classes, tous les sexes

Le moyen pratique que choisit le P. Chaminade, c’est d’entrer en alliance avec Marie. C’est celui qu’il propose aux jeunes gens qu’il rassemble autour de lui en décembre 1800. Après quelques semaines de préparation, le 2 février 1801, il leur fait faire leur consécration à Marie comme Congréganiste. Puis le 25 mars, ce sera le tour des jeunes filles. Bientôt il ouvre un autre groupe, celui des Postulants, destiné à aider les adolescents à rester fidèles à la foi chrétienne au delà de leur première communion ; cette étape sera – pour ceux qui le désirent – une préparation à l’entrée dans la Congrégation. En décembre 1802 se forme l’Agrégation des Pères de Famille, destinée aux hommes mariés et aux célibataires de plus de 36 ans. La branche féminine, les « Dames de la retraite » naît en 1804, puis la branche des prêtres. Sauf les Postulants qui n’en sont qu’à une étape préparatoire, tous les autres sont réunis par ce même engagement envers Marie. C’est bien cela le cœur de l’intuition du P. Chaminade : amener des hommes et des femmes de tous âges et de toutes conditions à vivre ce chemin marial comme voie de réalisation de la vie chrétienne et d’émulation pour l’apostolat missionnaire. C’est cela qui se vivra autour de la Chapelle de La Madeleine, cours Pasteur, où il s’installe en août 1804.

1.4.2 Une famille spirituelle

Cette visée va être poursuivie bientôt sous d’autres formes : des essais de vie consacrés dans le monde, à partir de 1809. Puis en 1816 ce sera le tour d’une congrégation de religieuses, en collaboration avec Adèle de Trenquelléon (les Filles de Marie) et en 1817 de religieux (la Société de Marie). Eux aussi se vouent à Marie, faisant de leur consécration religieuse une offrande de dévouement à son service.

En effet, ce projet qui naît au milieu des jeunes et des laïcs n'est que la première étape de la constitution d'une véritable Famille spirituelle où se retrouvent laïcs, consacrés dans le monde, religieuses et religieux. Il l'écrit dès 1814, dans une lettre dans laquelle il dévoile son projet d'ensemble à Adèle de Trenquelléon, alors qu'elle est sur le point de fonder avec lui la première des congrégations religieuses (les Filles de Marie) :

"Je rentrais en France, il y a quatorze ans, avec la qualité de Missionnaire apostolique dans toute notre malheureuse patrie, sous l'autorisation néanmoins des Ordinaires des lieux. Je ne crus pas mieux en exercer les fonctions que par l'établissement d'une Congrégation telle que celle qui existe. Chaque congréganiste, de quelque sexe, de quelqu'âge, de quelqu'état qu'il soit, doit devenir membre actif de la mission".

"Plusieurs congréganistes de chaque corps de la Congrégation formeraient une petite Société religieuse, quoique répandue dans le monde. On trouverait toujours dans ces Sociétés des officiers, des officières pour conduire la Congrégation. […] Actuellement, plusieurs voudraient vivre en Communauté régulière, abandonnant toute affaire temporelle : il faut suivre cette inspiration, mais prendre garde qu'elle ne dénature pas l'œuvre de la Congrégation, mais au contraire qu'elle lui serve."22

Comme on peut le lire ici, le P. Chaminade n'envisage pas seulement un attachement personnel, individuel, à Marie mais il souhaite aussi, et peut-être essentiellement, constituer un véritable corps apostolique qui lui soit dédié. Un corps apostolique qui est une véritable réplique de l'Eglise : on y trouve les divers états de vie, les différentes catégories sociales, les différents âges et sexes. Tous sont unis dans la même œuvre d’édification et de réformation des mœurs23. Comme le dit bien cet écrit, il est attentif à garder la particularité propre à chaque catégorie : que la formation des congrégations religieuses « ne dénature pas l’œuvre de la Congrégation ». Cette précision ramène à un principe cher au Père Chaminade : l’union sans confusion : que chaque catégorie soit unie aux autres par son esprit et pourtant bien distincte dans sa forme.

1.4.3 Un engagement réciproque

Voici ce que Guillaume-Joseph Chaminade écrit dès 1804, dans le Manuel du Serviteur de Marie à destination des laïcs :

Une consécration sincère au culte de la très pure Marie, forme entre la personne qui se consacre et la Vierge immaculée qui reçoit cette consécration, une alliance véritable. D’une part, l’auguste Marie reçoit sous sa puissante protection ce fidèle qui se jette entre les bras de sa tendresse maternelle, et l’adopte pour son enfant. De l’autre, le nouvel enfant de Marie contracte avec son auguste Mère les obligations les plus douces et les plus aimables24.

Cette conviction est essentielle. L’alliance chaminadienne n’est pas pure dévotion, mais entrée dans une réciprocité d’assistance. Chacun y apporte ce qu’il peut donner à l’autre.

Quels sont les obligations que s’engage à respecter le congréganiste ? En 1804, elles sont au nombre de sept25 :

  1. Invoquer le secours de sa tendre et puissante mère, dans tous ses besoins spirituels et temporels

  2. S’acquitter des devoirs de son culte avec respect et vénération

  3. Ne pas blesser les intérêts de Marie par sa conduite

  4. Imiter les vertus dont elle a donné l’exemple (« l’obligation la plus forte »)

  5. Eviter tout péché mortel ou en sortir au plus tôt

  6. Favoriser tout ce qui contribue au culte de Marie

  7. Garder une place de choix à Saint Joseph

A ces devoirs seront ajoutés plus tard ceux de s’employer aux bonnes œuvres de la Congrégation (celle de l’assemblée publique et de la retraite en particulier) et d’être fidèles aux réunions générales et particulières26. Ces divers appels seront synthétisés peu à peu dans les trois orientations de « connaître, aimer et servir Marie ».

On peut remarquer que toutes ces obligations ne sont pas à proprement parler mariales. Ce sera l’une des idées force du Père Chaminade : c’est tout le corps qui appartient à Marie. Tout ce qui peut donc en renforcer le dynamisme sert donc par conséquence, même si c’est indirectement, l’œuvre de la Vierge27.

Les congrégations religieuses ne dérogeront pas au principe de la réciprocité dans l’alliance : si nous promettons assistance à Marie, elle aussi s’engage vis-à-vis de nous28.

La source biblique favorite du Père Chaminade concernant cette alliance est le texte johannique de Marie au pied de la croix (Jean 19,26-27). Saint Jean est le représentant de tous les chrétiens que le Christ confie à sa Mère et qui se donnent à elle comme ses enfants. Le terme de « Femme » indique que Jésus considère en cet instant le rôle de Mère des chrétiens qu’assume Marie, Mère du Christ et de son Corps mystique.
2. La puissance de Marie n’est pas diminuée : ACTUALITE ET PERSPECTIVES DES INTUITIONS DU PERE CHAMINADE

2.1 Dans la dynamique du Concile Vatican II

Quelle peut-être l’actualité d’une telle pensée ? Le Père Chaminade vivait apparemment dans une époque très différente de la notre ; par le Concile Vatican II, l’Eglise tout entière est entrée dans une phase nouvelle de son histoire : Guillaume-Joseph, qu’as-tu donc encore à nous dire ?

« La puissance de Marie n’est pas diminuée » disait le P. Chaminade à ses disciples il y a cent soixante-deux ans29. Ne peut-on affirmer la même chose ? Ne nous trouvons-nous pas en une période particulièrement riche pour vivre un refleurissement de notre appartenance mariale ?

Après une longue période de remise en question de la piété mariale, due sans doute à certains excès populaires ou au besoin de repenser une pastorale aux plans doctrinal et scripturaire, voilà que le Concile Vatican II recentre toute la perspective en présentant « la bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise » (LG 52-69). Cette orientation ne nous ouvre-t-elle pas de nouvelles perspectives de relecture de la pensée mariale du P. Chaminade pour aujourd’hui ? Nous allons nous y risquer au travers de quelques unes de ses intuitions les plus fortes.
2.2 MARIE ET LE CHRIST NE PEUVENT ETRE SEPARES

Un disciple du Père Chaminade ne peut que se réjouir du souci du Concile Vatican II de réunir le Christ et sa Mère. La perspective œcuménique dans laquelle se situait toute cette assemblée ne pouvait pas faire moins : il a trop souvent été reproché aux catholiques de présenter la mission de Marie de manière autonome sans liens suffisants avec son Fils, avec le projet du Père et l’action de l’Esprit. Par là même, la place de Marie ne peut en être qu’obscurcie : quelle créature pourrait se targuer de posséder une mission par elle-même ?

Dans le sillage de l’Ecole Française, le Père Chaminade a une pensée extrêmement christocentrique. Il ne cesse de rappeler que ce sont ses vertus que nous désirons imiter, que nous voulons faire grandir en nous l’image qui nous rend semblables à lui. Dans les premières Constitutions des religieux, celles de 1839, il est par exemple dit à l’article 4 : « La perfection chrétienne que la Société de Marie se propose comme premier objectif, consiste essentiellement dans la plus exacte conformité possible à Jésus-Christ, Dieu fait homme pour servir de modèle aux hommes ». Guillaume-Joseph Chaminade écrit encore dans la lettre du 24 août 1839 à propos des deux congrégations religieuses que « tendant, par leur destination, à élever leurs membres respectifs au sommet de la perfection chrétienne, qui est la ressemblance la plus parfaite possible avec Jésus-Christ, le divin Modèle, [elles] leurs proposent de marcher à la suite du Sauveur30 ».

C’est dans ce contexte que l’on peut parler de Marie ; le Christ nous y conduit

« C’est la connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous amène à la connaissance de la Très Sainte Vierge, comme on peut dire aussi que la connaissance de la Très Sainte Vierge nous amène à une plus haute connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ31 »

Aux membres de la Congrégation des jeunes, il disait aussi :

La « cause [de Marie] est si intimement liée à celle de Jésus-Christ qu’attaquer l’une, c’est attaquer l’autre ; […] en un mot, il n’est pas possible d’être chrétien en séparant le Fils de la Mère32 »

Pour le Père Chaminade, notre dévotion envers Marie n’est donc qu’une question d’obéissance au don que Dieu nous a fait de vouloir naître d’une femme : au projet de la Rédemption ; l’imitation de Marie n’est que le point le plus saillant de l’imitation de son Fils. Le Concile nous dit que l’ « union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort » (LG 57). Le même document affirme encore : « à travers l’honneur rendu à sa Mère, le Fils […] peut être comme il le doit connu, aimé, glorifié et obéi dans ses commandements » (LG 66)33.

C’est bien le projet dans lequel nous introduit le Père Chaminade : sous l’influence de Marie nous rendre plus fidèles à l’esprit du Christ et à son message. Il peut donc nous aider à intégrer ce renouveau de la dévotion mariale voulue par le Concile et développé ensuite en bien d’autres lieux, à commencer par Marialis Cultus.
2.3 TIRER TOUTES LES CONSEQUENCES DE NOTRE BAPTEME

Ce que va faire le Père Chaminade au travers des groupes de laïcs dont il s’occupe, c’est d’essayer de les rendre responsables de qu’ils ont reçu au moment de leur baptême. Là encore, il met en avant la conformité au Christ qui a été introduite en nous :

« Notre union à Jésus-Christ par le baptême nous a fait prendre la forme de Jésus-Christ, comme une matière qui serait jetée dans un moule. Celui en qui le principe de vie est éteint, doit travailler à le rallumer34 ».

Ce texte met bien en valeur le fait qu’il s’agit d’une responsabilité. Du baptême découle des devoirs ; il y a des dons à mettre en pratique et à faire valoir pour son bien et ceux des autres.

Là encore, un lecteur moderne se sent très à l’aise dans ce langage. Il lit dans le texte de Lumen Gentium au numéro 40 : « les fidèles doivent mettre en œuvre les forces qu’ils ont reçues, à la mesure des dons du Christ, pour que, suivant sa trace et devenus conformes à son image, obéissant en tout à la volonté du Père, ils se dévouent de toute leur âme à la gloire de Dieu et au service du prochain ». On ne compte plus les invitations faites au chrétien d’aujourd’hui de vivre toutes les conséquences de son baptême. C’est un soucis actuel pour les animateurs de communautés : comment aider les chrétiens à vivre réellement leur baptême ?

Chez le Père Chaminade, cette volonté de placer ce sacrement à la racine de toute la vie chrétienne est illustrée par le désir qu’il a de faire précéder l’alliance avec Marie d’un acte de « renouvellement des vœux du baptême ». Le congréganiste y affirme : « j’embrasse d’esprit et de cœur la foi de Jésus-Christ » et « je veux vivre de la propre vie de Jésus-Christ, c’est-à-dire de la pratique la plus parfaite que je pourrai de ses vertus35 ».
2.4 NOUS LAISSER FORMER PAR MARIE A L’image de son fils

Le secret de réalisation de notre conformité au Christ – à laquelle nous sommes invités du fait du baptême – c’est de nous laisser former par Marie comme le Christ l’a fait.

« Quel puissant moyen, de parvenir à la ressemblance de Jésus-Christ, d’avoir pour mère la Mère même de Jésus-Christ ! »

La maternité spirituelle de Marie a pour lui la plus grande importance : « c’est dans le sein virginal de Marie qu’on peut acquérir la plus grande conformité ou ressemblance avec Jésus-Christ »36 ; « elle agit à l’égard [des chrétiens] comme elle a agi avec Notre-Seigneur : elle les conçoit, les enfante, les forme jusqu’à la plénitude de l’âge parfait37 ». La conviction du Père Chaminade est liée à la doctrine du Corps mystique du Christ : Marie a engendré Jésus, elle engendre spirituellement Jésus-Christ dans son corps qu’est l’Eglise :

« En se résignant à l’honneur de la maternité divine, [Marie] accepta la double qualité de Mère de Jésus-Christ pris individuellement et de Mère de Jésus-Christ considéré dans la plénitude de son corps qui est l’Eglise. En concevant naturellement le Sauveur dans son sein virginal, elle a donc conçu spirituellement dans son âme, par son amour et par sa foi, les Chrétiens membres de l’Eglise et, par conséquent, Jésus-Christ38 ».

Tout cela, Marie y consent au Calvaire :

« … tout l’être de la grâce, ce corps mystique du Christ, cet unique Fils de Dieu, Marie l’a conçu dans son être de grâce au pied de la croix. Toutes les grâces qui doivent former les membres de ce corps mystique reçoivent comme de nouvelles qualités dans sa charité maternelle39 »

Dans ce même texte, il précise aussi : « Par quelle opération Marie nous a-t-elle conçus ? C’est par l’opération du Saint-Esprit40 ». Marie est donc la coopératrice à l’œuvre qui est tout entière celle de son Fils et de l’Esprit ; elle ne peut être considéré comme la source. Ce point est à bien prendre en compte dans la pensée de Guillaume-Joseph Chaminade si l’on veut pouvoir formuler sa pensée d’une manière juste théologiquement et acceptable dans le dialogue œcuménique41. Le chrétien ne crée pas, selon notre auteur, un lien nouveau d’appartenance mariale : il se contente de le distinguer dans la volonté de Dieu et dans les conséquences du baptême : puisqu’il nous fait entrer dans le Corps du Christ, nous sommes de ceux qui sont enfantés spirituellement par Marie42.

Ce que demande en définitive le chrétien en se mettant sous la protection de Marie, c’est qu’elle continue à coopérer en lui à l’œuvre de l’Esprit de manière à ce que l’image du Christ soit enfantée en lui, de par l’Esprit Saint et avec sa collaboration maternelle.

C’est le rôle de l’alliance qu’il fait avec Marie : elle ne crée pas quelque chose de neuf, mais elle rend active intentionnellement une dimension intrinsèque au baptême : sa dimension mariale pourrait-on dire. Toute l’efficacité en réside dans cette intentionnalité. Par cette alliance, nous nous promettons de collaborer à cette action de Marie en nous, par l’effet de l’Esprit Saint ; nous nous promettons de la mettre en œuvre dans le concret de nos vies.
2.5 UN PEUPLE DE SAINTS

Ce qui est très moderne de conception est ce fait que tout provenant du baptême, il sera possible de mettre en pratique ce principe spirituel et apostolique dans tous les états de vie : tous prennent appui sur le baptême. De là devait presque naturellement découler cette idée chère au Père Chaminade d’une œuvre qui touche tous les âges, toutes les conditions, tous les états de vie. Il ne me semble pas que ses conceptions mariale et ecclésiale puissent être isolées : si nous sommes engendrés en Marie à l’image de son Fils premier-né, c’est que nous appartenons au Corps mystique du Christ qu’elle accepte d’engendrer spirituellement en acceptant d’engendrer naturellement Jésus-Christ.

Peut-être est-ce pour cela que le Père Chaminade en est venu comme spontanément à cette idée d’une Famille de Marie où était présents toutes les types de chrétiens. Dans la Congrégation, il y avait des laïcs (jeunes ou non ; hommes et femmes) et des prêtres séculiers ; il y a eu parmi eux, sans doute dès 1809, des consacrés dans le monde ; en 1816 et 1817 naissent les deux instituts religieux. Les religieuses comprendront assez vite deux branches, l’une tenue à la clôture, l’autre non ; les religieux seront composés de frères ouvriers ou enseignants et de prêtres. On ne peut qu’être frappé de cette multiplicité de situations. Pourtant tous trouvent leur point commun dans l’alliance avec Marie. Les laïcs la prononcent explicitement après le renouvellement des vœux de leur baptême ; par contre, pour les religieux et religieuses ce sont leurs vœux dans cet institut qui constituent leur alliance avec Marie. Un vœu de stabilité vient sceller le caractère définitif du don et de la collaboration avec l’institut dédié à Marie43. Cette sobriété dans l’expression de l’alliance est assez remarquable pour être notée. Elle semble très équilibrée théologiquement et pastoralement.

De cet enracinement de l’alliance avec Marie dans le baptême me semble aussi découler cette autre conséquence toute logique – et très actuelle dans la pastorale de l’Eglise : l’alliance avec Marie est le moyen de parvenir à remplir ce devoir baptismal de la sainteté. Guillaume-Joseph Chaminade l’écrit à propos des religieux : « … l’esprit principal de la Société est de présenter au monde le spectacle d’un peuple de saints, et de prouver par le fait, qu’aujourd’hui, comme dans la primitive Eglise, l’Evangile peut être pratiqué dans toute la rigueur de l’esprit et de la lettre44 ». Aux laïcs, lors d’une retraite prêchée aux congréganistes en 1816, il fait une conférence sur « l’obligation pour tous les chrétiens de tendre à la sainteté45 ».

C’est une particularité de la pensée du Père Chaminade : il s’intéresse surtout au témoignage collectif : la sainteté du corps est le premier objet recherché car il y voit une source de dynamisme missionnaire réel et sans doute nécessaire en ces temps d’indifférence ou de doute46. La consécration est le chemin pour réaliser cette sainteté individuelle et collective. Sainteté, peuple (Eglise), consécration, baptême, Marie et mission sont des termes très liés les uns aux autres dans la pensée du Père Chaminade.

Cette perspective rejoint celle ouverte par l’exhortation Evangelii nuntiandi demandant pour notre temps moins des maîtres que des témoins ; ou encore l’appel de Jean-Paul II pour une pastorale de la sainteté déjà exprimé à plusieurs reprises et repris dans la lettre Millenio Inneuentes. Mais on pense plus encore, bien sûr, à « la vocation universelle à la sainteté » du Concile Vatican II dans le chapitre V de Lumen Gentium. Ce texte prophétique qui a appelé à revaloriser les diverses vocations chrétiennes comme étant, chacune en son genre, lieu de pleine réalisation de l’Evangile. C’est d’abord l’Eglise qui est « indéfectiblement sainte », mais en son sein, « tous […] sont appelés à la sainteté » (LG 39), « de quelque état ou rang qu’ils soient ». La sainteté consiste à « devenir conformes à son image » (LG 40) ; tous « y sont tenus » (LG 42).

QUELQUES PERSPECTIVES

Cet article aura-t-il permis de discerner quelques aspects de la richesse de la Pensée du Père Chaminade et de son actualité, espérons-le ! Il est manifeste pour qui se penche sur le sujet qu’il s’agit là d’un esprit inventif, inspiré et porteur d’avenir. La difficulté des textes, leur caractère morcelé, parfois obscur a pu porter tort à leur auteur qui ne connaît certainement pas encore le rayonnement qui devrait être le sien, bien au–delà de sa famille spirituelle. On ne peut que s’étonner par exemple que le type d’alliance avec Marie qu’il préconise, ne soit pratiqué que par ceux qui le connaissent de près ; une alliance qui invite pourtant à un dynamisme missionnaire réel et n’est aucunement un privilège d’initiés. Ce qui est remarquable dans la conception chaminadienne de celle-ci c’est qu’elle est une voie d’accès au Christ et non pas un aboutissement spirituel réservé à une élite. Il n’est donc nullement déplacé d’imaginer qu’on puisse pratiquer selon cette intuition une véritable pastorale de l’alliance avec Marie comme chemin d’accès vers le Christ47.

Un aspect très prometteur de la pensée du P. Chaminade est la dimension ecclésiale de ce qu’il propose en union à Marie. Ce peuple divers, aux composantes variées est une richesse pour l’Eglise d’aujourd’hui et une belle illustration d’une manière de réaliser les appels du Concile Vatican II. Le fait est que c’est une réalité en plein développement dans ce qu’on appelle aujourd’hui la « Famille marianiste » : renaissance des Congrégations laïques depuis les années 70 (aujourd’hui « Communautés Laïques Marianistes »48) ; développement récent d’un Institut séculier : l’Alliance Mariale ; mais surtout une nouvelle manière de se penser qui permet d’imaginer sans cesse plus notre avenir en commun, comme Famille spirituelle, bien que sans confusion des diverses vocations contenues en son sein49.

Sur le plan de la pensée et de l’expression, le langage théologique actuel ainsi que le dialogue œcuménique nous rendent plus sensibles à la nécessité de penser et d’exprimer certains points délicats avec circonspection, non sans avoir pris le temps d’une sérieuse évaluation. Ce que l’on considère comme langage spirituel et donc facilement admissible dans ce contexte, peut parfois déranger ou choquer. Il nous invite donc à une certaine vigilance dans l’usage des termes (consécration ou alliance par exemple50) ou dans la manière pastorale de proposer une telle démarche mariale. Ce contexte a finalement le grand avantage de nous pousser à toujours établir doctrinalement et scripturairement ces pratiques issues de la pensée du Père Chaminade. Il a lui-même donné un beau témoignage de rigueur à ce point de vue en un siècle qui n’a pas toujours brillé par sa modération et la qualité de son expression spirituelle, tant au niveau du langage que de la solidité des fondements sous-jacents. Le Père Chaminade s’est généralement appuyé sur des auteurs sûrs, et a fait un large usage des textes bibliques et patristiques.

On ne peut qu’être frappé par la similitude du contexte ecclésial connu par le Père Chaminade et par les pays de vieille chrétienté : même indifférence généralisée, même mise en cause de fondements de la foi, même absence de connaissance du Christ et de son enseignement, même dispersion des chrétiens et relative inefficacité des structures traditionnelles d’évangélisation. Ne doit-on y lire un appel à repenser pour aujourd’hui la réponse reçue par le Père Chaminade51 ? Celle-ci n’est pas non plus pour cela vouée à se limiter à ses premières zones d’influence. Les pays de nouvelle chrétienté sont eux aussi concernés par la mission et par le rôle que peut y jouer l’influence maternelle de Marie ; le développement qu’y connaît aujourd’hui la Famille marianiste permet de vérifier que l’intuition du Père Chaminade ne saurait être limitée à un contexte particulier.

A chacun d’entre-nous de trouver les expressions et les usages pastoraux qui sauront donc donner à cette pensée toute sa richesse et toute sa pertinence pastorale pour pouvoir encore aujourd’hui y trouver un chemin d’évangile pour beaucoup.


Dans un autre texte, de 1804, son secrétaire, David Monier, nous exprime en son nom son intuition apostolique :

"Il y a bientôt quatre ans, au sortir des orages de la Révolution, nous voulûmes rassembler les étincelles d'une religion qui venait d'être violemment persécutée. Ce fut l'objet pour lequel nous nous réunîmes d'abord. [...] Nous conçûmes le dessein de glorifier Dieu plus amplement et autant que nos forces pourraient nous le permettre.

"Nous résolûmes alors de former un centre d'édification ; de venir ensemble (chrétiens intérieurs) nous prosterner publiquement au pied des autels et de retourner chaque jour à nos occupations dans le monde y reporter l'exemple d'une foi solide et d'une probité constante.

"La plus pure, la plus excellente de toutes les créatures, la Très sainte Vierge, reçut nos invocations ; nous nous consacrâmes à son culte pour nous assurer d'être plus fort au besoin.

"52.

En dépit de son style assez pesant, ce texte exprime avec grande clarté l'intuition missionnaire du P. Chaminade en cette période post-révolutionnaire. Chaminade comprend donc que la première chose à faire, c'est rompre l'isolement des quelques chrétiens encore motivés, renforcer leur vie chrétienne et en faire des missionnaires dans leurs lieux de vie.

Son projet est donc de rechristianiser la France en formant des apôtres laïques. Pour cela il faut repenser la pastorale traditionnelle des paroisses, devenue inopérante53 et lui substituer une pastorale missionnaire à base de communautés chrétiennes vraies, où l'on s'entraide et s'édifie mutuellement. Ce que conçoit Chaminade, c'est un véritable réseau de communautés de tous les âges, sexes, conditions, où chacun se retrouve dans son élément pour pouvoir renforcer sa vie chrétienne et son esprit apostolique.

Les principes de base sont la contagion et l'émulation. Chaque congréganiste doit être membre actif de la mission : "vous savez que de vraies congréganistes doivent être des missionnaires"54. Cela se manifeste dans le "zèle pour la conversion du prochain" qui doit animer chacun d'entre eux55. L'expression fréquente chez le P. Chaminade des "œuvres de zèle" sert à décrire les nombreuses activités d'apostolat du Congréganiste56. Pour ce qui est de l'émulation, nous pouvons la lire dans cette définition de la Congrégation en 1817 : "La Congrégation est la réunion régulière et distincte de tous les catholiques qui, placés sous l'invocation spéciale de la Mère de Dieu, désirent sincèrement s'entre-secourir et s'animer par l'exemple dans les voies du salut éternel"57. En fin de compte, il s'agit de "multiplier le nombre des chrétiens"58.

Le fondement de cette action et de cette spiritualité missionnaires, c'est l'approfondissement de l'engagement du baptême. Chaminade écrit en 1815: "On ne devrait recevoir de Congréganiste qu'autant qu'il renouvellerait les vœux de son baptême"59. Le Manuel dans son édition de 1815, spécifie qu'avant l'acte de sa consécration à Marie, le Congréganiste doit renouveler les promesses de son baptême. La formule en est la suivante : "En présence de Dieu, de la très Sainte Vierge et des saints anges, je renouvelle librement et volontairement les promesses de mon baptême"60. Ou encore : "Si nous voulons être à Jésus-Christ prononçons avec générosité les vœux de notre baptême"61.

Mais comment cela peut-il se faire ? Relevons quelques-unes des convictions du P. Chaminade.
LA METHODE ADOPTEE

Ce sont toutes ces circonstances qui vont donc amener le P. Chaminade à prendre une orientation très précise dans le choix de sa mission. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le choix qu'il fait de s'enrôler "sous la bannière de l'auguste Marie"62.

1.3.1
1   2   3   4

similaire:

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Le Père Chaminade et le Pape
«rien entreprendre sans en informer le Père commun des fidèles.» 13 Toutefois, IL convient de relever que le P. Chaminade ne sollicite...

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Une plongée en Asie du Sud-est
«Un barrage contre le Pacifique Hier et aujourd’hui» De Prey Nop à Sadec avec Marguerite duras de Marie-Pierre fernandes (2011)

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Comme la plupart des personnages que nous avons déjà eu l’occasion...
«Père Joseph» qui deviendra plus tard son principal conseiller… son «éminence grise»

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\La Bibliothèque électronique du Québec
«Tiens ! c’est le fils du couvreur Jacob, de la vieille ravaudeuse Marie-Anne ou du tonnelier Franz Sépel ! IL a fait son chemin...

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Dessous des cartes Berlin : capitale inachevée ?
«Maison des ministères de la rda» est aujourd’hui le siège du ministère des Finances et l’ancien siège de la Cour suprême de la rda...

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Histoire des arts
«jardin secret» ? les secrets sont lourds à porter, effroyables par leurs conséquences (voir : le secret de Félix et Marie par rapport...

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Adresser directement à Marie-Françoise marein marein marie
«La vie n'est pas un songe. Théorie et pratique chez Guillaume de Lorris», Contemporary Readings of Medieval Literature, éd. Guy...

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\La laïcité aujourd'hui

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Ça c’est aujourd’hui, tant pis !

Marie chez le Père Chaminade et aujourd\Que veut dire etre français aujourd’hui ?






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com