Une misère noire Paupérisation





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Dans les ténèbres

Hors de la civilisation


« Le Nègre est l’homme de la nature », écrivait Senghor4. Il en va de même du Breton, dont la communion avec la nature est telle que son corps en est le produit : « La nature pierreuse du terrain, la qualité des eaux presque universellement ferrugineuses, l’aspérité du climat exposé aux tempêtes, aux vents pluvieux de la Manche et de l’océan, l’ensemble de ces causes concourt à composer le physique du Breton, de molécules extrêmement dures5. » Le Breton est à l’image de son environnement, explique Michelet : « La nature est atroce, l’homme est atroce, ils semblent faits pour s’entendre6. » « En lui », écrit Balzac avec son sens de la formule, « le granit breton s’était fait homme »7. Plus largement, en Bretagne, « on est frappé de la ressemblance évidente entre les hommes, le sol et les animaux8. » Sans doute est-ce pourquoi, aujourd’hui encore, 93 % des Franciliens pensent que les Bretons sont « naturels »9 ? Toujours est-il que cette nature paraît sombre.

De même, en effet, que, selon Hegel, l’Afrique « aussi loin que remonte l’histoire, est restée fermée », continent « enveloppé dans la couleur noire de la nuit » en raison de « sa nature tropicale » et de « sa constitution géographique »10, de même, la Bretagne est volontiers représentée au xixe siècle comme un pays fermé et obscur, replié sur lui-même et couvert de forêts. Hugo affirme que la Bretagne a pour figure « le bois. La forêt est barbare »11 et Balzac évoque les « immenses forêts primordiales » de Bretagne12 où « la civilisation moderne s’effraie de pénétrer ». Cette obscurité bretonne est plus encore morale que physique, révélant une vaine résistance à la lumineuse civilisation française : « ce pays [la Bretagne] ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d’un brillant foyer [la France] »1. Il faut donc « percer cette broussaille de toutes les flèches de la lumière à la fois », explique Hugo2. Ainsi les Bretons pourront-ils sortir de leur condition, proche de l’animalité.

La réduction des Noirs à l’animalité est très fréquente, ne serait-ce que chez Voltaire, qui les associe à des singes3. On retrouve le procédé aux Etats-Unis à propos des Irlandais (cf. l’image simiesque de l’Irlandais, en introduction). Quant aux Bretons, on pourrait les confondre « avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtements »4, explique Balzac. Leur animalité inspire des métaphores variées : Balzac dépeint un Breton dont les traits « appartenaient moins à notre belle race caucasienne qu’au genre des herbivores »5, Michelet évoque des « loups »6, Loudun parle de leurs « crinières de bêtes fauves »7 et Hugo décrit des « jaguars ayant des mœurs de taupes »8. Toutefois, par delà cette diversité métaphorique, l’animal auquel on identifie le plus volontiers les Bretons est le porc9 : « le fait est que les Bretons ne comprennent rien à la Bretagne », écrivait Victor Hugo. « Quelle perle et quels pourceaux10 ! » Des pourceaux sur lesquels le temps n’a pas de prise.

Hors du temps


Si Tailhade traite les Bretons de « nègre[s] de la France », c’est en raison de leur superstition (ou de leur religiosité). « Il n’est point de pays » écrit en effet Cambry, « même en Afrique, où l’homme soit plus superstitieux qu’il ne l’est en Bretagne »11. Ce trait caractérise également les Irlandais : « La cathédrale de Sainte-Marie, fréquentée par les Irlandais, ressemblait davantage à l’une de nos églises catholiques étouffantes de Boston ou New York, où l’intelligence est inversement proportionnelle au nombre de visages12. » Comme pour les Irlandais, la religiosité bretonne s’interprète parfois en termes d’arriération : « le paysan breton », explique Hugo, « [est ce sauvage] vénérant sa charrue d’abord, sa grand-mère ensuite, croyant à la sainte Vierge et à la Dame blanche, dévot à l’autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande »13. Les Bretons conserveraient ainsi des croyances et pratiques ancestrales par une sorte d’obstination routinière qui les écarte du progrès de la civilisation.

L’Afrique reste « toujours telle », selon Hegel1. « Il ne peut y avoir d’histoire proprement dite » en ce « pays de l’enfance », un propos repris en 2007 par le président de la République française :

Le drame de l’Afrique, c’est que l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès2.

Le parallèle avec la représentation de la Bretagne au xixe siècle est frappant. Balzac y déplore, en effet :

… l’immobilité d’une population vouée aux pratiques d’une immémoriale routine. Ce malheur s’explique assez par la nature d’un sol […] ; puis, par l’esprit d’une population ignorante, livrée à des préjugés dont les dangers seront accusés par les détails de cette histoire, et qui ne veut pas de notre moderne agriculture3.

La grande différence entre « l’Homme africain » et la Bretagne, cependant, est que le premier est trop jeune (il vit encore au « pays de l’enfance ») quand la seconde est trop vieille : c’est « une vieille rebelle »4 qui a fait son temps5 mais ne parvient pas à en prendre conscience.

Hegel considérait que le degré de conscience des Noirs était insuffisant : « ce qui caractérise en effet les nègres, c’est précisément que leur conscience n’est pas parvenue à la contemplation d’une quelconque objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi… »6. Quant aux Bretons, s’ils ne réussissent pas à prendre conscience de l’intérêt de la civilisation que la France leur offre, c’est en raison de leur entêtement7, qui les rend aveugles et sourds : « on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté »8 écrit Hugo, pour qui « toutes les fois que le centre, Paris, donne une impulsion, que cette impulsion vienne de la royauté ou de la république, qu’elle soit dans le sens du despotisme ou dans le sens de la liberté, c’est une nouveauté et la Bretagne se hérisse. Laissez-nous tranquilles. Qu’est-ce qu’on nous veut ? […] Surdité terrible »9. Absence de conscience, donc, aveuglement et surdité maintiennent ainsi des populations dans l’obscurantisme et la sauvagerie.

Des sauvages


« Pour tout le temps pendant lequel il nous est donné d’observer l’homme africain, nous le voyons dans l’état de sauvagerie et de barbarie, et aujourd’hui encore il est resté tel10. » Cet état, le white nigger irlandais le partage avec « l’homme africain » car « le Celte a beau être blanc, il est néanmoins un sauvage »1 ; il en va de même du Breton : pénètrer en Bretagne, c’est entrer « dans la vie sauvage »2, comme en Afrique : « ce pauvre village morbihannais », écrit Alphonse Daudet, « vous fait penser à quelque douar africain ; c’est le même air étouffé, vicié par le fumier qu’on entasse sur les seuils, la même familiarité entre bêtes et gens »3. Le sauvage breton paraît en outre aussi inintelligent que le « naturel du Cap de Bonne-Espérance »4 mais il est pire que l’anthropophage : « mon frère écoutait tristement. Il me dit : “— J’ai été chez les sauvages de Madagascar qui s’entremangent, mais je les faisais rire à volonté. Ceux-ci sont plus durs” »5.

Les Bretons font, en effet, preuve d’un courage absurde : la chouannerie, notamment, fut, selon Hugo, « l’offre d’une immense bravoure ; sans calcul, sans stratégie, sans tactique, sans plan, sans but, sans chef, sans responsabilité »6. C’est que le Breton, « impétueux mais tendre », est « un émotif »7, comme le Nègre8 ou l’Irlandais « impulsif »9. Il risque de sombrer dans l’excès, comme les Africains, qui « sont au plus haut degré exposés à subir l’influence du fanatisme »10. Or, « la Bretagne bretonnante est foncièrement égalitaire […]. Elle est susceptible de mouvements collectifs spontanés, que les démagogues utilisent et surexcitent »11. De même, l’Irlandais « s’imbibe avec avidité de la théorie de l’égalité, et avec une vraie ardeur celtique la pousse à l’excès »12.

Ni les Noirs, ni les white niggers irlandais, ni les Bretons ne paraissent rien comprendre à l’État, la discipline ni la loi. « Il ne semble pas qu’à aucune époque [la race celtique] ait eu d’aptitude pour la vie politique » écrit Ernest Renan en 186413. Quant au « nègre », selon Hegel, il « représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline »14. De même, « la race celtique en Bretagne [est] incapable de se discipliner elle-même, si bien qu’au moindre relâchement elle risque de tomber dans la brutalité et, disons le mot, dans l’anarchie »15. C’est que « toute évocation de la loi provoque la paralysie morale de l’esprit celte »16 et que « la discipline sociale […] reste toujours plaquée et ne devient jamais intérieure et consentie »17. Comment s’extraire d’une telle sauvagerie ?
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