Censure à l'Agence France-Presse (Carte de presse, 20. 12. 05)





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Censure à l'Agence France-Presse (Carte de presse, 20.12.05)

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Par Alain Hertoghe (Carte de presse)

Nicolas Sarkozy a-t-il eu la main heureuse en nommant le fringuant député-maire d'Asnières-sur-seine, Manuel Aeschlimann, "Monsieur opinion publique" de l'UMP ? Au vu de son brillant curriculum vitae de météorite politique, et du rythme auquel il envoie au patron du parti majoritaire des notes affûtées sur les attentes des Français pour 2007, certainement.

Mais l'actuel ministre de l'intérieur et futur candidat présidentiel sera peut-être surpris d'apprendre que sa nouvelle recrue ne se limiterait pas à étudier l'opinion publique. L'élu d'Asnières (Hauts-de-Seine) aurait aussi tendance à la manipuler, quand il ressent le besoin de mettre au pas une opposition locale trop remuante à son goût.

"Carte de presse" a en effet appris qu'une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP), au contenu très contrariant pour Manuel Aeschlimann, avait été l'objet de ce qui ressemble furieusement à une censure. Et le député-maire d'Asnières, sa réputation de Sarko boy, ainsi que sa manie des plaintes en diffamation ne seraient pas pour rien dans la "courageuse" décision de la hiérarchie de l'AFP de garder sous le coude la désobligeante enquête.

Interrogé par "Carte de presse", l'auteur de l'article en question, Marc Bastian, correspondant de l'AFP pour les Hauts-de-Seine, s'est limité à un simple et bref "pas de commentaire". Manuel Aeschlimann, pour sa part, nous a confirmé avoir évoqué la dépêche préparée par Marc Bastian avec Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP. Ce que reconnaît ce dernier. Mais le numéro deux de l'agence, également interrogé par "Carte de presse", dément par contre toute censure. Et il rejette tout lien entre sa discussion avec le maire d'Asnières et la décision de "passer à la trappe", selon sa propre expression, l'enquête prête à être diffusée sur le fil de l'AFP dès le 29 octobre dernier.

Mais revenons d'abord un peu en arrière, pour tenter de comprendre le funeste sort réservé à cette dépêche.

Le 22 octobre dernier, le quotidien Le Monde publiait deux articles sur ce qui allait rapidement devenir "l'affaire Elâhi" dans les médias. Le journaliste, Gérard Davet, y révélait que la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST) avaient dans leur ligne de mire une "organisation Elâhi". Dans une note datée du 7 septembre, la DCRG qualifiait, en substance, de secte cette nébuleuse mystico-religieuse d'origine iranienne, basée à Asnières, qui essayerait d'infiltrer les institutions municipales. Rien que cela ! Voilà une note des RG tombant comme pain béni pour Manuel Aeschlimann, qui dénonçait justement, depuis un moment, les agissements du supposé gourou Bahrâm Elâhi, un de ses administrés, et de sa supposée secte. (Pour plus de détails, lire les articles du Monde en cliquant ici)

Mais le journaliste du Monde a négligé d'informer ses lecteurs du fait que le maire d'Asnières avait un ancien et lourd contentieux, sur des questions d'urbanisme, avec des associations de quartier dont certains animateurs étaient également membres de la Fondation Ostad Elâhi, sise à Paris et présidée par son fils, le "gourou" Bahrâm Elâhi. De là à imaginer que Manuel Aeschlimann pourrait avoir eu intérêt à intimider des associations locales flirtant de plus en plus avec son opposition municipale, il n'y a qu'un pas, franchi sans hésitation par Luc Bérard de Malavas. "La polémique récente autour de la Fondation Ostad Elâhi est une machination politique venant de l'UMP", a déclaré à l'AFP le président du groupe socialiste au Conseil municipal d'Asnières. Ambiance !

L'histoire de la menaçante "organisation Elâhi" révélée par Le Monde allait en tout cas rapidement connaître un franc succès dans les médias (AFP, FR3 Île-de-France, Canal +, 20 minutes, Marianne...). Parfois agrémentée du terrifiant témoignage d'un supposé ex-adepte, Mohammad Farshid Samali, affirmant avoir les tueurs d'Elâhi aux trousses. Aux journalistes qui s'informent à la mairie d'Asnières sur cette affaire, Manuel Aeschlimann ou son directeur de cabinet, Francis Pourbagher, propose en effet, outre un volumineux dossier à charge contre la "secte", une rencontre avec ce témoin providentiel...

Alors que contient donc de si dérangeant, pour l'élu d'Asnières, l'article qui n'est pas devenu jusqu'à ce jour une dépêche officielle de l'AFP ? Selon les informations de "Carte de presse", cette enquête nous apprend, sources de haut niveau à l'appui, que la communauté française du renseignement n'a mené en réalité aucune investigation sur ladite "organisation Elâhi". Plus étonnant encore : les auteurs de la note des RG citée par Le Monde assurent que son inspirateur ne serait autre que... Manuel Aeschlimann lui-même.

Susciter une note des RG, manipuler Le Monde et obtenir la censure de la contre-enquête de l'AFP : franchement, si tout cela est vrai, même pour un "Monsieur opinion publique", chapeau !

Le député-maire d'Asnières dément évidemment cette présentation des faits. Il jure ses grands dieux qu'il a appris l'existence de la note des RG en lisant Le Monde. D'autre part, selon lui, il a appelé Pierre Taillefer, le directeur de l'information de l'AFP, le 9 novembre dernier, parce que ses avocats venaient de lui apprendre que les conseils de la Fondation Ostad Elâhi avaient utilisé la dépêche non publiée de l'AFP dans une procédure de justice les opposant. Toujours d'après Manuel Aeschlimann, le directeur de l'information lui a déclaré que la fameuse dépêche ne serait pas mise sur le fil AFP parce qu'elle n'était "pas équilibrée".

Pierre Taillefer ne veut ni confirmer ni démentir cette version de l'élu UMP. Mais il précise que l'article de Marc Bastian avait été "bloqué par son chef de service", avant l'appel de Manuel Aeschlimann, pour un "problème d'écriture" car il était "un peu ésotérique" et "compliqué à comprendre".

En l'état de ses informations, "Carte de presse" maintient toutefois sa conclusion, qui contredit les versions du député-maire d'Asnières et du directeur de l'information de l'AFP : la dépêche, rédigée on ne peut plus clairement, a bien été victime d'une censure pour son contenu, à la suite d'une intervention directe de celui qui aime à rappeler à ses interlocuteurs qu'il est proche de Nicolas Sarkozy, et qu'il a d'excellents avocats experts ès diffamations...

Mise au point de Manuel Aeschlimann (20.12.05)

« Monsieur,

J'ai pris bonne note de votre article intitulé "Censure à l'AFP". Vous y exprimez un point de vue personnel, qui, je le sais, est partagé par la Fondation Elâhi. L'avenir nous dira si vous aviez raison ou tort.

En attendant, concernant la fameuse dépêche AFP dont vous supposez qu'elle a été censurée, je ne peux que vous confirmer ce que je vous ai bien volontiers dit au téléphone :

Tout d'abord, la dépêche que vous évoquez daterait du 29 octobre selon vos écrits. Je n'ai aucune raison de mettre cela en doute. Le 9 novembre dernier, j'apprends par l'intermédiaire de notre avocat, que des responsables de la Fondation Elâhi ont montré un projet de dépêche AFP au Président de la Cour d'Appel de Versailles dans le cadre d'un conflit opposant ladite fondation à l'un de mes Maires-adjoints. Dès lors, je contacte le Président de l'AFP, puis Monsieur Taillefer, le directeur de l'information, afin de leur demander s'ils ont connaissance d'une dépêche signée Marc Bastian et datée de fin octobre, car moi je n'en ai pas connaissance. Après vérification de leur part, on m'informe qu'il s'agit d'un projet de dépêche, jamais paru. Je demande alors pour quelle raison ce projet est entre les mains des dirigeants de la Fondation Elâhi. On me rapporte que celui-ci leur a été transmis par Monsieur Bastian « pour avis ». Je demande si cela est une pratique courante de faire valider ainsi un projet de dépêche par une des parties concernées. On me répond que non, bien évidemment. Je demande pourquoi ce projet – dont je ne connais pas le contenu – n'a pas été validé par l'AFP ? On me répond qu'il a été retoqué pour des raisons de fond. Je m'étonne en tout cas que sur un sujet si sensible – la mise sous surveillance d'un groupe par la Mission de Vigilance sur les Dérives Sectaires – un projet de dépêche ait été soumis avant parution aux dirigeants dudit groupe. Il serait intéressant, cher Monsieur Hertoghe, que vous vous posiez aussi cette question.

Je sais que dans des affaires complexes telles que nous la vivons au sujet de la Fondation Elâhi, des tentations existent de considérer que les hommes politiques sont par nature méchants, fourbes et manipulateurs. Mais la vérité n'est pas toujours à sens unique. Veuillez simplement considérer que l'action de ces personnes ne se limite pas à Asnières et à des questions d'urbanisme. Je sais qu'ils se retranchent depuis longtemps derrière cette soi-disant opposition locale pour donner à penser que nous avons des comptes politiques à régler avec eux. Cet écran de fumée ne tient pas. Et que dire alors de leur action aux USA, en Grande-Bretagne, en Italie et en Iran ? Que dire du Mausolée qu'ils ont construit dans le Loir-et-Cher ? Suis-je Maire de New York, Londres ou Rome ? Comprenez que le sujet va bien au-delà d'Asnières et que des questions se posent au-delà de nos frontières. Sans réponses pour l'heure. Mais pourquoi ne pas les poser librement ?

Enfin, concernant M. Samali, ancien membre dont vous semblez douter de la franchise, je vous invite à attendre les suites judiciaires de ses plaintes avant de vous prononcer ainsi. Là encore, nous verrons bien, sans préjuger de rien. Libre à vous de considérer que cet homme est « providentiel ». Il existe, il témoigne. Ecoutons ce qu'il exprime. La justice fera le reste.

La suite des événements vous amènera à constater – et j'espère que vous le ferez avec la même détermination – qu'il n'y a eu ni censure, ni manipulation. Il n'y a eu qu'une volonté, de la part d'élus, de demander aux pouvoirs publics de faire toute la transparence sur l'action d'un groupe de personnes aux multiples facettes.

Je m'en remets aux instances compétentes pour traiter ce problème.

Bien à vous.

Manuel Aeschlimann »

Je ne désire pas polémiquer avec Monsieur Aeschlimann. Mais je n'accepte évidemment pas que mon enquête de journaliste indépendant et l'article qui en a résulté soient qualifiés de simple "point de vue personnel". Et je tiens à rassurer le député-maire d'Asnières: je n'ai ignoré durant mon enquête aucune des questions qu'il m'invite à me poser. Les réponses qui m'ont été apportées ne remettent toutefois pas en cause, à mes yeux, la conclusion de mon article.

Alain Hertoghe

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