«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan





télécharger 203.64 Kb.
titre«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan
page1/5
date de publication06.10.2017
taille203.64 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > droit > Documentos
  1   2   3   4   5
INTRODUCTION
« Etre éducateur dans une société en crise » écrit Philippe GABERAN.

Non seulement,je suis éducatrice spécialisée dans cette société ainsi décrite,mais en plus je travaille avec des adolescentes,que l’adage populaire stigmatise « en crise ».Le Foyer de l’Enfance qui légitimise mes actions éducatives sort d’un audit institutionnel,procédure départementale pour un établissement « en crise » ?
Ma photographie environnementale ainsi prise doit elle me plonger dans un rôle d’éducatrice « spécialisée dans la gestion des crises » , au risque de faire plonger l’éducatrice elle-même dans l’abîme de la crise ?

Savoir se sauvegarder pour se garder sauf !
L’instinct de survie appelle alors une « distantisation professionnelle » en toute lucidité,rappelle que l’éducateur ne peut apporter de réparations là où le système social est en faillite,demande un temps de recul nécessaire pour apprendre à mettre des mots en vue d’un nouvel éclairage.
Aujourd’hui, la question est de savoir comment agir dans cet état général de crises,de contradictions lorsque l’on est éducateur , et que nos actions sont dictées par la finalité de cohésion sociale , en créant ou maintenant du lien social ?

Qu’en est –il aujourd’hui de ce pacte social qui doit harmoniser les rapports sociaux des individus entre eux ?
Ma position éducative est forcément « subversive », puisqu’elle se situe au point de rencontre entre l’individu et la société, donc au lieu de friction. Chaque sujet doit être aussi pris en compte en fonction de la commande faite par la société de s’occuper de ces personnes.
Mon action éducative se déroule dans un cadre précis,appelé internat spécialisé ; à l’origine , l finalité de ce type d’internat entre dans une logique de contrôle social : la société évince ses éléments perturbateurs pour les protéger et se protéger , et l’institution lui restituera en contre partie , « de bons citoyens productifs » . La dette est de taille , la commande sociale ambitieuse .
Les jeunes filles accueillies au foyer de l’enfance où je travaille ont entre 14 et 18 ans , sont confiées à l’Aide Sociale à l’Enfance , principalement sur la base de l’article 375 et suivants du code civil sur l’enfance en danger , avec une ordonnance provisoire de placement rédigée par le juge des enfants.

La population accueillie dans ce type d’établissement , foyer d’accueil d’urgence par excellence , est très diversifiée , pouvant aller d’un jeune relevant d’un institut médico-éducatif , jusqu’à un mineur pupille de l’état ,en passant par une jeune particulièrement difficile , plus sur un versant délinquant….et en sachant que l’une des problèmatiques n’empêche pas l’autre !
En tout cas, à l’issue du jugement, toutes arrivent au foyer de l’enfance avec le même dénominateur commun : retrait de leur institution familiale pour entrer dans une institution professionnalisée, à vertu socialisante.

S’agit il d’un placement, d’un déplacement ou d’une transposition ?

N’empêche qu’il s’agit alors pour ces jeunes d’aller d’un endroit à un autre , donc de changer de place , de partir du familier pour arriver dans l’inconnu .
Considéré comme un temps de recul et de mise à distance du système éducatif parental,ces adolescentes vont alors être confrontées à une équipe éducative dans un lieu de vie collectif. L’internat spécialisé.
Mais comment ces adolescentes placées par le juge des enfants vont – elles investir le pavillon qui leur est réservé au foyer de l’enfance ?

Comment vont-elles faire l’apprentissage du « vivre ensemble » dans ce territoire inconnu qu’elles n’ont pas choisi, avec des personnes qui leur sont imposées ?

Quelle vont être la nature des relations qui vont unir ,diviser ou rapprocher ses filles ?
Et le tableau se complique quand on admet qu’il n’y a pas d’un côté les filles placées et de l’autre, les professionnels ?

Ce lieu d’internat spécialisé est un lieu d’organisation résidentielle, où le « vivre ensemble » est entremêlé d’interactions réciproques entre les jeunes elles - même et entre le personnel éducatif… tremplin qui doit permettre ensuite aux bénéficiaires de participer au jeu social avec les meilleurs atouts, c’est ici le paradoxe de l’enfermement pour mieux s’en sortir….
Je vais donc vous emmener dans les coulisses de ce pavillon,théâtre de rencontres , histoire de cohabitation peu ordinaire ; et dans ce lieu de brassages par excellence , de confrontations de cultures identitaires , je vais tenter de comprendre quels vont être les facteurs influant sur les processus d’accumulation de ces adolescentes placées dans ce territoire.
Afin de répondre au mieux à mon questionnement, le corps architectural de cette recherche prendra forme autour de 3 parties :
Dans un premier temps, je vais décrire le décor institutionnel qui légitimise mes actions éducatives et qui tapisse ce lieu théâtral.

Nous irons ensuite à la rencontre de ses différents acteurs. L’observation de cette troupe au complet sur la scène délimitée par le pavillon permettra de formuler la question de départ à ce travail de réflexion, comme on donnerait la première réplique lors d’une représentation.

Comme le spectacle est commencé, nous verrons ensuite…
PREMIER CHAPITRE
« DECOR INSTITUTIONNEL ET SES DIFFERENTS ACTEURS »
I . Cadre institutionnel légitimant mes actions.

1 .Foyer Départemental de l’Enfance (FDE) : Un des dispositifs de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE)
Directement rattaché au service de l’Aide Sociale à l’Enfance de chaque département, les foyers de l’enfance – établissements publics – reçoivent des mineurs de tous âges, dont la situation nécessite cet accueil , placés majoritairement par l’autorité judiciaire.
Bien que très différents aujourd’ hui , du fait des profondes réformes dont ils ont fait l’objet , les foyers de l’enfance restent marqués dans l’opinion par l’histoire de l’assistance publique. Si le terme de « dépôt » n’est plus employé , celui de foyer de pupilles – terme officiel précédent - ,ou tout simplement la DASS reste très présent.

Structures très anciennes, elles ne deviennent obligatoires dans chaque département que durant la guerre (1943) alors qu’on cherche à unifier la politique de l’enfance. Ce n’est qu’avec la décentralisation et la répartition des compétences, que cette attribution revient au conseil général , de même qu’il lui appartiendra de poursuivre la sortie de ces établissements du cadre des hôpitaux et hospices dont ils restaient souvent une annexe.
« Deux rapports dont l’incidence dépassa d’ailleurs largement ce cadre et peuvent toujours servir de référence précipitèrent l’évolution :

  • Celui de Dupont-Fauville (1972) ,

  • Celui de Bianco-Lamy (1980)

Ils y dénoncent le caractère inadéquat , de l’organisation et du fonctionnement de ces structures d’un autre âge , facteurs d’hospitalisme et d’inqdaptation.

Parmi les points critiques qui y sont mentionnés : la taille et le volume , un grand nombre sont des effectifs de plusieurs centaines de pupilles ; l’encadrement , l’absence de personnel qualifié ; l’ambiance impersonnelle , souvent dégradée ; le rapport éducatif , le plus souvent réduit à garde et surveillance ; une grande lourdeur administrative…. » (1)

2 .Le Foyer départemental de l’enfance de la Marne
Comme au regard historique des autres foyers ,c’est en 1921 que s’est créé à Châlons en Champagne ,un foyer de pupilles de l’état au sein de l’hôpital .Il faudra attendre 1957 pour que ce même foyer s’installe dans ses propres locaux ,et 1970 ,pour que celui de Reims voit le jour.
L’élément marquant des années 1982/85 est la mise en place de la décentralisation. Le transfert des compétences de l’état aux départements a pour effet de faire l’exécutif départemental, le conseil général, à la fois décideur et payeur en matière sociale.
Les élus départementaux ont la responsabilité totale de la gestion et le pouvoir de faire des choix. Le secteur sanitaire et social côute cher, et est alors particulièrement visé quand à la rationalisation des choix budgétaires.
Ainsi, dès 1983, des structures sont remises en cause dans le département, et pour certaines, c’est la fermeture à terme ;en ce qui concerne les deux foyers de l’enfance de Châlons et de Reims, ce sera leur capacité d’accueil qui baissera.

Ce sera en 1987 que le conseil général de la Marne regroupera les deux structures sous la même direction.


  1. Guy Dréano,guide de l’éducation spécialisée, Ed Dunod,2ème édition 2003,p 206



3. Le foyer départemental de l’enfance de Reims
Situé au 31, rue Cognacq Jay, ce foyer est implanté tout proche des hôpitaux, là encore marqué du poids de l’histoire.

Il compte 61 agents repartis en différents services (administratif, généraux, médical, éducatif.), et la majorité sont des fonctionnaires titulaires ou stagiaires de la fonction publique, soumis à la convention hospitalière.

La capacité d’accueil, en corrolaire evidemment avec le nombre de lits, est au nombre de 68, répartie en 5 groupes d’âge.

La circulaire du 23 janvier 1981 confirme la mission de service public en demandant aux foyers de l’enfance « d’accueillir tout enfant à tout moment, à la demande de l’ASE, du procureur de la république ou du juge des enfants ».Il s’ensuit une organisation spécifique garantissant la prise en charge au quotidien et de l’accueil d’urgence quelles que soient les circonstances qui ont justifié l’admission du jeune.
En d’autres termes, trois missions principales sont attribuées au FDE :
- L’accueil de tout jeune 24h/24 et 7 jours / 7,

- L’observation du mineur confié et l’évaluation de la situation ,

- L’orientation des enfants en liaison avec le service ASE.

4. Caractéristiques de mon lieu de travail : «  le pavillon des ados filles »
….la population accueillie
- La capacité d’accueil est de 12 filles (plus 2 en cas d’urgence),

- La tranche d’âge couverte est de 14 à 18 ans,

- Toutes les filles sont placées par le juge des enfants, le procureur de la république, ou en recueil provisoire (et toujours confiés à l’ASE, avec une assistante sociale de circonscription comme réfèrente ).

- La durée moyenne de placement pour les jeunes accueillies est de 11 mois

Elles sont hébergées en pavillon : il est séparé du bâtiment central, qui regroupe toutes les autres unités et les services généraux. Il ressemble davantage à une maison, à un lieu convivial, comparé à l’anonymat des autres groupes d’accueil.

…..Les principes sur lesquels se fonde le projet éducatif
- Le mode d’intervention est fondé plus spécifiquement sur les apprentissages et/ou le maintien des acquis, préparant le jeune à s’intégrer socialement.

- L’approche de la majorité met l’accent particulier sur des actes éducatifs visant le développement des capacités d’adaptation et d’intégration dans l’environnement social.

- Faire acquérir les divers codes sociaux afin de permettre aux bénéficiaires de participer au jeu social avec les meilleurs atouts

- Le projet du jeune est individualisé, en fonction de ses capacités physiques, morales et psychologiques au moment de l’accueil.
….La spécificité organisationnelle du pavillon

Pour répondre aux missions d’accueil du FDE, le pavillon est ouvert 7 jours/7 et 24heures/24.

Il s’agit d’un travail d’internat avec des plages horaires couvrant tout ce temps par 7 éducateurs.

Compte tenu de l’isolement du bâtiment, la présence d’un éducateur la nuit fait notre spécificité ; en effet, sur les autres groupes interviennent deux veilleurs à partir de 21 heures. Cette spécificité va créer comme nous le verrons par la suite, une promiscuité accrue jeunes/éducateurs.

Décor institutionnel, légitimant mes actions
Comme je l’ai exposé dans mon introduction, je travaille au foyer départemental de Reims depuis 8 ans.

Ces foyers restent marqués dans l’opinion par l’histoire de l’assistance publique. Si le terme de « dépôt » n’est plus employé, celui de foyer de pupilles – terme officiel précédent - ,ou tout simplement la DASS reste très présent.

(suite feuille 2 que j’articulerais)

II . Le pavillon des ados filles : lieu de théâtre interactionnel
1. Les acteurs « professionnels » : Qui sont ils ?
Si j’emploie la formule « acteurs professionnels », c’est sans doute pour marquer la frontière qui sépare « l’éducation naturelle » dispensée au sein de la famille de « l’éducation spécialisée » qui implique d’autres personnes, d’autres moyens, d’autres ressources et d’autres obligations ; même si l’intervention socio-éducative porte sur le même individu, et ici plus précisément sur la même adolescente.
Parallèlement, se dire « éducateur spécialisé » n’est pas toujours aussi simple, et les réponses sont souvent « c'est-à-dire… ? » et les mots manquent alors pour pouvoir fournir à son interlocuteur une représentation compréhensible et fidèle d’une activité-je dois l’avouer -aux contours particulièrement flous. M.ION et J.P TRICART l’affirment mieux que moi : « une entité professionnelle problematique ».

(N’empêche que beaucoup savent que l’on va s’adresser à l’éducateur lorsque l’éducation familiale et /ou l’institution scolaire ont fait faillite )

Nous sommes 7 éducatrices spécialisées à travailler sur ce pavillon, à former ce que l’on appelle « l’équipe éducative ».
Mais qui sommes nous réellement ?
Même si l’histoire nous fait travailler sur les cendres de la DDASS et de l’assistance publique, nous ne conjuguons pas charité et dévouement de la période caritative, phase où essentiellement l’action éducative se confondait le plus souvent avec le gardiennage et l’encadrement.
Vivre le quotidien avec ces jeunes, ce n’est pas non plus un partage quasi fraternel des choses de la vie, ni une vocation, ni un esprit missionnaire doté du son de soi.
Ce n’est pas non plus qu’un « technicien de la relation », car ce terme revient à poser le modèle de la science appliquée à la pratique socio-éducative : une solution toute faite pour telle situation ?

La tâche de l’éducateur n’est pas, mis à part quelques exceptions, de résoudre un problème clairement posé, mais plutôt de problematiser une situation indéterminée et incertaine par essence.
Ainsi, entremêlé ou à côté de la formation et du savoir académique, il convient maintenant de poser « le savoir en action », ce mode de raisonnement que nous adoptons dans le feu de l’action.

«C’est la pertinence des actions posées et des décisions prises dans des contacts incertains qui atteste de l’existence de ce savoir implicite que le praticien ignore lui-même ou hésite à traduire en mots. La mobilisation de ce savoir se réalise grâce à un processus qu’il qualifie de «réflexion en cours d’action » et qu’il définit comme étant la capacité de « penser à ce qu’on fait tandis qu’on le fait ».(p 37)
Lors d’une réunion avec l’ensemble de mes six collègues, je leur propose un brainstorming autour de la question suivante :

« Comment définir la tâche de l’éducateur sur ce pavillon ? »

Les méninges se remuent,des idées s’entrechoquent et leur vient à l’esprit ceci :

- Gestion de l’urgence - l’incertitude- la disponibilité - travail sans filet - l’improvisation -animer le groupe - ne pas oublier l’individu - travail de terrain - exercices de surf-le dialogue.
Ces termes exprimés par mes collègues renvoient à nous traiter de « bricoleur du quotidien » comme le fait I.ROUZEL.

Pris dans son acceptation usuelle, le terme es peu flatteur, manquant de rigueur,voire même de sérieux. Pourtant, je me retrouve professionnellement dans ces mots lancés. Et si je continue mes lectures, C.LEVI STRAUSS note que « le bricoleur se révèle apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la diffrence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elle à l’obtention de matières premières et d’outils conçus et procurés à la mesure de son projet. Il évolue dans un univers instrumental clos et tente de faire face aux réalités avec les moyens du bord ».

Il en ressort clairement que l’éducateur ressemble davantage à un bricoleur qu’à un ingénieur. Il est amené à composer avec des matériaux de fortune at à répondre aux situations problèmatiques par des solutions personnalisées toujours spontanées. C’est en ce sens que J.ROUSSEL écrit « bricoler, en matière éducative, c’est adopter une démarche créative, inventive face à une réalité où la contingence domine. Il faut sans cesse corriger, adapter, ajuster, combiner ou disjoindre ses démarches de manière à coller à la turbulence du moment…. »
Bricoler peut également renvoyer à « l’improvisation », terme employé par trois de mes collègues. Et lorsque je parle de lieu théâtral dans mon introduction, on commence à y entrer.

Ce mode d’action a été étudié par R.J.YINGER pour comprendre non seulement la pratique de l’enseignant mais aussi celle de l’éducateur « l’improvisation s’impose là où, par manque de temps, l’analyse et la délibération s’avèrent possibles ».C’est lorsqu’il faut prendre des décisions sur-le-champ, gérer en temps réel des évènements se développant dans un contexte reconnu imprévisible. C’est ici gérer l’urgence, tout en mesurant son degré, en anticipant le cours des évènements. Mais je retiendrai plus particulièrement une autre proposition de compréhension de R.J YINGER sur cette méthode de travail de l’improvisation, qui « serait principalement rétrospective :les modèles de l’action passée règlent l’action entrain de se dérouler ». C’est ici que se joue, à mon sens, la formation de terrain après la formation académique, c’est aussi ce que l’on appelle l’expérience et ses réminiscences. En effet,en dépit du caractère inédit des situations rencontrées, il me semble alors que l’éducateur dispose d’une « boîte à outils » dans laquelle il puise les éléments pour répondre immédiatement, peut être pas les meilleurs, mais « les moins pires »…
Ces quelques réflexions sur le rôle de l’éducateur m’amènerait à le définir comme un professionnel aux multiples facettes coordonnées, comme un mélange subtilement dosé en savoirs : de savoir être, de savoir faire, et de savoir s’y prendre….

Et si l’éducateur était en recherche identitaire comme le sont les jeunes filles accueillies sur le pavillon ?
En tout cas, l’éducateur est un acteur avec toute « la représentation de soi » , chère à E.GOFFMAN que cela nécessite ,« importante dans les relations de face à face et qui varie en fonction de la situation », mais aussi un acteur du social et du lien qui doit en découler, puisque son travail porte précisément sur l’humain, mais également un acteur professionnalisé, formation et expériences l’investissant, pris dans le canevas institutionnel dans lequel il exerce ses actions ainsi légitimées.

2. Leur mise en scène délimitée par le décor institutionnel
L’éducateur n’est évidemment pas un professionnel du social solitaire, mais s’inscrit bel et bien dans une équipe pluridisciplinaire, dans un canevas institutionnel précis, où l’essence même de ses actions éducatives est dictée par les missions jetées par ce cadre institutionnel et aiguillée par les projets du groupe auquel il peut ou doit participer.
Les dispositions règlementaires que j’ai énoncées lors de ma première partie sont prévues pour établir ce cadre. Mais elles peuvent rester insuffisantes si elles ne s’inscrivent pas dans une cohérence générale, un « état d’esprit », une organisation qui donne à l’ensemble de ses acteurs du sens et de la sécurité, une notion collective de la compétence.

Le projet de groupe su « pavillon ados-filles » a été écrit par l’ensemble de l’équipe, supervisé ensuite par la direction, et s’inscrit lui aussi dans cette logique de cadre repérant et cohérant pour l’ensemble de ces différents acteurs : pour les éducateurs comme pour les jeunes accueillies.

Il fixe les bases du « savoir-vivre ensemble », en ponctuant le rythme du quotidien d’une « journée type » et délimite les droits et les devoirs de chacun. Ces règles de vie -comme fondement premier et déterminant, au même titre que le projet institutionnel pédagogique, éducatif et le règlement intérieur- tendent à dire ce qui est possible et ce qui est interdit, elles règlementent Ces repères institutionnels sont le socle de points de repères pour guider l’action des uns et des autres.
Le problème énoncé de manière transversale par l’équipe éducative, c’est que les journées se suivent sans se ressembler, qu’une « journée type » ne se vit pas que rarement. Nous sommes en effet quotidiennement confrontés à l’incertitude, souvent dans le « feu de l’action » qui nous amènent à « bricoler au quotidien ».
Malgré toutes les effervescences quotidiennes que chaque éducatrice du groupe traversent, au-delà du cadre institutionnalisé et « conscientalisé » à respecter, et malgré nos ressources différentes prises dans chacune de nos »boîtes à outils » pour faire face à l’imprévu, nous restons une équipe soudée, considérée comme cohérente,où nos actions semblent se diriger vers le même sens.

C’est qu’implicitement peut être, nous avons ébauché ensemble des « règles de bonne conduite professionnelle » comme nous avons rédigé le projet de groupe. L’existence de ces règles, de valeurs, de normes contituerait alors un système interne de référence qui, en plus du décor institutionnel, guide, légétimise et harmonise nos actions socio-éducatives. C’est aussi ce que l’on appelle éthique et code déontologique « fictif », car écrit nullepart et rarement clarifié comme tel en réunion.

Il s’oriente principalement vers le bien être ou le mieux être du jeune pris en charge, avec tout le respect que l’on lui doit, avec un désir ou une volonté de chercher des solutions les meilleures (ou les moins pires) pour ce jeune acteur.

Au contraire du serment d’Hypocrate auquel se livre les médecins, qui lui , est lu et prononcé devant témoins,ce code est plus subtil et entre en quelque sorte dans l’éthique de l’éducateur. Sa visibilité est perceptive au travers de ses actions ,gestes et paroles envers les jeunes, et se déduit par ce qu’exprime l’éducateur, particulièrement en réunions- lieu d’échanges, de communications, et d’expressions. C’est aussi le moment de « comptes à rendre » implicites, et de contrôles latents des autres membres de l’équipe.

C’est peut être à partir de ce code déontologique que pourrait commencer à se définir « l’identité professionnelle de l’éducateur » ? Ou de « cultures socio-professionnelles ?

3. L’éducateur – acteur, en face d’un public : un professionnel interactif
En effet, non seulement l’éducateur n’est pas un professionnel du social solitaire puisqu’il s’inscrit au sein d’une institution, d’une équipe où, comme nous venons de le voir, il se confronte à d’autres collègues qui peuvent se compléter comme régulateurs et garants des valeurs de la culture institutionnelle, mais son travail se tourne vers l’humain.

Il s’agit en l’occurrence sur le pavillon d’entrer dans l’interaction avec douze filles placées dans cet endroit par le juge des enfants, qui n’est de loin une « matière inerte ».Pourtant, comme on peut le dire dans la majorité des projets éducatifs ou autres,ce groupe est juste défini comme « public accueilli ».

C’est ici l’inscrire dans une sorte d’inertie, dépourvue de moyens de réaction ou de résistance. C’est surtout le placer dans une position d’infériorité – comme public inerte et indolent – en face d’acteurs professionnels, donc initiés, avec toute « la connaissance » et tout le pouvoir (voir l’abus de pouvoir) que cela pourrait engendrer.

Pour CHERRADI (p26), qui a élaboré différentes formes de travail interactif, celle – ci renverrait aux interactions d’attribution : « ce type de travail aurait pour fonction de conférer aux usagers une définition ou des étiquettes sociales, une position ou un statut social qui entraînera un type de traitement ». Dans ce contexte, nous accueillerions donc plus un dossier ou une ordonnance de placement qu’un jeune lui-même étiqueté sans le label « article 375 et suivants du code civil et de la famille ». Ce processus conduit bel et bien à une forme d’étiquetage ou d’identité sociale virtuelle, pour reprendre la terminologie d’E.GOFFMAN.

Ainsi, non seulement « le public accueilli » écrit comme tel dans les projets aurait cet effet stygmatisant, mais en plus ce serait oublier que les « étiquettes » parlent et agissent, bougent et remuent, résistent ou bouleversent, formant à leur tour un groupe vivant l’internat, avec toutes les interactions que cela produit entre ses différents membres – acteurs.
C’est aussi ici que commence peut être le paradoxe de notre action socio-éducative au quotidien : constamment tiraillé entre l’obligation de socialisation et l’exigence d’individualisation…

4. Tous les acteurs du pavillon enfin réunis
A. Pavillon : un espace de rencontres
Ce bâtiment, appelé « pavillon », ressemble à une maison délimitée comme toutes les autres par 4 murs. C’est un bâti, comme quelque chose d’établi. Il se trouve excentré géographiquement d’un autre bâtiment, qui regroupe lui toutes les autres unités et les services généraux. Sa position « à l’écart des autres » groupes du FDE devait, à l’époque de sa construction en 1987, répondre à l’intention d’y accueillir des filles proches de la majorité en vue d’un apprentissage à l’autonomie. Ainsi même les murs bâtis obéissent à une intention ; de même son architecture est une projection dans l’espace d’un désir : ici, c’est accueillir dans une maison chaleureuse «  pour mieux en ou s’en sortir »…(la décrire)

La encore, même si l’intention est là, sur tous les projets de l’institution est écrit « pavillon des ados- filles », sens restrictif autant pour les « ados » que pour le pavillon qui semble n’être que quatre murs.
C’est pourquoi je vais considérer ce pavillon comme un espace structurel et structuré, ainsi bien par les missions et les projets institutionnels que par ses différents acteurs, comme un espace de rencontres, d’échanges,de vie : un contenant délimité et organisé avec son contenu. A ce propos, A. MOLES affirme que « l’espace n’existe que par ce qui le remplit ».
Voyons maintenant de plus près qui remplit cet espace délimité par ce pavillon.
  1   2   3   4   5

similaire:

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconCuré-mécano, curé-conducteur d’engins, curé-écrivain, curé-éducateur,...
«Une question me hantait : Dieu a-t-il sa place dans la vie du monde ? Est-il possible d’être chrétien en menant une vie ordinaire...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconÊtre rappeur et devenir acteur de la société, ou comment prendre...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconProgramme général pour les classes «patrimoine écrit»
«patrimoine écrit» de durée de 1 à 2 heures. Ces propositions peuvent être adaptées sur mesure

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconRapport de jury capeps ecrit 1 2007
«Une finalité est une affirmation de principe à travers laquelle une société (ou un groupe social) identifie ou véhicule ses valeurs....

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconL’histoire culturelle en France. «Une histoire sociale des représentations»....
«Une histoire sociale des représentations». dans Philippe poirrier (dir.), L’Histoire culturelle : un «tournant mondial» dans l’historiographie...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan icon1. La vision dominante de la crise comme crise financière se propageant...
«Il y a maintenant une telle créativité en matière de nouveaux instruments financiers très sophistiqués que nous ne savons pas...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconGrandir en s'inscrivant dans une collectivité
«d’acquérir une compréhension solide de ce que peut être et de ce que doit être le sens de la vie»

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconCompte-rendu du livre de Pierre Rosanvallon, Le modèle politique...
«démocratie sociale» française s’est incarnée dans la lutte syndicale qui a peut-être le mieux exprimé la nécessité de recomposer...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconPsychohistoire de la crise Hamburg, février 2010
«Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont...

«Etre éducateur dans une société en crise» écrit Philippe gaberan iconTocqueville
«se sentent» égaux : leur place de la société ne dépend ni d’un ordre (cf Ancien Régime : clergé 1/3 Etat – noblesse) ni d’une caste...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com