1. L’ecole allemande : la puissance continentale





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date de publication06.10.2017
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Les doctrines géopolitiques
La géopolitique est fondée sur les réalités de la géographie physique et humaine, et sur les déterminismes qui en découlent. Le mot a été forgé par le juriste suédois Rudolf Kjellen vers 1900, comme la science de l’État en tant qu’organisme géographique, tel qu’il se manifeste dans l’espace. La géopolitique a été un courant porteur au XIXe et au début du XXe siècle, servant en cela les objectifs politiques des États, puis occultée à la fin de la seconde guerre mondiale, au profit des systèmes fondés sur le poids des idéologies. La géopolitique connaît un renouveau significatif depuis les années 1980.

1. L’ECOLE ALLEMANDE : LA PUISSANCE CONTINENTALE

Pour cette école, le contrôle de l’Eurasie peut seul donner la suprématie mondiale. Deux théoriciens principaux en ont jeté les bases. Friedrich Ratzel a écrit en 1897 Géographie politique et en 1901 Au sujet des lois de l’expansion spatiale des États. Ces ouvrages sont influencés par un voyage aux États-Unis, au cours duquel il intègre le facteur que constitue l’expansion géographique pour porter un projet politique. Il critique alors l’étroitesse des frontières européennes, et appelle à un pan européanisme, porté par un leadership allemand. Ratzel accorde à l’espace géographique un rôle primordial : la notion de peuple est pour lui un ensemble de groupes et d’individus qui n’ont besoin d’être liés ni par la langue ni par la race, mais par un sol commun. L’Europe peut avoir l’ambition d’une suprématie mondiale, et pour cela, une alliance avec l’Asie, et en particulier l’Extrême-Orient est nécessaire.
Ratzel définit les 7 lois universelles d’expansion spatiale des États :

- une croissance spatiale parallèle au développement de leur culture

- une expansion parallèle au renforcement de leur puissance économique, commerciale ou idéologique

- une extension par absorption ou assimilation d’entités plus petites

- la frontière est un organe vivant, matérialisant un état de fait à un moment donné, et elle est donc un facteur modifiable

- la logique géographique prévaut pour absorber des régions et conforter la viabilité du territoire, par l’acquisition de plaines, de bassins fluviaux, de marges littorales

- l’extension est favorisée par la présence en périphérie d’une civilisation inférieure

- la tendance à l’expansion est un mouvement autoalimenté.

Ratzel a été accusé de favoriser l’argumentation scientifique du recours à la guerre, et de légitimer celui-ci. Ses idées ont servi de fondement aux volontés expansionnistes du IIIe Reich. Or, il faut souligner que s’il prônait un leadership allemand, son idée maîtresse était la naissance d’un vaste espace européen unifié.
- Karl Haushofer a écrit en 1912 Dai Nihon. Reprenant les idées de Ratzel, il accentuait la nécessité de prendre en compte les dangers de la géopolitique pour l’Allemagne, par la création d’un vaste espace vital. Le monde doit s’organiser autour de 4 grandes zones :

- une zone paneuropéenne, incluant l’Afrique, et dont l’Allemagne aurait le leadership

- une zone panaméricaine, dominée par les États-Unis

- une zone panrusse, incluant l’Asie centrale et le sous-continent indien

- une zone pan asiatique, dominée par le Japon
Haushofer prône l’alliance de l’Allemagne, puissance terrestre, et du Japon, puissance maritime, afin de contrer les velléités de conquête de l’Empire britannique et des États-Unis. Associé au nazisme, Haushofer s’est cependant opposé, au nom de sa théorie des zones, à l’attaque contre la Russie et à la politique anti-juive, le sol, et non la race, devant fédérer les populations.
Actualités de cette école :

- l’Ostpolitik puis la réunification allemande

- l’extension de l’Union européenne vers l’est

- la constitution de la CEI pour maintenir une zone d’influence russe en Asie centrale

- l’alliance indo russe

- l’Alena et la zone de libre-échange des Amériques

2. L’ECOLE ANGLO-SAXONNE : LA PUISSANCE MARITIME

Cette école repose sur le principe que le contrôle des mers assure le contrôle du commerce et de la périphérie des empires. Trois auteurs principaux sont à retenir. Alfred Mahan a écrit L’influence du pouvoir maritime sur l’histoire en 1890 et Les intérêts de l’Amérique dans la maîtrise des mers en 1897. Amiral, il prône la domination du monde par les États- Unis grâce à une maîtrise stratégique des mers : pour cela, il convient de contrôler, sur toutes les mers importantes et dans les détroits stratégiques, des ports et des bases, comme l’ont fait les Britanniques. Il suggère d’ailleurs une alliance avec le Royaume-Uni, puissance navale importante de la fin du XIXe siècle, pour contenir l’Allemagne, puissance continentale, en s’opposant à ses prétentions maritimes et extra-européennes, et en grignotant les marges de l’Empire. Il appelle également à juguler les ambitions asiatiques par une défense coordonnée des Américains et des Européens, visant clairement le Japon.
Halford Mackinder a écrit en 1904 Le pivot géographique de l’histoire. Sa pensée s’inscrit dans le fil des inquiétudes anglaises face aux prétentions hégémoniques continentales du début du XXe siècle. Il développe la théorie du « heartland », le pivot du monde, qui pour lui est l’Eurasie, et même plus précisément la Russie, entourée d’un glacis protecteur (Sibérie, Himalaya, Gobi), autour duquel se trouvent les terres à rivages (Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Asie du Sud-Est), puis l’anneau extérieur ou systèmes insulaires (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, Océanie). Pour Mackinder, qui tient l’Europe orientale tient l’Europe centrale, qui tient l’Europe centrale domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde. La géopolitique doit donc tendre à empêcher une alliance entre la Russie et l’Allemagne, et favoriser l’alliance entre les systèmes insulaires et les terres à rivages, d’où une nécessaire puissance maritime.
Nicolas Spykman a écrit en 1938 Géographie et politique étrangère. Il s’oppose au déterminisme de Haushofer et conteste la théorie du pivot de Mackinder, s’appuyant sur les faits issus de la première guerre mondiale (échec de l’alliance russo-germanique). Pour lui, la zone pivot est le «rimland », la région intermédiaire entre le « heartland » et les mers riveraines : d’où le choc inévitable entre les puissances maritimes et terrestres : celui qui domine le « rimland » domine l’Europe, celui qui domine l’Eurasie domine le monde. Ce choc se vérifie pour Spykman dans l’histoire, par le grand jeu entre Russes et Anglais en Asie centrale, par la première guerre mondiale. Il est impératif d’empêcher l’unification de l’espace euro-asiatique, et de contrôler les mers et les espaces périphériques de cet ensemble.

La théorie de Spykman a servi de base à la politique américaine de l’endiguement (containment), notamment avec les traités de l’Otan, de l’Otase et le pacte de Bagdad.
Actualités de cette école :

- maintien d’une présence navale américaine et britannique, et contrôle de bases militaires dans le monde

- efforts américains pour limiter le rapprochement euro-russe et russo-iranien

- alliances pour contrer l’influence russe (présence américaine en Asie centrale, en Afghanistan, en Géorgie, intérêt pour la Caspienne).

3. L’ECOLE AMERICAINE

Deux thèses principales sont à différencier.
La théorie confrontationnelle de Samuel Huntington (Le choc des civilisations, 1997, n’est pas à proprement parler un ouvrage de géopolitique, mais il présente une vision globale du monde par l’aspect civilisationnel, donc pouvant être rattaché à la géographie humaine et physique) : pour lui, le modèle américain n’est pas universel, il ne reflète que les valeurs d’une civilisation particulière. Le monde est divisé en grandes zones, dont les principales sont l’Occident, avec les États-Unis comme pôle dominant, le bloc confucéen (avec la Chine comme leader), le bloc orthodoxe (mené par la Russie), le monde islamique (sans pouvoir dominant). Les chocs entre civilisations sont des fronts ouverts entre les blocs, notamment entre Occident et islam (terrorisme), entre orthodoxie et islam (Tchétchénie, Balkans). Le danger essentiel vient de la volonté expansionniste de l’islam, contre les blocs occidental, orthodoxe, africain, et confucéen. Pour Huntington, l’Europe doit clairement se ranger derrière les États-Unis, et renoncer à toute politique méditerranéenne.
Le courant rationaliste de Kenneth Waltz (Théorie de politique internationale,1979) et de Zbigniew Brzezinski (Le grand échiquier, 1997). Pour cette école, les acteurs étatiques n’agissent pas en fonction de l’idéologie, mais pour leur survie et l’extension de leur influence (d’où le conflit sinosoviétique et les oppositions Europe-États-Unis). La démocratie n’est pas garante de la paix. La paix est mieux défendue par la bipolarité, système dans lequel les puissances dominantes sont dépendantes de leurs alliés pour garder la maîtrise de zones plus vastes. Le risque pour les États-Unis serait une alliance étroite de l’Europe ou du Japon avec la Russie. Pour Brzezinski, il est impératif d’isoler la Russie sur ses marches, par le suivi de la politique de l’endiguement, en évitant 3 dangers, la reconstitution d’un nouvel empire russe, un désordre incontrôlé en Asie centrale, et une coalition des États voyous.

Actualité de ces courants :

- regain de faveur pour les thèses de Huntington au lendemain des attentats du 11 septembre 2001

- présence américaine accrue en Asie centrale (Afghanistan, CEI, Georgie)

- intervention américaine dans les Balkans

- pressions sur les États voyous, interventions en Afghanistan et en Irak

- hésitations face à la Chine (hostilité marquée - cf. affaire de l’avion espion en 2001 - , mais volonté de ne pas arriver à un affrontement politique avec Pékin)


4. L’ECOLE FRANÇAISE

La géopolitique a historiquement présenté moins d’intérêt en France, du fait de l’unification relativement ancienne du pays, avec des frontières quasiment stables sur des limites naturelles, si ce n’est pour contrer les prétentions allemandes, notamment la théorie de l’espace vital. Trois théoriciens sont à retenir pour cette vieille école :
Paul Vidal de la Blache a écrit en 1898 La géographie politique et en 1917 La France de l’Est. Par l’étude géographique et sociale, il entendait démontrer la francité de l’Alsace-Lorraine. Son courant illustre une tradition française de la micro géographie, propension à définir des unités géographiques minimales au détriment des ambitions paneuropéennes des Allemands.
André Cheradame a écrit en 1902 L’Allemagne, la France et la question d’Autriche, puis en 1942. Il a tout d’abord prôné, avant la première guerre mondiale, une alliance des nations non germaniques en Europe pour faire contrepoids aux ambitions paneuropéennes du Reich, puis dès 1939 une intervention des États-Unis dans la guerre européenne, considérant que le nazisme n’était que l’aboutissement logique du plan de conquête de l’Europe par l’Allemagne. Sa théorie peut être rapprochée de celle de Spykman, mais pour Cheradame, la clé du monde dans le «rimland » est l’Europe centrale et les Balkans.
Jacques Ancel a écrit en Géopolitique en 1936, Géographie des fronts en 1938 et un Manuel géographique de politique européenne entre 1936 et 1943. Pour lui, les limites naturelles ne peuvent constituer de réelles frontières. La mer et les fleuves rapprochent, et ne séparent pas (cf. la Grèce antique et le Danube), les montagnes ne sont que des obstacles physiques, et non politiques (cf. Oural et Carpates). Ce sont les relations humaines et le vouloir-vivre-ensemble qui déterminent les États et leur étendue géographique.
L’école française de géopolitique connaît un renouveau depuis 1976 et la fondation de la revue Hérodote, sous la direction d’Yves Lacoste, qui cherche à mettre en valeur les fondamentaux

géographiques, ethniques et sociaux des relations internationales.
Actualité de cette école :

- volonté de maintien de l’influence française en Europe ;

- refus de se laisser atlantiser, volonté d’une politique étrangère indépendante.
5. L’ECOLE RUSSE

L’URSS a combattu la notion de géopolitique, préférant se fonder sur l’idée que c’est l’idéologie qui conduit les relations internationales. Mais dans les faits, l’Urss, puis la Russie ont axé une géopolitique sur la domination de l’Eurasie. Le panslavisme a été le moteur de la domination de l’Europe centrale, l’eurasisme le moteur vers l’Asie centrale.

Actualité de cette école :

- volonté de maintien d’une zone d’influence russe en CEI

- politique de soutien de la Russie aux frères orthodoxes (Serbie, Bosnie)

- développement de la politique asiatique et pro islamique de la Russie (participation active de V. Poutine aux sommets des pays islamiques et de l’Apec, rapprochement prudent avec la Chine).
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