L’anglosphère : habiter le monde en anglais





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date de publication06.10.2017
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L’anglosphère : habiter le monde en anglais

Table ronde organisée par Cynthia Ghorra-Gobin, CNRS, université de Paris 3-Sorbonne Nouvelle, avec Martine Drozdz, université de Lyon, Martine Azuelos, université de Paris 3 -Sorbonne Nouvelle, Christian Montès, université de Lyon 2, animée par Lydia Ben Ytzhak, producteur, France Culture.

Notions, mots-clés



Habiter, anglosphère, l’anglais.

Inscription dans les programmes


Pas de lien direct avec un thème des programmes. Le sujet peut se rattacher à la mondialisation : programme de géographie de 4e de collège ; terminale ES et L, thème 2 : les dynamiques de la mondialisation ; 1re bac pro, thème 2 : mondialisation et diversité culturelle.

Introduction


Lydia Ben Ytzhak explique que cette table ronde s’articule autour des deux thématiques du FIG : « les îles britanniques » et « Habiter ». Sont présents pour parler de l’anglosphère trois géographes et une angliciste. Ce concept n’est pas qu’une question de langue, il englobe d’autres concepts. On le voit avec l’exemple de la lutte contre le virus Ebola : la France a des ONG expédiées sur place alors que les États-Unis envoient l’armée : des réponses différentes à un même problème.

Présentation de Cynthia Ghorra-Gobin


Cynthia Ghorra-Gobin rappelle que la table ronde est à l’interface des deux thèmes du FIG. Ce concept, elle l’a développé entre les deux publications du Dictionnaire critique de la mondialisation (entre 2006 et 2010).

Les Anglais utilisaient ce thème de l’anglosphère (même s’il y a débat en Angleterre sur ce concept). L’anglais règne même dans les entreprises non anglaises. Il y a un débat dans l’Union européenne sur l’ « English Speaking Europe ». Pour le moment, l’anglais est réservé à une élite et il faut le démocratiser (point de vue de ceux qui sont favorables à l’English speaking Europe).

Mondialisation et globalisation n’ont pas le même sens pour les Français et les Anglo-Saxons. Ces derniers n’utilisent que le mot globalisation et pas mondialisation. Pour eux, la globalisation est un processus, une révolution numérique et des acteurs globaux. Pour eux, « global » fait référence à transnational. Alors qu’en France, on parle de territoire-monde, de société-monde. Pour les Anglais, le mot « monde » fait plus référence à la géopolitique. Donc, leur vision diffère de celle des Français.

Conclusion : c’est un enjeu considérable pour les sciences sociales si l’on pose la question de la globalisation de celles-ci : depuis quatre ou cinq ans, les chercheurs sont obligés de publier et écrire en anglais. Cela est très favorable aux éditeurs anglais, qui peuvent ainsi vendre dans de nombreux pays comme le Japon ou la Turquie (dans ce pays par exemple, les débats historiques se font en anglais).

Intervention de Martine Drodz


Martine Drodz est présente pour témoigner de son expérience. Elle a été formée en France. Elle a enseigné quatre ans en Angleterre. Elle a soutenu sa thèse en novembre 2014. Sa double influence est donc liée à ce parcours.

Elle parle du rôle des manuels « readers » en Angleterre. Ce qui l’a poussée à la création d’un livre regroupant plusieurs contributeurs dans différentes disciplines dans lequel sont traduits et expliqués des textes anglo-américains. Le but est de faire connaître ces textes et pouvoir en discuter. Le livre s’intéresse aux villes et à l’urbanisme. Il aborde des concepts comme celui de « villes néolibérales ». Martine Drodz voulait faire le lien entre les théories urbaines anglaises et françaises.

Par exemple, l’émergence du modèle de la ville néolibérale où se crée une concurrence entre les villes pour attirer les investissements globaux. La politique de la ville évolue vers des pratiques plus compétitives alors qu’avant, elle était plus tournée vers la cohésion sociale. Cela s’accompagne également d’une standardisation des politiques urbaines au niveau mondial.

Christian Montès


Christian Montès a travaillé en Angleterre. Il étudie maintenant les États-Unis. L’« anglosphère » est un mot qui a ses racines dans la science-fiction avec le livre The Diamant Age de Niel Stephenson en 1995. Ch. Montès souligne la difficulté de définir le terme « anglo-saxon ». Le mot « anglosphère » fait un peu peur aux chercheurs en sciences sociales, car il réunit tous les anglophones en un seul groupe réduit à une seule langue et une seule culture. Ces chercheurs critiquent cette notion globalisante. Il lie cela à la déréglementation commencée aux États-Unis dans les années 1970 avec la mise à bas des États providence.

L’anglosphère, est-ce une aire ? Un réseau particulier fondé sur une langue, un fonctionnement politique ?

Martine Azuelos


Martine Azuelos fait partie des 50 auteurs du Dictionnaire critique de la mondialisation. Le mot « anglosphère » n’apparaît que dans la deuxième édition (cf. la présentation de Cynthia Ghorra-Gobin) et elle est d’ailleurs l’auteur de l’article du dictionnaire sur ce sujet.

C’est un colloque de 2008 à Hong Kong sur le thème de « anglosphère et sinosphère » qui l’a fait réfléchir à ce concept.

Les définitions d’anglosphère données dans ce dictionnaire sont :

  • « L’ensemble des pays dont l’anglais est parlé par la plus grande partie de la population. »

  • « L’ensemble des personnes dont l’anglais est la langue maternelle ou d’usage dans un cadre familial, professionnel… »

Quelle est la démarche pour arriver à cette définition ?

Mme Azuelos rappelle la création du mot en 1995. Dans un dictionnaire anglophone (Webster), l’anglosphère fait référence à la langue mais aussi à la civilisation (histoire, culture et organisation sociale marquées par la colonisation britannique).

Se pose la question de qui est concerné par cette anglosphère ? En effet, selon les auteurs anglais, les pays impliqués ne sont pas tous les mêmes (hormis le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande). C’est plus problématique pour d’autres pays comme le Canada (qui comporte 23 % de francophones), pour l’Afrique du Sud (l’anglais n’y est la langue maternelle que pour 8 % des habitants), pour l’Inde (l’anglais n’y est parlé que par une élite cultivée), à Hong Kong (rétrocédée à la Chine en 1997), l’anglais est autant parlé que le chinois.

Chez les Anglo-Saxons, c’est un terme très clivant. Certains furent ou sont encore très favorables à cette idée de sphère d’influence anglaise, Winston Churchill par exemple, ou James C. Bennett plus récemment.

Ceux qui s’y opposent pensent que l’anglosphère est un concept pour les réactionnaires, les libéraux. Ils pensent que les pays anglophones n’ont que très peu de caractéristiques communes. Par exemple, l’anglais n’y est pas le même, ils ont des différences politiques, juridiques et économiques très importantes. Pour eux, l’anglosphère est un produit idéologique non fondé. Il y a plusieurs mondes anglais.

Débat entre les participants à la table ronde


Lydia Ben Ytzhak demande quelles autres valeurs sont véhiculées par cette anglosphère.

Cynthia Ghorra-Gobin répond que ce ne sont pas des valeurs, mais une manière de voir et de comprendre le monde. L’anglosphère pose la question : va-t-on vers un bilinguisme à l’échelle mondiale ? Ce qui pose problème pour les Français. En effet, ils doivent se préparer à cela. Il faut une nouvelle manière de se projeter vers l’avenir avec cette nécessité de parler anglais. En conséquence, habiter le monde, cela veut dire être bilingue ou trilingue. 

Christian Montès répond que sur l’enseignement en anglais, il y a débat dans les universités françaises. Faut-il faire cours en anglais dans les facultés françaises ? Cela se fait de plus en plus (malgré la loi Toubon de 1984). Le problème est que parler et écrire en anglais est difficile pour les Français, car on ne réfléchit pas du tout de la même façon. Par exemple, l’expression « aménagement du territoire » n’existe pas en anglais, le mot « région » ne veut pas dire la même chose. Les Français doivent changer leur façon de penser et d’écrire pour être publiés en anglais, car les règles académiques y sont très strictes. Une des conséquences est que les revues en langue française ont beaucoup de mal à être diffusées. 

Martine Drodz précise que l’idée de son livre est de créer un espace de discussion et de traduction des concepts justement pour aider au passage d’une langue à l’autre. Les différences de fonctionnement des universités françaises et anglaises sont importantes. Par exemple, la dissertation qui est demandée aux étudiants français n’existe pas en Angleterre. En Angleterre, on apprend à partir de problèmes à résoudre, puis on lit les différentes théories pour les résoudre et enfin on fait des propositions pour répondre à ces problèmes.

Cynthia Ghorra-Gobin remarque que « quartier » aux États-Unis se dit soit neighbourhood soit community et qu’on retrouve cette situation pour beaucoup de concepts qui ont des sens très différents du français.

Martine Azuelos ajoute que la mondialisation serait d’inspiration anglo-saxonne, donc l’anglosphère serait une menace (cf. l’exception culturelle française qui serait ainsi menacée). L’ONU lutte pour la diversité des langues et des cultures. Donc se pose la question de la domination culturelle liée à l’anglais. La notion d’anglosphère est proche du « capitalisme anglo-saxon ». Mais y a-t-il un capitalisme anglo-saxon ? Les anglophones disent plutôt « capitalisme libéral de marché ». Selon Martine Azuelos, il n’y a pas d’unité de l’anglosphère, même si certains pays anglo-saxons ont beaucoup de points communs (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) qui les opposent à l’Europe continentale.

Compte rendu réalisé par Jérôme Dorilleau, académie de Reims.

FIG 2014 – Table ronde – « L’anglosphère : habiter le monde en anglais »

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