L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis





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date de publication06.10.2017
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L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis

(Historians and the memory of the Second World War in the United States)

Fiche ressource d'aide à la mise en œuvre du programme de DNL


I -Présentation du chapitre

Ce chapitre « l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis » s’inscrit dans le thème « le rapport des sociétés à leur passé » du programme de DNL histoire-géographie/anglais applicable pour la session 2014 du baccalauréat pour les académies de Paris-Créteil-Versailles. C'est désormais la seule question au programme dans le cadre de ce thème puisque la question sur le patrimoine a disparu avec l’allègement du programme d’histoire-géographie des terminales TL-ES applicable pour la session 2014 du baccalauréat.

L'enseignant a le choix de traiter cette question des mémoires de la Seconde Guerre mondiale ou bien dans le pays éponyme de la section ou dans un État du champ culturel et linguistique concerné, soit pour la DNL histoire-géographie en langue anglaise au Royaume-Uni, ou dans l'un des États de l'empire britannique participant à ce conflit mondial, ou encore aux États-Unis. Cette fiche a pour ambition de proposer quelques pistes de réflexion quant à la mise en œuvre de la question dans ce dernier cas.

Une fiche Eduscol est bien sûr disponible pour traiter de la question pour le cas de la France, et elle peut servir de point de départ pour cerner les problématiques et les directions à suivre pour le cas des États-Unis.

On retiendra notamment que « le travail des historiens doit être bien distingué de celui des acteurs des mémoires, quelles que soient l’intérêt de leur apports (…). L’historien conduit au moins deux réflexions : d’abord, il examine chacune de ces mémoires. Il en relève les oublis, il en met en évidence le discours et le projet, il en valide ou invalide les éléments par ce qui constitue la démarche critique historique c’est à dire la confrontation des discours aux faits que la recherche peut établir. (…) Ensuite, il examine la place même que ces mémoires prennent dans l’opinion publique et dans les discours des acteurs, tous les acteurs : politiques, intellectuels, artistes, leaders de groupes d’intérêt... Il explique pourquoi telle ou telle mémoire est sur le devant de la scène publique, avec tel ou tel discours et à tel moment. Il cherche quel rôle joue tel pouvoir ou tel groupe d’intérêt dans la construction des faits mémoriels, leur valorisation ou leur dépréciation...

Dès lors on peut retenir les problématiques suivantes définies par la fiche Eduscol :

  • En quoi le contexte d’élaboration des mémoires étudiées les a-t-il déterminées (construction des mémoires) ?

  • Quelles mémoires de ces conflits peuvent être identifiées (multiplicité des mémoires) ?

  • Comment, dans quels rythmes et dans quelles perspectives les historiens ont-ils fait de ces mémoires des objets d’histoire (historicisation des mémoires) ?

La fiche Eduscol insiste pour le cas français sur « les rythmes d’apparition des différentes mémoires sur la scène publique » et « le travail des historiens (…) parallèle à ce « travail de mémoire ». (…) Ainsi, l’historiographie des conflits et de leurs mémoires passe par les mêmes phases : d’abord l’histoire des conflits eux-mêmes avec affinement progressif de la recherche qui met en lumière des faits d’abord occultés, y compris dans le travail des historiens ; ensuite la dénonciation du processus d’occultation et la mise en lumière de ses enjeux dont les apports peuvent être repris dans le débat public ; enfin, dans les contributions les plus récentes, la prise de distance avec les excès du débat public.

Il nous a semblé pour le cas des États-Unis important de prendre en compte ces phases mais qu'elles ne sauraient dicter une approche chronologique. Une approche thématique nous semble plus pertinente, plus adaptée au cas américain et plus aisée à mettre en œuvre. Les thèmes sont au libre choix de l'enseignant et peuvent partir aussi bien des différents acteurs mémoriels que des différents enjeux mémoriels. Nous proposons ci-dessous quelques pistes de réflexion et quelques ressources pédagogiques, sans prétendre à aucune exhaustivité.
II – Mise en œuvre de la question

A. Des éléments de définition
En introduction au chapitre, il peut être intéressant de travailler avec les élèves sur les notions centrales du chapitre et du vocabulaire à maîtriser – pourquoi pas en lien avec le collègue de langue. Il est ainsi bienvenu de savoir manier et distinguer, tant dans la langue anglaise que dans le fond, history/souvenir(s)/memory/remembrance/witness/testimonial ...

On peut également insister sur l'idée que pour les Américains, la Seconde Guerre mondiale ne renvoie pas aux mêmes aspects du conflit que pour les Français. Pour ces derniers, il s'agit d'un conflit essentiellement européen, et le théâtre d'opérations asiatique et pacifique passe en arrière plan. Alors que pour les Américains leur entrée dans la guerre est justement causée par l'attaque de Pearl Harbour dans le Pacifique et prend fin avec les deux bombes atomiques lâchées au-dessus du Japon.

Enfin il serait possible d'interroger le concept de la « bonne guerre » : les Américains ont pris l'habitude d'appeler la Seconde Guerre mondiale 'the Good War' , mais depuis quelques décennies – notamment à l'occasion de la guerre du Vietnam, puis de nouveau lors des guerres en Afghanistan et en Irak - nombre d'historiens nuancent ou remettent en question cette mémoire de la guerre. Pour détailler cette inflexion historiographique on lira avec intérêt l'article d'Adam Kirsch dans le New York Times de 2011 intitulé « Is World War II still 'the Good War'? »1.
B. Un exemple de commémoration officielle
Comme dans de nombreux Etats européens, le gouvernement américain a instauré un jour férié pour célébrer la fin de la guerre. Celui-ci est créé en 1948 est a duré jusqu'en 1975. Il avait pour appellation Victory over Japan Day ou encore V-J Day et était fixé au 2 septembre. L'amélioration des relations des Etats-Unis avec le Japon a conduit à sa suppression sauf dans l'Etat de Rhode Island.

On peut également développer l'étude d'un lieu de mémoire et des cérémonies officielles qui lui sont attachées : Omaha Beach et le cimetière américain de Colleville-sur-Mer, la Tombe des Inconnus au cimetière national d'Arlington, le cimetière américain et mémorial de Manille, ou encore le United States Marine Corps War Memorial.

Par ailleurs on pourra tirer profit de l'organisation du 70e anniversaire du débarquement2. Le président américain retrouvera le président français pour les commémorations officielles.
C. La mémoire du génocide
La mémoire du génocide est peut-être devenue la plus manifeste aux Etats-Unis depuis la fin de la guerre. Le mot même de génocide vient d’un réfugié juif polonais universitaire aux États-Unis en 1942, Raphaël Lemkin, et est approfondi aux Etats-Unis au lendemain de la guerre par toute une série d'intellectuels dont Hannah Arendt. Aux Etats-Unis le terme d' « holocauste » s'est ensuite imposé, et si en Europe et en Israël son usage a été critiqué, il reste prévalent aux Etats-Unis.

On peut dire que la construction de la mémoire de la Shoah aux Etats-Unis a obéi à un rythme similaire à celui en France ou en Israël, avec un tournant dans les années 1960 (procès Eichmann puis Guerre des Six Jours) qui voit la mémoire du génocide ne plus se confiner à des groupes restreints mais s'imposer dans l'espace et le débat publics.

Pour refléter le poids pris par cette mémoire, et son institutionnalisation, nous proposons de travailler avec les élèves sur le musée et mémorial de l'Holocauste, the United States Holocaust Memorial Museum, situé à Washington, initié en 1980 sur décision du Congrès américain, et ouvert en 1993. Le site internet3 du musée est d'une richesse pédagogique précieuse.

On pourrait également travailler sur le succès remporté par la diffusion aux Etats-Unis de la série télévisuelle Holocaust en 1978, ou sur les Days of Remembrance of Victims of the Holocaust, à l’initiative du Congrès américain en 1979, qui instaure une semaine par an pour se souvenir du génocide et en tirer des leçons.
D. Un exemple de débat mémoriel
Nous proposons ici de détailler l'exemple de la mémoire des citoyens américains d'origine japonaise emprisonnés à partir de mars 1942. C'est seulement en 1988 que l'Etat américain demande officiellement pardon pour ce déni de leurs droits civiques, et propose une indemnisation aux victimes. La reconnaissance par l'Etat américain de cet épisode de son histoire n'est pas allée de soi.

On peut également travailler sur la controverse suscitée par l'organisation d'une exposition temporaire par le Smithsonian Institute en 1995 pour célébrer le 50e anniversaire de Hiroshima, avec notamment la présentation d'une partie du fuselage du bombardier américain Enola Gay. Seulement pour des associations de vétérans, le propos s'attardait trop sur les victimes japonaises en occultant l'importance de la bombe atomique dans la fin de la guerre. Cela a ainsi mis sur le devant de la scène un débat universitaire de longue date sur l'utilité et le sens des bombardements de Hiroshima et Nagasaki.

L'histoire et la mémoire des minorités raciales dans les troupes américaines au cours de la Seconde Guerre mondiale est un autre axe d'étude possible.

Enfin une analyse du négationnisme aux Etats-Unis dans un contexte de quasi-totale liberté d'expression peut être un contrepoint instructif au cas français. Et autre étude possible tissant un lien entre France et Etats-Unis serait celle de la SNCF aux Etats-Unis. En effet cette entreprise française, et ses filiales, rencontrent une opposition forte de la part d'associations de victimes juives de la guerre chaque fois qu'elle essaie de remporter des appels d'offre pour des contrats américains.
E. Un exemple d'historien américain: Robert Paxton
Il ne nous appartient pas ici de présenter de nouveau Robert Paxton et son importance dans l'étude historique des mémoires de la Seconde Guerre mondiale, mais nous recommandons un excellent article en anglais qui fait le point sur son apport historiographique4. S'il est vrai que Paxton n'a pas travaillé sur des enjeux américains de la Seconde Guerre mondiale, il nous semble néanmoins avoir sa place dans ce chapitre puisqu'il est un exemple de ces historiens américains qui ont apporté un regard nouveau sur l'histoire européenne et qui forgent ainsi aux Etats-Unis une mémoire de la Seconde Guerre mondiale qui dépasse l'horizon directement américain.

Inversement on pourrait travailler sur l'ouvrage du sociologue et criminologue américain J. Robert Lilly, Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette étude est sortie d'abord en France en 2003 avant de trouver un éditeur américain en 2007.

On peut penser également aux travaux de Christopher Browning sur le génocide et l'Europe de l'Est.
F. Un exemple d'oeuvre mémorielle
Enfin l'étude d'une œuvre artistique en lien avec la question des mémoires de la Seconde Guerre mondiale nous semble bienvenue – pourquoi pas en collaboration avec le collègue de langue. Il n'y a que l'embarras du choix, mais pourquoi ne pas choisir parmi :

  • La série : Band of Brothers créée par Tom Hanks et Steven Spielberg (et qui inclut des entretiens des vétérans dont l'histoire est narrée) ;

  • Les films : Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg (1998) reflètant la mémorire glorieuse des combattants5 ; ou bien les films de Clint Eastwood Flags of our Fathers et Letters from Iwo Jima (2006) donnant la vision américaine puis japonaise de la bataille d'Iwo Jima6 ;

  • Maus d'Art Spiegelman ;

  • ou encore Snow Falling on Cedars, roman de David Guterson qui traite du regard porté sur les Américains d'origine japonaise pendant la guerre.


III – Ressources

Eléments bibliographiques :
ALPEROVITZ, Gar, The Decision to use the Atomic Bomb and the Architecture of an American Myth, 1995.

BURLEIGH, Michael, Moral Combat: Good and Evil in World War II, 2011.

DAVIES, Norman, No Simple Victory: World War II in Europe, 1939-1945, 2007.

LILLY, J. Robert, Taken by Force: Rape and American GIs in Europe in World War II, 2007.

LINENTHAL, E., Preserving Memory: The Struggle to Create America's Holocaust Museum, 2001.

LIPSTADT, Deborah, Denying the Holocaust. The Growing Assault on Truth and Memory, 1993.

PAUWELS, Jacques R., The Myth of the Good War: America in the Second World War, 2002.

PIEHLER, G. Kurt, Remerbering the war, the American Way, 1995.

SPIEGELMAN, Art, Maus, 1991.

SPIEGELMAN, Art, MetaMaus, 2011.

Ressources documentaires :
http://www.vhec.org/images/pdfs/maus_guide.pdfun excellent guide pour l'enseignant sur l'exploitation de Maus en classe, proposé par le centre éducatif sur l'Holocauste de Vancouver.
http://www.ushmm.org/educators – la page d'accueil des ressources pédagogiques du musée et mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis.
http://encyclopedia.densho.org/Literary%20works%20on%20incarceration/ - un recensement de toutes les œuvres littéraires qui ont abordé depuis la fin de la guerre la question de l'emprisonnement des Américains d'origine japonaise.
Http://www.wwiimemorial.com/default.asp?page=home.asp - le site du National WWII memorial à Washington inauguré en 2004.
http://www.washingtonpost.com/local/trafficandcommuting/us-french-talks-begin-on-compensation-for-holocaust-victims-deported-on-sncf-trains/2014/02/20/ace89634-9a4d-11e3-b931-0204122c514b_story.htmlun exemple d'article sur l'opposition d'associations juives à la SNCF aux Etats-Unis.


Fiche réalisée par Antoine GORCE (lycée Rabelais, Meudon)

et David RICHARDSON (lycée Marcel Pagnol, Athis-Mons).

2http://www.the70th-normandy.com/?lang=en (et notamment les pages 'transmission of memory')

5Voir des analyses de ce film John Bodnar, 'Saving Privtage Ryan and Postwar Memory in America', American Historical Review, 106:3 (June 2001), pp. 805-17 ; Thomas A. Bruscino, Jr., Remaking Memory ot Getting it Right? Saving Private Ryan and the World War II Generation, http://www.miwsr.com/2010/20100302.asp#_ftn1, consulté le 07/03/2014.

6Voir sur la mémoire de Iwo Jima et l'analayse du film : Karal Ann Marling et J. Wettenhall, Iwo Jima: Monuments, Memories and the American Hero, 1991 ; Robert Burgoyne, Generational Memory and Affect in Letters from Iwo Jima, http://www.academia.edu/924651/Generational_Memory_and_Affect_in_Letters_From_Iwo_Jima, consulté le 07/03/2014

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