Faut-il remettre les pendules de la subordination temporelle à l’heure ? Description de deux fonctionnements de quand et avant que/de





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puisqu’il est introduit par quand (ou lorsque).6 (Chétrit 1976 : 110)

Nous allons maintenant montrer que cette conception « morphologisante » est trop restrictive et empêche de mettre en évidence les différences de fonctionnements syntaxiques entre les deux types étudiés ici, qui pourtant sont manifestes.

3. Description syntaxique

Pour les deux raisons exposées ci-dessus (polysémie et critère de reconnaissance), nous éviterons dans ce qui suit d’employer le terme « subordination ». Nous utiliserons à sa place le terme de « rection » au sens de relation qui lie deux éléments dont l’un (le recteur) exerce une contrainte grammaticale sur l’autre (le régi). Notre conception de la rection, inspirée de l’approche pronominale (Blanche-Benveniste et alii 1987), est donc plus large que l’emploi « standard » de ce terme et permet d’englober tous les éléments qui sont dépendants d’un verbe. Ainsi, certains « circonstanciels » de même que les compléments faisant partie de la valence (i.e. sélectionnés par le verbe) sont considérés comme régis7.

Mais avant de commencer l’analyse syntaxique proprement dite, nous souhaitons mettre en lumière un phénomène intéressant, à savoir la présence d’une ponctuation forte entre les deux constructions verbales, constatée tout particulièrement dans les copies d’élèves de primaire.

(17) Tous les deux partirent dabord regarder à côté des maisons, ensuite dans la forêt. Quand à ce moment ils entendirent du bruit !!! C’était Cornin Bruchon qui courait après une jeune fille. (Enfant de 10 ans, cité par Sabio 2003)

Le premier à avoir relevé ce fait est Eyot (1948) et il considérait comme fautive cette utilisation apparemment singulière de la ponctuation.

Toute l’année, j’ai corrigé dans les rédactions de mes élèves de quatrième et de cinquième des propositions indépendantes introduites par quand.

Quelques décennies plus tard, c’est Berrendonner (1990) puis Sabio (2003) qui signalent eux aussi cette tournure dans des copies d’élèves. Ce dernier auteur associe ce tour à « l’écriture cérémonieuse » et il précise que les détachements graphiques observés n’ont rien de « fantaisistes mais illustrent de manière éclairante [leur] statut grammatical particulier ». A cinquante-cinq ans d’intervalle, le regard porté sur ces tournures a donc fortement changé, passant d’un usage fautif à un procédé accompagnant le statut grammatical de ces constructions. Le Draoulec (2006) en fait même un indice de reconnaissance. Les élèves ayant produit ces énoncés ont donc sans doute eu l’intuition saisissante d’une autonomie plus grande que les Quand-C temporelles canoniques.

En outre, la présence de la ponctuation forte se vérifie aussi pour les exemples en avant que/de :

(18) Les fils et filles de ceux qui avaient demandé et obtenu la départementalisation en 1946, dans la foulée de l'après-guerre se sont sentis ensuite « floués ». Et se sont battus pour l'autonomie (années 70), puis pour la décentralisation (années 80) et pour l'égalité (années 90). Avant d'entamer maintenant un nouveau combat pour « le développement » et la prise en compte des réalités régionales au sein de l'Union européenne. (presse)

On comprend cependant le désarroi de cet enseignant confronté à des « indépendantes » introduites par un « subordonnant » qu’il analysait en ces termes :

Il garde manifestement une valeur de liaison, qui me semble plus forte qu’une simple coordination, à mi-chemin de la subordination, à peu près équivalente de celle du relatif de liaison latin – ou français. (Eyot 1948)

J. Pohl, dans le même numéro de la revue Le Français Moderne, a une conception bien différente. Il suggère, dans sa réponse reproduite à la fin de l’article d’Antoine (1948 : 274), que la construction en quand n’est ni subordonnée, ni coordonnée mais indépendante. Il avance donc avec prudence que quand est employé avec une « rupture de subordination ». De même, Sandfeld (1936 : 263) dit de ces constructions qu’elles se « détachent » et deviennent « autonomes ».

Si l’on accepte, comme nous le proposons, de faire reposer la détermination de la rection sur d’autres critères que la présence de la conjonction, les conclusions que l’on en tire vont effectivement dans le sens d’une autonomie syntaxique. Les tests que nous utilisons pour mettre en évidence le lien de rection sont ceux que l’on trouve dans de nombreux cadres syntaxiques descriptifs (dans Blanche-Benveniste et alii [1987] et Creissels [2006] par exemple). Nous en avons principalement trois : l’équivalence avec une proforme (ici le quand interrogatif), l’extraction entre c’est et que et le contraste (ou la portée) des modalités. Afin d’illustrer l’utilisation de ces trois tests, nous proposons l’exemple suivant qui les présente dans l’ordre :

(19) Quand j’étais adolescente, David Hamilton était très à la mode. (roman)

a. Quand David Hamilton était-il très à la mode ? Quand j’étais adolescente.

b. C’est quand j’étais adolescente que David Hamilton était très à la mode.

c. David Hamilton était très à la mode, mais pas quand j’étais adolescente.

Etant donné que les trois énoncés ci-dessus sont grammaticaux, nous dirons que la Quand-C est régie. Mais il n’en va pas de même pour toutes les Quand-C. Voici le résultat des tests lorsqu’on les applique sur notre exemple (1), repris ici :

(20) Pécuchet venait d’en remettre la note à Bouvard quand tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomba (roman)

a. Quand Pécuchet venait-il d’en remettre la note à Bouvard ? *Quand tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomba.

b. ? C’est quand tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomba que Pécuchet venait d’en remettre la note à Bouvard.

c. ? Pécuchet venait d’en remettre la note à Bouvard, mais pas quand tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomba.

Dans ce cas-là, nous dirons que la Quand-C n’est pas régie.

En complément de ces indices, on peut ajouter la possibilité pour la seconde construction d’être dotée de sa modalité interrogative propre :

(21) J’étais en train de m’impatienter, quand, tout à coup, qu’est-ce que j’entends ? (Leroux, cité par Sandfeld 1936 : 264)

et l’impossibilité, au niveau de l’ordre linéaire, d’apparaître en position initiale8 :

(22) ? Quand tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomba, Pécuchet venait d’en remettre la note à Bouvard.

De plus, les contraintes internes qu’impose normalement quand cessent d’opérer, ce qui dans la littérature anglo-saxonne, a reçu le nom de « main clause phenomena ». Par exemple, la Quand-C peut ne pas être une construction verbale :

(23) Je cherche entre les voitures, au cas où un de ces sales gosses que je croise de temps en temps se serait caché quand soudain... PLOC... un bruit sourd dans mon dos. (www)

L’analyse en termes d’autonomie morphosyntaxique de ces unités n’est absolument pas révolutionnaire. D’autres chercheurs ont déjà montré, avant nous, que toutes les constructions introduites par des « conjonctions de subordination » ne sont pas nécessairement « subordonnées » :

As we have already indicated by calling them clause combinations, we do not think that our examples can be interpreted as clauses embedded within other clauses. In other words, these clauses do not function as adverbials (or adjuncts). (Matthiessen & Thompson 1988)

Et la même analyse a été proposée pour when en anglais :

The when clause is not a subordinate clause but a main clause and when can be treated as a conjunction joining two main clauses. (Miller & Weinert 1998)

Il est ainsi possible de montrer que la distinction sémantique proposée pour les deux constructions ci-dessus va de pair avec une distinction syntaxique fondamentale : l’unité introduite par quand est régie dans (19) et non régie dans (20).

Il semblerait donc que l’autonomie énonciative relevée par Le Draoulec (2003) soit congruente avec une autonomie syntaxique. Et on observe la même distinction pour les exemples en avant que/de, signe qu’il ne s’agit pas d’un fonctionnement propre à quand.

En effet, les constructions en avant que/de contenant un événement présupposé sont clairement régies :

(24) Je ferai mes devoirs avant que la nuit tombe.

a. Quand feras-tu tes devoirs ? Avant que la nuit tombe.

b. C’est avant que la nuit tombe que je ferai mes devoirs.

c. Je ferai mes devoirs, mais pas avant que la nuit tombe.

On en trouve même directement en position de complément de verbe :

(25) Si ça s’est passé avant que tu sois avec ton copain actuel, ça ne le regarde pas ! (www)

En revanche, les constructions assertives ne sont pas régies :

(26) Les recettes de privatisation ont atteint leur maximum en 1991, avant de décliner fortement, reflétant le fait que les grands pays latino-américains se sont désengagés du secteur public dès le début de la décennie. (presse)

a. Quand les recettes de privatisation ont-elles atteint leur maximum en 1991 ? *Avant de décliner fortement, reflétant le fait que les grands pays latino-américains se sont désengagés du secteur public dès le début de la décennie.

b. ? C’est avant de décliner fortement, reflétant le fait que les grands pays latino-américains se sont désengagés du secteur public dès le début de la décennie que les recettes de privatisation ont atteint leur maximum en 1991.

c. ? Les recettes de privatisation ont atteint leur maximum en 1991, mais pas avant de décliner fortement, reflétant le fait que les grands pays latino-américains se sont désengagés du secteur public dès le début de la décennie.

Et elles aussi apparaissent difficilement en position initiale :

(27) ? Avant de décliner fortement, reflétant le fait que les grands pays latino-américains se sont désengagés du secteur public dès le début de la décennie, les recettes de privatisation ont atteint leur maximum en 1991.

Pour appuyer cette distinction, on peut recourir à un éclairage diachronique. En effet, la polyfonctionnalité des conjonctions en français contemporain est parfois le résultat de deux usages anciennement distincts qui sont venus se confondre. C’est ce qui semble être le cas avec avant que/de, si l’on se réfère aux exemples de moyen français proposés par Combettes (2006 : 103) :

(28) un petit avant ce que mesires Robert d’Artois et la contesse de Montfort se departesissent dou havene de Plumude, uns grans tourmens se mist sus mer, (…) et furent plus de quinze jours waucrant sus la mer (…) avant que il se peuissent tout remetre ensamble (Froissart, 1400) / peu avant que monseigneur … et … partent du port de Plumude, une grande tempête se leva sur la mer … et ils furent plus de quinze jours errant sur la mer avant qu’ils puissent se retrouver

L’auteur en propose l’analyse suivante :

La première locution, qui contient le démonstratif, introduit une subordonnée qui fonctionne comme élément thématique en début d’énoncé et constitue un cadre de discours, apportant une information qui demeure dans le domaine strictement chronologique, n’ajoutant pas d’indications qui pourraient renvoyer à une liaison logique des événements, par exemple ; la subordonnée qui suit avant que, en revanche, marque davantage la liaison qui est établie entre les contenus des propositions, soulignant, en l’occurrence, la durée nécessaire (plus de quinze jours) à la réalisation d’un procès (pouvoir se retrouver). (Combettes 2006 : 103-104)

L’un des deux fonctionnements que l’on retrouve en français contemporain viendrait donc de avant ce que alors que l’autre serait issu de avant que.

Cette distinction syntaxique fondamentale entre dépendance et autonomie grammaticales étant posée, il nous reste encore à exposer nos perspectives et l’éventail des fonctionnements dont il nous faudra rendre compte. Ces emplois nous permettront, lors d’une prochaine étude, de vérifier de manière étendue les liens qu’il existe entre les caractérisations syntaxiques et sémantiques.

4. Conclusion & perspectives

Pour l’heure, il est impossible de dire s’il existe une corrélation systématique entre présupposition et rection et entre assertion et indépendance grammaticale. Sans trop nous avancer, nous pouvons néanmoins dire que les assertions faisant progresser la narration sont toujours non régies. Mais pour les autres cas, les subtilités sémantiques auxquelles il faut faire face, avec avant que/de notamment, rend l’analyse extrêmement complexe. Nous listons dans ce qui suit les cas qu’il nous faudra traiter.

Tout d’abord, on peut citer les constructions en avant que/de présentant un événement que Le Draoulec (2001) qualifie de présupposition « contrefactuelle » par opposition aux présuppositions « factuelles » vues ci-dessus. Cette interprétation est présente dans l’exemple suivant, emprunté à Berrendonner et alii (1983).

(29) Tous les défenseurs moururent avant de se rendre (Le Monde)

Néanmoins, avant de étant polysémique, le journal Le Canard Enchaîné, friand de ces ambiguïtés de langage, enchaîna ainsi :

(30) et ils furent ensuite massacrés avant d’être emprisonnés (Canard Enchaîné)

Ces deux exemples tolèrent bien évidemment deux interprétations dont l’une est plausible et l’autre quelque peu invraisemblable. Avec le sens « contrefactuel », « les défenseurs n’ont pas eu le temps de se rendre », alors qu’avec l’autre acception, « ils se sont rendus après leur mort ». Il suffit de rajouter un verbe marquant une modalité accomplie (avoir pu), pour faire disparaître complètement la seconde interprétation :

(31) Tous les défenseurs moururent avant d’avoir pu se rendre.

Il nous faudra donc voir si, sur le plan syntaxique, il existe des propriétés permettant de distinguer les événements factuels des contrefactuels ou s’il s’agit d’un phénomène purement sémantique.

Au niveau des autres valeurs sémantiques que l’on rencontre avec avant que/de, il en existe une sémantiquement proche de sinon :

(32) Tu me passes le sel avant que je te casse la tête.

et une autre sémantiquement proche de pour que :

(33) Composée et créée en 1934, il faudra pourtant attendre 1997 avant que l’œuvre ne soit entendue hors des frontières russes ! (www)

Il existe aussi des constructions en avant que et en quand portant sur l’énonciation et non sur l’énoncé. En termes positionnels, il est intéressant de noter que l’une est bloquée en position initiale :

(34) Ah oui, avant que j’oublie, j’ai des propositions de fausses pub à mettre sur le site officiel. (www)

a. ? J’ai des propositions de fausses pub à mettre sur le site officiel, avant que j’oublie.

alors que l’autre est apparemment mobile :

(35) Quand on y pense … mieux vaut ne pas trop se poser de questions (www)

a. Mieux vaut ne pas trop se poser de questions, quand on y pense

Face à cette profusion de valeurs sémantiques, il faudra aussi tenter de répondre à la question de l’unicité de avant que/de et quand à travers le spectre de la polysémie ou de l’homonymie de ces morphèmes.

Pour conclure, nous pouvons affirmer que, sur le plan de la syntaxe, de nombreuses conjonctions possèdent les deux fonctionnements – régis et non régis (cf. Debaisieux 2006) – ce qui confère à notre analyse une justification externe et une certaine généralité. Mais comme nous l’avons montré dans cette dernière section, des investigations supplémentaires doivent être menées afin de pouvoir analyser syntaxiquement l’ensemble des valeurs prises par avant que.

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